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Full text of "Histoire naturelle des poissons"

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HARVARD UNIVERSITY. 




LIBRARY 



MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY 

LlBRARY OF 

SAMUEL GARMAN 



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0CT5 1928 



HISTOIRE 

NATURELLE 

DES POISSONS. 






STRASBOURG, IMPRIMERIE DE F. G. LEVRAULT., 

IMPRIMEUR DU ROI. 



HISTOIRE 

NATURELLE 

DES POISSONS, 

PAR 

M. le B.°» CUVIER, 

Grand-Officier de la Légion d'honneur, Conseiller d'État et au Conseil royal 
de l'Instruction publique , l'un des quarante de l'Académie française , 
Secrétaire perpétuel de celle des Sciences , membre des Sociétés et Académies 
royales de Londres , de Berlin , de Pétersbourg , de Stockholm , de Turin , 
de Gœttingue, des Pays-Bas, de Munich, de Modène, etc.; 

ET PAR 

M. VALENCIEttNES, 

Aide- Naturaliste au Muséum d'Histoire naturelle. 

TOME QUATRIÈME. 




A PARIS, 

Chez F. G. LEVRAULT, rue de la Harpe, n.° 81 ; 

STRASBOURG, même Maison, rue des Juifs, n.° 33; 

•BRUXELLES, Librairie parisienne, rue de la Magdeleine, n.° 438. 

i829.s 



AVERTISSEMENT. 



JLes poissons dont nous donnons l'histoire dans 
ce volume , répondent aux genres linnéens des 
trigles , des scorpènes et des cottes , et à une 
partie de celui des gastérostes : on y verra beau- 
coup d'espèces qui paraissent pour la première 
fois, et qui ont été rapportées par les savans 
voyageurs que nous avons déjà eu tant d'occa- 
sions de citer avec reconnaissance; mais on y 
en trouvera aussi, tirées de sources nouvelles, 
que nous nous empressons de faire connaître. 

M. Yalenciennes , dans un voyage qu'il a fait 
cette année (1829) à Londres et à Berlin, a 
reçu dans ces deux capitales des preuves écla- 
tantes du généreux intérêt que les amis de 
l'histoire naturelle prennent à notre entreprise. 

MM. les conservateurs du Musée britannique 
lui ont communiqué les poissons rapportés du 
nord de l'océan Pacifique par M. Collée , chi- 
rurgien de l'expédition du capitaine Beechey; 



VJ AVERTISSEMENT. 

il a obtenu de M. Alexandre Jolmston de 
prendre des copies des peintures exécutées à 
Maïaca sous les jeux de M. le major Farquar, 
et qui appartiennent à la Société asiatique; et 
de M. Horsfîeld , les dessins faits par le docteur 
Finlayson, médecin de l'expédition de Siam, et 
déposés à la Compagnie des Indes. M. Gray 
lui a fait connaître de nombreux dessins appar- 
tenais au général Hardwike, et dont plusieurs, 
de la main de feu Hamilton Buchanan, repré- 
sentent les espèces décrites dans son ouvrage, 
mais dont il n'a pas donné de figures. M. E. T. 
Bennet lui a fait voir les poissons de Sumatra 
et des îles Sandwich qui se trouvent dans les 
collections de la Société zoologique; enfin, il a 
dû àM;Yarrèl des observations pleines d'intérêt 
sur les espèces des côtes d'Angleterre. 

Ses récoltes de Berlin n'ont pas été moins 
importantes pour l'ichtyologie ; il y a vu les pois- 
sons envoyés du Mexique par M. Deppe , et les 
poissons encore incertains de Bloch lui ont été 
confiés par M. Lichtenstein , pour être soumis 
de nouveau à tous les examens et comparaisons 
propres à constater leur véritable synonymie. 

Deux autres employés du Muséum , M. Lau- 



AVERTISSEMENT. V1J 

rillard et M. Bibron, ont été envoyés sur les 
côtes de la Méditerranée, pour compléter la 
connaissance des poissons si nombreux de cette 
mer. 

M. Laurillard, garde des galeries d'anato- 
mie, s'est rendu à Nice, oii il a passé six mois, 
sans cesse occupé de la pêclie, et secondé des 
lumières et de toute l'influence du savant 
M. Risso. Outre le grand nombre d'espèces 
anciennes et nouvelles qu'il y a recueillies, il 
a eu l'avantage d'en copier les couleurs telles 
qu'elles sont sur le poisson sortant de l'eau; 
partie des descriptions icbtyologiques encore si 
défectueuse pour les espèces étrangères. 

M. Bibron , aide-naturaliste pour la zoologie, 
a passé en Sicile et a cherché à s'y procurer ceux 
des poissons indiqués par M. Rafmesque qui 
nous manquaient encore ; il a eu le bonheur d'en 
rencontrer d'autres dont ce naturaliste n'a point 
parlé. 

En même temps un autre de nos aides- 
naturalistes , M. Riener , qui voyageait avec 
M. le duc de Rivoli , nous en rassemblait plu- 
sieurs à Toulon. 

Nous avons aussi reçu des envois pleins 



Vilj AVERTISSEMENT. 

d'espèces nouvelles , et accompagnés de dessins 
coloriés d'après le frais de M. Alcide d'Orbigny, 
qui est en ce moment envoyé par le Muséum 
dans les Etats de Biiénos-Àyres et du Chili. 

M. Ricord nous a fait un troisième envoi 
de Saint-Domingue, et y a joint beaucoup 
de notes sur l'histoire et les usages des espèces. 
M. Lesueur nous a fait tenir des poissons de la 
rivière d'Ouabache; et M. d'Espinville , consul 
de France à la Nouvelle-Orléans , en a envoyé 
des eaux des environs de cette ville, et parti- 
culièrement du lac Pont-Chartrain. Le docteur 
Ravenell, jeune médecin de Charlestown, nous 
en a procuré aussi plusieurs belles espèces des 
eaux douces de la Caroline. 

La grande expédition commandée par M. 
Durville est revenue heureusement, et MM. 
Quoy et Gaymard ont complété par de nou- 
velles collections faites à la Nouvelle^Guinée , 
à la Nouvelle-Zélande, et dans d'autres parages 
éloignés, celles que déjà ils avaient envoyées 
du Cap et du port Jackson, Ils ont rapporté 
en même temps un recueil nombreux de figures 
coloriées d'après le frais, que le ministère de la 
marine va faire publier avec une magnificence 



AVERTISSEMENT. IX 

égale à celle des deux grands voyages précédens , 
commandés par MM. de Freycinet et Duperrey. 
MM. Lesson et Garnot sont occupés en ce mo- 
ment de la partie des poissons pour le Yoyage 
de M. Duperrey, et les naturalistes y trouveront 
aussi un grand nombre de belles espèces par- 
faitement représentées. 

Nous devons surtout mentionner ici les se- 
cours nouveaux que MM. Quoy et Gaymard 
nous ont obtenus de la part de deux babitans 
de l'Isle-de-France, pleins d'un noble zèle pour 
1'bistoire naturelle, MM. Julien Desjardins el 
Théodore Delise : ils nous ont adressé les pois- 
sons les plus rares en grands échantillons, et 
accompagnés de dessins exécutés d'après le frais , 
qui feront un des plus beaux ornemens de notre 
ouvrage. 

M. Rifaud, qui s'était établi dans la Haute- 
Egypte et y a séjourné pendant un grand 
nombre d'années, y a rassemblé avec le plus 
grand soin les poissons du haut Nil , et en a 
rapporté des ligures et des squelettes dont 
la communication nous a intéressés d'autant 
plus, que nous avons pu en faire la comparaison 
avec ceux du Sénégal rapportés par M. Pérotet, 



X AVERTISSEMENT. 

et qui appartiennent aux mêmes genres et sou- 
vent à des espèces excessivement semblables. 

Tout nouvellement MM. de Mertens , de 
Ketlitz et Postels , embarqués sur l'expédition 
russe qui vient de faire le tour du monde sous 
le commandement de M. le capitaine Lutke, 
ayant passé par Paris , nous ont fait voir quan- 
tité de beaux dessins coloriés de poissons par- 
faitement étudiés, et qui procureront aussi de 
grands accroissemens à la science, à l'époque 
sans doute très -prochaine où le gouvernement 
russe en ordonnera la publication ; nous y avons 
remarqué surtout en plus grand nombre que 
dans aucune autre collection les poissons du 
Ramcbatka et des autres côtes et rivières du 
nord de la mer Pacifique, si singuliers pour 
la plupart. 

Enfin, à linstant où l'on imprimait nos der- 
nières feuilles, sont arrivées au Muséum les 
récoltes faites en Morée par la commission que 
le gouvernement français y a envoyée, et dans 
laquelle M. le colonel Bory Saint-Vincent di- 
rige la partie de l'histoire naturelle. Ce natu- 
raliste, aussi instruit que plein d'ardeur, secondé 
par M. le docteur Pector, très-habile en grec 



AVERTISSEMENT. XJ 

moderne, a recueilli avec soin les noms que 
portent aujourd'hui les poissons des côtes de 
la Grèce, lesquels en plusieurs occasions nous 
aideront à remonter à leur ancienne nomen- 
clature. 

La première partie des Poissons du Brésil de 
M. Spix vient de paraître par les soins de 
M. Martius, et avec des descriptions très-détail- 
lées et très-bien faites de M. Àgassis : elle jus- 
tifie ce que nous en avons annoncé dans notre 
Histoire de l'Ichtyologie. On a aussi le commen- 
cement de la partie ichtyologique du Yoyage 
de M. Puippel et de celui de M. Ehrenberg 
en Nubie , en Abyssinie et sur la mer Rouge. 
Ces deux ouvrages, riches d'ailleurs dans toutes 
les branches de l'histoire naturelle, feront un 
grand honneur aux naturalistes qui sont allés 
recueillir avec tant de courage de nouveaux 
sujets d'observation, et qui les décrivent avec 
tant d'exactitude et de sagacité. On trouve aussi 
de nouveaux renseignemens sur divers poissons, 
soit dans le Journal zoologique de Londres , 
soit dans l'Isis de M. Oken , soit dans les mé- 
moires des sociétés savantes particulièrement 
occupées de l'histoire naturelle , et nous au- 



Xlj AVERTISSEMENT. 

rons le plus grand soin d'en profiter , en même 
temps que d'en citer les auteurs. 

Nous recevons en ce moment l'Histoire des 
poissons de l'Islande de M. Fr. Faber (Franc- 
fort, 4 829, in-4.°), ouvrage qui nous sera fort 
utile, et où la sébaste du Nord dont nous par- 
lons dans ce volume ( p. 327 ) est décrite sous 
le nom d'holocentrus sanguineus. 

La famille des joues cuirassées se trouvant 
remplir tout l'espace que nous pouvions con- 
sacrer à ce volume, nous sommes obligés de 
remettre à l'un des volumes prochains les 
nombreuses espèces que nous pourrions déjà 
ajouter aux genres que nous avons publiés. 

Nous indiquerons seulement les deux interca- 
lations suivantes, à faire (p. 8) dans le tableau 
de la famille. 

Ligne 2, au caractère des Apistes, ajoutez : 

Des Dents aux palatins. 

Puis : 

MlNOUS. Les caractères des apistes ; point de dents aux palatins. 



Ligne 44 , après Agriopus, ajoutez : 

HoPLOSTÈTHES Corps haut, armé inTérieurement d' écailles 
cclluleuse ; six rayons mous aux ventrales. 

Au Jardin du Roi , Octobre 1 829. 



TABLE 

DU QUATRIÈME YOLUME. 



LIVRE QUATRIEME. 

Pages. Plane!,. 

Des Acanthoptérygiens a joue cuirassée. i 
Tableau de cette famille 7 

CHAPITRE PREMIER. 

Des Trigles ( Trigla , Linn. ) et particulière- 
ment des Trigles proprement dits (Trigla , 
Lacép.) 9 

Des Tkigles a coups cerclé 2 3 

Le Grondin rouge, ou Rouget commun de Paris 

(Trigla cuculus, Linn.? Trigla pini, Bl.). . . 26 
Le Rouget camard (Trigla lineata, Linn. et BL; 

Trigla adriatica , Gm.) 34 

Du Perlon, nommé aussi Rouget grondin (Trigla 

hirundo, Bl.) 40 

Le petit Perlon à pectorales tachetées (Trigla 

pœciloptera , nob.) 47 

De quelques Trigles étrangers, voisins du Perlon. 4 9 

Le Perlon de la Nouvelle-Zélande, appelé Koumou 
(Trigla kumu, Less. et Garn.; Trigla papilio- 

nacea , Parkinson) 5o 

Le Perlon de Péron (Trigla Peronii, nob.). . . 53 
Le Perlon du Cap (Trigla capensis , nob.) ... 55 



XIV TABLE. 

Pages. Plancli. 

De la Lyre, ou Perlon à grandes épines opercu- 
laires et elaviculahes (Trigla lyra, Linn.). . 5 5 

Du Grondin proprement dit, ou Grondin gris, 
autrement Gornaud ou Gurnard ; Grey-Gur- 
nard des Anglais (Trigla gurnardus, Linn.). 62 

Le Grondin rouge, appelé aussi par quelques-uns 
Rouget (Trigla cuculus , Bl.) 67 

L'Orgue, Organo, Morrude, etc., ou Grondin à 
première dorsale filamenteuse (Trigla lucerna, 
Briïnnich) 72 72 

Du Trigle rude, ou Cavillone (Trigla aspera, 
Viviani) 77 

De quelques Trigles étrangers , voisins de la 

Cavillone 80 

La Cavillone papillon (Trigla papilio , nob.) . . Ibid. 73 
La Cavillone phalène (Trigla phalœna, nob.). 8 3 
La Cavillone sphinx (Trigla sphinx, nob.) . . . Ibid. 

CHAPITRE II. 

Des Prionotes, ou Trigles a grandes pectorales 

ET A PALATINS GARNIS DE DENIS EN VELOURS. . 85 

Le Prionote strié ( Prionotus strigaius , nob. ; 

Trigla lineata , Mitch. ; Trigla evolans, Linn. ?) 86 
Le Prionote de la Caroline (Prionotus carolinus, 

nob.; Trigla carolina, Linn.? Trigla pal- 

mipes , Mitch.) go 

Le Prionote ponctué (Prionotus pu/ictatus, nob. ; 

Trigla punctata et carolina, Bl.) 93 

Le Prionote chaussetrape (Prionotus tribulus, 

nob.) 9 8 74 



TABLE. XV 

CHAPITRE III. 

Pages. Planch. 

Des Malarmats, ou Trigles cuirassés (Pâris- 

tédion, Lacép.) 101 75 

CHAPITRE IV. 

Des Dactyloptères et des Céphalacanthes. ... 114 

Des Dactyloptères, Lac, vulgairement rougets- 
volans, arondes ou hirondelles de mer Ibid. 

Le Dactyloptère commun, aronde, ou hirondelle 
de mer de la Méditerranée (Trigla volitans, 
Linn.) 117 

Le Dactyloptère tacheté de la mer des Indes 

{Dactjlopterus orient alis , nob.) 134 76 

Des Céphalacanthes (Cephalacanthus, Lac), 
et de l'espèce unique de ce genre (Cephala- 
canthus spinarella, Lacép.; Gasterosteus spi- 
narella, Linn.) i38 77 

CHAPITRE V. 
Des Chabots et Chaboisseaux {Cottus, Linn.). 142 
Le Chabot de rivière (Cottus gobio , Linn., Bl.). 145 
Le petit Chabot de Russie ( Cottus minutus , Pall.). 1 5 2 
Des Chabots de mer, ou Chaboisseaux, vulgai- 
rement aussi scorpion de mer, crapaud de 
mer, diable de mer, têtard, father-lasher des 
anglais {Cottus scorpius, Linn.), et des 
deux espèces confondues sous ces noms {Cot- 
tus scorpius, nob., et Cottus bubalis, 
Euphrasen) , , . . 164 



XVJ TABLE. 

Pages. PlancTi. 

Le Chaboisseau de mer commun (Cottus scor- 
pius, Bl.) 160 

Le Chaboisseau Je mer à longues épines (Cottus 

bubalis , Eupbrasen ) 1 6 5 78 

Le Chaboisseau à quatre tubercules des mers 
septentrionales (Cottus quadricornis , Linn.). 168 

Des Chaboisseaux étrangers 171 

Le grand Chaboisseau duKamchatka(Co«i/.y/tfoÀ-, 

nob.; Cottus scorpius, Pall.) 172 

Le Cotte à tête très-épineuse (Cottus poljacan- 

thocephalus , Pall. ) 176 

Le Cotte à tète plate (Cottus platycephalus , Pall.) 177 
Le grand Chaboisseau à dix-huit épines de l'Amé- 
rique du nord ( Cottus octodecimspinosus , 

Mitch.) 181 

Le Chaboisseau du Groenland (Cottus groenlan- 

dicus , nob. ) i85 

Le petit Chaboisseau du Groenland (Cottus scor- 

pioides , Fabr.) 187 

Le Chaboisseau bronzé (Cottus œjieus , Mitch.). 189 
Le Chaboisseau à bois de cerf (Cottus diceraus, 

Pall.) Ibid. 

Le Chaboisseau à bois de chevreuil (Cottus pis- 

tdliger, Pall.) 19 3 

Le Chaboisseau à longues ventrales (Cottus <ven- 

tralis , nob.; Cottus cephaloides , Gray). . . . 194 79 
Le Chaboisseau porte -massue (Cottus claviger, 

nob.; Cottus elegans, Gray) 19$ Nid. 



TABLE. XV1J 

CHAPITRE VI. 

Pages. Plancli. 

Des Aspidophores , Phalangistes ou Agonus, 
autrement cottes a coups anguleux et cui- 
RASSÉ ig8 

L'Aspidophore d'Europe (Aspidophorus euro- 
pœus, nob. ; Coilus cataphractus, Linn. et Bl.; 
Aspidophore armé, Lacép.) 201 

Des Aspidophores étrangers 206 

L'Aspidophore esturgeon {Agonus acipenseri- 

nus ,T\\.; Phalangistes acipenserinus , Pall.). 207 

L'Aspidophore dodécaèdre {Agonus dodeeae- 
drus , Til. ; Phalangistes loricatus , Pall.). . . 209 

L'Aspidophore à museau étroit (sfgonus rostra- 

tus , Til. ; Phalangistes fusiformis , Pall.). . . 212 

L'Aspidophore lisse (Agonus lœngatus , Til.; 

Sjngnalhus segaliensis, id.) 214 

L'Aspidophore hauts sourcils (Aspidophorus su- 
perciliosus , nob. ; Cottus japonicus et Pha- 
langistes japonicus, Pall.; Agonus japonicus, 
Bl. Schn. ; Aspidophore japonais, Lacép.). 2i5 

L'Aspidophore à quatre cornes (Aspidophorus 

(juadricornis , nob.) 221 80 

L'Aspidophore à dix pans (Aspidophorus deca- 
gonus , nob.; Agonus decagonus,B\.) . . . . 223 

L'Aspidophore à une seule dorsale (Agonus nio- 
noplerigius, Bl. Schn. ; Aspidophoroïde Tran- 
auebar, Lacép.) 224 



4- 



XVllj TABLE. 

CHAPITRE VIL 

Pages. Plancli. 

Des Platycéphales {Platycephalus, Bl.). . 226 

Le Platycéphale insidiateur {Platjcephalus insi- 

diator, Bl.) 227 

Le Platycéphale d'Enclracht {Platjcephalus en- 

drachtensis, Quoy et Gayra.) 240 

Le Platycéphale brun {Platjcephalus fusais, 

nob.) 241 

Le Platycéphale à grande épine {Platjcephalus 

grandispims , nob.) 242 

Le Platycéphale ponctué {Platjcephalus punc- 

tatus, nob.) 243 

Le Platycéphale à gouttelettes {Platjcephalus 

guttatus, nob.) 244 

Le Platycéphale malabare {Platjcephalus mala- 

baricus, nob.) 245 

Le Platycéphale à épines égales {Platjcephalus 

isacanthus , nob.) 246 

Le Platycéphale de Bass {Platjcephalus bassen- 

sis, nob.) 247 

Le Platycéphale lisse {Platjcephalus lœvigatus, 



nob.) , 



248 



Le Platycéphale raboteux {Platjcephalus scaber, 

Bl.? Cottus scaber, Liun.). . . 249 

Le Platycéphale de Bourbon {Platjcephalus bor- 

boniensis , nob. ) 2 5 2 

Le Platycéphale de Rodrigue {Platjcephalus ro- 

dericensis, nob.) 2 53 

Le Platycéphale de Timor {Platjcephalus timo- 

rïensisy nob.) 2 ^4 



TABLE. XIX 

Pages. Plancfc 

Le Platycéphale à longue tête (Platycephalus 

longiceps, Ehrenberg) 255 

Le Platycéphale japonais (Platycephalus japo- 

nicusj Tilesius) 256 

Le Platycéphale crocodile (Platycephalus croco- 

dilus, TA.) Ibid. 

Le Platycéphale âpre (Platycephalus asper, nob.) 257 82 
Le Platycéphale tuberculeux (Platycephalus tu- 

berculatus, nob.) 258 

Le Platycéphale à arêtes dentelées (Platycephalus 

senatus, nob.) 25g 

Le Platycéphale porte-scie (Platycephalus pris- 

tiger, nob.) 260 



CHAPITRE VIII. 

De quelques petits genres voisins des Cottes , 
et conduisant en partie aux scorpenes. . . . 264 

Des HopLicHTEs(//opz/cfl-TiTK5, nob.), et de l'es- 
pèce de Langsdorf (Hoplichthys Langsdorjii, 
nob.) Ibid. 8 1 

Des Hémiteiptères (Hemitripterus , nob.), et 
de l'espèce d'Amérique (Hemitripterus ame- 
ricanus , nob.) 268 84. 

Des Hémilépidotes (Hemilepidotus, nob.) . . 275 

L'Hémilépidote de Tilesius (Remilepidotus Tile- 
sii, nob.; Cottus hemilepidotus , Til. ; Cottus 
trachurus , Pall.) 276 85 

Des Bembuas (Bembras, nob.), et de l'espèce 

du Japon (Bembras japonicus , nob.) 282 83 



XX TABLE. 

CHAPITRE IX. 

Pages. Plane!». 

Des Scorpènes (Scorpjenà , Linn.) 286 

La grande Scorpène rouge (Scorpœna scrofa, 

Linn.) 288 

La petite Scorpène brune , plus spécialement 

appelée Rascasse (Scorpœna porcus , Linn.). 3oo 

Des Scorpènes étrangères 3o4 

La Scorpène du Brésil (Scorpœna brasiliensis , 

nob.) 3o5 

La Scorpène crapaud de mer (Scorpœna hufo , 

nob.) 3o6 



ran- 



La Scorpène à longs tentacules (Scorpœna g 

dicornis , nob.; Scorpène Plumier , Lacép.) . 309 86 
La Scorpène sans armes (Scorpœna inermis, nob.) 3 1 1 
La Scorpène diable de mer (Scorpœna diabolus, 

nob.) 3 12 

La Scorpène de l'Isle- de -France (Scorpœna 

nesogallica , nob.) 3i5 

La Scorpène de la mer Rouge (Scorpœna ery- 

thrœa , nob.) 3i6 

La Scorpène veinée (Scorpœna venosa, nob.). 317 
La Scorpène cirrheuse (Scorpœna çirrhosa, nob-j 

Perça cirrhosa , Thunb.) 3i8 

La Scorpène de la Nouvelle-Guinée (Scorpœna 

Novœ-Guineœ , nob.) 32o 

La Scorpène des Papous (Scorpœna papuensis, 

nob.) - 32i 

La Scorpène peinte (Scorpœna picla,K. etV. H.) IBid. 
La Scorpène de Maurice (Scorpœna mauriliana, 

nob.) 322 



TABLE. XXJ 

Pages. Plancfc. 

LaScorpène de l'île Strong (Scorpœna strongia, 

nob.) 3 2 3 

La Scorpène à défenses (Scorpœna laniaria , nob.) 324 
La Scorpène à points rouges {Scorpœna rubro- 
punctata, Ehrenb.) Ibicl. 

CHAPITRE X. 

Des Sebastes (Sebastes , nob.) 326 

La Sébaste septentrionale, nommée aussi Perça 
norvegica, et par erreur Perça marina (Se- 
bastes norvegicus ,x\ob.\ Perça marina, Linn.; 
Perça norvegica, Miïll. ; Holocentrus sangui- 

neus, Faber) 327 87 

La Sébaste de la Méditerranée , ou Scorpène 
dactyloptère de Laroche; Serran impérial des 
Majorcains, etc. (Sebastes imperialis , nob.; 

Scorpœna dactjioptera , de Lar.) 336' 

La Sébaste du Cap (Sebastes capensis , nob.; 
Scorpœna capensis $ Gm. ; Scorpène africaine* 

Lacép.) 34 1 

La Sébaste à dorsale tachetée (Sebastes macula* 

tus, nob.) 343 

La Sébaste à ruban blanc (Sebastes albofasciatuSj 

Holocentrus albofasciatus , Lacép.) 344 

La Sébaste marbrée (Sebastes marmoraius , nob.) 343 
La Sébaste à crâne sans épines (Sebastes inermis, 

nob.) 346 

La Sébaste variable (Sebastes variabilis , nob.) . 34 7 
La petite Sébaste (Sebastes minutus , nob.). . . 348 
La Sébaste de Bougaiuville (Sebastes Bougain* 
villiiy nob.) , 349 



XX1J TABLE. 

CHAPITRE XI. 

Pages. Planrh. 

Des Ptéroïs 3 5 1 

Le Ptéroïs voltigeant (Pterois volilans , nob. ; 

Scorpœna volitans , Gni.) 35a 88 

Le Ptéroïs antenne (Pterois antennata, nob. ; 

Scorpcena antennata, Bl.) 36 1 

Le Ptéroïs hérissé (Pterois muricata, nob.).. . . 363 

Le Ptéroïs à joue en scie (Pterois geniserra , nob.) 366 , 

Le Ptéroïs zèbre (Pterois zébra, nob.) 367 

Le Ptéroïs à ailes courtes (Pterois brachjplera, 

nob.) 368 

Le Ptéroïs rayonné (Pterois radiata, nob.). . . 369 

CHAPITRE XII. 

Des Tanianotes, des Blepsias et des Agriopes, 

trois petits genres voisins des scorpenes . . 3 7 1 

Des T^nianotes Ibid. 89 

Des Blepsias 373 

Le Blepsias trilobé (Blepsias trilobus , nob.) . . 37 5 90 

Le Blepsias bilobé (Blepsias bilobus, nob.). . . 379 

Des Agriopes (Agriopus, nob.) 38o 

L'Agriope lisse (Agriopus torvus , nob.) 382 

L'Agriope verruqueux (Agriopus verrucosus , 

nob. ) 387 91 

L'Agriope du Pérou (Agriopus peruvianus, nob.) 389 

CHAPITRE XIII. 
Des Apistes et des Minous (Apistus et Mi- 

nous, nob.) 391 

Des Apistes Ibid. 



TABLE. XX11J 

Pages. Planch» 

J pistes à corps écailleux , h rayon libre sous 

les pectorales 3 9 2 

L'Apiste à longues pectorales (Jpistus alatus,n.) Ibid. 
L'Apiste caréné (Jpistus carinatus , nob.; Scor- 

pœna carinala , Bl.) 3 9 5 

L'Apiste des Israélites (Jpistus Israelitarum , 

Ehrcnb.) 3 9 6 

J pistes écailleux sans rayons libres 398 

L'Apiste austral {Jpistus australis, nob.; Cottus 

auslralis, J. Wbite) Ibid. 

L'Apiste vive (Jpistus trachinoides , nob.).. . . 401 92 
L'Apiste dragonne (Jpistus dracœna, nob.).. . 403 
L'Apiste tsenianote (Jpistus tœnianotus, nob.). 404 
L'Apiste à longue épine (Jpistus longispinis , 

nob.; Scorpœna spinosa, Grael.?) 408 

L'Apiste brun-verdâtre (Jpistus fusco-virens, 

Quoy et Gaym.) 409 

L'Apiste chaboisseau (Jpistus cottoides, nob.; 

Perça cottoides, Linn.) 4 10 

L'Apiste de Bougaiuville (Jpistus Bougai/willii , 

nob. ) 4 1 * 

L'Apiste de Bélenger (Jpistus Belengerii, nob.). 4 1 2 
L'Apiste à barbillons (Jpistus barbatus, nob.). 41 3 

yj 'pistes sans écailles 4i5 

L'Apiste noir (Jpistus niger, nob.) Ibid. 

L'Apiste marbré. (Jpistus marmoralus , nob.). 416 

Des Minous 420 

Le Minoiis woora (Minous woora, nob.; Woora- 

minoo, Russ.) 421 

Le Minous monodactyle (Minous monodacljlus , 

nob.; Scorpœna monodactjla , Bl. Scbn.). . 424 9 5 



XXIV TABLE. 

CHAPITRE XIV. 

Page». PUntli. 

Des Pélous (Pelor, nob.) 427 

Le Pélor à filamens (Pelor Jilamentosum , nob.). 428 94 

Le Pélor tacheté (Pelor maculatum , nob.). ... 434 
Le Pélor obscur (Pelor obscurum, nob.; Scor- 

pœna didactjla , Pall.) 4 36 

Le Pélor du Japon (Pelor japonicum, nob.). . 437 93 

CHAPITRE XV. 
Des Synawcées (Synanceia , Bl. Scbu.) 440 

La Synancée horrible ou Sorcière (Sjnanceia 

horrida, Bl. Schn.; Scorpœna horrida, Linn.) Ibid. 
La Synancée brachion (Sjnanceia brachio, nob.; 

Scorpène brachion, Lacép.) 447 

La Synancée double -filament (Sjnanceia bica- 

pillata, nob. ; Scorpène double-filament, Lac.) 4 5 4 
La Synancée alongée (Sjnanceia elongala, nob.). 456 
La Synancée uranoscope (Sjnanceia uranos- 

copa, Bl. Schn.) 4^8 

La Synancée rongée (Sjnanceia erosa, Langsd.) 459 96 

CHAPITRE XVI. 

DU MONOCENTRIS ET DE lTIoPLOSTETHE 46 1 

Du Monocentris, et particulièrement du Mono- 
centris du Japon (Monocentris japonicus , Bl. 
Schn.) JMA 97 

De l'Hoplostèthe (Hoplostethus, nob.), et 
particulièrement de l'Hoplostèthe de la Médi- 
terranée (Hoplostethus mediterraneus , nob.). 469 97k 



TABLE. XXV 

CHAPITRE XVII. 

Pages. Planch. 

Des Épinoches (Gasterosteus , Linn.) 479 

L'Epinoche à queue nue et l'Epinoche à queue 
armée (Gasterosteus leiurus et Gasterosteus 
trachurus, nob. ; Gasterosteus aculeatus, Linn.) 481 98 

L'Epinoche demi -armée (Gasterosteus semiar- 
matus , nob.) 493 

L'Epinoche demi-cuirassée (Gasterosteus semilo- 
ricatus , nob.) , 494 

Des poissons étrangers voisins des Epinoches 
à trois épines 498 

L'Epinoche à opercule argenté (Gasterosteus ar- 
gyropomus , nob.) Ibid. 

L'Epinoche à courtes épines (Gasterosteus bra- 

chjcentrus , nob.) 499 Ibid. 

L'Epinoche à quatre épines (Gasterosteus tetra- 

canthus , nob.) Ibid. 

L'Epinoche porte-obole (Gasterosteus obolarius, 
nob.; Gasteracanihus calaphractus , Pall. ). 5 00 

L Epinoche de New-York (Gasterosteus noi>ebo- 

racensis , nob.) 5o2 Ibid. 

L'Epinoche noire (Gasterosteus niger, nob.). . 5o3 

L'Epinoche à deux épines (Gasterosteus biacu- 
ieatusj Penn., Sh. et Miteh.) Ibid. 

L'Epinoche à quatre aiguilles (Gasterosteus aua- 
dracus , Mitch.) 604 

L'Epinoche à bassin fendu (Gasterosteus a pel- 
les , nob.) 5o5 • 

L'Epinochette, ou petite Epinoche d'Europe à 
neuf épines (Gasterosteus pungilius , Linn.). 5 06 



XX\j TABLE. 

f , , Page*. PUnefc. 

L'Epinochette de Terre-Neuve (Gasterosteus 
occidentalis , nob.) 509 

Le Gastré. ou Epinoche de mer à museau alongé 
(Gasterosteus spinac/iia, Linn.) Ibid. 

CHAPITRE XVIII. 

De l'Oréosome (Oreosoma , nob.), et particu- 
lièrement de l'Oréosome de l'Atlantique (Oreo- 
soma atlanticum, nob.) 5 1 5 99 



AYIS AU RELIEUR 

POUR PLACER LES PLANCHES. 



72. Trigla lucerna vis-à-vis la page 76 

73. Trigla papilio, et 77. Cephalacanthus 82 

74. Prionotus tribulus 100 

75. Peristedion calaphraclum * 1 2 

76. Dactjloplerus orientalis *36 

77. Vid. sup. 73. 

78. 6o«u.y bubalis 166 

79. Cottus ventralis et Coltus claviger 196 

80. Aspidopliovus quadricornis 222 

8 1 . Hoplichikys Langsdorfii 266 

8 2 . Platjcephalus asper 258 

83. Bembras japonicus 284. 

84. Hemitriplerus americanus 274 

85. Hemilepidotus Tilesii 280 

86. Scorpœna grandicornis 3 10 

8 7 . Sebastes norvégiens 336 

88. Pterois volitans 36o 

89. Tœnianoius iriacanlhus 372 

90. Blepsias trilobus 378 

91. Agriopus verrucosus 388 

92. A 'pistas tracliinoides , et 95. Minons monodac- 

tylus 426 

93. Pelor japonicum 438 

94. Pelor fdameniosum 4^4 

g5. Vid. sup. 92, 



g 6. Sjnanceia erosa vis-à-vis la page 460 

97. Monocentris carinata 468 

9 7 bis. Hoplostetus méditer raneus. l 

98. Gasterosteus trachurus, brachycentrus , novebo- 

racensis , leiurus 49-2 

99. Orcosoma coniferum 5i8 



1. Cette planche sera délivrée avec le volume suivant. 



HISTOIRE 

DES POISSONS. 

LIVRE QUATRIÈME. 

DES ACANTHOPTÉRYGIENS A JOUE 
CUIRASSÉE. 

Il est un certain nombre de poissons qui, 
par l'ensemble de leur conformation, se rap- 
prochent de la famille des perches , mais 
auxquels l'aspect singulier de leur tête diver- 
sement armée ou hérissée donne une physio- 
nomie propre qui les a toujours fait classer 
dans des genres spéciaux. Ce sont les trigles 
ou grondins, les cottes ou chabots et les scor- 
pènes ou truies de mer. Les rapports de ces 
genres les uns avec les autres *>ont des plus 
sensibles, et néanmoins il n'est pas facile de 
déterminer un trait d'organisation qui , à la 
fois, leur convienne à tous, et les distingue du 
reste des acanthoptérygiens. Celui que nous 

4- 



2 LIVRE QUATRIÈME. 

indiquons par les mots de joue cuirassée, 
réunit peut-être seul ces deux avantages. Il 
consiste en ce que les sous-orbitaires, ou l'un 
d'entre eux, se portent assez loin sur la joue 
pour la couvrir plus ou moins sur sa longueur, 
et pour s'articuler par leur extrémité posté- 
rieure avec le préopercule. 

Le plus ou moins de largeur de cette pro- 
duction des sous-orbitaires fait varier l'éten- 
due de la protection qu'ils donnent à la joue, 
et la forme qu'en reçoit la tête. 

Dans les trigles, la tête, dont les côtés sont 
presque verticaux et dont le museau tombe 
rapidement de l'avant, prend une forme qui 
approche d'un cube ou d'un parallélépipède. 
Dans les cottes, la ligne du profil descend 
peu, les côtés s'écartent à droite et à gauche, 
et la forme générale de la tète est plus ou 
moins écrasée. Dans les scorpènes, au con- 
traire, cette forme est généralement compri- 
mée. Ajoutez que les trigles et la plupart des 
cottes ont deux dorsales, et que les scorpènes 
n'en ont qu'une; enfin, que les trigles ont des 
rayons libres au-dessous des nageoires pecto- 
rales ; que les scorpènes et les cottes ont au 
moins plusieurs des rayons inférieurs de ces 
nageoires sans branches, et même que dans la 
plupart des scorpènes ces rayons non branchus 



ACANTHOPTÉRYGIENS A JOUE CUIRASSÉE. 5 

dépassent en partie la membrane, et l'on aura 
une idée assez juste des trois principaux genres 
de cette famille, de ceux que Liunaeus y avait 
établis; mais il est arrivé par suite de temps, 
comme dans les autres familles, que ces trois 
formes principales se sont divisées en plusieurs 
formes secondaires, et que l'on a trouvé des 
formes intermédiaires de nature à être placées 
entre les premières, et même quelques formes 
à certains égards excentriques qui, tout en 
montrant beaucoup d'affinité avec l'ensemble 
de la famille, n'en conservent pas cependant 
tous les caractères. 

Ainsi l'on a dû détacher des trigles les prio- 
notes, qui ont de plus queux des dents en 
velours aux os palatins; les péristédions ou 
malarmats, qui n'ont point de dents du tout, 
et dont le corps est cuirassé, et surtout les 
dactjloptères , dont les rayons inférieurs des 
pectorales, au lieu de demeurer libres, se 
multiplient, s'alongent et s'unissent par une 
membrane, pour former une espèce d'aile. 

Auprès des trigles viennent se placer les 
céphalacanthes , qui ont une tête de dacty- 
loptère et des pectorales de scorpène. 

Les aspidophores et les platycéphales sont 
des démembremens des cottes : les premiers 
ont le corps cuirassé, les autres la tête très- 



4 LIVRE QUATRIÈME. 

aplatie, et les ventrales sous l'abdomen. Il y a 
même une subdivision des aspidophores dans 
laquelle on ne voit qu'une dorsale. 

Entre les cottes et les scorpènes se rangent 
plusieurs petits genres, tels que : les hémilépi- 
dotes , qui ont la tête aplatie des premiers, 
la dorsale unique des autres ; les hémitrip- 
teres, qui, avec cette tête aplatie, et même 
la dorsale divisée des cottes , ont des barbil- 
lons et des dents aux palatins , comme les 
scorpènes. 

Il a été également nécessaire de faire plu- 
sieurs démembremens dans le genre des scor- 
pènes. Les blepsias ont une haute dorsale à 
demi divisée. Dans les tœnianotes elle se 
porte jusque sur le dessus de la tête et s'unit 
à la caudale. Les a pistes se distinguent par 
un aiguillon qui arme leur sous-orbitaire, et 
qu'ils redressent quelquefois d'une manière 
perfide. Les sébastes se rapprochent de plu- 
sieurs genres de la famille des perches , par 
une tète moins hérissée , et écailleuse dans 
presque toutes ses parties. Les ptéroïs sont 
des scorpènes dont les rayons pectoraux et 
dorsaux s'alongent excessivement, et qui d'ail- 
leurs manquent de dents aux palatins. Dans 
les pélors s'unissent à cette même absence 
de dents aux palatins, à une absence totale 



ACANTHOPTÉRYGIENS A JOUE CUIRASSÉE. 5 

d'écaillés, des formes pour ainsi dire mons- 
trueuses, et des rayons libres sous les pecto- 
rales, comme il y en a dans les trigles. 

Mais le genre qui s'éloigne surtout des scor- 
pènes, bien qu'on l'y ait long- temps réuni, c'est 
celui des synancées, non moins hideux que 
les pélors, également dépouillé d'écaillés, dont 
aucun rayon pectoral n'est simple, et qui sur- 
tout manque de dents au vomer, aussi bien 
qu'aux palatins; en sorte que son palais entier 
est lisse comme dans les sciènes et dans les 
spares. 

Deux genres nouveaux viennent encore se 
placer à la suite de tous les démembremens 
des scorpènes : ce sont les agriopes et les 
lépisacanthes. 

Les premiers ont la longue dorsale, portée 
en avant, des taenianotes; mais leur museau 
saillant et étroit est presque dépourvu de 
dents : les autres sont singulièrement cuiras- 
sées par des écailles épaisses carénées et d'une 
structure toute particulière. 

Uoréosome est bien plus singulier encore : 
une douzaine de boucliers coniques hérissent 
son corps, et s'y présentent en quelque sorte 
comme des montagnes sur un globe. 

Peut-être ne se doute-t-on point que les 
épinoches, ces jolis poissons, communs dans 



6 LIVRE QUATRIÈME. 

tous nos ruisseaux, appartiennent à cette fa- 
mille, dont les autres genres ont des formes 
si bizarres 5 mais rien n'est plus vrai. Leur joue 
est aussi cuirassée , et tout leur ensemble en 
fait une sorte de lien entre les scorpènes, les 
aspidophores et la grande famille des scom- 
béroïdes. 

Nous joignons ici le tableau de tous ces 
genres, disposés dans un ordre synoptique, 
et de manière à en faciliter l'étude, comme 
nous l'avons fait pour la famille des percoïdes, 
mais en y ajoutant la même observation : c'est 
que ce n'est pas dans ces sortes de tables qu'il 
faut chercher les véritables rapports de ces 
animaux, et que l'on ne peut en prendre une 
connaissance complète que par les détails ex- 
térieurs et intérieurs contenus dans leurs des- 
criptions. 



ACANTHOPTÉRYGIENS A JOUE CUIRASSÉE. 7 

POISSONS OSSEUX. 

A CANTHOP TER YGIENS. 

JOUES CUIRASSEES. Les sous-orbitaires recouvrant une portion 
plus ou moins grande de la joue, et s'articulaut avec le préo- 
percule. 

Sans rayons épineux libres en avant de la dorsale. 
A deux dorsales. 

A tête parallélépipède. 

Des rayons libres sous la pectorale. 
Trigies. Corps écailleux ; des dents en velours aux mâchoires 

et au-devant du vomer. 
PRIONOTES. Corps écailleux ; des dents en velours aux mâchoi- 
res , au-devant du vomer et aux palatins. 
MALARMATS. Corps cuirassé; pas de dents. 
De très-longs rayons sous les pectorales, réunis en une 
grande nageoire, qui sert d'aile. 
Dactyloptères. Tête plate, grenue; une très-longue épine au 
bas du préopercule. 

Point de rayons séparés sous les pectorales. 

CÉPHALACANTHES. Mêmes formes de tête qu'aux dactyloptères. 
A tête ronde ou déprimée. 
Ventrales sous les pectorales. 

Cottes. Dents en velours aux mâchoires et au-devant du vomer; 

corps sans écailles. 
HÉMITRIPTÈRES- Dents en velours aux mâchoires, au vomer et 
aux palatins; corps garni de lambeaux cutanés; la première 
dorsale profondément échancrée. 
Bembras. Dents en velours aux mâchoires, au vomer et aux 

palatins; tête peu déprimée; corps écailleux. 
AsPlDOPHORES. Pas de dents au palais ; corps cuirassé. 
Ventrales en arrière des pectorales. 
Platycephai.es. Tête très-déprimée, épineuse; corps écailleux; 
des dents aiguës aux palatins. 

A une seule dorsale. 
A tête comprimée. 

Des dents en velours aux mâchoires, au vomer et aux 
palatins. 

HÉMlLÉPrDOTES. Six rayons aux ouïes ; corps écailleux sur 

quelques bandes longitudinales. 
Blepsias. Cinq rayons aux ouïes ; dorsale trilobée ; corps eu , 

avec des lambeaux cutanés, 



LIVRE QUATRIÈME. 

Apistes. Six rayons aux ouïes; une épine, au sons-orbitaire , 
qui peut se redresser. 

Scorpèfes. Sept rayons aux ouïes ; corps écailleux ; joues et 
mâchoires sans écailles; des lambeaux cutanés. 

SÉBASTES. Sept rayons aux ouïes; corps, joues, mâcboires écail- 
leux. 
Des dents aux mâchoires et au-devant du vomer, mais 
non aux palatins. 

Pteroïs. Sept rayons aux ouïes ; de très-longs rayons aux 
pectorales et à la dorsale. 

Quelques petites dents aux mâchoires seulement. 
Agriopus. Corps comprimé; dorsale haute, commençant entre 
les yeux; bouche petite , saillante. 

A tête grosse, comme monstrueuse ; les yeux dirigés vers 
le ciel. 
Des dents en velours aux mâchoires et au-devant du 
vomer. 

PÉLORS. Tête comme écrasée en avant; des rayons libres sous 
les pectorales. 

Des dents aux mâchoires seulement, aucunes au vomer 
ni aux palatins. 
SïNANCÉes. Tête grosse, tuberculeuse. 
J)es épines libres au lieu de première dorsale. 

Corps couvert de grandes écailles imbriquées; huit rayons aux 
ouïes. 

MONOCENTRIS. 

Corps garni de plaques le long de tout ou partie de la ligne 
latérale ; trois rayons aux ouïes. 

ÉPIISOCHES. Les os du bassin réunir. 
GastRÉs. Les os du bassin écartés. 



CHAP. I. TRIGLES. \J 

CHAPITRE PREMIER. 

Des Trigles {Trigla, Linn.), et particu- 
lièrement des Trigles proprement dits 
{Trigla, Lacép.). 

Le nom grec de trigla {rçiyhvi), aujourd'hui 
en italien trillia, appartient incontestablement 
au rouget-barbet, au mullus des Latins; mais 
Artedi avait réuni dans un même genre ce 
rouget-barbet, ce vrai trigla des anciens, avec 
les poissons dont nous allons parler : et lors- 
que Linnœus les sépara, il laissa au premier le 
nom de mullus, et transféra celui de trigla 
aux autres, contre l'usage le plus général des 
anciens. Nous disons , l'usage le plus général ; 
car il n'est peut-être pas un ancien nom de 
poisson plus certain que celui-là, ainsi que 
nous l'avons vu au chapitre qui termine le 
volume précédent; et toutefois il parait que, 
dès les plus anciens temps, la ressemblance de 
couleur avait aussi fait transporter en quel- 
ques endroits , à l'un des poissons dont nous 
parlons dans cet article , le nom de trigla , 
comme on leur donne à Paris celui de rouget, 
qui est proprement celui des mulles. 



1 LIVRE QUATRIÈME. 

Typhon , en effet, dans Athénée 1 , dit que 
quelques-uns confondaient le mulle (trîgla) 
et le coucou : or le nom de coucou et celui 
de lyre sont du nombre de ceux que l'on a 
cru pouvoir appliquer à nos trigles actuels. 

La première de ces dénominations paraîtra 
toutefois mieux prouvée que l'autre. Aristote 
et iElien, qui seuls ont parlé de la lyre (àu^) 2 , 
se bornent à lui attribuer en commun, avec le 
chromis, de faire entendre un certain bruit 
ou grognement, ce qui peut se dire de beau- 
coup de poissons. 

Quant au coucou [k'oxku£), Aristote 3 n'en 
dit autre chose, sinon que le bruit qu'il fait 
ressemble à celui de l'oiseau du même nom, 
et 4 qu'il vit à la fois dans la haute mer et près 
des rivages ; mais il y a des caractères plus 
positifs dans , Numenius , cité par Athénée, 
qui lui donne l'épithète de rouge, couleur en 
effet très-marquée dans plusieurs trigles, et 
dans Mcircellus Sidetes, qui lui applique celle 
d'bgvKofxoç (poils aigus), où l'on peut voir une 
allusion aux épines dont leur tête et une 
partie de leur corps sont hérissées. 

Ce rapport même, établi, selon Typhon, 

1. Deipnos, 1. VII, p. m. 324 et 325. — 2. Aristote, Hist. 
anim., 1. IV, c. 9 ; jElien , 1. X, c. 11. — 3. Hist. anim., I. IV, 
c. 9. — 4. L.VIII, c. i3. 



CHAP. I. TRIGLES. \\ 

entre le coucou et le mulle, peut être allégué 
en preuve. Il faut qu'il soit bien naturel, puis- 
que le peuple de nos jours l'a saisi comme 
celui de l'antiquité. 

Des motifs encore plus vraisemblables ont 
fait penser que c est dans le genre de nos tri- 
gles que l'on doit chercher l'hirondelle de mer 
des anciens, et peut-être aussi leur milan. 

Uhirondelle surtout , dont le vol est repré- 
senté comme puissant " , qui ressemblait aux 
coucous et aux mulles 9 , et qui était armée de 
longues épines 3 , ne peut guère être que le 
dactyloptère [tripla volitans, L.)$ car l'exocet, 
auquel on a aussi voulu rapporter ce nom, 
n'a pas d'épines, et ressemble aux harengs 
beaucoup plus qu'aux trigles ou aux mulles. 
On doit croire plutôt que c'est le theutis 
d'Mien et d'Oppien , dont le vol était plus 
puissant encore que celui de l'hirondelle, qui 
volait en troupes et très -haut, comme les 
oiseaux 4 . Les Latins ont traduit quelquefois 
revois par lolligo, dont on fait aujourd'hui 
le nom du calmar, et Pline 5 semble en effet 
placer ce lolligo auprès des seiches ; mais en 
supposant que le calmar s'élève hors de l'eau, 

1. Aristote, 1. IV, c. 9. — 2. Speusippus, ap. Athen., 1. VII, 
p. 3a4. — 3. Oppien, Hal, I. II, v. 45g. — 4. M., ib., v. 43i, 
et ^Elien. Hùt. an.,\. IX, c. 52. — 5. Pline, l.VHI, c. 29. 



12 LIVRE QUATRIÈME. 

assurément il ne peut avoir un vol semblable 
à celui qu'on attribue au rsvOiç. 

L'épervier (&£«£) et les milans [milvus et 
milvago) ne sont pas aussi faciles à déter- 
miner. 

Le vol de l'épervier est inférieur à celui 
de l'hirondelle et du teuthis ; il rase la mer, 
et tient le milieu entre un vol véritable et 
la natation. x 

Le milvago annonce un changement de 
temps chaque fois qu'on le voit volant au- 
dessus de l'eau. 2 

Pour le milvus, le passage qui le concerne, 
dans Pline, est susceptible de divers sens, 
suivant qu'on le ponctue. Dans les premières 
éditions l'absence d'un point faisait regarder 
ce poisson comme identique avec le lucerna, 
nommé dans la période suivante , et dont la 
langue serait lumineuse. On a pensé depuis 
qu'il faut réduire à la faculté de voler tout 
ce qui est dit du milvus, et que le lucerna 
est un autre animal 3 . Il est à croire, en effet, 

1. Oppien, Bal., v. 435; iElien, Hist. an., 1. IX, c. 52. 

2. Idem, 1. XXXII, c. 2. 

3. Pline, 1. IX, c. 27. Au lieu de : Volitat hirundo perquam 
similis volucri hirundini : item milvus subit in summa maria, 
piscis ex argument appellatus lucerna, lingua ignea per os exserta 
tranquillis noctibus relucet , il faut écrire : item milvus. Subit in 
summa maria, piscis, etc. 



CHAP. I. TRIGLES. 13 

qu'il s'agit là de quelque mollusque ou zoo- 
phyte phosphorique , et qu'on ne doit point 
chercher ce lucerna parmi les trigles ; car, si 
Ton excepte ce que l'on a conclu de cette 
fausse leçon, je ne vois pas qu'aucun témoin 
oculaire ait observé en eux la faculté de luire, 
si ce n'est, comme dans les autres poissons, 
quand ils se décomposent. 

Un dernier caractère attribué au mifous, 
est le dos noir; et nigro tergore milvi 1 , et 
peut-être ce trait pourrait- il faire porter les 
conjectures sur le perlon ( trigla hirundo , L. ), 
dont le dos est brun , et auquel ses grandes 
pectorales ont pu faire attribuer le pouvoir 
de s'élever au-dessus des eaux. Peut-être 
aussi, et c'est malheureusement à quoi abou- 
tissent à la fin toutes ces recherches , ces noms 
ont-ils été employés diversement, et sont-ils 
quelquefois synonymes les uns des autres. 

Il aurait été facile aux anciens naturalistes 
de donner plus de certitude à cette nomen- 
clature, car les trigles ont deux caractères des 
plus distinctifs ; leur tête cuirassée , large en 
dessus , dont le front et les côtés descendent 
rapidement et presque verticalement, ce qui 
leur donne au total une forme approchant d'un 

1. Ovide, Halieut., v. 96. 



\A LIVRE QUATRIÈME. 

cube ou d'un parallélépipède -, et les rayons 
libres placés au-dessous de chacune de leurs 
pectorales. Mais ces auteurs donnaient peu 
d'attention aux détails de structure : ils sem- 
blent avoir cru non-seulement que leur langue 
ne mourrait point , mais que ceux qui la par- 
leraient s'entendraient toujours sur les déno- 
minations des êtres naturels , et qu'il était 
inutile de fixer le sens des noms par des ca- 
ractères pris dans les choses mêmes. C'est cette 
erreur de leur jugement qui inflige aujour- 
d'hui tant de tortures aux critiques curieux 
de ces sortes de questions , et si nous-mêmes 
nous en occupons nos lecteurs, peut-être 
plus qu'il ne serait nécessaire pour l'histoire 
naturelle proprement dite , c'est dans la vue 
de leur faire sentir combien tout cet écha- 
faudage méthodique des naturalistes moder- 
nes a d'importance, et quel service ses inven- 
teurs ont rendu , malgré tout ce qu'en ont 
pu dire BufFon et ceux qui n'ont pas dédaigné 
de se faire ses échos. 

De tous les poissons à joues cuirassées, les 
trigles sont ceux où elle lest le mieux. Leur 
premier sous-orbitaire est énorme, et la cou- 
vre entièrement , s'articulant d'une part avec 
le museau, et de Vautre avec le préopercule 
et deux sous-orbitaires plus petits, placés à 



CHAP. I. TRIGLES. 15 

l'angle postérieur de l'orbite. Son articulation 
avec le préopercule se fait même par suture 
immobile, en sorte que les sous-orbitaires 
et le préopercule ne peuvent se mouvoir 
qu'ensemble. Dans les jeunes sujets ce pre- 
mier sous-orbitaire se divise lui-même en deux 
pièces , une pour le museau , l'autre pour la 
joue. 

Leur museau se forme aussi par la suture 
immobile des frontaux antérieurs, des nasaux, 
de l'extrémité antérieure de l'ethmoïde, qui 
s'élargit en disque , et même dans les espèces 
ordinaires de celle du vomer, qui se montre 
un peu sous la peau entre les nasaux. Au- 
devant de tout cet assemblage se porte en- 
core la partie antérieure du sous-orbitaire, 
qui s'y produit en proéminence plus ou moins 
saillante. 

Le préopercule est grand et plus ou moins 
élargi dans le bas, mais l'opercule est médio- 
cre ; le sous- opercule et l'interopercule sont 
petits, minces et cachés dans la membrane 
qui borde l'opercule. 

Toutes ces pièces osseuses , ainsi que celles 
qui composent le dessus du crâne , et même 
celles de l'épaule , sont dures , grenues ou 
striées , souvent armées d épines et d'arêtes 
tranchantes; en sorte que peu de poissons ont 



46 LIVRE QUATRIÈME* 

la tète aussi bien garantie contre les attaques 
de leurs ennemis. 

Les ouïes sont bien tendues et leur mem- 
brane est soutenue par sept rayons. Les râte- 
lures des arcs branchiaux ne consistent qu'en 
tubercules couverts d'un velours ras. 

La bouche est médiocre; elle s'ouvre sous 
la proéminence du museau, et quand elle se 
ferme, les maxillaires se retirent sous les sous- 
orbitaires. 

Les dents des pharyngiens sont toujours 
en velours ; mais pour celles des mâchoires et 
du palais, il y a des variétés plus qu'il n'est 
ordinaire dans les làmilles naturelles ; et c'est 
principalement sur leurs différences que nous 
fondons les divisions que nous avons établies 
dans le grand genre des trigles. 

Les pectorales sont grandes, et assez dans 
quelques espèces pour leur donner la faculté 
de s'élever en l'air pendant quelques iustans 
et d'exécuter, comme nous lavons dit, une 
espèce de vol. Il se détache de leur partie in- 
férieure des rayons libres , plus gros que les 
autres, articulés, mais non branchus, et où 
l'on voit plus aisément la division en deux 
filets, commune à tous les rayons. 

Ces pectorales s'attachent à l'épaule par six 
os plats, dont deux, savoir, le radial et le eu- 



CHAP. I. TRIGLES. 17 

bital, adhèrent à l'os humerai, et sont chacun 
percés d'un trou; le cubital est le plus grand. 
Les quatre autres , dont le supérieur est le 
plus petit , représentent le carpe, et portent 
les rayons; savoir, les deux supérieurs, ceux de 
la nageoire, et les deux inférieurs, les rayons 
libres. L'étendue de cet appareil donne plus 
de force aux muscles de ce membre. 

Il en est de même pour le membre infé- 
rieur. Les os du bassin forment ensemble un 
disque rhomboïdal assez large, dont la moitié 
postérieure se porte en arrière entre les ven- 
trales : l'antérieure a ses bords perpendicu- 
laires à son plan, et souvent une arête ou une 
apophyse dans son milieu , disposition qui 
donne place à des muscles plus épais pour les 
ventrales, lesquelles sont aussi généralement 
grandes. 

x\ ces dispositions favorables à la natation 
se joint la forme de leur corps, qui est alongé, 
rond ou peu comprimé, aminci vers la queue : 
ils ont une première dorsale épineuse , plus 
élevée, et une seconde plus basse et plus lon- 
gue ; toutes les deux sont implantées dans 
une espèce de sillon garni de deux rangs 
d'écaillés ou plutôt de lames osseuses , qui 
sont des dilatations des os interépineux, et 
qui se terminent le plus souvent en pointe en 

4. 



1 8 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

arrière , ce qui donne alors aux bords de ce 
sillon la denture dune scie. 

Il y a beaucoup de variétés pour les écailles, 
particulièrement pour celles de la ligne laté- 
rale. Quelquefois, comme dans les m alarma ts, 
les écailles sont remplacées par de véritables 
plaques osseuses, qui cuirassent tout le corps. 

Les filets libres sous les pectorales, qui ca- 
ractérisent les trigles, doivent leur former un 
organe de tact très-sensible 5 car les nerfs qui 
s'y rendent sont gros, et ils naissent même, 
ainsi que ceux du reste de l'extrémité anté- 
rieure , sous des tubercules particuliers , au 
nombre de quatre ou cinq de chaque coté, 
placés sur l'origine de la moelle épinière, à la 
suite des tubercules ordinaires de l'arrière du 
cervelet. Cette structure est entièrement pro- 
pre à ce grand genre. Du reste leur cerveau se 
compose, comme à l'ordinaire, de deux paires 
de lobes supérieurs, une pleine et une creuse, 
dune paire inférieure et du cervelet. La paire 
pleine ou antérieure est grande proportionnel- 
lement, et a en avant encore un petit nœud à 
la racine supérieure des nerfs olfactifs. La paire 
creuse a en dedans les quatre petits tubercules 
ou replis ordinaires, dont les postérieurs sont 
les plus grands et se replient un peu en arc. 

Le nerf olfactif est petit, mais l'optique est 



CHAP. I. TRIGLES. 19 

gros et se laisse aisément déplisser en mem- 
brane. 

Les intestins des trigles consistent en gé- 
néral en un estomac en cul-de-sac, en plu- 
sieurs appendices cœcales et en un canal in- 
testinal diversement replié. Ils ont tous une 
vessie natatoire, mais les formes et les pro- 
portions de ces viscères sont assez variées 
pour que nous devions en reprendre la des- 
cription dans Ihistoire de chaque espèce. 

Ces espèces sont nombreuses. Nos mers, et 
surtout la Méditerranée, en possèdent jusqu'à 
huit, et il en est déjà venu quelques-unes de 
la mer des Indes. 

On ne doit pas, toutefois, compter dans ce 
genre le trigla asiatica de Linnaeus, ou trigle 
asiatique de M. de Lacépède. Cette prétendue 
espèce est bien sûrement un polynème, et ne 
paraît pas différer de notre polynemus tetra- 
clactylus, ainsi que nous lavons vu à son arti- 
cle. Il en est de même du poisson que Forster 
avait nommé aussi trigla asiatica, et dont 
M. Schneider a fait son trigla pentadactyla. 
D'après le dessin de Forster, que nous avons 
sous les yeux, cest le polynemus plebeius. Le 
trigla minuta de Linnaeus, qui est également 
annoncé comme asiatique , parait être un vrai 
trigle ; mais ce que fauteur dit de ses carac- 



20 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

tères l convient à tant d'espèces, et les nom- 
bres des rayons y sont comptés dune façon 
si contraire à ce que l'on voit dans les autres, 
que nous ne pouvons le croire bien déterminé, 
et que nous ne l'admettrons pas dans notre 
énumération. Nous n'y comprendrons pas non 
plus le trigla rubicunda d'Hornstedt 2 , ni les 
trigles à un seul doigt de Russel (n.° i5q), 
parce qu'ils appartiennent aux pélors et aux 
apistes, deux démembremens du genre des 
scorpènes, ni le trigla tracliinus de Schneider, 
ou trachinus trigloides d'Osbeck 3 , qui ne pa- 
rait qu'une vive dont les rayons sont mal 
comptés. Enfin, nous serons forcés encore d'o- 
mettre, faute de détermination suffisante, le 
trigla alata de Houttuyn, originaire du Japon, 
dont, pour n'avoir pas bien compris le texte 
de cet auteur, on a fait un dactyloptère, mais 

qui est un trigle proprement dit. 4 

, , , 

i. Trigla minuta, digitis tribus, dorso licarinato (D. 5 — 24; 
A. 14; C. 10; P. 3, 8; V. 6, etc.); Mantiss. aller., p. 528, et 
Syst. nat., édit. de Gmel., p. i346. 

2. Nouv. Mém. de l'Acad. de Stockholm , t. IX, p. 45, pi. 3. 

3. Osbeek, i\W. act. ac. cur. , t. IV, p. 102. Il met D. 4 — 14 
au lieu de 24 . 

4. Voici la traduction de l'article de Houttuyn (Mémoires de la 
Société de Harlem, t. XX, 2. 'part., p. 336). Nous la donnons 
pour montrer avec quelle facilité l'erreur la plus aisée à corriger 
se propage quand une fois elle est introduite dans un ouvrage 
même aussi peu digne d'être copié que celui de Gmelin : 



CHAP. I. TRIGLES. 21 

Ces trigles proprement dits ont les joues à 
peu près verticales et assez hautes pour rendre 

« 26. Trigla alata (rouget ailé). 

« Le genre trigla, que l'on distingue par trois barbillons libres, 
x semblables à des doigts, près de ses nageoires pectorales, com- 
« prend aussi, selon Linnseus, un poisson volant, auquel il at- 
« Iribue vingt doigts, réunis par une membrane. 

« J'en ai pareillement fait représenter en petit un très-grand 
« de ma collection, semblable, et qui est très-commun dans le* 
« climats méridionaux. 

« Le petit poisson du Japon, long d'à peu près quatre pouces, 
« que je décris ici, ressemble davantage à celui du Cap, dont j'ai 
« aussi publié une figure, d'après un dessin envoyé du Cap 1 ; car 
« il a la tête très-épineuse. Sa mâchoire supérieure a deux pointes 
<( aiguës et proéminentes, et il y en a de semblables à l'opercule 
« de ses branchies. Cependant les ailes, qui dans l'espèce du Cap 
(f paraissent avoir eu dix rayons, en ont onze dans celle du Japon, 
« aussi réunis par une membrane : elles sont plus longues, mais 
« pas assez pour que le poisson paraisse avoir été capable de voler 
« hors de l'eau ; c'est pourquoi je l'ai appelé simplement rouget 
« ailé. La première dorsale a sept rayons épineux et pointus, et se 
s couche, ainsi que la seconde, dans un sillon osseux, formé le 
« long du dos par deux suites d'écaillés aiguës. L'anale, qui s'étend 
« sous la queue, m'a montré quatorze rayons, et la caudale au- 
« tant; les ventrales en ont six, comme à l'ordinaire. » 

Gmelin 2 a fait de cette description incomplète un extrait, lui- 
même comparativement très-incomplet, où de plus il a mis au lieu 
de mâchoire supérieure (boven-kauk) , mâchoire inférieure. Lui seul 
a été consulté et copié; et c'est ainsi que l'on a traîné, d'ouvrage ers 
ouvrage, soit un trigla alata 3 , soit un dacfjloplère japonais 1 *, dont 
la mâchoire inférieure serait armée d'épines, etc. 

i. Dans sa traduction hollandaise du Système de Linnaeus, pi. 63, 
fig. 4. C'est un vrai trigle, probablement noire capensis- 

2. Gmelin, Syst. Linn., p. 1846. — 3. Walbaum, Aitedi renovatus , 
t. III, p. 374; Bloch , édit. de Schn., p. 12; Sbaw, Gêner. Z00L, t. IV, 
2.' part., p. 624. — 4. Lacépède, t. III, p. 335, et les divers diction 
naires d'histoire naturelle 



22 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

la coupe transverse de leur tête, à l'endroit 
des yeux par exemple, à peu près carrée. Leur 
museau descend plus ou moins obliquement; 
leurs doigts libres, sous les pectorales, sont 
toujours au nombre de trois : ils ont des dents 
en velours aux deux mâchoires, sur une bande 
au-devant du vbmer et aux pharyngiens; mais 
ils en manquent aux palatins et sur la langue. 
Leur ligne latérale est droite, et se prolonge 
toujours sur la caudale, en s'y bifurquant. Ils 
varient entre eux par l'armure de cette ligne 
latérale, par celle des bords de leur sillon 
dorsal, par le plus ou moins de longueur des 
épines de leur tête et de leur épaule, ainsi que 
par celle de leurs pectorales; mais au milieu de 
toutes ces variations ils conservent toujours 
un air de famille, qui a porté plusieurs auteurs 
à les confondre et à mêler diversement leurs 
caractères et leurs déterminations, au point 
que leur synonymie est devenue assez difficile 
à établir. 

Tous ces poissons , quand on les tire de 
l'eau , font entendre un bruit ou grognement 
plus ou moins fort, et c'est ce qui leur a 
valu en français les noms de grondins , de 
gronans, de gurnards, de gourlins, sous les- 
quels leurs diverses espèces sont connues. On 
donne aussi à Paris , comme nous lavons 



CHAP. I. TR1GLES. 23 

déjà remarqué, le nom de rouget à deux 
espèces rouges, et en divers ports on 1 étend 
à toutes les espèces de cette couleur. On les 
a enfin comparés à des coqs, ce qui leur a 
valu les noms de gallines , gallinettes , coqs 
de nier, etc. 

C'est, dit-on, la grosseur de leur tête qui en 
a fait appeler quelques-uns en Italie capone. 
A Venise leur nom générique est anzoletto. 

Mais lemploi de ces différentes dénomi- 
nations est fort irrégulier et fort variable, selon 
les lieux, et même dans chaque lieu selon 
les temps et les personnes , et il n'y faut pas 
faire grande attention dans la détermination 
des espèces. 

DES TRIGLES A CORPS CERCLÉ. 

Nous placerons en tête du genre deux es- 
pèces de nos mers, dont le corps est cerclé, 
en tout ou en partie , de lignes résultant de 
la disposition des écailles, ou de ce que les 
naturalistes nomment squamœ verticillatœ. 

Elles abondent lune et F autre, en certaines 
saisons, et ensemble, sur les marchés de Paris, 
où Tune des deux, qui a le museau plus alongé, 
des lignes trans verses sur le flanc seulement, 
et la ligne latérale non armée, se nomme plus 



LIVRE IV. JOUES CUIRASSEES. 



spécialement rouget ou rouget commun, et 
où l'autre, qui a le museau plus court, la 
ligne latérale épineuse , et des cercles tout 
autour du corps , est appelée rouget camard. 

Les auteurs qui ont parlé de ces deux es- 
pèces les ayant assez mai distinguées, soit 
l'une de l'autre , soit des espèces voisines, il 
est nécessaire, pour la clarté de notre travail, 
que nous commencions par les comparer et 
par débrouiller leur synonymie. 

Le rouget camard, dont on pourrait déjà 
se faire une idée fort juste par la figure de 
Rondelet (p. 295), intitulée mulle imberbe 
et imbriago , est le cuculus lineatus de Ray 
(Sjnops. pisc., ng- n), et le trigla lineata 
de Pennant et de Gmelin. Bloch en a donné 
sous ce dernier nom une bonne figure, plan- 
che 354 , mais enluminée un peu arbitraire- 
ment. Il en a paru une autre, dans le Voyage 
à Venise, de M. de Martens (t. II, pi. 11, 
p. 43o), qui n'exprime pas assez en détail les 
aiguillons de la tète. 

L'autre de nos rougets, le rouget propre- 
ment dit, a pectorales et à lignes transverses 
plus courtes , n'a pas été désigné de si bonne 
heure d'une manière précise. S'il est repré- 
senté dans Rondelet, ce ne peut être que son 
milvus (p. 297 }. C'est probablement aussi le 



CHAP. I. TRIGLES. 25 

cuculus de Bélon (p. 204); mais l'une et l'au- 
tre de ces figures sont très -incomplètes. 

Artedi et Linnseus ont confondu ce milvus 
de Rondelet avec le cuculus de Salvien, 
(fig. 191 ), qui est le trigla lyra, et c'est sili- 
ce mélange qu'est établi le trigla lucerna, L. 
Le caractère donné d'après Willugliby à cette 
espèce factice , d'une ligne latérale bifurquée 
vers la queue, ne manque, à notre connais- 
sance , dans aucun trigle. 

D'un autre côté, à l'exemple de Ray et de 
Willughby , Artedi et Linnœus confondaient le 
cuculus de Bélon avec le cuculus de Ron- 
delet (p. 287), qui est un poisson de la 
Méditerranée tout différent, dont nous par- 
lerons bientôt; et c'est sur ce second mélange 
que ces auteurs ont établi le trigla cuculus, L., 
auquel ils ne donnent que des caractères 
communs à plus d'une espèce : uue ligne laté- 
rale sans épines, des opercules striés, etc. 5 
mais en faisant abstraction de cette syno- 
nymie fautive , et n'ayant égard qu'aux carac- 
tères et surtout à la description donnée par 
Linnœus, dans le tome II du Musœum prin- 
cipis (p. g3 ) , on est convaincu que c'était 
notre rouget commun qu'ils avaient en vue. 

C'est ce rouget commun , ce rouget ordi- 
naire des marchés de Paris et de toute la 



26 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Normandie, que Bloch représente, et très-bien, 
sur sa planche 355, d'après un individu qu'on 
lui avait envoyé d'Hollande ; mais , en le don- 
nant comme une espèce nouvelle et inconnue, 
et en l'appelant tripla pini, d'après je ne sais 
quelle ressemblance qu'il prétend trouver entre 
les écailles de sa ligne latérale et celles dune 
pomme de pin. 

Comme Bloch a été suivi dans cette erreur 
par les naturalistes qui lui ont succédé, et que 
même M. Risso a donné à 1 espèce, quaud il la 
décrite, ce nom de pini, on pourrait croire 
qu'il existe en effet un trigla pini différent du 
rouget; mais ce serait un double emploi. 

Bloch, cependant, a décrit, sous le nom 
de rouget, un poisson réel, mais différent du 
trigle rouget de nos marchés, et beaucoup 
plus rapproché du grondin ou gurnard, ainsi 
que nous le verrons à son article. 

Voici maintenant les descriptions des deux 
espèces. 

Le Grondin rouge, ou Rouget commun 
de Paris. 

( Trigla cuculus , Linn.? Trigla pini , Bl., p. 355.) 

Ce rouget commun de Paris passe rarement un 
pied de longueur. C'est à la tête qu'il est le plus 
gros. Son corps diminue ensuite jusqu'à la base de 



CHAP. I. TRIGLES. 27 

la caudale. Sa hauteur à la nuque est près de six 
fois dans sa longueur totale ; mais la longueur de sa 
tête n'y est pas tout -à-fait quatre fois, elle est d'un 
quart moins épaisse que haute. Le crâne est hori- 
zontal et plat j l'entre- deux des yeux se rétrécit et 
devient concave; le profil descend obliquement, en 
faisant avec le crâne un angle de cent trente a cent 
quarante degrés; sa ligne descendante est très-légè- 
rement concave; en travers il s'arrondit. Les côtés 
de la tête sont plans et presque verticaux ; toutes 
les parties supérieures et latérales de la tête sont 
âpres par des granulations disposées en lignes serrées , 
qui partent de certains centres connue des rayons. 
Il y a un de ces centres sur le milieu du museau, 
qui appartient à Tethmoïde ; le grand sous-orbitaire 
en a trois, dont le principal forme comme un grand 
soleil sur la joue; il y en a un sur le préopercule, 
un sur l'opercule, un sur chaque pariétal , un sur l'os 
de l'épaule, etc. Les deux grands sous-orbitaires se 
portent en avant du vomer, pour former l'extrémité 
antérieure du museau , par deux lobes arrondis très- 
peu saillans, entre lesquels est une échancrure très- 
peu profonde, et qui ont chacun leur bord divisé en 
sept ou huit crénelures obtuses. Un peu au-dessus , 
entre le vomer et le grand sous-orbitaire, est un 
petit espace membraneux, dans lequel sont percées 
les deux ouvertures de la narine, toutes deux petites ; 
l'antérieure est ronde et a ses bords un peu relevés ; 
l'autre est ovale et oblique. L'orbite touche au bord 
supérieur de la tête , immédiatement derrière l'angle 
que fait le museau avec le crâne : il est grand, son 



28 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

diamètre horizontal fait le tiers de la longueur de la 
tête. A son bord supérieur, en avant, sont deux et 
souvent trois peiiles dents aiguës, dont la dernière 
est un peu plus forte. 

L'os surscapulaire s'engrène par suture au crâne, 
et le prolonge de chaque côté par une pointe qui, 
dans cette espèce, est de forme demi -elliptique et 
a son bord interne convexe et dentelé ; elle ne dé- 
passe pas l'opercule. Celui-ci a sa partie osseuse 
échancrée dans le haut , et découpée en deux pointes 
aiguës, dont la supérieure se dirige obliquement 
vers le haut ; l'inférieure , qui n'est pas beaucoup 
plus longue, se porte en arrière : elle est à peu près 
au tiers de la hauteur de l'os, qui de là va, en se 
rétrécissant, jusqu'à son extrémité inférieure. La 
membrane qui étend l'opercule est surtout large 
dans le haut. Le préopercule est plat, sans limbe ni 
dentelure : étroit dans le haut, élargi à sa partie in- 
férieure, il a, vers le bas , une légère arête, dirigée 
d'avant en arrière, qui se termine par une petite 
pointe sous le bas de l'opercule ; il y en a une plus 
petite un peu au-dessous. Derrière ces pointes se 
cache un très-petit sous- opercule , réduit à une 
petite lame ovale et transparente. Linteropercule est 
aussi très-peu apparent , lisse et caché en partie sous 
le bord inférieur du préopercule. 

La fente de la bouche est médiocre; elle ne s'ouvre 
que jusque sous les narines : sa courbe est à peu près 
parabolique. Le maxillaire se cache quand la bouche 
se ferme sous le sous-orbitaire; il est lisse et s'élargit 
peu. La lèvre supérieure avance presque autant que le 



CHAP. I. TRIGLES. 29 

museau- l'inférieure un peu moins : toutes deux sont 
minces et lisses. Les branches de la mâchoire infé- 
rieure sont étroites, presque horizontales, marquées 
seulement de quelques pores. La membrane bran- 
chiostège est épaisse entre elles, et fendue sur les 
trois quarts de leur longueur ; ainsi l'ouverture de 
l'ouie est très -grande. Il y a sept rayons dans la 
membrane. 

Chaque mâchoire a une bande de dents en velours 
ras et serré , et il y en a une petite bande transver- 
sale en avant du v orner ; mais le reste du palais est 
lisse , ainsi que la langue , qui est large , épaisse , et 
adhère sans liberté au plancher de la bouche. L'os 
scapulaire proprement dit est lisse ; mais le clavi- 
culaire forme au-dessus de la pectorale un triangle 
granulé, un peu dentelé vers le haut, et qui a une 
arête dirigée en arrière, terminée par une pointe 
courte, mais aiguë. 

La pectorale est à peu près de la longueur de la 
tête, c'est-à-dire du quart de la longueur totale, 
et quand on l'étend elle est d'un quart moins large 
que longue : sa forme est arrondie ; elle a sept 
rayons branchus , puis trois qui vont en diminuant, 
et sont simples , quoique articulés. Ensuite viennent 
les trois doigts libres, qui sont aussi des rayons 
simples et articulés ; en sorte qu'il y a réellement 
treize rayons pectoraux. Les rayons libres montrent 
plus distinctement que les autres leur division en 
deux filets : le premier est d'un quart plus court 
que la nageoire, les autres vont en diminuant. 

Les ventrales sortent immédiatement sous les pec- 



50 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

lorales, et les égalent en longueur : leur épine est de 
moitié plus courte que les autres rayons; elles sont 
écartées l'une de l'autre par l'élargissement de la poi- 
trine, que soutiennent en cet endroit de larges os du 
bassin. Les membranes de ces quatre nageoires sont 
épaisses. 

La première dorsale commence vis-à-vis la nais- 
sance de la pectorale; elle est triangulaire, ses épines 
sont fortes et au nombre de neuf, auxquelles on 
peut en ajouter une dixième, si petite qu'elle reste 
cachée sous la peau et manque même quelquefois : 
la seconde épine , qui est la plus longue , égale la 
hauteur du corps à cet endroit : toutes sont lisses, 
excepté le bord antérieur de la première, qui est 
très -finement dentelé en scie ; elle occupe en lon- 
gueur le sixième de celle du corps. La seconde dor- 
sale commence très-près de la première ; elle est 
moitié moins haute et du double plus longue : ses 
dix-huit rayons sont tous articulés, même le pre- 
mier ; celui-ci et le second sont simples , les autres 
branchus. 

L'anale répond à la seconde dorsale , excepté 
qu'elle commence un peu plus en arrière et n'a 
que seize rayons : ils sont aussi tous articulés, et 
le premier seul est simple. L'espace nu entre ces 
nageoires et la caudale a le huitième de la longueur 
totale, et son diamètre est le tiers de sa propre lon- 
gueur. La caudale a un peu plus du sixième de la 
longueur totale : son bord est légèrement coupé en 
croissant; elle n'a que onze rayons qui aillent jus- 
qu'à ce bord ; mais les petits du dessus et du des- 



CHAP. I. TRIGLES. 31 

sous sont au nombre de quatre ou cinq. Ainsi les 
nombres de l'espèce doivent s'exprimer ainsi : 

B. 7; D. 9 — 18> A. 16; C. 11; P. 10 et 3 ; V. 1/6. 

Excepté la poitrine et le tour de la pectorale, tout 
le corps de ce poisson est couvert de très -petites 
écailles ovales plus longues que larges, dont la partie 
visible est ciliée et un peu hérissée, et la partie ca- 
chée très -finement striée avec un éventail terminé 
par cinq crénelures arrondies : il y en a au moins 
cent cinquante sur une ligne longitudinale , et il y 
en aurait plus de quarante sur une ligne verticale 
au droit des pectorales, si la poitrine n'en était pas 
dépourvue. Les nageoires n'en ont point, si ce n'est 
quelque peu vers les bords supérieur et inférieur 
de la caudale. 

La ligne latérale se marque à peine par un trait 
lisse; elle est droite et parallèle à la ligne du dos, de 
sorte qu'en avant elle est au cinquième supérieur de 
la hauteur, et en arrière au milieu. Arrivée à la cau- 
dale, elle se bifurque, et ses prolongemens se diri- 
gent chacun vers un des angles de cette nageoire, sur 
laquelle ils se perdent. 

Les lignes qui cerclent les flancs de ce trigle sont 
formées par des replis de la peau qui avancent entre 
les écailles, et forment les stries, parallèles enire elles, 
qui coupent à angle droit la ligne latérale. Ces plis 
marquent peu dans le poisson frais; mais quand il 
commence à se macérer, on voit que chacun d'eux 
contient une petite lame cartilagineuse de même 
forme que le pli. On en compte environ soixante- 



52 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

dix de chaque coté. Au-dessus de la ligne latérale 
ils montent jusqu'au dos, et ils descendent à peu 
près à une hauteur égale en dessous. 

Le dos est cuirassé, le long des deux nageoires, 
par deux rangs de fortes écailles plates et lisses, dont 
le bord externe se relève un peu, et se termine par 
une petite dent aiguë. Il y a de chaque côté vingt-sept 
de ces dents, autant que de rayons dans les deux na- 
geoires prises ensemble. Il n'y en a pas sur la partie 
nue de la queue, ni aux côtés de l'anale. Les bords 
de ces écailles qui cuirassent le dos sont entiers et 
sans crénelures. Nous avons déjà dit que ce sont pro- 
prement des productions des os interépineux. 

La couleur de ce poisson est ce qui lui a valu son 
nom vulgaire ; c'est un rouge clair ou rosé, répandu 
sur tout le corps et sur les nageoires, plus vif même 
sur ces dernières , et seulement un peu plus pâle 
sous le corps et sur la moitié inférieure de la 
deuxième dorsale. 

Le foie du rouget commun est petit, composé de 
deux lobes , dont le gauche est le plus grand. L'œ- 
sophage est très-court , assez charnu , et plissé inté- 
rieurement par de gros plis : il se dilate en un vaste 
estomac arrondi , à parois minces , lisses en dedans. 
Auprès du cardia on voit la branche montante qui 
va au pylore; elle est courte, mais assez charnue. Il y 
a dix appendices cœcales, longues, grêles, et réunies 
en deux paquets égaux, attachées de chaque côté de 
l'intestin, et entourant l'estomac de manière à se croi- 
ser derrière ce viscère. Le canal intestinal est assez 
long, et fait quatre replis inégaux, sans augmenter 



CHAP. I. TRIGLES. Oâ 

sensiblement de diamètre jusqu'à l'anus. La rate est 
petite, de la couleur du foie, cachée entre les cœcums, 
à droite de l'estomac. Les laitances sont assez grandes, 
et cependant elles n'étaient pas à leur complet accrois- 
sement dans l'individu que nous avons examiné. 

La vessie aérienne est grande, ovoïde, pointue en 
arrière , divisée en avant en deux lobes arrondis et 
un peu moins renflés chacun que la vessie elle- 
même. De chaque côté elle est munie d'un muscle 
propre à fibres transverses et assez épais. 

L'estomac était rempli de crevettes. 

Le squelette du rouget commun a treize vertèbres 
abdominales, et vingt-trois ou vingt-quatre caudales : 
ses côtes sont grêles, simples, et embrassent à peine 
la moitié de l'abdomen. Les cinq dernières vertèbres 
abdominales ont des apophyses transverses courtes, 
horizontales, et la face inférieure du corps plate et 
concave; celles de la queue sont comprimées latéra- 
lement : le premier interépineux supérieur porte la 
première épine dorsale, qui touche presque à la tête. 
Entre les deux nageoires est un interépineux sans rayon. 

Le rouget est très - répandu : nous lavons 
de toutes nos côtes de l'Océan. L'individu 
de Bloch venait de Hollande. M. Risso la 
décrit et dessiné à Nice, où il se nomme ga- 
raman. M. de Laroche l'a rapporté d'Iviça, 
sous le nom de gallinetta. Le docteur Leach 
nous en a donné un, venu de Malte. On 
l'apporte à profusion sur nos marchés, avec 

4. 3 



34 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

le rouget camard, aux mois de Septembre et 
de Décembre ; il y est fort estimé, à cause de 
sa chair ferme et de bon goût. On en conserve 
même dans l'huile d'olive. 

Nous avons tout lieu de croire qu'il est du 
petit nombre de ceux dont l'espèce habite des 
deux côtés de l'Atlantique; car nous en avons 
reçu un de New-York, par les soins de M. Mil- 
bert, tellement semblable aux nôtres par l'en- 
semble et les plus petits détails, qu il nous est 
bien difficile de ne pas le considérer comme 
de même espèce. Néanmoins, comme nous ne 
l'avons pas vu à l'état frais, il serait possible 
quil offrit alors quelques caractères distinctifs: 
c'est ce que nous apprendrons des naturalistes 
américains. M. Mitchill n'en parle point dans 
son Mémoire sur les poissons de New-York. 

Le Rouget camard. 

(Trigla lineata, L., Bl., pi. 354; Trigla 
adriatica, Gmel.) 1 

Le rouget camard a la tête plus courte et les pec- 
torales plus longues que le rouget commun : sa tête 
n'a guère que le cinquième de la longueur totale , et 
la longueur de ses pectorales n'est comprise dans 

1. Martens, Vopge à Venise, t. II, pi. a ; Grondin têtard, 
Duhamel, sect. V, pi. 8, %. 5. 



CHAP. I. TRIGLES. 35 

cette longueur totale que trois fois et demie, et quel- 
quefois moins. La brièveté de sa tête tient surtout à 
la chute rapide du profil , qui raccourcit le museau. 
Comparé en détail au rouget commun, on lui trouve 
le bout du museau moins échancré, les crénelures 
moins marquées, la joue plus haute à proportion ; 
toutes les lignes de petits grains des diverses parties 
de la tête plus fines et plus nombreuses ; l'opercule 
plus large , moins rétréci par le bas ; sa pointe plus 
courte , suivie en dessous de quelques dents qui 
l'égalent presque ; la pointe du bas du préopercule 
également plus courte. Il y a à chaque orbite trois 
petites épines, quelquefois deux seulement, à peu 
près égales. Le deuxième aiguillon du dos est moins 
élevé, ce qui rend la première dorsale plus arron- 
die : tous ses aiguillons sont d'ailleurs plus faibles; 
le premier est plus sensiblement crénelé à son bord 
antérieur , et le dixième est plus grand et nullement 
caché. La seconde dorsale n'a que seize rayons, et 
l'anale treize. Les écailles qui arment le dos de cha- 
que coté des dorsales sont au nombre de vingt- 
cinq seulement, et leur bord est dentelé en scie. 
La ligne latérale est relevée décailles carénées, dont 
chacune a sa carène divisée en deux, trois ou quatre 
petites pointes : il y en a environ soixante-cinq ; elles 
sont plus fortes et plus profondément dentelées dans 
le mâle que dans la femelle. Cette ligne se bifurque 
sur la caudale comme dans les autres trigles ; mais 
il faut de 1 attention pour y suivre ses branches. Les 
lignes qui cerclent entièrement le corps de ce 
poisson, excepté sous la poitrine et f abdomen, sont 



56 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

en même nombre que les écailles de la ligne latérale: 
ce sont des replis de la peau , et dans chacun de 
leurs intervalles il y a deux rangées transversales 
d'écaillés régulièrement disposées : ainsi le nombre 
des rangées d'écaillés va à cent trente. Les écailles 
elles-mêmes sont très-petites , presque carrées , nette- 
ment dentelées ou ciliées à leur bord saillant, à trois 
crénelures à leur racine. 

B. 1; D. 10 — 16; A. 43; C. 11 ou 13, et quelques petits; 
P. 10, et 3 libres ; V. 1/5. 

Cette espèce atteint rarement un pied : tout son 
corps est d'un beau rouge, semé sur la tête et sur le 
dos de petites taches noirâtres , irrégulières , inéga- 
lement éparses. Les pectorales sont grises , semées 
de taches noires plus grandes que celles du corps, 
et qui y sont disposées à peu près en bandes trans- 
versales. La face qui regarde le corps est en partie 
noire. Les autres nageoires sont rougeâtres. 

Son foie est peu volumineux, presque entièrement 
du côté droit. La vésicule du fiel est grande , cachée 
sur l'estomac assez loin du foie , à cause de la lon- 
gueur du canal cystique, qui est assez gros : il verse 
la bile dans l'estomac auprès du pylore. 

L'œsophage est large, mais très-court; il se dilate 
en un estomac peu long, mais large, situé en travers 
dans la cavité abdominale : ses parois sont très- 
minces, sans plis à l'intérieur. Le pylore est fermé 
par une valvule épaisse , et muni de dix cœcums longs 
et grêles, qui embrassent l'estomac en se roulant 
autour de lui. L'intestin fait quatre replis inégaux 
sur lui-même, dont le troisième seul est plus en ar- 



CHAP. I. TRIGLES. 57 

rière que l'estomac. Le duodénum est un peu renflé 
à sa naissance , puis le diamètre de l'intestin dimi- 
nue, et reste ainsi jusqu'au dernier repli. Un peu 
avant ce repli il y a une valvule assez épaisse qui 
marque le colon. Après le premier repli le colon se 
dilate beaucoup, jusqu'à moitié de sa longueur ; il se 
rétrécit ensuite en devenant un peu plus épais. En 
général, le tube intestinal est mince. 

La rate est très-petite et cachée sur l'estomac , en- 
tre les replis des cœcums de droite. 

Les laitances sont longues, quoiqu'elles ne rem- 
plissent que les trois quarts supérieurs de l'abdomen. 
Un long canal spermatique communique avec l'ex- 
trémité du rectum. 

La vessie natatoire est ovoïde , un peu déprimée , 
simple, sans aucuns renflemens ou appendices; elle 
occupe le second tiers de la longueur de l'abdomen, 
immédiatement en arrière de l'estomac. Ses parois 
sont blanches, mattes, épaisses; elle a de chaque côté 
un muscle propre à fibres transverses, assez puissant. 

L'estomac était plein de crevettes et de petits 
cailloux. 

Le squelette du rouget camard a treize vertèbres 
abdominales, et vingt caudales seulement : ses côtes 
sont faibles et simples. Il ressemble d'ailleurs pour les 
détails à celui du rouget commun, excepté les diffé- 
rences que l'on peut déjà apprécier par la forme 
extérieure. 

Cette description est prise de sujets achetés 
à la halle de Paris. 

La chair du rouget camard y est aussi bonne 



58 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

que celle du rouget commun ; il y vient dans 
les mêmes saisons et avec la même abondance , 
ce qui a fait croire à nos poissardes qu'il en est 
la femelle : mais c'est une erreur. Indépendam- 
ment de leurs caractères extérieurs, nous nous 
sommes assurés de l'existence des deux sexes 
dans les deux espèces. 

C'est le grondin têtard ou bécard de Du- 
hamel (sect. V, pi. 8, fig. 5). 

Ce poisson habite l'Océan, au moins jus- 
qu'aux Canaries ; car il nous a été envoyé de 
Ténériffe par M. Galot, 

M. de Lacépède a pensé que le lastoviza 
de Brùnnich, ou trigla adriatica de Gmelin, 
est le même poisson que le trigla lineata. 
M. de Martens est arrivé de son coté à la même 
conclusion; et, en effet, la description que 
Brùnnich donne de ce lastoviza s'accorde 
parfaitement, dans tout ce qu'elle exprime, 
avec le trigla lineata. 

Mais les individus que nous avons reçus de 
la Méditerranée, sous le nom (Yimbiiago, sont 
aussi très-semblables à ceux de Paris, et toute- 
fois ils nous ont paru en différer par une épine 
un peu plus pointue au crâne, à l'épaule et à 
l'opercule; par des épines moins crénelées le 
long de la dorsale, et parce que les pectorales 
ont des lignes transverses et non de grandes 



CHAP. I. TRIGLES. 59 

taches; tandis que le corps a souvent des ta- 
ches plus larges, plus nuageuses, qui ressem- 
blent à des marbrures : c'est du moins ce que 
nous observons sur des individus venus de 
Malte; mais peut-être ces légers caractères ne 
sembleront-ils annoncer qu'une variété. 

Un autre imbriago , que nous avons reçu 
de Sicile, diffère de notre rouget camard par 
des teintes plus brunes, surtout aux pectorales, 
et de plus la longueur de ces nageoires est plus 
grande que dans la plupart de nos individus 
de Paris : elle n'est comprise que deux fois et 
deux tiers dans la longueur totale. Nous at- 
tendrons des observations plus multipliées 
pour décider s'il y a quelque chose de spé- 
cifique dans ces différences. 

On reconnaît ce caractère dune épine nu- 
mérale plus pointue, dans la figure, excellente 
pour le temps, que Rondelet a publiée (p. 2g5) 
de son ijnbriago. On lui donne, dit-il, ce 
nom , qui en languedocien signifie ivrogne, 
à cause de la couleur rouge; et cette couleur, 
en même temps que son profil tombant, sont 
ce qui a déterminé cet auteur à le considérer 
comme un mulle imberbe. 

M. Risso dit qu'à Nice on lui donne le nom 
de belugan, que Brùnnich prétend être à 
Marseille celui du tiigla hirundo. A Venise, 



40 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

selon M. de Martens, on l'appelle anzoletto 
miiso-duro. 

Du Perlon, nommé aussi Rouget grondin. 
( Trigla hirundo , BL, pi. 60.) 

Ce poisson ressemble au rouget commun 
plus qu'à aucune autre espèce, par la forme 
et les proportions de la tète, ainsi que par sa 
ligne latérale , et il n'est pas étonnant que les 
noms de perlon et de rouget se prennent 
quelquefois l'un pour l'autre , d'autant plus que 
ce perlon tire lui-même plus ou moins au 
rouge, et , en effet, c'est lui, et non pas le 
rouget à flancs striés, que Duhamel a repré- 
senté sous le nom de rouget grondin. Le fond 
de la couleur de son dos est cependant géné- 
ralement grisâtre ou brunâtre. 

Je ne vois pas trop ce qui a déterminé les 
auteurs à appliquer à cette espèce le nom 
dliirundo, car ses pectorales ne sont pas plus 
grandes que dans les espèces dont nous ve- 
nons de parler, et même je trouve que dans 
nos individus de la Manche leur proportion 
varie. Dans les uns leur longueur est quatre 
fois et un cinquième dans la longueur totale, 
et elles dépassent à peine les ventrales; dans 
les autres elle n'y est que quatre fois moins 



CHAP. I. TRIGLES. A\ 

un quart ou un cinquième , et elles dépassent 
alors les ventrales d'un quart. C'est un des pre- 
miers que représente Bloch, planche 60. 

Il faut remarquer, au reste, que c'est seule- 
ment d'après les figures et les synonymes cités 
par Linnœus, que l'on juge que le perlon est 
son trigla hirundo; car le caractère qu'il lui 
assigne {linea laterali aculeata) est faux, et 
tout nous fait croire qu'en l'écrivant c'est un 
gurnard qu'il avait sous les yeux. Artedi avait 
donné un caractère exempt d'erreur, mais in- 
suffisant (capite aculeato, apendicibus utrin- 
fjue tiibus). 

Sa tète entre les yeux est plus large et plus plate 
qu'au rouget : son museau est aussi un peu plus 
large; mais ses sous-orbilaires ne saillent pas davan- 
tage en avant, et y sont crénelés de la même manière. 
Les pointes des surscapulaires sont moins aiguës ; 
mais celles des opercules et des claviculaires gardent 
les mêmes proportions. La joue est plus lisse : les 
lignes de points qui la granulent ne partent pas de 
son centre , mais divergent en tous sens , comme 
dans le rouget, d'un point plus voisin du bord in- 
férieur; sur son milieu sont un ou deux sillons un 
peu plus larges, qui montent, en se courbant, vers 
l'angle inférieur antérieur de l'orbite. Du même 
point que tous ces rayons part une arête un peu 
saillante, qui se rend horizontalement jusqu'à l'épine 
de l'angle du préopercule. Les épines de la première 



42 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

dorsale sont bien moins fortes que dans le rouget. 
Ce qui peut surtout aider à faire reconnaître ce 
perlon , quand les couleurs et même les écailles 
ont di:>paru , c'est que la première de ces épines 
n'a aucune dentelure , et que la seconde ne dépasse 
que de peu ses deux voisines , et n'a que les deux 
tiers de la hauteur du corps. Ses écailles sont extrê- 
mement petites, ovales, lisses, entières, peu adhé- 
rentes ; elles ne forment point de lignes transverses : 
il n'y en a aucunes à la poitrine, à la gorge, ni sur 
un assez grand espace en arrière des pectorales et des 
ventrales. Celles de la ligne latérale sont lisses comme 
les autres, et à peine un peu plus saillantes, sans ca- 
rènes ni autre armure. Du reste, la ligne latérale se 
continue en se bifurquant sur la caudale, comme 
dans les autres espèces, quoique "YYillughby" ait dit le 
contraire. Les petites crêtes des écailles qui garnissent 
le sillon du dos sont moins saillantes qu'au rouget 
commun, et moins aiguës, surtout en avant, où le 
doigt les sent à peine. 

B. 7; D. 9— 16; A. 15; C. 11; P. 11, et 3 libres; V. 1/5. 

Nos individus de la Manche ne sont pas 
aussi sombres que l'enluminure de Bloch. 

Leur dos est d'un gris roussâtre ou brunâtre : 
leur ventre d'un blanc rosé ; des teintes rougeàtres 
enluminent les côtés de leur tête : les flancs, entre 
le brun du dos et le blanc du ventre, offrent souvent 
un rose un peu doré : leur caudale et le sommet de 
leur première dorsale sont rouges ou rougeàtres ; 
la seconde dorsale n'a qu'un rose plus pale. Les ven- 



CHAP. I. TRIGLES. 45 

traies et l'anale sont blanches , les pectorales sont 
noires, bordées de bleu, du côté par où elles regar- 
dent le corps. L'autre côté, celui de l'extérieur, est 
noirâtre ou bleuâtre quant à la membrane ; mais les 
rayons y forment des lignes blanchâtres ou rosées. 

Le perlon est parmi les trigles de nos cotes 
l'espèce qui devient la plus grande : il y en a 
communément de deux pieds, et on en voit 
souvent qui passent cette taille. 

Le foie du perlon est assez gros; il est presque 
entièrement situé dans l'hypocondre droit, le lobe 
gauche étant fort petit. La vésicule du fiel a la forme 
d'un long cœcum étroit. 

L'œsophage est très-court et très-large. Ses parois 
sont épaisses et très-plissées. Il se dilate en un vaste 
estomac oblong, qui occupe, en longueur, près des 
deux tiers de la cavité abdominale. Ses parois sont 
épaisses et garnies en dedans de plis un peu moins 
gros que ceux de l'œsophage. 

Le pylore s'ouvre auprès du cardia ; il est garni 
de huit cœcum s longs et assez gros. 

L'intestin se replie trois fois sur lui-même. Les 
portions sont à peu près égales en longueur, et le 
diamètre est le même dans tout le tube intestinal. 

La rate est fort petite, rougeâtre, et située sur 
la crosse du premier repli que forme l'intestin. 

Les vésicules séminales sont très-grandes. Les reins 
sont aussi très-gros, renflés auprès du diaphragme, 
minces dans le milieu de leur longueur; ils se réu- 
nissent en un seul lobe alongé, assez gros. 



44 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

La vessie urinaire est mince , mais très-grande. 

La vessie natatoire du perlon est très-remarquable; 
elle se porte en avant jusque sur le cardia; mais n'est 
pas aussi longue que l'estomac; elle se divise en 
trois lobes : le principal, ou celui du milieu, a une 
forme elliptique en arrière; il est bifurqué en avant 
et donne deux lobes latéraux plus étroits , qui se 
recourbent, se portent en arrière le long du pre- 
mier, et se prolongent jusque vis-à-vis son extrémité 
postérieure, où ils se terminent en pointe. 

Les parois de cette vessie sont très - épaisses et 
fibreuses. Le lobe du milieu a de chaque côté, vers 
sa partie postérieure, un muscle assez fort. 

L'estomac était rempli de débris de poissons, de 
crustacés et de coquilles. 

Le squelette de nos perlons a quatorze ou quinze 
vertèbres abdominales et dix -neuf caudales seule- 
ment. Les dixième, onzième et douzième abdomi- 
nales sont aplaties en dessous : du reste il ressemble 
aux précédens, sauf la grandeur et les caractères 
spécifiques, qui se voient déjà à l'extérieur. x 

Notre perlon de l'Océan est un des trigles 
qu'on nomme en Belgique et dans le Nord 
seehahn (coq de mer) , ou knorrhahn (coq 
bruyant). Les Anglais l'appellent tub-jisli (pois- 
son tonneau), sans qu'à notre connaissance 
on ait encore expliqué pourquoi. 

1. On voit une bonne figure du squelette de cette espèce dans 
le» Planches ichtyotomiques de M. Rosenthal (pi. 17, fig. 1). 



CHAP. I. TRIGLES. 45 

Pennant lui a donné l'épithète de saphirin, 
probablement à cause du bleu de ses pecto- 
rales. 

Ce poisson abonde sur nos côtes : c'est avec 
les rougets le trigle que l'on voit le plus dans 
nos marchés; il y vient surtout au printemps 
et jusque vers le solstice. Bloch dit qu'en Da- 
nemarck on le sale et le sèche, pour appro- 
visionner les vaisseaux. Linnseus lui attribue , 
quand on le prend, un son et une espèce de 
tremblement, qui doivent se manifester plus 
ou moins dans tout le genre. 

Je n'oserais affirmer que les poissons de 
la Méditerranée que l'on regarde comme de 
même espèce que nos perlons en soient en 
effet complètement. ' 

Leur museau est plus alongé ; l'intervalle de leurs 
yeux plus étroit; les granulations de leurs joues plus 
marquées, et ils ont au bord de la caudale, sous 
son échancrure, une tache nébuleuse noire , que 
je ne vois pas aux nôtres. Je leur trouve des pec- 
torales dont la longueur n'est que trois fois et demie 
dans celle du corps, et qui dépassent les ventrales 
d'un tiers. J'en ai même un d'Iviça dont les pecto- 
rales ne sont que deux fois et deux tiers dans la 
longueur totale. 



1. Corax, Rondelet, p. 296; Corax, Corvus , Capone , Salvien 
fol. 194 ; Trigla cuculus, Briinnich, p. 77. 



46 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Les nombres des rayons sont les mêmes : ceux de 
la seconde dorsale varient de seize à dix -sept. Le 
neuvième de la première est quelquefois très -petit. 

M. Risso en décrit la couleur sur le dos comme 
un violet obscur, et sous le ventre, comme un blanc 
argenté , et autant que nous en pouvons juger d'après 
nos individus conservés dans la liqueur, celte des- 
cription est exacte; mais, dans ses dessins, il leur 
donne aussi des nageoires rougeâtres. 

Un individu long de dix-neuf pouces, que nous 
venons de recevoir de Sicile , a tout le dessus et les 
côtés d'un rouge tirant à l'orangé; le dessous est 
plus pâle : il n'y a point de taches à la caudale ; 
mais la face interne des pectorales est toujours noire, 
bordée de bleu. 

A Rome, on nomme ces poissons gallina, 
selon Rondelet; capone, selon Salvien. Ron- 
delet dit qu'on les appelle à Marseille cabote. 
M. Risso assure que leur nom niçard est ga- 
linetto : c'est bien la galinette de Duhamel 
(sect.V, p. 1 1 1), et c'est aussi celle de Brâhnich, 
qu'il a nommée par erreur trigla cuculus. 

Ce qui a le plus embrouillé la nomencla- 
ture des trigles, c'est que Willughby a répété 
trois lois le perlon de la Méditerranée ( §. IV, 
p. 280, comme corax de Rondelet; §.V, comme 
hirundo d'Aldroyande ; §. VI, comme lucerna 
des Vénitiens), tout en avouant que les deux 
premiers lui paraissent le même, et en disant 



CHAP. I. TRIGLES. 47 

que le troisième ne diffère que par la bifurca- 
tion de la ligne latérale 5 ce qui, loin detre un 
caractère d'espèce, a lieu dans tous les trigles. 
Ajoutez qu'il soupçonnait son lucerna d'être 
synonyme du milvus de Rondelet, qui est le 
rouget commun, et qu'il prenait pour ce rouget 
commun le cuculus de Rondelet, qui est l'or- 
gue, poisson tout différent. 

Le petit Perlon a pectorales tachetées. 
(Trigla pœciloptera, nob.) 

M. Valenciennes a découvert sur les plages 
sablonneuses de Dieppe un très-petit perlon, 
qui porte sur la pectorale, à sa face qui re- 
garde le corps, une tache d'un noir profond, 
semée de points d'un blanc de lait, que nous 
ne retrouvons que dans les perlons des mers 
de llnde. 

Il se distingue d'ailleurs du perlon par plu- 
sieurs caractères importans. 

Les sous-orbitaires ont le bord finement dentelé , 
mais beaucoup moins saillant. La crête inférieure du 
sous-orbitaire et du préopercule saille au contraire 
davantage; mais les granulations y sont moins pro- 
noncées : elle se termine par deux petites épines. Sa 
tête et son dos sont beaucoup mieux armés que dans 
le grand perlon. Outre les deux petites épines qu'il 
a en ayant de l'orbite, comme la grande espèce, il en 



48 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

a une en arrière; et derrière celle-ci, sur le côlé du 
crâne, il y en a deux, à la suite l'une de l'autre, fortes, 
pointues, et relevées en carène tranchante. Sur le 
bord postérieur du crâne il y en a deux autres assez 
fortes, et l'on en voit une isolée sur le milieu du 
museau. Une série d'épines acérées règne le long de 
la base des deux dorsales. L'os de l'épaule donne 
également en arrière une forte pointe. La première 
dorsale est triangulaire, haute de l'avant, et très-basse 
en arrière. La pectorale égale à peu près le quart de 
la longueur totale. La caudale est un peu échancrée. 

D. 9 — 11; A. 15; C. I2j P. 11, et 3 libres; V. 1/5. 

Le dos est brun rougeâtre, qui devient gris dans 
l'alcool. Le ventre est argenté : il y a du rouge à la 
région des ventrales. Le corps et les flancs sont gla- 
cés d'or et irisés , ce qui rend ce poisson très-bril- 
lant. Les nageoires dorsales sont rougeàtres : la pre- 
mière dorsale a du noir à la pointe, et la seconde a 
dans le milieu une série de taches violettes. La cau- 
dale est rougeâtre mêlée de violet ou de pourpre 
foncé. La pectorale est en dehors violette ou bleuâ- 
tre, et rayée irrégulièrement de rouge-brun : à sa face 
qui regarde le corps elle est noirâtre ou d'un pour- 
pre très-brun, et elle y porte sur sa moitié postérieure 
une grande tache ovale d'un noir très-foncé, sur la- 
quelle se détachent avec vivacité des points ou des 
gouttes d'un beau blanc de lait. 

Ce petit trigle fait un effet très -agréable 
quand on le voit nager à marée basse dans 
les flaques d'eau que la mer laisse en se reti- 



CHAP. I. ÏRIGLES. 49 

rant, et il amuse beaucoup les baigneurs. Ou 
le prend en quantité, par trois ou quatre pieds 
de profondeur, dans les filets qui servent a 
pécher des crevettes, avec la petite vive et 
les petits harengs appelés blanquettes, dont il 
mange la progéniture. Les pécheurs assurent 
unanimement que cette espèce ne dépasse 
pas quatre pouces. 

Il se pourrait que ce fut le trigle geai {t ré- 
gla cuculus) décrit récemment par M. Bisso. 1 



De quelques Trigles étrangers , voisins 
du Perlon. 

Les formes et les détails du perlon, et sur- 
tout ceux de la petite espèce que nous venons 
de faire connaître, se reproduisent encore en 
grande partie dans des trigles de mers éloi- 
gnées, mais avec quelques petits caractères 
qui peuvent passer pour spécifiques. 



1. Risso, nouvelle édition, p. 4oo. Son trigle corbeau [trigla 
cuculus, ib., p. 098; Rondelet, t. VII, p. 296) est le perlon de la 
Méditerranée, cpù me parait aussi le trigla hyrax de Pallas [Zoogr. 
ross., t. III, p. 235). Je ne pense pas même que le trigla micro- 
lepidota (Risso, loc cit., p. 399) en diffère beaucoup. 



4- 



50 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Le Perlon de la Nouvelle-Zélande, 
appelé Ko u mou. 

( Trigla kumu, Less. et Garn. 1 ; Trigla papilionacea, 
Parkins. ) 

Ainsi, MM. Lesson et Garnoi en ont apporté 
un de la Nouvelle-Zélande, que l'on prendrait 
au premier coup d'œil pour notre perlon d'Eu- 
rope; mais avec plus d'attention on reconnaît 

que les granulations de sa tète sont plus fines , plus 
nombreuses, et en même temps mieux prononcées ; 
qu'il n'y a point d'arête sur le bas du sous-orbitaire, 
et que celle du bas du préopercule est peu marquée; 
que les grains du bord du préopercule sont divisés 
comme en petites îles par des lignes irrégulières, 
lisses ; enfin , que son corps est plus alongé à pro- 
portion. La longueur de sa tète est comprise quatre 
fois et demie dans sa longueur totale. Ses pectorales 
y sont trois fois et un tiers. 

D. 9 — 16; A. 16 ; C. 11; P. il, et les 3 libres; V. 1/5. 

M. Lesson a peint ce poisson sur le vivant. Toute 
sa partie supérieure est d'un rouge aurore, avec des 
taches plus rouges ; le dessous est argenté. 

La face postérieure ou interne des pectorales est 
d'un vert noirâtre; le bord supérieur, d'un beau bleu 
clair, l'inférieur rougeâtre : une grande tache d'un 
noir profond, marquée de quelques petites taches 

1. Zoologie du Voyage de la Coquille (Pi. de poissons, n.° 19). 



CHAP. I. TRÎGLES. ÏS1 

blanches et rondes, occupe cette face à l'endroit du 
septième et du huitième rayon. A l'extérieur la pecto- 
rale est, comme dans le perlon ordinaire, noirâtre, 
avec des rayons blancs. Les nageoires du dos et de la 
queue sont rougeàtres , les ventrales et l'anale blan- 
châtres. 

Nos individus ont quinze pouces. 

Un dessin fait récemment à la Nouvelle-Zélande, 
sous les yeux de MM. Quoy et Gaymard , nous ap- 
prend que le revers de la pectorale est quelquefois 
semé de grandes taches bleues. 

Le foie du koumou est peu volumineux et pro- 
fondément divisé en deux lobes, dont le gauche est 
à peu près double du droit. 

L'œsophage est large et court. 

L'estomac est arrondi, peu dilaté; il ne s'étend 
pas au-delà du tiers de la longueur de l'abdomen. 
Ses parois sont épaisses, et les plis de sa surface in- 
terne très-gros. 

Le pylore s'ouvre à sa partie antérieure ; il est très- 
large et entouré de six cœcums assez gros , mais peu 
longs. 

L'intestin commence par être d'un diamètre assez 
grand. Arrivé un peu plus loin que l'estomac , il 
fait un petit coude, et il diminue alors beaucoup de 
diamètre. Aux deux tiers de la longueur de l'abdo- 
men, il se plie pour remonter dans la crosse formée 
par le duodénum et l'estomac; il se replie de nou- 
veau, se dilate beaucoup et se porte ainsi directement 
à l'anus. Un peu avant l'anus, il se rétrécit un peu. 

La vessie natatoire est très-grande, et elle ressemble 



î)2 LIVRE IV. JOUES CUIRASSEES. 

par sa forme et ses appendices à celle du perlon 
de nos cotes; mais ses parois sont beaucoup plus 
minces, d'un tissu fibreux beaucoup plus serré et 
d'un éclat nacré beaucoup plus vif. 

Les reins sont assez gros, un peu renflés vers la 
tète, et se portent jusques auprès de l'anus; car la 
vessie urinaire est excessivement petite. , 

Au moment où MM. Lesson et Garnot prirent ce 
trigle, il était près de frayer; car les ovaires sont 
pleins d'œufs, dont le poisson n'eût pas tardé à se 
débarrasser. Dans cet état les ovaires occupent les 
deux tiers de la cavité abdominale. 

Son estomac était plein de crevettes et autres pe- 
tits crustacés. 

Parki tison avait dessiné cette espèce dès le 
premier voyage de Cook, et l'avait nommée 
trigla papilionacea. 11 y en a sous ce nom une 
belle ligure dans la bibliothèque de Banks. 
Les habitans de la Nouvelle-Zélande la nom- 
ment kounwu. 

Si le trigle décrit sous le (aux nom de 
cuculus par Scopoli [Délie, faim, insubr., 
part. III, p. l\G 7 pi. a3) est vraiment d'Am- 
boine, comme cet auteur le dit, et n'est pas 
simplement notre perlon, c'est probablement 
cette espèce-ci ; seulement il y a une faute 
d'impression dans le texte (Anal. 6 rad. pour 
îGrad.), qui pourrait dérouter, si la figure ne 
la corrigeait pas. 



CHAP. I. TRIGLES. iK> 

Le Perlon de Péron. 
{Trigla Peronii, nob.) 

Feu Pérou avait apporté de la mer des 
Indes un trigle fort semblable à ce koumou; 

mais dont le préopercule n'a pas les grains divisés 
par des lignes lisses, et où ceux de la joue ne sont 
pas disposés aussi distinctement en rayons. De plus, 
il y a, comme dans noire perlon commun, une arête 
transversale au bas du sous-orbitaire et du préoper- 
cule, marquée par des petits grains un peu plus sail- 
lans : elle se termine par une petite épine. Il y a aussi 
une petite épine derrière l'orbite, et le crâne en a des 
vestiges, mais beaucoup moins prononcés que dans 
la petite espèce d'Europe. Le dessus du corps, jus- 
qu'à la hauteur de l'épine scapulaire, paraît brun; le 
dessous argenté, et sur le milieu de la hauteur de 
cette partie argentée règne une ligne dorée. Le som- 
met de la première dorsale est noirâtre. Les pectorales 
ont à leur revers la tache noire à points blancs qui 
caractérise les deux espèces précédentes ; mais les 
points y paraissent moins nombreux. La longueur 
des pectorales est trois fois et un quart dans la lon- 
gueur totale. 

D. 9 — 16; A. 16; C. 11; P. 11, et les 3 libres; V. 1/5. 

Nos individus n'ont que sept ou huit pouces. 
M. Reynaud vient de rapporter du Cap un petit 
individu de cette espèce, long de quatre pouces^ où 



54 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

le brun du dos est mêlé de rougeâtre, et où la pec- 
torale est en dehors marbrée de violet. 

Le foie du irigla Peronii est assez gros et profon- 
dément divisé en deux lobes, dont le gauche est 
beaucoup plus gros que le droit. 

L'œsophage est court et large, très-peu plissé in- 
térieurement. L'estomac est globuleux ; ses parois sont 
•peu épaisses et lisses a l'intérieur. La branche mon- 
tante, à l'extrémité de laquelle s'ouvre le pylore, 
est grosse et arrondie. 

Neuf appendices cœcales , divisées en deux pa- 
quets, entourent le pylore. Jl y en a cinq a gauche et 
quatre à droite. Ces cœcums sont gros et assez longs. 

L'intestin est assez long : il fait quatre replis 
inégaux avant de se rendre à l'anus. Son diamètre 
est à peu près égal dans toute la longueur, et les 
parois en sont minces. 

La rate est petite, trièdre et située dans la crosse du 
quatrième repli de l'intestin, presque sous le pylore. 

La vessie natatoire est peu considérable , divisée 
assez profondément par en haut en deux cornes 
pointues, droites, qui ne se recourbent nullement 
vers l'anus. Ses parois sont argentées, composées de 
fibres transverses peu serrées entre elles. De chaque 
côté la vessie a un muscle épais, composé de fibres 
transverses. 

Les reins de ce trigle sont très -gros : ils versent 
leurs sécrétions dans une petite vessie urinaire, placée 
au-devant d'eux , entre les deux laitances, qui n'étaient 
pas du tout développées au moment où l'on a pris 
ce poisson. 



CHAP. I. TRIGLES. 5i> 

De petits crabes et de très -petits poissons font 
Ja nourriture de cette espèce. 

Le Perlon du Cap. 

( Trigla capensis , nob. ) 

Feu Delalande a apporté du Cap un autre 
perlon, non moins semblable au nôtre que le 
koumou, 

et qui se rapproche de ce dernier par la finesse et 
le nombre de ses granulations, qui n'a pas non plus 
d'arête au sous-orbitaire; mais où tous les rayons 
de ce sous-orbitaire se rendent d'avant en arrière en 
divergeant fort peu. La grande tache noire, marquée 
de points blancs, n'existe pas au revers de ses pec- 
torales. 

D. 9 — 16 ; C. 11 ; A. 16 ; P. 11 , et 3 libres ; V. 1/5. 
L'espèce égale au moins le perlon pour la taille. 
Nos individus ont vingt pouces. 

La Lyre, ou Perlon a grandes épines 

OPERCULAIRES ET CLAVICULAIRES. 

{Trigla lyra> Linn.) 

Le trigle lyre est de toutes les espèces du 
sous-genre la mieux déterminée et la plus facile 
à reconnaître à des caractères certains , tirés 
de la force de l'armure de sa fosse dorsale, de 
ses épines operculaires et claviculaires, et de 
celle de son humerai. 



56 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

C'est Rondelet qui lui a imposé ce nom de 
lyre, et fort arbitrairement, ainsi que nous 
l'avons vu en traitant de l'ancienne nomen- 
clature des trigles; car il n'est dit autre chose 
du poisson lyre, sinon qu'il rendait un son 1 ; 
ce qui est commun à tous les trigles ; mais 
Rondelet s'est déterminé pour celui-ci, parce 
quil trouvait quelque ressemblance entre les 
proéminences de son museau et les cornes 
d'une lyre. 

Rondelet a du moins l'honneur d'avoir pu- 
blié de ce poisson (p. 298) une figure bien ca- 
ractérisée. Salvien , qui le nomme cuculus, plus 
arbitrairement encore que Rondelet ne l'avait 
appelé lyra, en donne aussi une très-bonne 
figure (fol. 190). Duhamel en a une passable 
(sect. V, pi. 8 , fig. 1 ). On ne peut pas non plus se 
tromper sur celle de Pennant [Zool. brit., t. III, 
pi. i4); enfin, il y en a une excellente dans 
Bloch (pi. 35o), en sorte que l'espèce en est 
parfaitement fixée. 

Quant aux noms vulgaires qu'on lui attribue , 
il n'en est peut-être aucun qui lui soit abso- 
lument propre. Selon M. de Martens, il s'ap- 
pelle à Venise turcliello et succlietto. Rondelet 
dit qu'on l'appelle en Languedoc gronau ou 

1. Aristote, Hist. an., 1. IV, c. 9. 



CHAP. I. TRÏGLES. 57 

grougnaut, et en Ligurie organo. Il ajoute 
qu'en France il porte aussi le nom de rouget, 
et dans les Pays-Bas celui de seehahn , c'est- 
à-dire coq de mer; mais tous ces noms sont 
plus ou moins génériques, et on les emploie 
aussi pour d'autres espèces. Il en est proba- 
blement de même de ceux de pesce capone, 
qu'on lui donne à Rome, selon Salvien, et 
de cocco ou coucou, que le même auteur 
assure le désigner en Sicile. Il dit qu'on l'ap- 
pelle galline à Marseille , et M. Risso le dit 
aussi pour Mce; mais Rondelet prétend que 
c'est la morrude qu'on y nomme de cette ma- 
nière , et je crois volontiers qu'on y donne 
en effet ce nom à tous les deux, et peut-être 
à d'autres espèces encore, d'autant qu'il est 
certain qu'à Ivica c'est au rouget commun qu'il 
appartient. J'en dis autant du nom deperlon, 
usité en Saintonge. Ces nomenclatures popu- 
laires, on ne saurait trop le répéter, n'ont ja- 
mais rien de bien lixe , et elles tromperont 
sans cesse ceux qui voudront s'en appuyer. 
Quant au nom de bourreau, que ce poisson 
porterait à Saint-Jean-de-Luz, selon Duhamel, 
il est si extraordinaire qu'il n'a pas dû se re- 
produire en beaucoup de lieux; peut-être n'est- 
il qu'une corruption du nom espagnol juriola, 
que la lyre porte à Iviça, selon M. de Laroche. 



58 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Son nom anglais n'est pas douteux : on le 
nomme piper dans le pays de Cornouailles, 
au rapport de Ray , qui joint à cette assertion 
une bonne description de l'espèce. 

Cette énumération prouve déjà que la lyre 
est répandue dans l'Océan comme dans la 
Méditerranée. Cependant c'est dans cette der- 
nière mer qu'elle est plus abondante : on l'y 
prend partout. M. Biberon nous en a apporté 
de beaux échantillons de Sicile. M. Risso dit 
qu'à Nice c'est aux mois de Juin, de Juillet 
et de Décembre qu'on en a le plus. Si l'on 
en apporte à Paris, c'est bien rarement. Il 
s'en prend néanmoins quelques-unes sur les 
côtes de la Basse-Normandie, et j'en ai vu à 
Caen. Au rapport de Pennant, il y en aurait 
beaucoup le long des côtes occidentales de 
l'Angleterre, et pendant toute l'année, et on 
l'y regarderait comme un excellent poisson; 
mais M. Donovan affirme, au contraire, qu'elle 
y est très-rare, et qu'il n'a pu s'y en procurer 
une seule. 1 

Sa tête est très- grosse- sa queue diminue gra- 
duellement et devient fort mince près de la caudale. 
Sa hauteur à la nuque n'est qu'un peu plus de cinq 
fois dans la longueur totale, et la longueur de la 

1. Donovan, Brit.fish, t.V, pi. 118. 



CHAP. I. TRIGLES. 69 

tête n'y est que quatre fois. Artedi lui a donné pour 
caractère le bord un peu plus relevé de l'orifice an- 
térieur de ses narines (naribus tubulosis) ; mais elle 
en a de bien plus apparens, et celui-là même lui 
est commun avec beaucoup d'autres espèces. Les 
lobes du museau sont plus avancés, et l'échancrure 
qui les sépare plus profonde, que dans les autres tri- 
gles de ce sous-genre, sans l'être toutefois, à beau- 
coup près, autant qu'au malarmat. Chaque lobe a 
son bord divisé en douze ou quinze dents , dont les 
mitoyennes sont longues et pointues. Dans de grands 
individus de la Méditerranée les dents latérales s'ef- 
façaient, et l'on n'en comptait que six ou sept. Tou- 
tes les parties de la tête sont finement granulées , et 
du point d'où divergent les rayons de la joue part 
une arête horizontale, qui traverse aussi le bas du 
préopercule, et se termine à son angle par une très- 
courte pointe. 

Il n'y a qu'une épine assez forte à l'angle anté- 
rieur de l'orbite. Dans certains individus on en voit 
une petite derrière son angle postérieur , une à l'ar- 
rière de la tempe, et entre les deux des tempes il y 
en a deux au bord de l'occiput; mais dans d'autres, 
qui sont probablement des femelles, tous ces petits 
aiguillons manquent. L'épine du surscapulaire et la 
grande de l'opercule sont déjà plus longues et plus 
aiguës qu'aux autres espèces ; mais celle qui est le 
plus caractéristique delà lyre pour la longueur, c'est 
celle de l'huméral , qui est énorme , et se prolonge 
en avant sur l'os même en une arête qui s'étend 
jusqu'à sa base : mesuré jusqu'à la pointe de celte 



60 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

épine, l'os humerai égale la moitié de la longueur 
de la tête, et au-delà. 

Ce poisson a de très-grandes pectorales; elles ont 
presque le tiers de la longueur totale, et dépassent 
d'un tiers les ventrales. Les rayons de la première 
dorsale sont fort tranchans, un peu arqués et lisses, 
excepté le premier et le second , dont le bord anté- 
rieur parait dentelé, mais au doigt plus qu'à l'œil; 
elle n'est pas pointue, parce que le deuxième et le 
troisième rayon sont égaux, et que le quatrième leur 
cède peu. Il y en a neuf au total. Les autres nageoires 
sont comme dans le reste du genre. 

D. 9 — 16 ou 17 ; A. 16 ou 11 : C. 11 ; P. 14, et les 3 libres; 
V. 1/5. 

C'est de toutes les espèces du genre celle où 
la fosse dorsale est le mieux armée. Les écailles 
qui la garnissent forment chacune une épine tran- 
chante un peu crochue et très -pointue. Les trois 
ou quatre premières sont plus petites et ont seules 
quelquefois leurs crêtes dentelées , mais pas tou- 
jours. On» en compte vingt-cinq de chaque côté. La 
ligne latérale n'a au contraire aucune armure, et ne 
se marque que par une suite de légères élevures 
cylindriques. A son origine elle descend d'abord un 
peu en ligne concave, avant de prendre sa direction 
droite : ses bifurcations sur la caudale sont très- 
minces. Les autres écailles sont petites, ovales, 
ciliées à leur bord extérieur par trois ou quatre 
petites pointes seulement, pointillées sur le reste de 
leur partie visible : leur racine n'est pas coupée car- 



CHAP. I. TRTGLES. 



61 



rément , mais termine l'ovale , et a quatre ou cinq 
crénelures et autant de rayons à l'éventail. 

Nous en avons des individus de quinze et 
dix-huit pouces, et M. Risso assure qu'il y en 
a de deux pieds; Pennant le dit également. 
Le poids d'un individu qui approchait de 
cette taille était de trois livres et demie. 

Tous les auteurs s'accordent à décrire ce poisson 
comme d'un beau rouge en dessus, blanc argenté 
en dessous, plus ou moins doré ou jaunâtre à la 
tête. Un dessin de M. Risso nous représente toutes 
les nageoires rouges , excepté les ventrales, qui sont 
d'un blanc bleuâtre , et l'anale , qui a ses rayons de 
cette couleur. 

Nous venons d'en recevoir de Sicile de très- 
bien conservés, qui sont en eniier, les nageoires 
comprises, d'un beau rouge-clair tirant au rose, 
plus pâle en dessous, glacé d'argent sur la tête et 
aux os de l'épaule. On voit deux ou trois bandes 
étroites brunes dans l'intervalle des rayons mitoyens 
de la pectorale. Les ventrales ont leur membrane 
blanchâtre. 

M. Péraudot vient de nous en donner un de 
Corse , qui est aussi d'un beau rouge carmin sur 
tout le corps. Les pectorales sont plus foncées, et 
le dessus du crâne est plus pâle que le reste. 

La lyre a une vésicule aérienne ovale , rétrécie et 
pointue en avant, élargie en arrière et non divisée. 

Son squelette a douze vertèbres abdominales et 
vingt et une caudales. Les sept dernières vertèbres 



62 M VUE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

abdominales ont la face inférieure élargie et un peu 
concave; elle prend même dans les trois dernières 
la forme d'un disque ovale. 

Le Grondin proprement dit, ou Grondin 
gris, autrement Gornaud ou Gurnard ; 
Grey-Gurnard des Anglais. 

( Trigla gurnardus , Linn.) ' 

Ce trigle prend plus spécialement sur nos 
marchés de Paris le nom de grondin , proba- 
blement parce que les trigles à stries laté- 
rales y sont suffisamment distingués par celui 
de rouget y et peut-être aussi parce que le 
murmure qu'il fait entendre est plus fort ou 
plus souvent répété. C'est le grey-gurnard 
des Anglais et le trigla gurnardus de Lin- 
nœus. 

Il habite l'Océan tout le long des côtes 
de l'Europe jusqu'en Norwége, et il y en a 
aussi dans la Méditerranée, qui ne diffèrent 
par rien d'important de ceux de l'Océan. On 
peut douter cependant que l'espèce ait été 
connue de Rondelet et de Salvien; mais Bélon 

1. The grey-gurnard, AVill., p. 279, pi. S, 2; Idem, Pennanl , 
Brit. zool, t. III, pi. 54; et Donovan, Brlt. fish, t. II, pi. 5o. 
Coristion, etc., Klein, Miss., t. IV, pi. ii\, %. 2 ; le bellicant , 
Duhamel, sect. V, pi. 9, %. 1 ; le gurneau , Bloch, pi. 58; la 
tumbe de: Rouennais, Duhamel, etc. 



CHAP. I. TRIGLES. 65 

en parle. Willughhy en a donné une très-bonne 
description, et Klein l'a très-bien représentée. 

Ce grondin gris ou gurnard est plus alongé et a 
Je museau moins vertical que la plupart des autres 
trigles. Sa hauteur aux pectorales est six fois et plus 
dans sa longueur totale. La longueur de sa tète y 
est quatre fois ; son front se courbe légèrement, et 
son museau fait un angle très-obtus avec son crâne, 
qui n'est pas beaucoup rétréci , ni enfoncé entre les 
yeux. L'échancrure entre ses deux sous-orbitaires 
est très-peu considérable, et chacun de leurs lobes 
se divise en trois ou quatre dentelures bien mar- 
quées. Toutes les pièces de sa tête sont granulées, 
ainsi que son épaule. Il y a deux épines au-dessus 
de son orbite en avant. La pointe latérale de son 
crâne est large, médiocrement longue et sans den- 
telure ; elle ne dépasse pas le lobe membraneux 
supérieur de l'opercule. Le préopercule a une épine 
courte sous l'angle inférieur de l'opercule , suivie 
d'une autre, et quelquefois de deux ou trois dente- 
lures, puis d'une échancrure arrondie, que suivent 
encore deux ou trois dentelures. L'opercule osseux 
a sa seconde épine très -pointue, forte, granuleuse, 
et faisant à peu près moitié de la longueur de cet 
os. L'os humerai est granulé, ovale, et a une épine 
forte et pointue, granulée, un peu moins longue que 
le reste de l'os. La pectorale ne fait pas tout-à-fait 
le quart de la longueur; elle est plus courte que la 
tête. Les trois rayons libres vont en diminuant, de 
manière que le troisième n'a que moitié de la Ion- 



G4 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

gueur de la nageoire. Les ventrales sont aussi longues 
que les pectorales. Leur épine est d'un tiers moindre 
que les deuxième et troisième rayons. Tout le corps 
est couvert de très-petites écailles ovales, lisses, et 
qu'on sent à peine avec le doigt; mais la ligne laté- 
rale en a une rangée de plus larges, rondes aussi, 
et dont chacune a au milieu une petite crête iné- 
gale. Le sillon dorsal n'est garni latéralement que 
par de petites crêtes très-peu saillantes, légèrement 
granulées et nullement épineuses. Les épines de la 
première dorsale sont fortes, surtout les trois pre- 
mières ; la seconde est la plus longue, et surpasse la 
hauteur du corps sous elle : les quatre ou cinq pre- 
mières sont granulées sur toutes leurs faces. 

D.8 — 20; A. 20; C. 11: P. 10 — 3: V. 1/5. 

Ce poisson a la tête et le dessus du corps d'un 
brun ou d'un cendré foncé, nettement distingué du 
blanc de la gorge et de toute la partie inférieure. 
La ligne latérale divise le brun en deux parties par 
une raie blanche, et il y a de plus partout sur ce 
brun, dans la plupart des individus, de petites taches 
irrégulières blanches, assez serrées, qui quelquefois 
sont fort affaiblies, dont certaines sont entourées, 
dans quelques individus, dune tache noire, qui les 
rend ocellées : elles paraissent varier encore de plu- 
sieurs autres manières. La première dorsale est brune, 
tachetée de blanc comme le corps, et a , vers le bord . 
une partie plus noire, souvent même une tache noire 
prononcée , entre la troisième et la cinquième épine. 
La seconde dorsale est transparente, et ses rayons ont 



CHAP. I. TRIGLES. C>i> 

des bandes transverses brunes. La pectorale est grise, 
et même noire à sa face postérieure, avec quelques 
points blancs ; vers le bord inférieur elle devient 
transparente : les rayons à la face antérieure ou ex- 
terne sont blancs. Les ventrales et l'anale sont blan- 
châtres ou gris pâle. La caudale est brunâtre. Mais 
il faut remarquer que ces couleurs sont sujettes à 
beaucoup de variations; que Ion voit non -seule- 
ment des individus gris, sans taches, mais qu'il y en 
a beaucoup aussi de rougeâtres et de rouges ; que 
souvent, dans le même marché, il n'y en a pas deux 
qui se ressemblent entièrement par les teintes. 

Cette description des couleurs est prise de 
grondins venus de Normandie, de Picardie, 
de Hollande et de Norwége, et laite en partie 
sur les marches de Paris, en partie sur ceux 
d'Abbeville, de Dieppe, d'Amsterdam; mais, 
quelle que soit la couleur des individus, les 
détails de toutes leurs parties sont les mêmes. 

Nous avons aussi des grondins venus de 
Marseille, de Toulon et de Nice, qui ressem- 
blent à ceux de l'Océan par les formes et par 
les couleurs, et dont quelques-uns ont seule- 
ment les premières épines dorsales un peu 
moins fortement granulées. 

La chair du grondin gris est de beaucoup 
inférieure à celle du vrai rouget, et comme 
cotonneuse : aussi leur prix est-il très-différent 
sur les marchés. 

4. 5 



66 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Cependant le grondin est généralement plus 
grand que le rouget; il n'est pas rare d'en voir 
de vingt pouces, et il y en a de deux pieds. 

Le grondin a le foie petit, assez profondément di- 
visé. Le lobe gauche est terminé par un lobule très- 
pointu. 

L'estomac est très-grand, triangulaire, aplati en 
dessus; ses parois sont minces, sans aucun pli en 
dedans; la branche montante est courte , mais grosse. 
Il y a sept appendices cœcales, dont quatre à gauche. 

Le duodénum a le diamètre plus grand que le reste 
de l'intestin : il se plie avant d'avoir dépassé la pointe 
de l'estomac; il se replie bientôt après pour se rendre 
directement à l'anus. La rate est alongée, trièdre, pla- 
cée entre l'estomac et le second repli de l'intestin. 

La vessie aérienne est grande et semblable à celle 
du trigla pini. 

Les ovaires sont très- grands. 

Les reins sont fort épais auprès de l'anus, dont ils 
sont très-voisins, la vessie urinaire étant excessive- 
ment courte. 

J'ai trouvé dans l'estomac un petit poulpe. 

Le squelette du gurnard a quatorze vertèbres ab- 
dominales et vingt- quatre caudales. Les neuvième, 
dixième et onzième abdominales sont un peu aplaties 
en dessous. 



CITAP. I. TPJGLES. 07 

Le Grondin rouge, 
appelé aussi par quelques-uns Rouget. 

(Trigla cuculus, BI., pi. 5g.) 1 

Indépendamment des vrais gurnards, pins 
ou moins rouges, dont nous venons de parler, 
il existe , tant dans l'Océan que dans la Mé- 
diterranée , une espèce très-voisine , constam- 
ment rouge, à tache noire de la dorsale bien 
terminée, que Ton a aussi nommée rouget , 
mais qui diffère du rouget commun de Paris 
parce que sa ligne latérale est épineuse et sans 
stries \ verticales, et du grondin gris, parce que 
les épines de la dorsale ne sont pas granulées, 
ni les arêtes de la fossette du dos crénelées. 
Elle n'a pas été décrite distinctement parles 
ichtyologistes du seizième siècle; mais|Bloch, 
Pennant et Klein l'ont représentée avec assez 
d'exactitude. 

Pennant etBloch prennent ce poisson pour 
le trigla cuculus de Lmnaeus et d Artedi; mais 
ils se trompent évidemment, puisque, selon 
ces derniers auteurs, le cuculus n'a point d'ar- 
mure à la ligne latérale , et que les gurnards 



1. Corisiion, etc., Klein, Miss., t. IV, pi. i4, fig- 4; Red gur- 
nard, Pennant, Zool. brit., t. III, pi. S-j , fig. 1 ; Trigla hirundo, 
Briinnich , p. 77. 



08 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

rouges, comme les gris, ont cette ligne revêtue 
d écailles dures et carénées, à moins toutefois 
que Linnœus n'ait (ait pour son cuculus une 
faute inverse de celle qu'il a faite pour sou 
hirundo , auquel il donne une ligne latérale 
épineuse, tandis qu'il l'a lisse. 

Quoi quil en soit, c'est du trigla cuculus 
de Bloch qu'il s'agit dans cet article. 

La ressemblance de ces gurnards rouges avec 
les gris est très-grande, et il faut beaucoup d'at- 
tention pour y trouver des caractères distinc- 
tifs qui dépendent de la forme. La couleur 
seule servirait peu, car dans l'espèce du gur- 
nard gris il y a beaucoup d individus plus ou 
moins rouges. 

Leur tête est la même, ses granulations sont sem- 
blables- les dentelures des lobes de leur museau sont 
tout aussi distinctes, et les pointes de leurs pièces 
operculaires et de leur épaule tout aussi aiguës ; mais 
les trois premières épines de leur dorsale n'ont pas, 
comme dans le gurnard gris, les cotés granulés ou 
chagrinés : on ne voit qu'une dentelure à peine 
perceptible sur le tranchant antérieur des deux pre- 
mières. Les crêtes des écailles qui garnissent leur 
fossette dorsale sont entières et sans crénelures, et 
se terminent chacune par une simple pointe. Celles 
des écailles de leur ligne latérale ne sont pas non 
plus crénelées comme dans les gurnards gris, mais 
ont deux à trois dents de scie, dont une est plus 



CHAP. I. TRIGLES. 69 

saillante et plus aiguë que les autres. Tout le reste 

est parfaitement conformé de même dans les deux 

espèces. 

D. 8 — 18 ou 19; A. 17; C. 11; P. 11, et 3 libres; V. 1/5. 

Le dessus du corps est d'un beau rouge, le des- 
sous d'un blanc argenté : la ligne latérale forme une 
raie blanche dans le milieu du rouge : les nageoires 
sont transparentes , à rayons rouges ou orangés. 
Une tache noire bien terminée occupe l'intervalle 
entre le troisième et le cinquième ou le sixième 
rayon. 

Cette espèce vit dans l'Océan et dans la 
Méditerranée. Adanson en avait depuis long- 
temps donné au Cabinet du Roi un individu 
venu de Ténériffe : elle nous a été envoyée de 
Boulogne par M. Pichon. Nous lavons recueillie 
nous-mêmes à Marseille, d'où elle nous a été 
aussi envoyée par M. Roux, et M. Savigny nous 
en a apporté de Naples. Pallas la dit rare au 
nord de la mer Noire, si toutefois son espèce 
est, comme il le croit, la même que celle de 
Bloch, ce dont sa phrase : Pectorales maxi- 
mce , pulchenime coloratœ 1 , pourrait faire 
douter. 

Bloch ne dit pas d'où il avait reçu son indi- 
vidu. Sa figure en représente bien l'ensemble, 
quoiqu'elle soit peu exacte pour les détails et 

1. Zoogr. ross., t. III , p. 23:*. 



70 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

multiplie beaucoup trop les écailles de la fos- 
sette dorsale et de la ligne latérale, en même 
temps quelle donne des dentelures trop mar- 
quées au troisième et au quatrième aiguillon 
du dos, et quelle marque deux de ces aiguil- 
lons de plus que nous n'en avons compté. 

Il était naturel que la couleur de ce poisson 
le fit prendre pour le rouget ; mais il est bien 
différent de ceux que l'on nomme communé- 
ment rougets à Paris, et qui sont, ainsi que 
nous lavons vu, le trigla pini et le trigla li- 
neata. Il est même très-rare sur nos marchés. 
Indépendamment de l'absence des stries laté- 
rales, il se distingue aisément des deux autres 
rougets, parce que les dentelures de son mu- 
seau sont beaucoup plus marquées. Il est im- 
possible cependant de savoir lequel des deux 
est le rotcliet , red gurnard ou cuculus de 
"Willughby, et l'insuffisance de sa description ? 
en laissant les naturalistes dans l'embarras, a 
beaucoup contribué à embrouiller toute cette 
nomenclature des trigles. 

M.Risso, qui a bien décrit ce gurnard rouge, 
dit qu'à INice il se nomme grano : c'est pro- 
bablement une corruption du provençal gor- 
naud. C'est bien certainement le trigla hirundo 
de Briinnich, tandis que le trigla cuculus de 
ce naturaliste danois est le véritable trigla 



CHAP. I. TRIGLES. 7\ 

hirundo; mais il avait été induit en erreur 
par la phrase de Linngeus qui dit de Xhiruncîo : 
Linea laterali aculeata; et, comme nous la- 
vons déjà fait remarquer, Linnœus a proba- 
blement écrit cette phrase d'après l'espèce ac- 
tuelle ou la précédente : c'est dans le deuxième 
tome du Musée d'Adolphe -Frédéric (p. g3) 
qu'il l'a écrite d'abord , et sur un individu 
qu'il croyait des Indes. 

Ce grondin rouge a le foie plus gros qu'aucun 
autre trigle. Le lobe gauche est presque situé en 
travers de l'abdomen • il recouvre tous les viscères; 
sa niasse est divisée en plusieurs petits lobules : le 
lobe droit est petit et situé dans le haut de l'ab- 
domen, en sorte qu'on ne le voit pas en ouvrant le 
ventre du poisson. 

L'estomac est petit, en triangle scalène, dont le 
plus grand côté regarde la colonne vertébrale, et 
dont le plus petit est formé par la branche qui donne 
au pylore : il y a cinq cœcums, dont trois du côté 
gauche; ils sont très-longs et très-gros. La rate est 
excessivement petite , ainsi que les reins. 

La vessie natatoire est très-petite, de forme ovale, 
très-faiblement échancrée sur la partie antérieure. 

Je trouve à ces grondins rouges treize vertèbres 
abdominales et vingt-quatre caudales. 

Leur squelette ressemble en général à celui du 
grondin commun ou gurnard, 



72 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

L'Orgue, Organo, Morrude, etc., 
ou Grondin a première dorsale filamenteuse. 

{Trigla lucerna, Brùnn.) 1 

La Méditerranée produit un trigle que Ron- 
delet a confondu avec le rouget de l'Océan, 
niais qui a des caractères particuliers et très- 
reconnaissables dans le prolongement en filets 
de la seconde épine de sa première dorsale, 
et dans les écailles larges et en forme de reins 
qui garnissent sa ligne latérale. Les successeurs 
de Rondelet ayant, à son exemple, méconnu 
ces différences , il en est résulté que Linnaeus , 
recevant ce poisson de la Méditerranée, l'a 
pris pourune espèce nouvelle, quila indiquée 
dans la seconde partie de son Musœum prin- 
cipis, et qu'il a nommée trigla obscurci, mais 
qu'il a oubliée dans sa douzième édition, et 
que Schneider seul a reprise dans le Système 
de Bloch (p. 16). Biimnich et M. Risso , le 
trouvant, lun à Marseille, l'autre à Nice, l'ont 
cru le trigla lucerna y mais c'est bien certai- 



1. Cuculus , Ronde). , p. 227 ; Trigla obscura, Blorh , édit. de 
Schn., p. 16, n.° i5, d'après Linrircus, Mus. Ad. Fr. , t. II, p. 94? 
Trigla lucerna, Briinnich, Vise, mass., p. 76; Trigle milan et trigla 
lucerna, L. , Risso, 1 . rc édit. , p. 209 ; Trigla milvus, idem, 2. e édit.j 
p. 5g5j Trigla filaris , Otto, Conspeci.. p. 7 et 8. 



CHAP. I. TRIGLES. 73 

nement une espèce distincte, que Rondelet 
seul jusqu'à présent avait représentée. 

On la trouve dans toute la Méditerranée. 
M. Risso nous l'a adressée de Nice; M. Savigny 
en a rapporté plusieurs de Naples, et nous en 
devons deux échantillons à M. le docteur Leach, 
qui les avait reçus de Malte. En les confrontant 
avec la figure de Rondelet et avec la descrip- 
tion de Brùnnich, il ne nous est resté aucun 
doute sur leur synonymie. 

C'est donc le trigla lucerna de Brùnnicîi 
et de Risso que nous allons décrire, mais non 
le trigla lucerna de Linnams, qui n'est qu'une 
espèce factice, établie, comme nous l'avons 
vu, par Artedi, d'après une indication fautive 
de Willughby, et sur une confusion du milvus 
de Rondelet, qui paraît notre rouget commun , 
avec le cuculus de Salvien , qui est la lyre. 
Ce n'est surtout pas le lucerna de Pline, qui, 
ainsi que nous lavons dit, n'a été considéré 
comme un trigle que par une erreur de ponc- 
tuation. 

Rondelet avait déjà préparé cette confusion 
d'espèces, en appliquant à ce trigle des noms 
qui, sur l'Océan, appartiennent à d'autres, tels 
que ceux de perlon et de rouget, ou des noms 
de la Méditerranée, mais d'un sens générique, 
tels que ceux de galline, de rondelle et de 



74 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

coucou. Peut-être même celui (Yorgano, qu'il 
dit lui être donné sur l'Adriatique, et celui de 
morrude, qu'il prétend le désigner à Mont- 
pellier, n'ont-ils pas une acception aussi pré- 
cise qu'il semble l'annoncer. Le premier du 
moins désigne la lyre dans plusieurs des ports 
de l'Italie. Quoi qu'il en soit, M. Risso décrit 
celui dont nous allons parler sous le nom 
d'orghe, qu'il porte, dit-il, à Nice, et Brùnnicli , 
qui le décrit aussi très -bien, se demande si 
ce n'est pas la brigotte ou la cabotte des Mar- 
seillais. Peut-être est-ce en effet la cabotte de 
Duhamel; mais qui éclaircira jamais les confu- 
sions sans nombre de la nomenclature popu- 
laire ? 

A tous ces noms M. Otto vient encore d'en 
ajouter un. Sou triglafdaris n 'est bien certai- 
nemen t pas autre chose que l'orghe de M. Risso. 
Ce poisson est grêle comme le gurnard. Sa hau- 
teur à la nuque est six fois dans sa longueur. La 
longueur de sa tête y est quatre fois et demie. La 
forme de sa tête est à peu près comme celle du rouget 
commun, et il lui ressemble aussi beaucoup par ses 
granulations ; mais les lobes de son museau n'ont 
qu'une seule petite pointe marquante et une plus 
petite en dedans , cachée sous la peau. A l'angle 
antérieur supérieur de l'orbite sont trois dentelures. 
Les pointes du bas de son préopercule, celles de 
son opercule et de son épaule, sont moins aiguës et 



CI1AP. I. TRIGLES. 75 

moins saillantes qu'au rouget. La longueur de ses 
pectorales est quatre fois un quart dans sa longueur 
totale. 

Les épines de la première dorsale sont grêles et 
plus longues que dans la plupart des espèces. La 
seconde en rang se prolonge en un filament qui 
dépasse le tiers de la longueur totale du poisson. La 
caudale a son bord légèrement arqué et ses deux 
angles un peu saillans en pointe, comme dans la 
plupart des espèces voisines. 

Les écailles sont petites, deux fois plus longues 
que larges, et lisses au toucher. A la loupe on y 
voit de très-fines stries concentriques au bord. L'é- 
ventail de la racine n'a que quatre ou cinq rayons 
et des crénelures à proportion. 

Celles de la ligne latérale sont très-différentes des 
autres ; deux fois plus hautes que longues (leur hau- 
teur fait près du quart de celle du corps), elles ont 
au milieu un léger sinus rentrant, et sont fortement 
striées en éventail sur leurs bords. Il y en a soixante- 
dix de chaque coté. Entre deux d'entre elles il y a 
toujours deux petites écailles ordinaires, placées l'une 
au-dessus de l'autre ; et l'on peut voir dans cette dis- 
position quelque chose d'analogue aux plis et aux pe- 
tites lames que nous avons décrites dans nos deux 
premières espèces. Celles qui garnissent la fossette 
des nageoires dorsales n'ont qu'une crête simple, 
terminée en arrière par une petite pointe peu sail- 
lante. H y en a vingt -sept de chaque côté. 

B. 1 ; D. 10 — 13; C. il ; P. 11, et 3 libres; V. 1/5. 

Nous n'avons observé ce poisson que dans la li- 



76 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

queur : mais, d'après un dessin de M. Risso, nous 
voyons qu'il est rougeâire en dessus, blanc en des- 
sous, el que sa ligne latérale forme une bande argen- 
tée; que sa caudale est rouge vers son bord, plus 
brune vers sa pointe; ses pectorales, d'un gris bleuâ- 
tre à leur face extérieure, et ses autres nageoires, 
transparentes, à rayons rougeâtres ou orangés. M. 
Risso dit cependant dans son texte que ses pectorales 
sont rouges et semées de taches jaunes el bleues. 

Rondelet dit que ses ventrales sont blanches et 
son palais jaune. Cette dernière circonstance est 
confirmée par M. Risso , qui ajoute que les yeux sont 
d'un rubis nacré. 

La morrude a le foie court , mais assez épais : ses 
deux lobes sont presque égaux; ils cachent entre 
eux l'estomac, qui est petit et pointu. Le pylore a 
huit cœcums, divisés en deux paquets égaux. L'in- 
testin fait deux replis, dont le premier est assez près 
de la pointe postérieure de l'estomac. 

La vessie natatoire est grande, à parois minces, 
argentées ; elle est ovale, un peu déprimée en avant. 
M. Risso nous a envoyé un individu péché à Nice, 
dont la vessie est de même forme ; mais elle parait 
avoir des parois plus épaisses et à fibres plus lâches. 

Le squelette de cette morrude a douze vertèbres 
abdominales et vingt- trois caudales. 

Lespèce demeure peiile; elle ne passe guère 
huit pouces. Elle parait au mois de Mars sui- 
tes côtes de Provence et de Ligurie. Sa chair 
est ferme, comme celle du rouget. 



CHAP. I. TRIGLES. 77 

Selon Rondelet, son cri, quand on la tire 
de l'eau, est cou, et c'est ce qui l'a déterminé 
à la regarder comme le cuculus des anciens. 

Notre individu, péché à Naples au mois de 
Juin par M. Savigny, avait ses ovaires remplis 
d'ceufs très- gros. C'est donc vers cette époque 
que fraie cette espèce. 

Le Tri g le rude, ou Cavillone. 
(Trigla aspera, Yiviani.) 1 

Rondelet, qui a si bien connu les poissons 
de la Méditerranée , en représente un (p. 296) 
sous le nom de mullus asper, qu'il dit s'appeler 
à Montpellier cavillone, de caville, mot lan- 
guedocien équivalant à cheville, et qui se 
distingue des autres espèces par des écailles 
bien plus grandes, imbriquées, obliques et 
âpres à leurs bords. Sa figure est bonne ; mais 
le dessinateur a oublié un des rayons libres , 
placés sous sa pectorale, ce qui a engagé M. de 
Lacépède à placer ce trigle dans une section 
particulière , qui aurait les rayons en nom- 
bre moindre de trois ; mais il y en a trois en 
effet, et même aucun trigle proprement dit 
n'en a ni plus ni moins à notre connaissance. 

1. Mullus asper, Rondelet, p. 296; Trigle cavillone, Lacép., 
t. 1U, p. 566 ; Risso, 2. e édit., p. 396. 



78 LIVRE IV. JOUÉS CUIRASSÉES. 

Aucun auteur n'a décrit d'ailleurs le trigle rude 
depuis Rondelet, et c'est M. Viviani , savant 
professeur d'histoire naturelle en l'université 
de Gènes, qui nous a le premier rendus atten- 
tifs à son existence. 

Depuis lors M. Savigny nous en a apporté 
de Naples , et M. Leach nous en a donné qu'il 
avait reçus de Malte. 

M. Risso vient seulement de l'insérer dans 
sa deuxième édition (p. 396). 

Sa taille ne va guère au-delà de quatre pouces, 
son museau est presque aussi court, et son profil 
presque aussi vertical que dans le trigle rayé ou 
rouget camard ; mais l'intervalle de ses yeux est plus 
concave. L'échancrure entre les lobes de son museau 
est peu profonde : la troisième dent de chaque 
lobe est saillante et pointue , et plus en dehors il y 
en a qui ressemblent à de petits cils plus qu'à des 
dents. Les granulations de la tête sont fines et ser- 
rées , mais grêles et pointues , presque comme les 
dents que nous appelons en velours. Il y a deux 
épines à l'angle supérieur antérieur de l'orbite , et 
une au postérieur ; mais immédiatement derrière 
celle-ci est une échaherure transversale et profonde, 
qui à elle seule distinguerait celte espèce des précé- 
dentes. Il y a ensuite une épine à chaque tempe. 
Celle du bas du préopercule est petite et non pré- 
cédée dune arête. L'opercule en a une très-aiguë; 
mais peu alongée. Le surscapulaire en a une très- 
pointue, et son bord interne est linement mais très- 



CHAP. I. TPJGLES. 79 

sensiblement dentelé. L'huméral est velouté comme 
la tête, et terminé par une épine irès-aiguë et assez 
longue. Les épines qui garnissent la fossette dorsale 
sont tranchantes, crochues et pointues, comme dans 
la lyre. Il y en a vingt-cinq de chaque côté, dont les 
deux ou trois premières ont seules la crête dentelée. 
Les écailles sont plus grandes qu'à aucun autre trigle, 
obliques, plus larges que longues, fortement dente- 
lées ou ciliées au bord externe, tronquées à la racine, 
et divisées en sept crénelures alternativement plus 
larges et plus étroites. On n'en compte que soixante 
sur une ligne longitudinale, et treize ou quatorze sur 
une verticale, à l'endroit des pectorales. La ligne la- 
térale ne se distingue que par de légères élevures non 
contigués sur les écailles qui lui appartiennent. 

La première dorsale a neuf épines assez grêles, dont 
les deux premières ont le bord antérieur dentelé en 
scie : la deuxième et la troisième sont les plus lon- 
gues, et égalent à peu près le corps en hauteur. La 
longueur des pectorales est comprise trois fois et un 
tiers dans la longueur totale ; elles dépassent un peu 
les ventrales. Le dessinateur de Rondelet ayant repré- 
senté la caudale un peu ramassée, M. de Lacépède l'a 
crue de forme lancéolée; mais elle a, comme dans 
toutes les autres espèces, son bord légèrement con- 
cave, et les deux angles un peu proéminens. 

D. 9 — 16; A. 15; C. 11; P. 11 et 3 ; V. 1/5. 

Ce joli petit poisson est d'un beau rouge; 
et c'est ce qui a déterminé Rondelet à en 
faire un mulie. ' 



80 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Le lobe gauche du foie est fort gros, et d'un vo- 
lume au moins triple du lobe droit. L'estomac est 
petit , sa branche montante est aussi grande et pres- 
que aussi longue que l'œsophage. Le pylore est en- 
touré de six cœcums, dépassant en arrière la pointe 
de l'estomac. 

L'intestin fait deux replis égaux , son diamètre est 
médiocre. 

Les ovaires , au mois de Novembre , sont vides. 

La vessie est de movenne grandeur , ovale , poin- 
tue en arrière. Sur le haut de sa face inférieure 
elle porte un petit sillon ; mais elle n'est ni divisée 
ni bifurquée. 

Les reins sont petits antérieurement , et très-gros 
près de l'anus. 

Le squelette a onze vertèbres abdominales et dix- 
neuf caudales. 

L'oubli où l'ont laissé tous les autres ich- 
tyologistes prouve qu'il n'est ni très-utile ni 
très-remarque. 

De quelques Trigles étrangers, voisins 
de la Cavillone. 

La Cavillone papillon. 

( Trigla papilio } nob.) 

Feu Péron avait rapporté de son voyage 
dans la mer des Indes un petit trigle assez 
semblable pour les formes à la cavillone, mais 



CHAP. I. TRIGLES. 81 

remarquable par la tache noire, entourée d'un 
iris blanc, qui distingue sa première dorsale. 
Sa tête est exactement celle de la cavillone , et a 
la même incision derrière l'orbite; mais l'épine cla- 
viculaire est plus courte. Les écailles du corps sont 
petites et d'une forme singulière, terminées à leur 
bout extérieur par deux petites pointes, échancrées 
au milieu de chaque côté, élargies en arrière, et 
crénelées de quatre ou cinq crénelures. Les épines 
tranchantes qui bordent la fossette du dos sont 
aussi fortes à proportion que dans la lyre : il y 
en a de chaque côté vingt-deux, dont les trois pre- 
mières sont moins hautes et crénelées. La ligne 
latérale n'est pas moins bien armée que le dos : ses 
écailles, plus larges que longues, carénées, ont le 
bord dentelé, de chaque côté, de deux petites dents, 
et la crête relevée d'une épine comprimée , dirigée 
en arrière, sous laquelle en sort obliquement une ou 
quelquefois deux plus petites. On en compte de 
chaque côté cinquante-cinq. Sous leurs carènes est 
le canal des tubes de la ligne. La pectorale est com- 
prise trois fois et demie dans la longueur du corps; 
elle dépasse très-peu les ventrales. La première dor- 
sale est arrondie, parce que ses troisième, quatrième 
et cinquième rayons sont les plus longs, et que les 
autres diminuent lentement : elle est d'un tiers 
moins haute que le corps ; ses rayons sont compri- 
més, pointus: les quatre premiers sont remarquables 
parce que leur tiers inférieur est plus gros, et que 
leur partie supérieure fait un angle avec cette base 
renflée , comme si elle était un peu brisée. Les deux 

4. 6 



82 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

premiers sont en outre sensiblement dentelés en 
scie. 

D. 9-14; A. 14; C. 11; P. 11 et 3; V. 1/5. 

Ce poisson a près de cinq pouces. Dans la liqueur 
il paraît en dessus d'un gris-brun pâle, en dessous 
d'un blanc jaunâtre. La première dorsale a vers son 
bord, entre son quatrième et son septième rayon , une 
- large tache réniforme noire , entourée d'un bord 
blanc. Les pectorales ont la face externe d'un blanc 
bleuâtre, et l'interne noire. On voit sur le tiers 
antérieur de la caudale une bande muqueuse blan- 
châtre. 

Ce trigla papilio a le lobe gauche du foie assez 
gros et presque situé dans la ligne moyenne. Le lobe 
droit est petit, alongé, placé dans le haut de l'ab- 
domen. L'estomac est ovale. Sa branche montante, 
qui va au pylore, est aussi grosse que f œsophage, 
et presque aussi longue; elle monte entre les lobes 
du foie. H y a sept cœcums, réunis en deux paquets; 
celui de gauche en a quatre, un peu plus courts que 
ceux de droite. 

L'intestin descend jusqu'auprès de l'anus , il re- 
monte jusqu'au pylore, où il se replie pour se rendre 
droit à l'anus. La vessie natatoire est assez grande 
et très -faiblement échancrée à sa partie antérieure: 
ses deux muscles sont assez gros , épais. 

Les reins sont médiocres , et la vessie urinaire est 
assez grande. 



CHAP. I. TPJGLES. 83 

La Cavillone phalène. 
{Trigla phalœna , nob.) 

Le même voyage a procuré un poisson très- 
semblable au précédent, et qui 

a de même une tache ocellée à la première dorsale , 
mais de forme ronde, et une armure pareille à la 
ligne latérale , mais où les épines de la fossette du 
dos sont beaucoup plus basses, et à peine saillantes, 
les rayons de la première dorsale grêles , simples 
et à peu près droits , et dont surtout les écailles 
sont trois fois plus grandes , en rhombe un peu ar- 
rondi par les bords, à pointe double, sans échan- 
crures latérales ni crénelures à la base, 

D. 9 — 15; A. 14; C. 11; P. 11 et 3 ; V. 1/5. 

Dans la liqueur il paraît d'un brun noirâtre en 
dessus, blanchâtre en dessous. Ses pectorales, com- 
prises trois fois et deux tiers dans la longueur to- 
tale, sont à l'extérieur brunes, avec des raies trans- 
verses grises ; à l'intérieur elles sont noires. 

Les intestins du trigla phalœna ressemblent à 
ceux des précédens , mais je ne lui vois que six 
cœcums, divisés en deux paquets égaux. Sa vessie 
natatoire est de la grosseur d'un pois, ronde, sans 
échancrure, et ses muscles latéraux sont assez forts. 

La Cavillone sphinx. 
{Trigla sphinx, nob.) 

Cette tache ocellée se reproduit dans un 
troisième poisson, toujours du même voyage. 



S 



84 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

et qui semble intermédiaire entre les deux 

précëdens. 

Ses rayons sont grêles et comprimés comme dans 
le second, et cependant un peu plus forts, plus 
longs et plus arqués. L'armure du dos est aussi 
forte que dans le premier , et les écailles sont dune 
grandeur intermédiaire, mais à peu près de la forme 
de celles du second. 

D. 9 — 14; A. 14; C. 11; P. 11 et 3 ; V. 1/5. 

Ce poisson n'a que quatre pouces et demi. Dans 
la liqueur il parait gris-brun en dessus, blanchâtre 
en dessous : sur le brun sont des taches nuageuses, 
éparses , irrégulières , d'un brun plus foncé. La pre- 
mière dorsale a, entre son quatrième et son sixième 
rayon , une tache ronde noirâtre , entourée d'un 
cercle blanc, ombré encore en arrière d'un peu de 
noir. Les pectorales sont brimes , variées de brun 
plus clair. 

Son foie est plus gros que dans le précédent : son 
estomac un peu plus grand, avec huit appendices 
cœcales au pylore, quatre de chaque coté; celles de 
gauche les plus longues. 

L'intestin fait les mêmes replis que dans le trigJa 
papilio. 

La vessie natatoire est excessivement petite ; elle 
a tout au plus deux lignes de long et une de large ; 
elle est assez profondément divisée antérieurement : 
les deux lobes sont droits et pointus. 



CHÀP. II. PRIONOTES. 85 

CHAPITRE IL 

Des Prionotes , ou Trigles à grandes 
pectorales et à palatins garnis de 
dents en velours. 

L'Amérique produit des poissons semblables, 
presque sur tous les points, à nos trigles pro- 
prement dits , et surtout à notre perlon [trigla 
hirundo), qu'ils surpassent cependant par la 
longueur de leurs pectorales, ainsi que par le 
nombre des rayons de ces nageoires, qui va à 
treize, quoique leurs filets libres soient, comme 
dans nos trigles d'Europe, au nombre de trois. 
Ils se distinguent, dans tout le grand genre des 
trigles, par les dents en velours, qui forment 
une bande sur chacun de leurs palatins. 

M. de Lacépède , d'après une indication 
inexacte de Linnaeus,a formé de l'une de leurs 
espèces un genre particulier, qu'il a nommé 
prionote ou dos en scie , parce qu'il suppo- 
sait qu'elle avait quelques épines libres entre 
ses deux dorsales; et nous avons conservé ce 
nom pour ne pas sans cesse altérer la nomen- 
clature, quoique nous ayons vérifié que ces 
épines font partie de la première nageoire et 
s'y lient par la même membrane qui en réunit 



86 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

les autres rayons, ainsi que chacun aurait pu 
s'en assurer par la seule figure qui ait été ci- 
tée comme représentant le prionote, celle de 
Brown (Histoire naturelle de la Jamaïque, 
pi. 47), figure où l'on ne voit aucune trace de 
ces rayons libres. 

Nous possédons aujourd'hui non -seule- 
ment l'espèce représentée par Brown, qui est 
le trigla punctata de Bloch , et celle que Lin- 
nœus avait mal à propos confondue avec elle 
sous le nom de trigla evolcms, et qui doit 
être le trigla lineata de Mitchill; mais nous 
en avons encore deux autres, dont l'une nous 
paraît le trigla carolina de Linnaeus et le 
trigla palmipes de Mitchill, et dont l'autre 
est nouvelle. 

Ainsi ce sous-genre se compose maintenant 
de quatre espèces, toutes des côtes du Nou- 
veau-Monde sur l'Atlantique. 

Le Prionote strié. 

(Prionotus strigatus, nob.; Trigla lineata,, Mitch. ; 
Trigla evolans, Linn. ?) 

Nous parlerons d'abord de la plus grande 
et de celle qui du moins a obtenu dans ces 
derniers temps une description et une figure 
suffisamment caractéristiques. 



CHAP. II. PRIONOTES. 87 

C'est le trigla lineata de M. Mitchill (Poiss. 
de New-York, pi. 4 , fig- 4 )> bien différent du 
trigla lineata de Bloch, qui est notre rouget 
camard de Paris. 

Nous en avons reçu trois échantillons par 
les soins de M. Miibert, dont un a plus de dix- 
sept pouces. M. Mitchill annonce que l'espèce 
parvient communément à cette taille. 

Sa tête est fort semblable à celle de nos trigles 
rougets {trigla pini) et perlons {tripla hirundo); 
elle tient surtout de cette dernière par la largeur 
et le peu de concavité de l'intervalle des yeux. 

Toutes les pièces de sa tête ont des rayons serrés, 
formés de granelures bien marquées et rudes ; la 
joue n'a pas les parties lisses qu'on voit dans le 
perlon , et il y a surtout au second et au troisième 
sous-orbitaire des centres d'irradiation que le per- 
lon n'a pas. Les lobes antérieurs du museau sont 
très- obtus, à peine séparés par une échancrure, et 
leurs crénelures ne sont guère plus grandes que les 
granulations qui couvrent toute la tête. On en compte 
dix ou douze de chaque coté. Il n'y a qu'une épine 
peu marquée à l'angle antérieur de 1 orbite. Une 
échancrure arrondie et peu profonde entoure son 
angle postérieur. On ne voit pas d'épines particu- 
lières au museau ni à la tempe ; mais celle du bas 
du préopercule est forte : l'arête horizontale qui la 
précède se mai que peu sur la joue. L'os de l'épaule 
a la sienne plus courte qu'au perlon, et est presque 
lisse. On n'y voit que deux ou trois lignes de gra- 



88 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

nidations le long de son arête. Les dents palatines 
sont sur une bande étroite. 

La pectorale, plus grande que dans aucun des 
trigles proprement dits, n'est comprise que deux fois 
et trois quarts dans la longueur totale ; elle dépasse 
les ventrales d'un bon tiers. 

La première dorsale a trois rangs de granulations 
pointues à son premier rayon. Les deux suivans 
en ont chacun deux , savoir : le deuxième du côté 
droit, le troisième du gauche. Les autres sont lisses, 
sauf quelques vestiges de crénelures sur le devant 
du huitième et du neuvième. C'est le second de ces 
rayons qui s'élève le plus , et cependant il n'a que 
les deux tiers de la hauteur du corps, les autres 
s'abaissent au point qu'on a peine à voir le dixième ; 
mais aucun n'est entièrement libre. Le premier 
rayon de la deuxième nageoire a aussi quelques cré- 
nelures au-devant de sa base. 

B. 7 ; D. 10— 12; A. 11; C. 11; P. 13, et 3 libres; 
V. 1/5. 

La fossette dorsale est très -peu creuse, et ses 
bords n'ont point d'épines , mais seulement de lé- 
gères élevures mousses, couvertes d'une peau molle. 
Les écailles sont petites, lisses, plus larges que lon- 
gues : leur racine n'a que quatre ou cinq crénelures, 
et leur éventail que cinq ou six rayons. 

La ligne latérale n'a point d'écaillés particulières, 
et ne se marque que par une raie brune, qui suit toute 
la longueur du poisson, à commencer du haut de la 
fente des ouïes. Une autre raie brune, qui commence 
à l'épine claviculaire , suit également cette longueur, 



CHAP. II. PRIONOTES. 89 

et forme en quelque sorte une deuxième ligne latérale. 
Ce poisson est brun en dessus , blanchâtre en 
dessous : tous les côtés de sa tête sont semés de points 
et de petites lignes d'un brun foncé. Les écailles de 
son dos ont chacune un point blanchâtre et une ou 
deux lignes brunes : ces lignes ou ces points bruns 
se continuent, en s'affaiblissant , sur les écailles des 
flancs. 

La pectorale est, à l'extérieur, d'un gris brunâtre, 
traversé d'un grand nombre de raies étroites d'un brun 
foncé, dont quelques-unes se joignent diversement 
à leurs voisines. En dedans elle est noirâtre, avec 
une large bande blanche le long de son bord su- 
périeur. 

La première dorsale est blanchâtre, avec une 
tache noire entre le quatrième et le sixième rayon; 
la seconde est grise, et il y a des points brunâtres 
sur ses rayons : la caudale est brune ; les ventrales et 
l'anale blanchâtres. 

Il paraît , d'après M. Mitchill , que dans le vivant 
le brun des taches et des lignes se change quelque- 
fois en rougeâtre, que la caudale et l'anale sont rou- 
geâtres , et qu'il y a sur le blanc des parties infé- 
rieures des teintes roses et jaunâtres. 

Le squelette du trigla slrigata n'a que dix ver- 
tèbres abdominales et quinze caudales. Ce sont les 
abdominales antérieures qui sont aplaties en des- 
sous : les postérieures sont comprimées. Pour tout 
le reste ce squelette ressemble à ceux des espèces 
d'Europe, et surtout au perlon. 

S'il fallait absolument deviner quelle espèce 



90 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Linnseus avait sous les yeux quand il a décrit 
son trigla evolans, je me déciderais pour 
celle-ci, parce quelle répond particulière- 
ment à ce qu'il dit de la dentelure des petites 
épines de l'arrière de la dorsale, et parce que 
la brièveté de ces épines a pu le tromper plus 
aisément ; d'ailleurs ses nombres s'accordent 
mieux que pour l'espèce suivante l : mais la 
citation de Brown nous parait plutôt devoir 
être rapportée à notre troisième espèce. 

Le Prionote de la Caroline. 

(Prionotus carolinus , nob.; Trigla carolina, L.? 
Trigla palmipes , Mitch. ?) 

Nous avons reçu de New-York par M. Mil- 
bert, et de la Caroline par M. Bosc, un trigle 
très -semblable au précédent par toutes ses 



1. Voici son article (Syst. nnl., 12. e édit., 1. 1, p. 49&) : 
Trigla digiiis ternis , mucronibus tribus serrât is pinnis dorsalibus 
interposilis. (B. 9'; D. 8v-U 3 ; P. 13; V. 6; A. 11; C. 134) 
Caput radiaio-cœlatum; rostrum emarginatum; pinnœ pectorales 
nigrœ , longitudine dimidii corporis sed latiores inter pronom dor- 
salem anieriorem et posteriorem quasi rudimenta trium spinarum 
serrât a. Spina prima et secunda in priore , et prima in posteriore 
pinna dorsali antico laiere scabra sunt. Cauda bifida. 

1. Il n'y en a que sept, comme dans tous les autres irigles. 

2. Il ne compte pas les petites épines, qu'il croit libres. 

3. Il aurait dû éctive 12. 

4. 11 compte une paire de rayons courts à laquelle nous n'avons pas 
d'égard. 



CHAP. II. PRIONOTES. 91 

proportions, par la granulation de la tète et la 

forme du museau, 

mais où l'intervalle des yeux est plus étroit et plus 
concave (au moins autant que dans le rouget"), où les 
échancrures de l'angle supérieur-postérieur des or- 
bites se joignent l'une à l'autre par un sillon qui tra- 
verse le crâne, et où l'on voit une petite épine avant 
cette échancrure , et une autre au milieu du bord 
interne de l'os surscapulaire. La bande de dents pala- 
tines est plus courte que dans les trois autres espèces. 
Les dernières épines de la première nageoire dorsale 
sont moins raccourcies que dans l'espèce précédente : 
il n'y a de crénelures qu'aux deux premières, et un 
rang seulement : la troisième est lisse ; mais on en 
retrouve au premier rayon de la deuxième dorsale. 
Les rayons libres sous les pectorales ont leur mem- 
brane un peu élargie vers le bout , en forme de 
spatule. 

D. 10 — 13 ; A. 12; C. 11 ; P. 14 et 3 ; V. 1/5. 

Son corps n'a ni points ni lignes , mais des ta- 
ches nuageuses mal marquées. 

Sa première dorsale est grise, avec trois lignes blan- 
ches obliques, et une tache noire et ronde entre la 
quatrième et la cinquième épine, qui, bordée de 
deux de ces lignes blanches, est vraiment ocellée. La 
seconde dorsale a aussi des lignes obliques blanches 
sur un fond plus brun. La pectorale paraît alterna- 
tivement plus ou moins foncée par larges bandes: 
son bord supérieur est blanc du côté interne. L'anale 
est grise et a une bande blanche sur sa base. La 
caudale paraît brune. 



92 



LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 



Les mâles se distinguent des femelles par des épines 
plus saillantes derrière l'orbite et à l'os surscapulnire. 

Le squelette de cette espèce a vingt-six vertèbres, 
dont dix abdominales. C'est la septième vertèbre ab- 
dominale qui est le plus aplatie en dessous : les 
suivantes sont comprimées. 

Ce que Linnaeus dit de son trigla carolina, 
convient assez à cette espèce , qui d'ailleurs 
vient du même pays , pour que Ion puisse 
croire que c'est elle qu'il a eue en vue. 1 

Quant au trigla carolina de Bloch (pi. 35a), 
c'est l'espèce suivante. 

J'ai lieu de penser que c'est l'espèce actuelle 
que M. Mitchill (p. 43 1 et pi. 4? fig- 5 ) nomme 
trigla palmipe s. Sa figure y répond bien, ainsi 
que la terminaison élargie des rayons libres; 
mais il lui donne seize rayons à l'anale, ce que 
je soupçonne ne pas être exact, attendu que 
dans tous les autres trigles l'anale a un rayon 
de moins que la dorsale. Dans tous les cas c'est 
une espèce très -voisine. L'auteur décrit ses 
couleurs comme il suit : 



1. Voici son article [Mantiss., alter. suppl. anim., p. 528): 
Trigla digitis tribus ; pinnœ dorsalis parle priore aculeolata. 
(D. 10 — 13; A. 12; G. 10; P. 15; V. 6.) Habitat in Carolina 
mari. A. D. Garden, Piscis missus digilo longior. syuamis minuiissi- 
mis omnibus. Caput car acte ribus seu arleriis; iinea lateralis simplex , 
fere lœvis; cauda emarginata; radii pinnœ dorsalis prions spinosi; 
primo antice longiludinaliter aculeato. 



CHAP. IL PRIONOTES. 93 

Dos brun, mêlé de rougeâtre,d'ocreux et de jaunâ- 
tre ; dessous du corps blanc, surtout derrière les 
rayons libres et les nageoires : derrière l'anus le 
blanchâtre se mêle de jaunâtre et de rougeâtre; les 
rayons libres d'un beau jaune ; la face externe des 
pectorales irrégulièrement jaune et brun pourpre; 
l'interne bleu-pâle et obscure ; le bord inférieur 
blanc ; les ventrales blanches , à rayons jaunes en 
dessus; les dorsales brunes, mêlées de jaune; la cau- 
dale brune, surtout vers l'extrémité, avec des lignes 
jaunâtres entre les rayons ; l'anale d'un jaune clair. 
D. 9 — 14 5 A. 16; C. 15; P. i4; V. 6. 

Le Prionote ponctué. 

(Prionotus punctatus , nob. ; Trigla punctata 
et carolina , Bl.) 

Il y a une troisième espèce, qui se tient plus 
au sud que les précédentes, aux Antilles et 
tout le long de la côte du Brésil, et jusque 
près de l'embouchure de la Piata, car nous 
en avons des individus de tous ces différens 
points. C'est celle que Bloch a représentée 
planche 35a , et qu'il a crue la même que la 
précédente. C'est aussi, autant que Ton en peut 
juger d'après une figure grossière, celle de 
Brown {Jamaic, pi. 47)? que Linnaeus croit 
identique avec son trigla evolans, et quelque 
contraire que la différence du coloris puisse 
paraître à mon opinion, je suis convaincu que 



94 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

c'est encore celle que Bloch a donnée (pi. 353) 
sous le nom de trigla punctata, d'après un 
croquis de Plumier. Il n'y a enfin aucune raison 
de douter que ce ne soit le rubio-volador ou 
rouget-volant de Parra (pi. 38). 

Cette espèce se distingue aisément et prompte- 
ment des deux précédentes par deux petites épines 
pointues qu'elle a de chaque côté du museau : l'une 
immédiatement en dehors de la crénelure des lobes ; 
l'autre plus en arrière et presque au-dessus de l'angle 
de la bouche. Les centres d'irradiation de tous les os 
de sa tête sont les mêmes ; mais les stries sur les os 
sont beaucoup plus fines , plus nombreuses ; les 
points saillans qui les composent , plus menus , plus 
serrés, paraissent beaucoup moins, et ne forment 
pas une apreté ni une rudesse telles que les leurs : 
ces stries ressemblent tout-à-fait au travail d'un ci- 
seleur, et c'est à elles que se rapporterait particu- 
lièrement bien l'expression de capul cœlatum , que 
Linnœus emploie pour les espèces précédentes. L'in- 
tervalle des yeux est concave , comme dans le trigla 
carolina ; mais les échancrures de derrière l'orbite 
ne s'y unissent pas par un sillon aussi marqué : 
chacune délies est précédée par une pointe ; il y 
en a deux à l'angle antérieur, suivies dune ou deux 
dentelures. On voit aussi une pointe ou petite crête, 
terminée par une épine , sur la tempe , au bord ex- 
terne du mastoïdien, à la racine interne de la grande 
pointe de l'occiput , au bord du pariétal. Il y a 
de plus une pointe sur Tarête du bas du préoper- 



CHAP. II. PRIONOTES. 95 

cule, avant son épine ordinaire; enfin, on voit cette 
épine, les deux de l'opercule, et celles du sursca- 
pulaire et du claviculaire : celte dernière avance 
autant que celle de l'opercule , et l'os n'a que deux 
lignes de points sur son arête pour toute scabrosité. 
Les pointes ou épines que nous venons de décrire 
se relèvent plus ou moins, selon les individus, mais 
jamais autant que dans l'espèce qui va suivre. La 
bande de dents palatines est plus large à proportion 
que dans notre première espèce, et plus longue que 
dans la seconde. Les premières épines des dorsales 
n'ont ni scabrosité ni dentelures ; on y dislingue à 
peine une fine et légère ponctuation. 

Pour tout le reste notre espèce actuelle offre à 
peu près la même conformation que les deux pré- 
cédentes ; elle n'a aussi sur les côtés de la fosse dor- 
sale que de légères élevures obtuses : sa ligne latérale 
n'est point armée. 

D. 10 — 12; A. 11; C. 11; P. 13 et 3; V. 1/5. 

Le rouge que, d'après les croquis de Plumier, 
on s'est cru autorisé à donner à ce poisson, est trop 
vif, ou du moins ce n'est pas sa couleur dans les 
temps ordinaires. D'après le récit d'un des aides- 
naturalistes du Muséum, M. Louis Kiener , qui en 
a pris beaucoup sur la côte du Brésil, le dos était 
brunâtre, le ventre argenté, les pectorales d'un beau 
bleu, les dorsales grises, tachetées de bleu. Pana 
dit le sien cendré dessus, orangé dessous ; mais il 
faut ajouter à ces indications abrégées quelques dé- 
tails , que nous fournit surtout un individu arrivé 
presque frais de la Martinique par les soins de 



9G LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

M. Achard. Le dessus est gris -brun, varié de taches 
nuageuses plus ou moins grandes , et qui paraissent 
roussâtres. Les flancs ont une teinte orangée, et le 
ventre est blanchâtre. Il y a des teintes jaunes sous 
la gorge et autour des bases des nageoires pecto- 
rales et ventrales. Les ventrales mêmes et les doigts 
libres sont jaunes. Une tache noire occupe , sur la 
première dorsale, le haut de l'intervalle entre le 
quatrième et le sixième rayon. De petites taches 
sont semées sur le reste de cette nageoire. Il y en a 
aussi sur la seconde dorsale et sur la caudale, qui 
y forment des lignes transverses : elles suivent en 
effet les rayons; mais dans quelques individus il y en 
a de plus sur la membrane qui alternent avec celles 
des rayons. Ces taches, dans notre individu le mieux 
conservé, paraissent roussâtres. Les pectorales ont 
aussi des taches brunes ou noires , qui tantôt for- 
ment des séries transversales , tantôt s'élargissent 
assez pour se confondre en bandes ou en marbrures. 
Leur bord postérieur et inférieur est d'un beau bleu. 

L'espèce atteint un pied de longueur. 

Son squelette a onze vertèbres abdominales et 
quinze caudales. Les dernières abdominales sont 
comprimées verticalement, et leurs apophyses trans- 
verses descendent au lieu de s'élargir en disque. De la 
quatrième à la septième elles sont aplaties en dessous. 

Ce trigle est commun au Brésil, et il est 
singulier que Margrave n'en ait point parlé. 
L'observateur que nous avons déjà cité nous 
assure qu'il se tient non loin de la côte par 



CHAP. II. PRIONOTES. 97 

bandes de plus de cent, s' élevant au-dessus 
des eaux par des espèces de sauts, plutôt que 
par un véritable vol; sauts assez forts cepen- 
dant pour qu'ils se prennent dans les haubans 
des navires. Sa chair, ajoute-t-il, est excellente; 
cependant M. Plée nous dit qu'à la Martinique 
on ne le mange point. Les colons de cette île 
lui donnent le nom de poule, par opposition 
à celui de coq, par lequel ils désignent le 
dactyloptère; noms qui, sans doute, tiennent 
tous les deux au souvenir qu'avaient gardé 
les colons de ceux de coq de mer, de galline, 
de gallmette, que portent tant de trigles sur 
les côtes de l'Europe. Les Espagnols de Porto- 
Rico le nomment angelito (petit ange) : c'est 
le petit poisson volant (the smaller jlying 
triglci) de Brown, et Sloane (Jam., t. II, p. 288) 
le décrit assez bien sous les noms de milvus 
cirrhatus et de gurnet; mais parmi les cinq 
ou six poissons volans dont parle Hughes 
dans son Histoire naturelle de la Barbade, on 
ne peut distinguer lequel est celui-ci. 

Le foie du prionote ponctué est médiocrement 
gros, et profondément divisé en deux lobes, dont 
le gauche est beaucoup plus volumineux que le 
droit. La vésicule du fiel qui s'y attache est ronde, 
petite ; son canal cholédoque est assez long : il se 
rend dans le duodénum auprès du pylore. 

4- 7 



98 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

L'œsophage est long et assez gros. Au-dessous du 
cardia, à gauche, il y a un étranglement considé- 
rable , après quoi on voit l'estomac , qui est une 
poche petite, à peu près cylindrique. La branche 
montante est presque aussi longue et aussi grosse que 
l'oesophage. Le pylore est très-étroit et entouré de 
six cœcums assez longs. L'intestin qui suit le pylore 
a ses parois excessivement fines; elles se renforcent 
un peu plus loin : cet intestin descend jusqu'un peu 
au-delà de l'estomac ; il remonte alors vers le dia- 
phragme, passe au-dessus du duodénum, et se replie 
sur le pvlore, d'où il se rend à l'anus, en augmentant 
beaucoup de volume. 

La vessie natatoire est assez grande et très -pro- 
fondément divisée en deux lobes, qui communi- 
quent entre eux, par un trou assez petit, aux deux 
tiers postérieurs de la longueur de la vessie. Cha- 
que lobe a un muscle propre latéral , composé de 
fibres transverses. 

Les reins sont petits antérieurement. Au-delà de 
la vessie natatoire ils se renflent beaucoup et ver- 
sent l'urine dans une grande vessie à parois très- 
minces, et située, comme à l'ordinaire, entre l'ex- 
trémité postérieure des laitances ou des ovaires, qui 
dans notre individu n'étaient pas du tout développées. 

Le Prionote chaussetrape. 
(Prionotus tribulus, nob.) 

Notre quatrième espèce vient des États-Unis, 
comme les deux premières; elle nous a été 



CHAP. II. PRI0N0TES. 99 

envoyée en quantité de New -York par M. 
Milbert, et nous en avons aussi reçu un indi- 
vidu de la Caroline par M. LTIerminier : c'est 
à la précédente quelle ressemble le mieux; 

mais on la distingue tout de suite parce qu'elle a une 
épine de plus sur la ligne horizontale, qui va du 
museau à l'épine du préopercule, et cette épine, qui 
du reste est fort petite, est au centre d'irradiation 
du grand sous-orbitaire. Une distinction encore 
plus sensible , mais susceptible de plus ou de moins, 
c'est que toutes les épines de la tête , surtout celles 
de l'arrière de l'orbite et de la pointe du surscapulaire , 
sont plus relevées que dans l'espèce précédente, ai- 
guës et comprimées comme des pointes de sabre. 
Celles du préopercule et du claviculaire sont aussi 
bien plus larges et plus aiguës. Les mâles surtout 
ont ces caractères très - prononcés , et il en fait les 
trigles les mieux pourvus d'armes offensives. C'est 
dans cette espèce que la bande des dents palatines 
est la plus étroite. La pectorale égale presque la moi- 
tié de la longueur du corps. 

D. 10 — 13; A. 12 j C. 11; P. 13, et 3 libres; V. 1/5. 

Dans la liqueur ce poisson paraît brun dessus, 
blanchâtre dessous. La première nageoire est grise, 
variée de blanc, et a une tache noire entre le qua- 
trième et le sixième rayon. La seconde parait grisâ- 
tre, et il n'y a que deux taches noirâtres sur sa 
base ; l'une du cinquième au septième rayon , l'autre 
du dixième au douzième. La caudale est brune , les 
pectorales noirâtres, plus foncées du côté interne. 



\ 00 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

où leur bord supérieur est blanc. Il est possible 
cependant que ces diverses teintes soient différentes 
dans le frais. 

Nous n'avons pas d'individus de cette espèce de 
plus de sept ou huit pouces. 

S> n squelette a onze vertèbres abdominales et 
quinze caudales : les sept premières de l'abdomen 
sont plus ou moins aplaties en-dessous. 

La vessie aérienne du trigla carolina ressemble à 
celle du strigata; mais elle est encore plus profon- 
dément divisée, et ses lobes sont arqués en croissant. 

Celle, au contraire, du trigla tribulus est à peine 
divisée à ses deux pointes; ses lobes sont ovales, 
et les muscles qui leur sont propres sont petits. 
L'estomac de cette espèce est grand , mince ; sans 
plis. Je n'ai pu compter les ccecums du pylore. 



On trouve dans le Liber Mentzelii (p. 1 o3) 
sous le nom de pira meivy , qui appartient 
aussi au dactyloptère,une figure àepi^ionote, 
que nous ne pouvons rapporter à aucune de 
nos espèces. 

Le dos en est vert-pâle , avec des taches d'un vert 
plus foncé. H y a aussi des points vert- foncé sur 
la première dorsale , et des lignes en travers sur la 
caudale : la pectorale en a de noires, longues entre 
les premiers rayons, et plusieurs rondes vers le 
bord interne. 



CHAP. III. MALARMATS. 101 

CHAPITRE III. 

Des Malarmats , ou Trigles cuirassés 
(Péristédion, Lacép.) 

Le malarmat est nommé ainsi à Marseille 
et à Gènes; mais, comme le dit Rondelet, c'est 
par antiphrase, car il est le mieux armé de tous 
les poissons de nos mers. Des plaques osseuses 
garnissent son corps d'une armure défensive, 
comme autrefois les hommes d'armes étaient 
revêtus de toute part de pièces de fer mobiles, 
et les deux fourches longues et pointues de 
son museau lui donnent en même temps des 
armes offensives redoutables. A la suite d'une 
grosse tête, son corps octogone s'alonge en 
pointe vers la queue. La longueur totale, y 
compris les fourches, comprend sept fois la 
hauteur à la nuque, et la longueur particu- 
lière de la tête comprend près de deux fois 
et demie cette hauteur, en sorte qu'elle est 
elle-même trois fois moins un tiers dans la 
longueur totale. Cette tête ressemble à celle 
des trigles; elle rappelle surtout celle de la 
lyre , au point que Rondelet a appelé le ma- 
larmat lyra altéra. 



4 02 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Toutefois le museau est plus aplati et plus alongé* 
la joue moins haute , la crête horizontale qui la 
traverse plus longue et plus saillante : les deux pro- 
ductions du premier sous-orbitaire qui forment la 
fourche du museau égalent chacune en longueur 
la moitié du reste de la tête; elles ne sont pas den- 
telées. Le premier sous-orbitaire s'avance pour les 
former, tellement qu'il n'occupe qu'une petite partie 
de la joue , et qu'il y est remplacé par le préoper- 
cule, qui s'élargit à cet effet dans le bas, et par le 
deuxième sous-orbitaire, qui occupe presque tout le 
bord inférieur de l'orbite. Une petite pointe, relevée 
un peu eii arrière de la proéminence, est le commen- 
cement de la crête horizontale qui règne, en deve- 
nant de plus en plus saillante et aiguë , jusqu'à 
l'angle du préopercule , lequel se porte en arrière 
presque jusque sous la pointe de l'opercule; elle a, 
dans sa partie qui appartient au sous-orbitaire, quel- 
ques petites dentelures ; sous elle le bord des os se 
recourbe en -dessous, et a encore quelques sillons 
en avant. Une crête horizontale plus petite règne 
sous l'orbite, sur le deuxième sous-orbilaire. Chaque 
nasal a une épine relevée , et l'ethmoïde en a une 
quelquefois fourchue : les trois forment un triangle 
sur la partie déclive du museau. Cinq ou six petites 
pointes pareilles sont en avant de l'angle antérieur 
de l'orbite , sur le frontal antérieur , et une crête 
surcilière s'étend de là jusqu'à l'angle postérieur, où 
il y a aussi quelques points, et jusqu'au bord posté- 
rieur de l'occiput. Dans certains individus cette crête 
surcilière est elle-même divisée en trois ou quatre 



CHAP. III. MALARMATS. \ 05 

dentelures ou petites pointes. Sur la tempe est une 
autre petite crête, qui se termine à l'angle posté- 
rieur et latéral de l'occiput. L'opercule est petit, 
relevé d'une arête qui se termine à sa pointe. Au- 
dessus est une autre petite pointe, et son bord su- 
périeur échancré est rond et complété, comme dans 
la plupart des trigles, par une partie membraneuse. 
Toutes ces parties sont finement granulées ou cha- 
grinées : mais les granulations ne sont pas disposées 
en rayons ni en lignes. 

Le diamètre horizontal de l'orbite fait presque le 
tiers de la longueur de la tête , y compris les four- 
ches. Sa position est vers le bord supérieur de la 
face latérale de la tête et dans l'angle que le crâne 
forme avec le museau. L'intervalle des yeux est un 
peu concave. 

La bouche s'ouvre en demi-cercle sous la base des 
fourches. La mâchoire supérieure est plus avancée 
que l'inférieure : ni l'une ni l'autre n'a de dents, et il 
n'y en a aucunes non plus au vomer, aux palatins, 
ni à la langue; seulement les pharyngiens sont un 
peu âpres. Les mâchoires et la membrane des bran- 
chies sont lisses, sans écailles ni scabrosités, excepté 
à l'angle postérieur de la mâchoire inférieure, où il y 
a une pièce osseuse, âpre et relevée de deux crêtes. 
Sous la mâchoire inférieure pendent plusieurs bar- 
billons charnus et branchus : le plus considérable 
est le plus extérieur; placé dans un angle que la lèvre 
fait avec la branche de la mâchoire inférieure , il 
égale cette branche même, se termine en pointe, et 
a plusieurs filamens adhérens à sa longueur. Plus en 



104 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

dedans, à l'extrémité antérieure de chaque branche de 
la mâchoire inférieure, en est un autre, qui consiste 
en un groupe de filamens, et qui est suivi de quatre 
groupes semblables, adhérens le long de la branche. 
Les ouïes sont bien fendues ; leur membrane a 
sept rayons. Le bord postérieur de leurs ouvertures, 
la pointe de la poitrine entre elles et la base de la 
pectorale, sont revêtues d'une peau molle et lisse. Le 
dessous du tronc , jusqu'à l'anus , est cuirassé , au 
contraire, de deux boucliers osseux, formés chacun 
de deux pièces, unies par une suture longitudinale, 
et relevées latéralement d'une arête qui se continue 
avec celles du rang inférieur d'écaillés, en sorte que 
ces boucliers peuvent être regardés comme les pre- 
mières écailles de ce rang. Trois autres rangs, de 
chaque côté, complètent l'armure du poisson , de- 
puis la tête et l'épaule jusqu'au bout de la queue, 
en sorte que son corps représente une longue pyra- 
mide octogone, dont la queue fait la pointe. Les 
écailles, de substance osseuse et âpres à leur surface, 
ont le contour à peu près rhomboïdal ; mais dont 
la grande diagonale est en travers ; elles s'engrènent 
par leurs angles latéraux , sont carénées dans leur 
milieu, et ont leur carène relevée d'une crête, ter- 
minée par une pointe aiguë, dirigée en arrière, ce 
qui fait, tout le long du corps, huit rangées très- 
régulières de ces pointes, quatre de chaque côté. 
La supérieure se continue avec la crête surcilière ; 
la seconde répond à la pointe de l'opercule ; la troi- 
sième continue la ligne par laquelle la ventrale s'unit 
au tronc , et la quatrième, comme nous l'avons dit, 



CHAP. IIÎ. MALARMATS. \ Olî 

commence à la crête latérale des boucliers inférieurs, 
La seconde de ces séries d'épines tient la place de la 
lijme latérale, et on chercherait vainement cette ligne 
ailleurs : elle a trente écailles, et par conséquent 
trente épines, dont les dix dernières ont aussi sur 
leur base une petite pointe dirigée en avant. Celle 
qui est au-dessus et celle qui est au-dessous, régnent, 
comme elle, jusqu'aux côtés de la caudale; mais la 
supérieure et l'inférieure ont leurs épines effacées 
plus tôt; en sorte que la queue n'est armée, vers la 
fin, que de trois rangées d'épines de chaque côté: 
les trois dernières sont plus longues et plus cou- 
chées contre la nageoire, que celles qui les précèdent. 
La première dorsale a sept rayons ; elle est con- 
tiguë à la seconde , qui en a dix -huit, et elle ne 
s'en dislingue que par la brièveté de son septième 
rayon , et par une solution de continuité de la 
membrane, qui même ne descend pas jusqu'à sa base 
dans plusieurs individus ; en sorte qu'il n'y a vrai- 
ment alors qu'une dorsale. Ses épines sont grêles 
et flexibles , et dans le plus grand nombre des in- 
dividus les plus longues ne dépassent les rayons 
de la seconde que d'un quart , et n'égalent pas le 
corps en hauteur; mais dans quelques-uns, peut- 
être les mâles , ils s'alongent en filets , dont le troi- 
sième, le quatrième et le cinquième égalent le tiers 
de la longueur totale. La pectorale est médiocre et 
ne fait guère que le sixième de la longueur totale ; 
elle n'a sous elle que deux rayons libres , dont le 
premier l'égale en longueur. Les ventrales sont un 
peu plus courtes , et adhèrent au tronc par près- 



1 06 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

que tout leur bord interne ; mais elles ne sont nul- 
lement unies aux pectorales, comme le dit Linnseus. » 
L'anus est à peu près au milieu de la longueur to- 
tale. L'anale répond à la seconde dorsale par la 
longueur, la hauteur et le nombre des rayons. L'es- 
pace placé entre ces deux nageoires et la caudale est 
peu considérable, et la caudale elle-même est petite, 
et a son bord taillé un peu en croissant , comme à 
peu près dans tous les trigles. 
B. 1; D. 1 — 18 ou 19; A. 18; C. 11; P. 12 et 2; V. 1/5. 

Ce poisson, comme beaucoup de trigles, est, en 
dessus et à la tête, d'un beau rouge, qui prend sur 
les flancs une teinte dorée, et devient sous le ventre 
d'un blanc plus ou moins argenté. Les dorsales et 
la caudale sont rouges ; les pectorales brunes ou 
violâlres , les ventrales et l'anale blanchâtres. 

Le malarmat a le foie petit, très- profondément 
divisé en deux lobes , dont le gauche est un peu 
plus grand et plus épais que le droit. La vésicule 
du fiel est oblongue, assez grande, eu égard au vo- 
lume du foie. Le canal cholédoque est long, gros, et 
il s'ouvre dans le duodénum assez loin du pylore. 

L'œsophage est court et très-large : il est plissé, 
ainsi que l'estomac , qui est la continuation de cet 
œsophage, sans qu'on aperçoive presque l'étrangle- 
ment qui marque le cardia. Celui qui indique la 
place du pylore est au contraire très-fort. 

Le pylore est entouré de sept appendices cœcales 
extrêmement courtes. 

1. Pinnœ ventrales pectoralibus annexée. 



CHAP. III. MALAîIMATS. 107 

L'intestin qui suit est assez gros et descend jus- 
qu'auprès de l'anus, où il se replie et se porte un 
peu en avant vers le diaphragme : il se replie de 
nouveau, et il remonte jusqu'auprès du pylore, où 
il frit un troisième repli, pour se porter directement 
à l'anus. A compter du premier repli, son diamètre 
est un peu diminué, et ses parois sont très-minces. 

La rate est fort petite et située auprès de la vési- 
cule du fiel , entre l'estomac et le duodénum. 

Les laitances de l'individu pris à Naples au mois 
de Mai, par M. Savigny, étaient fort petites. 

La vessie natatoire est assez grande , de forme 
ovale, plus rétrécie en avant, simple et sans lobes ni 
échancrure. Les membranes sont d'une finesse ex- 
trême : l'interne est argentée ; mais elle se divise 
promptement en petites paillettes argentées. 

Les reins sont petits , un peu renflés vers la tête ; 
ils ne dépassent pas les deux tiers de l'abdomen. Les 
uretères sont assez longs, et ils se rendent dans la 
vessie urinaire , qui est d'une forme singulière ; elle 
est longue et étroite , et elle se replie en suivant les 
contours du second repli de l'intestin sur lequel 
elle s'appuie. 

L'estomac était rempli de petits crustacés. 

L'extérieur du malarmat nous a déjà appris que 
sa tête osseuse est composée, pour l'essentiel, comme 
dans les trigles 1 . En l'examinant dans le squelette, 
on trouve qu'indépendamment des différences que 

1. Il y a une figure de la tête osseuse du malarmat, vue en 
dessus, dans les Tables ichtvotomiques de M. Rosenthal (pi. 17, 

%4). 



108 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

nous avons mentionnées dans les proportions des 
sous-orbitaires, l'ethmoïde est un peu plus remonté 
sur le museau, déforme presque rectangulaire, et 
que les os propres du nez se réunissent sous lui et 
forment un autre rectangle, qui ne laisse pas paraî- 
tre le vomer au-dehors. Le disque du bassin est 
attaché aux os claviculaires , non -seulement par sa 
pointe antérieure, mais par ses angles latéraux, et 
par conséquent plus solidement que dans les trigles: 
il est aussi large que long, et son milieu est pres- 
que entièrement évidé. 

Il y a dix vertèbres à l'abdomen et vingt- trois à 
la queue. Celles de l'abdomen ne sont point apla- 
ties, mais un peu canaliculées en dessous. Les côtes 
sont simples et de force médiocre; leur brièveté est 
la même que dans les trigles. 

La figure que Rondelet (pi. 299) donne du 
malarmat, est encore une des meilleures quil 
y ait, saufle nombre trop petit des rayons de 
la deuxième dorsale. 

Salvien (fol. 1 92) divise en deux la première 
dorsale, et marque mal les ventrales. 

Bélon (p. 209) et Duhamel (sect. Y, pi. 9, 
fig. 2) ne distinguent pas les deux dorsales. 

Bloch (pi. 349) multiplie beaucoup trop 
les épines et les rayons de la seconde dorsale, 
dont il marque vingt-six, tandis quil ne doit 
y en avoir vingt-six qu'en comptant les deux. 
Il répète cependant ce nombre dans son texte, 



CHAP. III. MÀLARMATS. 109 

ce qui me fait croire que sa figure a été fabri- 
quée sur un individu mutilé et sur des textes 
mal compris ; ce qui n'a pas empêché que son 
erreur n'ait été copiée par plusieurs naturalistes 
qui avaient toutes les occasions possibles de 
la corriger; mais leur autorité ne doit point 
prévaloir contre un fait si facile à vérifier. 

Duhamel et M. Risso, à peu près les seuls 
auteurs qui aient parlé des mœurs de ce pois- 
son , disent qu'il se tient dans les profondeurs, 
et n'approche des bords que dans le temps 
du frai, savoir vers l'équinoxe. Il nage avec 
vélocité, et brise souvent contre les rochers 
les proéminences de son museau; il vit soli- 
taire, et se nourrit surtout de méduses, de 
béroës et d'autres mollusques ou zoophytes 
gélatineux. 

L'espèce habite toutes les parties occiden- 
tales de la Méditerranée , et y est commune 
sur toutes les côtes. 

Nous avons déjà vu les noms qu'elle porte 
en Provence et en Ligurie. A Iviça on l'appelle 
armado; à Rome, forchato elpesce-forca, et 
on lui donne aussi en commun avec la lyre, et 
probablement avec d'autres trigles, le nom de 
pesce-capone. 

Elle est rare dans l'Adriatique; ni Bélon ni 
Willughby ne l'ont vue à Venise, mais M. de 



110 LIVRE IV. JOUES CUIRASSES. 

Martens 1 l'y a observée, et nous dit quelle y 
est nommée par les pécheurs anzoletto délia 
m a donna et anzoletto di mar. 

Je ne trouve aucun témoin 'qui rapporte en 
avoir vu ou pris dans l'Océan. C'est par une de 
ces inadvertances qui lui sont trop ordinaires, 
que Bonnaterre 2 lui assigne cette demeure, 
contre l'assertion expresse de tous les auteurs 
qu'il copiait. 

Si on en a placé dans la mer des Moluques, 
c'est sur la foi d'une figure de Renard, inti- 
tulée ikan-paring (2. e part., pi. i4> fig. 67), 
qui, toute grossière qu'elle est, semble, en 
effet, par la tête , devoir appartenir à un pois- 
son de ce genre; mais, outre que le corps n'y 
montre ni écailles ni épines, la seule indica- 
tion que l'original était long de huit pieds 
sept pouces, aurait dû faire sentir que ce ne 
pouvait être notre espèce d'Europe. 

La même figure avait été gravée auparavant 
dans Valentyn (Ost-Ind., t. III, p. 363, n.° 55), 
sous le nom malais Rikan-seithan-merah, que 
l'auteur traduit poisson-diable-rouge , et l'on 
y avait marqué les écailles et les épines qui lui 
manquent dans la copie de Renard ; mais on 



1. Vojage ù Venise, t. II, p. 4>>i. 

2. Encyclopédie méthodique (ichtyologie), p. i/\5. 



CHAP. III. MALARMATS. 1 \ I 

y dit que sa taille est de trois pieds, ce qui 
surpasserait toujours de beaucoup celle du 
malarmat de la Méditerranée. 

Nous trouvons aussi dans le recueil ma- 
nuscrit de Corneille de Vlaming (n. os i65 et 
166) des figures encore plus reconnaissables 
dun malarmat muni de tous ses caractères et 
de couleur rouge de vermillon, niais dont les 
fourches sont bien plus courtes que dans le 
nôtre, et tout au plus comme dans la lyre. Ce 
poisson y est nommé esturgeon de Banda; ce 
qui semble encore annoncer une grande taille. 
Ainsi l'on doit croire qu'il y a dans la mer des 
Jndes une espèce de ce genre différente de 
la nôtre ; mais nous ne pouvons en rien dire 
de plus , car aucun des voyageurs dont nous 
connaissons les collections , ni Commerson , 
ni Péron, ni Sonnerat, ni les compagnons de 
M. Freycinet et de M. Duperrey, ni même les 
voyageurs hollandais et M. Duvaucel, n'en ont 
apporté ou envoyé en Europe. 

Il est singulier que les anciens n'aient pas 
parlé d'une manière distincte d'un poisson si 
remarquable et si commun dans la Méditer- 
ranée : ce ne peut être, comme le veut Ron- 
delet, le poisson cornu, indiqué par Pline 1 ; 

1. Pline, 1. IX, c. 43 : Attollit e mari sesquipedanea fere cornua 
quœ ab his nomen traxii; et 1. XXXII, en: Cornutœ, gladii, serrœ, 



$ I 2 LIVRE IV. JOUES CUIRASSEEs. 

car il lui donne des cornes d'un pied et demi 
de longueur, et quand il faudrait écrire un 
demi-pied, ce serait encore le sextuple de leur 
vraie longueur dans le malarmat. Ce poisson 
cornu est bien plutôt le céphaloptère , et si 
Rondelet a pensé autrement, c'est quil ne 
connaissait pas cette grande raie. 

On a voulu faire une espèce particulière, 
soit de trigle, soit de malarmat 1 , du trigla 
chabrontera d'Osbeck , et l'on a cru la distin- 
guer, parce qu'elle ne serait pas renfermée dans 
une gaine octogone ; mais c'est là tout le con- 
traire de ce que dit Osbeck. 

Corpus durum, rubrum, quadrisulcatum , 
utrinque articulatum; hami quatuor ordinum 
parallelorum utrinque, unus horum in uno 
articulo vel squama durissima. 

.Rien ne s'applique mieux que ces paroles 
aux huit séries d'écaillés dures , carénées et 
épineuses qui revêtent le malarmat. 

Tout le reste de l'article est également ap- 
plicable 2 , hors un seul point, dont linexac- 

1. Trigla, Hispanorum chabrontera; Osbeck, Frag. icht. hisp. , 
in JSov. act. nat. cur. , t. IV, p. 201; Trigle chabrontère , 601111a- 
terre, Plancli. de l'Eue, méth. , p. i/ t 5; Péristédion chabrontère, 
Lacépède, t. III, p. 5y5; Trigla hamata , 61och, édit. de Schn., 
p. 16. 

2. Membr. br. oss., 7; pinna dorsi rad. , 26; laminœ ventrales 
duœ a peetore ad anum; pinn. pect. oss., xi; venir. , G; ani, 20; 



CHAP. III. MALARMATS. \ 1 5 

titude est probablement l'effet d'un manque 
de mémoire, lors de la rédaction définitive * ; 
ainsi on ne peut douter que ce ne soit encore 
là une espèce factice. Je ne trouve, du reste, 
ce nom de cliabrontera ni dans les diction- 
naires ni dans les naturalistes espagnols. 

caud. lifurcata; omnes pinnœ prœter caudœ longissimœ , rubrœ , a 
sulcis exeunies. Caput depressum ; rostrum plagioplateum , bipar- 
titum ; inter rostrum et oculos très aculei minores in triangulo siti 
prœter alios Iiamos et aculeos capitis. 

1. C'est sa dernière phrase : Hami très supra et très infra cau- 
dam. Il aurait dû écrire, et il avait probablement écrit dans ses 
notes : Hami très utrinque ad caudam; mais, roulant ensuite ex- 
pliquer Yutrinque, il aura mis dans le sens vertical ce qui a lieu 
effectivement dans le sens horizontal. Ce mémoire d'Osbeck, que 
plus d'un naturaliste a cité sans l'avoir lu , est de 1770, et pos- 
térieur de dix-neuf ans aux observations qui en avaient fourni 
la matière, et qui dataient de 1 y5i , ainsi qu'on peut le voir dans 
le commencement de la relation de son voyage à la Chine; et 
quand Osbeck le rédigea, il n'avait encore que la neuvième édi- 
tion du Sjstema naturœ , où les espèces des poissons ne sont pas 
caractérisées. Avant d'établir des espèces sur de pareils documens, 
on devrait toujours considérer les circonstances où se trouvait l'au- 
teur dont on les emprunte. Il est vrai qu'alors on ne pourrait pas 
les multiplier aussi légèrement. 



4- 



\\ A LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

CHAPITRE IV. 

Des Dactyloptères et des Céphalacanthes. 



DES DACTYLOPTÈRES, 

Vulgairement rougets -volans, arondes 
ou hirondelles de mer. 

Ces poissons, si célèbres parmi les naviga- 
teurs, et dont tant de relations font l'histoire, 
ont été généralement placés dans le genre des 
trigles; mais ils en diffèrent beaucoup plus 
cpie les trois sous-genres dont nous venons 
de parler ne diffèrent entre eux : c'est même à 
peine si l'on pourrait leur trouver d'autre ca- 
ractère commun que l'étendue du casque qui 
garantit leur tète; encore ce casque a-t-il une 
tout autre forme : il est long et large, mais 
plat et peu élevé. Le museau est court et sans 
proéminences. Le sous-orbitaire ne couvre pas 
toute la joue, et s'articule d'une manière mo- 
bile avec le préopercule; en sorte que celui-ci 
peut s'écarter plus que dans les trigles, et que 
le poisson peut profiter pour sa défense d'une 
énorme épine qui arme l'angle inférieur de cet 
os. L'opercule, au contraire, n'est pas épineux. 



CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. 415 

Les dents des dactyloptères sont en petits 
paves, et ils n'en ont qu'aux mâchoires seule- 
ment, et non au vomer ni aux palatins. Leurs 
ouïes s'ouvrent peu, et il n'y a que six rayons 
dans leur membrane. Il n'y en a que quatre 
mous dans les ventrales; circonstance très-rare 
parmi les acanthoptérygiens. Les pectorales 
n'ont point de rayons libres; mais elles se 
divisent profondément en deux parties, une 
antérieure, de longueur médiocre et de peu 
de rayons, et une postérieure, presque aussi 
longue que le corps, et dont les rayons se 
dédoublent; ce qui en porte le nombre à près 
de trente. Lorsque cette partie s'étend, elle de- 
vient aussi large que longue, et c'est au moyen 
de la grande surface qu'elle présente, que le 
poisson peut s'élever dans l'air et s'y soutenir 
quelques instans. 

Les dactyloptères sont revêtus partout d'é- 
cailles dures, au milieu desquelles on aurait 
peine à discerner une ligne latérale. Quelques- 
uns des premiers rayons de leur dorsale anté- 
rieure sont libres ; la postérieure , ainsi que 
l'anale, en ont moins que dans les trigles. 

Ces différentes considérations nous déter- 
minent à séparer les dactyloptères des autres 
trigles d'une manière plus tranchée que nous 
n'avons distingué ceux-ci entre eux. 



1 I G LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Le nom de dactyloptère leur a été donné 
par M. de Lacépède, et désigne la composi- 
tion de leurs ailes, soutenues par une partie 
des rayons de leurs pectorales, c'est-à-dire de 
leurs doigts. 

Nous en connaissons deux espèces, dont 
lune , qui habite la Méditerranée, a été décrite 
depuis long-temps; l'autre, native de la mer 
des Indes, est distinguée aujourd'hui pour la 
première fois , bien que divers auteurs en aient 
parlé ; mais on l'avait toujours confondue avec 
la précédente. 

Nous en rejetons trois que l'on aurait pu 
introduire dans ce genre, et dont l'une y a 
été effectivement déjà placée. La première , 
nommée par Walbaum trigla tentabunda 1 , 
n'est établie que sur une figure de Klein 2 , faite 
sur un individu ramolli de l'espèce commune, 
et où Walbaum avait pris une épine courbée 
pour un tentacule. 

Une autre , appelée par Bloch trigla fas- 
ciata 5 , repose aussi sur une figure de Klein, 4 , 
que l'on a copiée en la falsifiant , et qui ne re- 
présentait qu'un jeune dactyloptère commun 
desséché. 

1. Walbaum, Arted. renov., t. 111, p. 56a , note. — 2. Miss. IV, 
pi. i4,fig. i. — 3. Bl., Syst., p. 16, et pi. 3. %• i.— 4. Miss. IV, 
pi. i4,%. 2. 



CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. \\7 

Enfin, la troisième, qui est le tripla alata 
de Gmelin, ou le dactyloptère japonais de 
M. de Lacépède, est un trigle ordinaire, et 
nous avons vu ci-dessus que c'est pour avoir 
mal compris un texte, à la vérité assez mal 
rédigé , de Houttuyn , qu'on a cru devoir en 
faire un dactyloptère. 

Le Dactyloptère commun, Aronde, 

ou Hirondelle de mer de la Méditerranée. 

( Trigla volitans; Linn.) 

Ce poisson était trop remarquable , soit par 
la faculté qu'il a reçue à un degré égal ou su- 
périeur à celui de tous les autres poissons 
volans, de s'élever au-dessus des eaux, soit 
même par sa conformation , pour qu'il n'en 
ait pas été question, à toutes les époques, dans 
les livres où il est parlé d'objets d'histoire na- 
turelle. 

Le nom d aronde ou d'hirondelle , qu'il 
porte encore sur les côtes de la Méditerranée, 
en commun avec Xexocet> lui avait déjà été 
donné par les Grecs et par les Romains» Il 
ne nous paraît pas même que chez les anciens 
il l'ait partagé avec cet autre poisson , et nous 
sommes par conséquent bien éloignés de l'opi- 
nion de Salvien et de Bélon ? qui ont voulu 



H 8 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

voir l'hirondelle exclusivement dans l'exocet. 

A la vérité, ce qu'Aristote dit de l'hiron- 
delle n'est pas encore bien décisif 1 . Il parle 
de son vol élevé, et lui attribue un bruit; mais 
il semble expliquer ce bruit par le choc des 
nageoires contre l'air , ce qui peut s'entendre 
également bien des deux poissons. 

Mais lorsque Oppieir range l'hirondelle avec 
les scorpions, les dragons, et les autres pois- 
sons dont les épines faisaient des blessures 
mortelles; lorsque iElien 3 répète la même chose, 
ils n'ont pu vouloir parler de l'exocet, qui 
n'a point d'épines; c'est le dactyloptère et 
les terribles épines de son préopercule qu'ils 
avaient en vue. 

Un témoignage tout aussi décisif est celui 
de Speusippe dans Athénée 4 , qui dit que le 
coucou, l'hirondelle et le trigle se ressemblent. 
On ne peut l'appliquer à l'exocet, qui ressemble 
bien plutôt à une sardine ou à un muge , et 
qui a même reçu de quelques auteurs le nom 
de muge volant. 

Le dactyloptère est très -connu dans la 
Méditerranée. Tous les auteurs qui ont décrit 
les poissons de cette mer en ont parlé en dé- 



1. llist. an., 1, IV, c. 9. — 2. Hal, 1. II, v. 45 7 à 46i. — 
3. £lien, Hist. an., 1. II, c. 5. — 4. L-VU, p. m. 324- 



CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. Il 9 

tail. Bélon, Salvien, Rondelet, en ont donne' 
des figures, sinon parfaitement exactes, du 
moins très-reconnaissables et même fort bonnes 
pour leur temps. 

On le nomme à Marseille landole x et ron- 
dole* ; à Montpellier, aronde , arondelle et 
rate-penade, c'est-à-dire chauve-souris 3 ; à 
Rome, nibio 4 et pesce-rondine b y nom qu'on 
lui donne aussi en Sardaigne 6 ; dans l'Adria- 
tique, rondela et rondola 1 ,• à Nice, gallina 8 ; 
en Espagne j volador^; en Sicile et à Malte, 
galinedda et pesce-falcone. 10 

Je ne vois pas qu'on l'ait irouvé commu- 
nément sur nos côtes de l'Océan. Cornide 
ne le nomme point parmi les poissons de 
Gallice , ni Pennant parmi ceux de la Grande- 
Bretagne. Duhamel n'en parle point, et plus 
au nord il en est encore moins question. 

Cependant il se retrouve sur les cotes d'A- 
mérique et dans leurs parties les plus chaudes. 
Du moins la comparaison la plus scrupuleuse 
ne m'a fourni aucun moyen de distinguer de 
nos arondes de la Méditerranée celles que 



1. Bélon, p. 195. — 2. Rondelet, p. 285. — 3. Idem, ibid. , 
rate-penade, rai empenné. — 4. Bélon, p. ig5. — 5. Salvien, 
fol. 184. — 6. Cetti, t. III, p. 194. — 7. Rondelet, p. a84- — 
8. Risso, p. 201. — 9. Rondelet, p. 285. — 10. Willughby, 
p. 283; Rafinesque, Indice, p. 28. 



120 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

nous avons reçues de la Martinique par M. Plée, 
et des divers points de la cote du Brésil par 
MM. Delalancle, Auguste Saint-Hilaire, et par 
les expéditions de MM. Freycinet et Duperrey. 

Le grand courant appelé gulf-stream rem- 
porte fort avant vers le nord. M. Mitchill la fait 
graver dans ses Poissons de New-York sous le 
nom étrange de six rayed poljneme > mais 
sans en parler dans son texte. Il en va jusqu'à 
Terre-Neuve, d'où M. de la Pilaye nous eu a 
rapporté de beaux échantillons, encore parfai- 
tement semblables à ceux de la Méditerranée. 

Nos colons de la Martinique l'appellent coq. 
C'est le morcielago de la Havane, très-bien 
représenté et décrit par Parra (pi. i4, p. 25), 
et le pirabébé et le miivipira des Brésiliens, 
dont Margrave donne déjà une bonne ligure 
(p. 162), accompagnée d'une description fort 
exacte. Mais on ne devine pas trop pourquoi 
quelques modernes 1 ont été chercher ce nom 
brésilien de pira bébé (poisson volant) pour 
le donner à un poisson français, et cela en 
l'estropiant encore en celui de pwapède, qui 
ne signifie rien. Pirabébé ne parait pas même 
avoir été d'un usage général du temps de Mar- 

1. Daubenton et Haùy, Encyclopédie méthodique, Dictionnaire 
d'ichtyologie, p. 3oo ; Bonnaterre , Planches de l'Encyclopédie 
méthodique, p. ifa, suivis par M. de Lacépède, t. III, p. 326, 



CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. 121 

grave. On trouve la figure de cette espèce dans 
le Liber priricipis (t. II, p. 3go) sous le nom 
de miicapira, et dans le Liber Mentzelii sous 
celui de pirameivi. 

Larme offensive la plus puissante qui ait 
été donnée au dactyloptère , c'est la longue 
épine de son préopercule , qu'il peut rendre 
presque perpendiculaire à son corps. Pointue, 
forte et dentelée comme elle est, elle doit 
produire des blessures très-dangereuses, et il 
n'est point étonnant qu'un poète tel qu'Op- 
pien les appelle mortelles. 

Néanmoins c'est principalement sur la rapi- 
dité avec laquelle il s'élance au-dessus des eaux 
qu'il paraît taire reposer sa défense. 

Rien n'est plus célèbre dans toutes les rela- 
tions des navigateurs que l'histoire de ces 
poissons volans; de l'ardeur avec laquelle ils 
sont poursuivis par les bonites et les dora- 
des ; des efforts qu'ils font pour leur échapper, 
en s'élevant dans les airs; du nouveau danger 
qui les attend dans cet autre élément de la 
part des frégates et des albatrosses , et de 
l'obligation où les met le dessèchement de 
leurs pectorales de se rejeter promptement 
dans l'élément liquide. 

Le dadyloptère a, comme les trigles, le corps 



1 22 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

rond, alongé , diminuant vers la queue, et la tête 
parallélépipède; mais elle est plus plate et plus alon- 
gée à proportion que celle d'aucun trigle. 

Le diamètre de son corps, derrière les pectorales, 
est cinq fois et demie dans sa longueur : sa tête, à 
prendre du museau aux ouïes , y est quatre fois et 
deux tiers. La hauteur de la tête ne fait que les trois 
cinquièmes de sa longueur, et elle est encore un peu 
plus large que haute. Si on prend la longueur de 
la tête jusqu'au bord de l'occipital , elle fait plus 
du quart de la longueur totale , et si on la mesure 
jusqu'aux pointes des surscapulaires , elle n'y est 
comprise que deux fois et demie. 

La physionomie de ce poisson est fort différente 
de celle des trigles, bien que la composition de sa 
tête soit à peu près la même ; cela tient à ce que 
le parallélépipède en est bien moins élevé à propor- 
tion de sa longueur et de sa largeur, et surtout «à 
ce que le museau en est très- court, et tombe presque 
verticalement. 

Les sous-orbitaires, au lieu de se porter en avant 
pour former une proéminence plate et échancrée, 
entourent le museau et se rapprochent l'un de l'autre 
sous l'ethmoïde, de façon à former avec lui l'appa- 
rence d'un museau de lièvre. Tout le dessus du crâne 
est plat; les yeux , fort écartés l'un de l'autre , se diri- 
gent en dehors, et le crâne devient entre eux un peu 
concave , en sorte que le bord antérieur de l'orbite 
forme une légère convexité. Il n'y a pas d'épines sur 
son contour. Le sous-orbitaire, près de quatre fois 
plus long que haut, a en arrière de l'œil une large 



CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. \ 23 

échancrure, qui laisse, entre lui et le limbe du préo- 
percule , une partie de la joue couverte seulement 
d'écaillés. Tout son bord inférieur est crénelé, et a, 
vers son angle postérieur, quatre ou cinq fortes den- 
telures en scie : cet angle postérieur et inférieur s'unit 
au préopercule au moyen d'un second sous-orbitaire 
fort petit, et qui se trouve ainsi placé au-dessous de 
la partie écailleuse de la joue. 

Le limbe du préopercule a la forme d'une équerre, 
et c'est dans l'angle rentrant de cette équerre qu'a- 
boutit le petit sous-orbitaire dont nous venons de 
parler. L'angle saillant se prolonge en une grande 
et forte épine, dont la pointe se porte en arrière 
jusque sous le bord postérieur de la base des pec- 
torales. Sa face externe a une arête finement den- 
telée en scie. L'opercule est petit, arrondi, flexible, 
et couvert d'écaillés comme la joue. Le sous -oper- 
cule et l'interopercule disparaissent presque dans la 
membrane. 

Les surscapulaires s'unissent au crâne par suture, 
comme dans tous les trigles- mais dans le dactylop- 
tère ils prennent un développement énorme, et se 
portent en arrière, chacun de son côté, plus loin que 
la base des pectorales, laissant ainsi entre eux, sur la 
nuque, une grande échancrure demi-circulaire, dans 
le milieu de laquelle est en partie implantée la pre- 
mière dorsale. Chaque surscapulaire est relevé d'une 
arête, et se termine en une pointe aiguë. 

Toutes ces parties sont chagrinées par des points 
concaves serrés, mais sans former de lignes ni de 
rayons. 



124 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Le scapulaire et l'huméral ne se montrent point, 
Une peau lisse les recouvre. 

L'ouverture des ouïes est petite, verticale, se ter- 
mine sous la base antérieure de la pectorale, et est 
loin, par conséquent, de se rapprocher de celle de 
l'autre côté, comme dans les trois sous-genres précé- 
dens. Elle a proprement six rayons, mais on n'en sent 
avec le doigt que trois dans la partie lisse et mo- 
bile de sa membrane. Le quatrième, qui est tout 
droit, est dans la partie de la peau par où cette 
membrane s'unit à la gorge, et les deux autres sont 
cachés par la peau même de la gorge et par les 
écailles dont elle est garnie. 

La bouche est petite; elle s'ouvre immédiatement 
sous le museau, par une courbe à peu près parabo- 
lique. La mâchoire inférieure est un peu plus recu- 
lée que l'autre; toutes les deux ont leurs lèvres légè- 
rement charnues, sans écailles : le maxillaire n'en a 
pas non plus; il en manque également sous l'inter- 
valle des branches de la mâchoire inférieure et au- 
tour de la base de la pectorale, ainsi qu'à un petit 
cercle autour de celle de la ventrale; mais tout le 
reste du corps, à compter de la gorge, en est couvert 
dessus et dessous. 

On ne voit de dents qu'aux mâchoires , en forme 
de très-petits pavés, sur une bande plus large dans le 
milieu, où il y en a quatre ou cinq rangs, et qui se ré- 
trécit vers les angles de la bouche. Le palais est entiè- 
rement lisse, la langue se réduit à une convexité lisse 
et étroite, un peu charnue, du plancher de la bouche; 
mais les pharyngiens sont armés de dents en cardes 



CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. \ 25 

La première dorsale se compose de sept rayons 
épineux, mais à pointes flexibles et non poignantes: 
les deux premières sont à peu près libres, n'ayant 
un peu de membrane que tout près de leur base. 
Quand la dorsale s'abaisse, ils se courbent, l'un un 
peu plus à droite, l'autre un peu plus à gauche : leur 
hauteur est à peu près des deux tiers de celle du 
corps : les cinq suivans sont compris dans une 
membrane qui diminue en arrière en s'arrondis- 
sant. 

Entre cette première dorsale et la seconde est une 
petite épine ou crête triangulaire, pointue et fixe, 
qui est une proéminence de l'interosseux placé au- 
dessous ; puis vient la deuxième dorsale , un peu 
plus haute que la première, à huit rayons articu- 
lés, mais non branchus, excepté le sixième et le sep- 
tième, qui sont fourchus. Ces deux nageoires occu- 
pent à peu près des espaces égaux en longueur, et 
qui font ensemble plus des deux tiers de la longueur 
totale. Il n'y a guère que la première dont on puisse 
dire qu'elle est implantée dans une espèce de sillon 
du dos , encore ce sillon n'est-il point garni d'écail- 
lés pointues, comme dans la plupart des trigles. 

L'anale n'a que six rayons, qui répondent aux six 
derniers de la seconde dorsale ; le cinquième seul 
est fourchu. 

Entre ces deux nageoires et la caudale est un es- 
pace qui fait plus du cinquième de la longueur du 
poisson. 

La caudale en fait un peu plus du sixième ; elle a 
son bord postérieur un peu concave. En ne prenant 



A 26 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

que les rayons qui vont jusques à ce bord, elle n'en 
a que neuf; mais on en trouve encore trois ou quatre 
dessus et dessous, qui vont en diminuant. De chaque 
côté de sa base sont deux longues écailles pointues 
à carènes crénelées, qui terminent deux séries dont 
nous parlerons bientôt. 

Ce qui caractérise éminemment le dactyloptère, 
ce sont ses pectorales ; elles sont portées sur une 
base ou espèce de bras charnu, gros, court et sans 
écailles, et se divisent en deux parties: une anté- 
rieure, qui est proprement la nageoire et se com- 
pose de six rayons articulés assez forts , dont les 
extrémités dépassent un peu la membrane et dont 
la longueur est comprise quatre fois et demie dans 
celle du poisson. La seconde partie ou postérieure, 
qui est proprement l'aile, se compose de vingt-neuf 
ou trente rayons : le premier est de moitié plus 
court que ceux de la première partie ; le second les 
égale : ils vont ensuite en s'alongeant jusqu'au sep- 
tième et au huitième, qui ont presque en longueur 
les deux tiers de celle du poisson. Cela dure à peu 
près ainsi jusqu'au dix-neuvième , ensuite ils dimi- 
nuent assez rapidement, de manière que les cinq ou 
six derniers sont extrêmement courts , et que leurs 
pointes sortent de la membrane vers la base posté- 
rieure de l'aile comme des filamens. La membrane 
qui unit tous ces rayons est très-extensible, et quand 
elle est tendue, l'aile est aussi large que longue. Ces 
îayons sont simples ; je n'y vois pas même d'arti- 
culations, si ce n'est vers leur extrémité. Leur partie 
extérieure est très -flexible et presque sans consis- 



QHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. \ 27 

tance : leur grand nombre résulte du dédoublement 
des rayons ordinaires, qui, ainsi que nous l'avons 
vu dans l'introduction à cet ouvrage, sont toujours 
divisibles en deux filets. On s'aperçoit aisément, en 
examinant leurs bases, que dans l'aile du dactylop- 
tère ce ne sont que des moitiés de rayons, et celte 
circonstance se marque aussi en ce qu'ils sont alter- 
nativement plus ou moins saillans en dessous, et 
que le plus saillant est toujours coloré en blanc , 
tandis que l'autre n'a que la couleur du fond. 

Les ventrales sortent entre les bases des pectorales, 
et sont étroites et pointues, composées d'une épine 
et de quatre rayons mous seulement; elles égalent en 
longueur la partie antérieure de la pectorale. Leur 
second rayon mou est le plus long. Leur bord in- 
terne n'adhère point au tronc. 

L'anus est précisément au milieu de tout le poisson. 
Les écailles du dactyloptère sont dures , créne- 
lées à leur bord , et élargies à chacun des angles de 
leur base ; celles du dos et des flancs sont relevées 
chacune d'une arête longitudinale finement créne- 
lée, et les arêtes, disposées très - régulièrement , se 
joignent pour former des crêtes tranchantes , qui 
régnent en ligne droite sur la longueur du poisson, 
et dont les mitoyennes s'étendent jusqu'à sa cau- 
dale. Il y en a sur le devant du tronc environ dix- 
huit ou dix-neuf : les douze ou treize plus élevées 
finissent successivement, de manière que le dessus 
de la queue n'a que des écailles sans arêtes ; les 
quatre suivantes se continuent sur les côtés de la 
queue jusqu'à la caudale , mais de manière que des 



1 28 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

quatre la supérieure et l'inférieure prennent des 
crêtes plus fortes à mesure quelles se portent en 
arrière , en sorie que le bout de la queue est à peu 
près quadrangulaire. Ces deux séries, plus saillantes, 
se terminent par une écaille plus longue du triple, 
à crête plus relevée, qui forme, comme nous lavons 
déjà dit, de chaque côté de la caudale une double 
arête. Au-dessous de la dernière de ces longues 
lignes en est encore une incomplète, qui a aussi 
quelques fortes crêtes sur une partie de ses écailles; 
mais qui ne va ni jusqu'à la pectorale, ni jusqu'à 
la caudale. Entre elles , le ventre et tout le dessous 
du corps n'ont que des écailles plates et sans arêtes, 
mais dures , irrégulièrement striées en longueur, et 
déchirées ou dentelées vers leur pointe. On peut 
compter soixante-cinq écailles sur une ligne, depuis 
l'ouïe jusqu'à la caudale, et trente-trois ou trente- 
quatre sur le demi- cercle, depuis la dorsale jusque 
sous la ligne mitoyenne du ventre. Ces écailles ne 
laissent pas que de former au poisson une cotte de 
mailles assez puissante. 

Le dos du dactyloptère est brun - clair , marbré 
ou tacheté de brun plus foncé : la couleur est plus 
claire vers la tète, et les marbrures y sont plus sen- 
sibles. Les côtés de la tête et du corps sont d'un 
rouge-clair glacé d'argent; le dessous d un rose pale. 
Ses grandes pectorales sont en dessous d'un noirâtre 
qui devient cendré vers la base; un rayon sur deux 
coupe ce noir d'une ligne d'un blanc rosé. En des- 
sus elles sont noires, avec des taches bleues dis- 
posées diversement, selpn les individus, tantôt se- 



CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. 129 

inees comme des gouttes plus ou moins larges, 
tantôt s'unissant vers les bords en lignes ou en 
bandes transversales, et vers la base en lignes longi- 
tudinales entre les rayons; vers le bord interne ce 
sont des taches blanchâtres plus nombreuses , mais 
plus nuageuses. La petite pectorale est brune , ta- 
chetée aussi de bleuâtre. La ventrale et l'anale sont 
rose comme le ventre. La première dorsale est grise, 
avec des taches nuageuses brunes ; la seconde est 
transparente, et ses rayons ont, chacun, quatre ou 
cinq anneaux bruns. La caudale a aussi des bandes, 
au nombre de quatre ou cinq, irrégulières, et formées 
par des suites de taches : sur les rayons leur couleur 
est d'un brun roux. 

La longueur la plus ordinaire du dactyloptère 
est d'un pied. Un individu venu tout nouvellement 
de Sicile, et d'après lequel nous avons décrit les 
couleurs, était long de quinze pouces. M. Ajasson 
vient d'en offrir un plus grand encore au Cabinet 
du Roi : il a dix-neuf pouces de long, et ses ailes, 
étendues, ont deux pieds d'envergure. 

L'œsophage du dactyloptère commun est long et 
étroit : il se renfle à la hauteur des ventrales pour 
former l'estomac, qui est situé dans le côté droit, 
comprimé, à parois peu épaisses : il n'y a pas de plis 
à l'intérieur. 

Le pylore s'ouvre plus en avant que le cardia; 
il est entouré de plus de trente cœcums grêles , plus 
courts que l'estomac, et disposés en deux paquets , 
à peu près égaux, de chaque côté de ce viscère. 

L'intestin est long, replié six fois sur lui-même, 

4- 9 



1 50 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

à parois très-minces, et d'un diamètre égal dans toute 
sa longueur. 

La rate est très-pelile, arrondie, et située auprès 
du cinquième repli de l'intestin. 

La vessie aérienne est petite, placée entre les pecto- 
rales, profondément divisée en deux lobes arrondis, 
un de chaque côté de l'épine, entouré chacun sur sa 
moitié extérieure postérieure d'un muscle puissant, 
composé de fibres transverses. Chaque lobe envoie 
en avant une production oblongue, qui se loge sous 
le crâne, dans une cavité recouverte par les occipi- 
taux supérieurs. Les parois de cette production sont 
beaucoup plus minces et plus argentées que celles du 
lobe. 

Les reins, placés comme à l'ordinaire sur la vessie, 
sont assez gros; chacun est renflé vers la tète , et ce 
lobe est logé dans une cavité creusée sous le crâne 
à côté de celle de la vessie. Le rein devient ensuite 
très-mince, et s'appuie sur le lobe de la vessie nata- 
toire. Quand le rein l'a dépassé , il se dilate de nou- 
veau, et se réunit à celui du côté opposé sous la 
colonne vertébrale, pour former un lobe très-grêle 
et de peu de longueur. Les reins donnent directe- 
ment dans la vessie urinaire , qui est grande , et qui 
. a des parois très-minces. 

J'ai trouvé dans l'estomac des débris de petits 
crustacés. 

La tête osseuse du dactyloptère, qui semble différer 
si énormément des autres poissons, et même des tri- 
gles communs, ne montre cependant que les mêmes 
os, aux mêmes places, et servant aux mêmes usages. 



CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. 1 51 

Elle est déprimée et élargie dans toute sa lon- 
gueur, de manière à représenter un disque presque 
rectangulaire, dont le côté antérieur serait courbé en 
angle obtus , et les angles postérieurs prolongés en 
longues pointes. A sa face supérieure l'ethmoïde, 
les frontaux antérieurs, principaux, et postérieurs, 
l'interpariétal, les pariétaux, les mastoïdiens, les ro- 
chéens, les occipitaux externes, et les immenses sur- 
scapulaires de l'épaule , forment une sorte de com- 
partiment ou de pavé à surface âpre, mais plate, ou 
plutôt légèrement concave. 

Le très -large ethmoïde et les deux frontaux an- 
térieurs forment la première rangée, échancrée de 
chaque côté pour les narines. Les frontaux anté- 
rieurs se divisent chacun en deux pièces ; mais Tune 
des deux ne se montre pas à la surface. 

Deux grands frontaux hexagones forment la se- 
conde ; ils atteignent le bord supérieur de l'orbite 
par une petite partie du leur , en arrière de laquelle 
est un petit frontal postérieur. 

La troisième rangée est faite de l'interpariétal au 
milieu, des pariétaux à ses côtés et des mastoïdiens 
aux bords; ceux-ci sont larges et hexagones. 

Une quatrième rangée est formée par les occipi- 
taux externes et les surscapulaires , et entre cette 
rangée et la précédente il y a, de chaque côté, deux 
os ovales, dont l'un plus grand que l'autre, qui 
représentent les rochers. 

L'interpariétal, qui en dessus ne'se montre que 
fort en avant du bord postérieur, atteint ce bord 
en dessous, en passant sous les occipitaux externes. 



\ 32 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Le crâne forme en dessous une saillie longitu- 
dinale, de deux tiers plus étroite que son disque 
supérieur, à laquelle participent, à la face inférieure, 
en avant, le vomer et les deux frontaux antérieurs, 
puis le sphénoïde; à ses côtés, en arrière, les grandes 
ailes, puis l'occipital inférieur, et le long de ses côtés, 
les occipitaux latéraux , qui se continuent chacun 
avec une arête saillante du surscapulaire. 

Dans l'orbite le sphénoïde a deux lames , qui re- 
montent pour s'unir aux ailes orbitaires, lesquelles 
s'unissent en arrière aux grandes ailes. 

Le plafond de l'orbite est formé par ces ailes or- 
bitaires et par les trois frontaux. 

Entre l'ethmoïde et le vomer est un grand espace 
vide, qui unit les deux narines osseuses et commu- 
nique dans le crâne. 

Les lames montantes du sphénoïde laissent en 
avant mie partie non ossifiée dans l'espace interor- 
bitaire. 

La hauteur du crâne n'est pas le tiers de la lar- 
geur du disque supérieur, et la largeur de ce disque 
n'est que moitié de sa longueur. 

Le reste du squelette offre encore plusieurs par- 
ticularités dignes de remarque. L'occiput se conti- 
nue à un tube comprimé, sans division, qui lient 
la place des premières vertèbres, et va jusque vis- 
à-vis la base de la première dorsale. Il ne vient 
à sa suite que cinq vertèbres abdominales , toutes 
très-comprimées verticalement , dont les deux anté- 
rieures sont un peu élargies en dessous , et y sont 
creusés d'une concavité. Il y a quatorze vertèbres 



CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. '153 

caudales, aussi toutes très -comprimées, plus hautes 
que larges. Ces vertèbres, tant abdominales que cau- 
dales, ont chacune, vers le haut de chaque côté, 
une apophyse transverse montante, et vers le bas une 
descendante, toutes comprimées et pointues. Dans 
les abdominales, c'est l'inférieure qui porte la côte. 
Les interosseux, très-comprimés aussi, et non en 
forme de poignard , s'unissent par suture, un en avant 
et l'autre en arrière de chaque apophyse épineuse, 
et ils s'unissent de la même manière entre eux , en 
sorte que l'épine a plus de solidité que dans aucun 
autre poisson , ce qui rappelle un des caractères de 
celle du dos et des lombes des oiseaux. 

Les pièces analogues au carpe s'alongent plus que 
dans les autres trigles. Les os que l'on a comparés à 
l'avant-bras laissent un grand vide entre eux et l'hu- 
méral. La forme des os du bassin est aussi très- 
compliquée : leur disque est très-creux en dessous , 
caréné en dessus : ils n'adhèrent pas comme d'ordi- 
naire par leur pointe à la suture des numéraux , 
mais ils tiennent par une apophyse assez longue à 
l'os humerai de leur côté, et ont chacun en arrière 
une petite apophyse dirigée en avant. Une tige os- 
seuse , se rendant dune extrémité à l'autre dans la 
ligne moyenne, partage en deux l'ouverture de leur 
concavité inférieure. 



\ 34 LIVRE IV. JOUÉS CUIRASSÉES. 

Le Dactylo ptère tacheté de la mer 
des Indes. 

(J)actjlopterus orientalis , nob.) 1 

Tant que l'on na eu que des figures gros- 
sières des dactyloptères de la mer des Indes, 
telles que les donnent Valentyn ou Renard, 
on a pu les croire identiques avec celui de la 
mer Méditerranée, et un premier coup d'ceil, 
jeté avec légèreté sur celui que nous allons 
décrire, aurait pu confirmer cette opinion ; 
mais une comparaison directe et suivie nous 
a prouvé que l'espèce en est fort différente. 

Son caractère le plus sensible consiste en ce que 
le casque osseux de sa tête est échancré en arrière 
bien plus profondément, et jusqu'au-dessus de l'angle 
supérieur du préopercule, en sorte que d'avant en 
arrière, et dans la ligne mitoyenne, son crâne, à 
largeur égale , n'a guère plus de moitié de la lon- 
gueur de l'espèce commune. 

Son premier rayon dorsal s'avance jusque dans 
l'angle de cette échancrure, en sorte qu'il répond 
aussi au dessus de l'angle supérieur du préopercule; 
tandis que dans l'espèce commune il répond à peine 
à la base postérieure de la pectorale. 

Ce rayon est aussi beaucoup plus long, il a près 

1. Cyanopler, Commerson , manuscrits; Moore-godoo , Russel, 
p. »6i. 



CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. 135 

du triple de la hauteur du corps à cet endroit. Une 
membrane étroite garnit sa base. Un long espace 
libre le sépare du deuxième rayon , qui est à peu 
près à la place qu'il occupe dans le dactyloptère or- 
dinaire et fort court : le troisième grandit de nou- 
veau, et commence proprement la nageoire. 

Ce dactyloptère des Indes a en outre l'ethmoïde 
plus avancé, ce qui empêche les sous-orbitaires de 
se joindre l'un à l'autre sous son bord inférieur, et 
ce qui lui rend le museau un peu plus saillant. Le 
bord inférieur de son sous-orbitaire n'a pas de dents 
en scie ; ses surscapulaires sont plus arrondis vers 
leur pointe : toutes ses écailles sont aussi plus ar- 
rondies vers le bout. Une seule des séries de crêtes 
qui vont vers la queue , l'inférieure , en a de plus 
fortes que les autres , et même celles qui excèdent 
la mesure commune de cette série sont plus sail- 
lantes et plus larges que celles qui jouent le même 
rôle dans l'espèce commune. 

Les ventrales sont un peu plus étroites et un peu 
plus en arrière, et les ailes nous ont paru encore un 
peu plus longues ■ mais leur partie antérieure en 
est moins profondément séparée. Du reste ces deux 
poissons se ressemblent extrêmement. 

D. 7 — 8; A. 6; C. 11; P. 6 — 23; V. 1/4. 

Nos individus des Indes, dans la liqueur, nous 
paraissent gris-brun doré dessus, plus blanchâtres 
dessous ; mais nous savons par INI. Dussumier que 
dans le frais c'est le rouge -brun et le noirâtre qui 
dominent. Leurs grandes nageoires sont semées de 
taches brunes plus larges, et d'autres taches, blan- 



1 56 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

châtres ou bleuâtres, plus petites que dans l'espèce 
de nos mers. L'un de ces individus a, vers la pointe 
de chaque écaille, une petite tache d'un brun-roux 
foncé; un autre en a de grandes noirâtres, nua- 
geuses, éparses sur le dos. Il y en a deux qui n'en 
ont aucunes. 

Les viscères du dactyloptère oriental sont assez 
semblables à ceux du commun. Cependant on ne 
lui compte que dix -neuf appendices cœcales, dont 
dix sont à la gauche de l'estomac. 

La vessie aérienne est plus grande ; elle est de 
même divisée en deux lobes , dont chacun a sur la 
face dorsale un énorme muscle qui le recouvre. 

Nous avons surtout reçu ce poisson de 
l'Isle-de-France ; Péron, MM. Quoy et Gay- 
mard, et M. Dussumier, l'en ont apporté. Il 
est aussi venu de Waigiou, par la dernière 
expe'dition autour du monde. Commerson en 
avait déjà laissé une figure dune exactitude 
singulière , où il n'avait mis d'autre étiquette 
que le mot cyanoptere ; mais M. de Lacépède 
n'y a point donné d'attention, et ne l'a point 
fait graver. 

C'est le moore-godoo de Vizagapatam , que 
M. Russel a donné planche 161 , le croyant 
le trigla volitans de Linnams, ou notre dac- 
tyloptère commun. Sa figure est très-bonne, 
sauf le premier rayon libre du dos, qui est 
représenté trop court. 



CHAP. IV. DACTYLOPTÈRES. 457 

L'auteur dit que la tête et le dos sont d'un rouge 
foncé, avec des taches rondes d'un vert obscur; les 
flancs d'un rouge plus pâle; le ventre blanc; les 
nageoires pectorales, dorsales et caudales tachetées 
aussi d'un vert foncé ; les ventrales et l'anale pales. 
La taille ordinaire de l'espèce est de onze pouces. 

Elle n'est pas commune sur la côle d'Orixa. 

Il faut qu'elle ne le soit pas non plus sur 
celle de Coromandel ) car M. Leschenault ne 
l'y a pas recueillie. 

C'est, selon nous, cette espèce qu'ont don- 
née , mais grossièrement, Valentyn (fîg. 35) 
et Renard (part. I, pi. 10, fig. 66) : Valentyn 
la nomme ikan terbang warna rœpanja ou 
poisson volant très- tacheté. Renard l'appelle 
terbang boudjou. Les couleurs dont il l'en- 
lumine sont trop vives ; mais son original , 
que nous avons retrouvé dans le Recueil de 
Corneille de Vlaming , paraît plus naturel. 

Il a le corps violàtre, tacheté de vert; les ailes 

jaunes, et vertes vers le bout, tachetées et piquetées 

partout de brun et de noirâtre. 

Le poisson y est nommé boudjou terpang 
et vliegende zee-aap (singe de mer volant). 

Quant aux figures 186 (pi. 35) et 2o5 
(pi. 40 ^ e Renard, 5o6 de Valentyn, colorées 
en blanchâtre, et intitulées vliegende zee-uyl 
(chouettes de mer), elles sont aussi copiées 



\ 58 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

de Vlaming , et je ne doute point qu'elles 
n'annoncent encore l'existence dans la mer 
des Indes de quelque dactyloptère inconnu. 



DES CÉPHALACANTHES (Cephalacanth us, Lac), 

Et de T espèce unique de ce genre. 

(Cephalacanthus spinarella , Lac; Gasterosteus 
spinarella , Linn. ) * 

Le céphalacanthe , car on n'en connaît 
qu'un ■ est un des plus petits et des plus sin- 
guliers poissons de la mer. Dans sa taille, d'un 
à deux pouces , il présente presque la même 
tête et le même corps que le dactyloptère ; 
mais il n'en a pas les longues pectorales, et 
ne peut , comme lui , s'élever dans les airs. 
Il n'a pas non plus les rayons libres des trigles 
ordinaires. C'est, si l'on veut, un dactyloptère 
sans ailes ou un trigle sans rayons libres. 

Il est originaire de Surinam, et non pas 
des Indes, comme on l'a dit jusqu'à présent, 
sur la foi de Linnaeus , qui ne lavait vu que 
dans le Cabinet du roi de Suède. Il est vrai 
qu'il aurait été difficile de le contredire, car 

1. Pungitius pusillus, Linn. , Mus. Ad. Fr. , p. 74 , pL J2 , fig. 5 ; 
Gasterosteus spinarella, Linn., Sjst. nat., i2. e éilit., et Gmel. et 
Bl. Schn.5 Céphalacanthe spinarelle , Lacép., t. III, p. 322 et 325. 



CHAP. IV. CÉPHALACANTHES. \ 39 

il a seul parlé de ce poisson d'une manière 
distincte. Hermann, à la vérité, le décrit aussi 
dans ses Observations posthumes (p. 3o6), 
sous le nom de pisciculus habitu et capite 
trigÏŒj, mais sans en indiquer ni la patrie 
ni l'identité avec le poisson de Linnaeus ; en 
sorte qu'il a fallu que nous vissions son indi- 
vidu pour en constater la synonymie. 

La ligure que LinnsettS en donne suffisait 
du moins pour prouver qu'il avait bien fait 
de l'ériger d'abord en un genre particulier, 
sous le nom de pungitius, et pour empêcher 
que l'on ne se laissât induire par son exemple 
à en faire une épinoche, puisque cette figure 
n'offre ni épines libres en avant de la dorsale, 
ni grandes épines à la place des ventrales : on 
n'aurait pas eu alors besoin de créer le nouveau 
nom de céphalacanthe , sous lequel M. de 
Lacépède le désigne. 

Sa tête a tous ses os disposés comme dans le 
dactyloplère , et formant ensemble une cuirasse en 
parallélépipède moins haut que large , mais plus 
long; seulement sa face supérieure n'est pas concave, 
mais plutôt légèrement convexe , même entre les 
yeux. Les quatre pointes formées par les sursca- 
pulaires et par les angles des préopercules sont 
beaucoup plus longues à proportion que dans le 
dactyloplère, égalent même le reste de la tête en 



1 40 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

longueur, et se portent presque aussi loin en ar- 
rière que les pectorales , qui , à la vérité , sont assez 
petites. Les bords de ces quatre grandes épines sont 
finement dentelés en scie, et leur surface, ainsi que 
celle de tous les os de la tête, est poreuse ou granu- 
lée. Le devant du museau est même presque caver- 
neux. Le grand sous-orbitaire, échancré en arrière, 
comme dans le dactyloplère, laisse également une 
partie de la joue sans cuirasse, et s'unit de même à 
l'angle du préopercule par un petit os particulier 
et dentelé ; mais le bord montant du préopercule 
a dans le haut une petite pointe qui manque au 
dactyloptère. L'opercule pst petit, sans épines; l'ori- 
fice branchial assez étroit, et sa membrane munie 
seulement de trois rayons grêles. La bouche s'ouvre 
sous le rebord du museau, et n'a à chaque mâchoire 
qu'une rangée de très-petites dents. Les pectorales ne 
font guère plus du cinquième de la longueur totale. 
Une profonde échancrure les divise en deux parties : 
une supérieure, dont les rayons sont séparés jusqu'à 
leur base et de couleur jaune (j'ai pu en compter huit 
de tels); une inférieure, qui m'a paru avoir aussi huit 
ou dix rayons blanchâtres, reunis par une membrane 
noirâtre très-ténue. La première dorsale a six rayons 
très-grêles, distincts presque jusqu'à la base; la se- 
conde m'en a paru avoir huit ou neuf, l'anale six ou 
sepi, et la caudale dix : mais je n'oserais répondre de 
ces nombres, difficiles à bien compter sur un poisson 
si menu. Les ventrales, cela du moins est sûr, en ont 
six, dont un épineux : leur longueur est la même que 
celle des pectorales, sous lesquelles elles sont exacte- 



CHAP. IV. CÉPHALACANTHES. \A\ 

ment placées. La caudale est coupée carrément : sur 
sa base sont de chaque côté deux longues écailles, 
comme dans le dactyloptère, et tout le corps est cou- 
vert d'écaillés carénées, dont il y a environ dix-huit 
rangées à l'endroit des pectorales. 

La couleur de ce petit poisson est sur le dos d'un 
brun olivâtre ou verdàtre, sur les flancs et sous le 
ventre d'un doré tirant sur la couleur du laiton. Les 
pectorales, comme je l'ai dit, ont du noir vers le 
bout de leur partie inférieure ; les ventrales sont 
blanches , les autres nageoires brunes. Deux indi- 
vidus, de dix-huit lignes de longueur, ont le brun 
du dos uniforme ; dans un troisième , long de près 
de deux pouces et demi, il y a sur la tête et sur le 
brun du dessus du corps de larges bandes d'un brun 
plus foncé, au nombre de sept ou huit : tous les trois 
ont un demi-cercle de couleur vive d'argent autour 
de l'œil, en dessous; une ligne semblable au bord 
montant du préopercule, et une à chacune des quatre 
grandes épines qui prolongent la tête en arrière. 

Le foie du céphalacanthe est gros, et remplit pres- 
que tout lhypocondre gauche : le lobe droit du foie 
est petit; l'œsophage est assez long, et se prolonge 
en un estomac médiocre , pointu en arrière. Auprès 
du cardia est la branche montante, qui est grosse et 
épaisse. Le pylore est entouré d'une quantité in- 
nombrable de cœcums fins et serrés l'un contre l'au- 
tre tout autour de l'intestin. Celui-ci est d'un dia- 
mètre petit, mais égal dans toute sa longueur: il se 
replie cinq fois sur lui-même avant de se rendre à 
l'anus. Il n'y a pas de vessie natatoire. 



142 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 



CHAPITRE Y. 

Des Chabots et Cliaboisseaux (Cottus, 
Linn.). 

Après avoir fait connaître, dans les quatre 
chapitres précédens , tous les poissons que 
Linna?us comprenait sous son grand genre 
trigla, nous allons tracer l'histoire de ceux 
qu'il réunissait sous son genre cottus. 

Ce genre avait pour type primitif un petit 
acanthoptérygien de nos rivières, à tête large, 
à deux dorsales , à préopercules épineux, et 
l'on y avait rangé, à mesure de leur décou- 
verte, plusieurs poissons de mer qui répon- 
dent plus ou moins à ces premiers caractères. 
Les cottes en général se reconnaissent donc à 
une tête large, déprimée, cuirassée et diver- 
sement armée d'épines ou de tubercules, et 
à deux nageoires dorsales distinctes ou du 
moins très-peu unies. Ce dernier trait les sé- 
pare des scorpènes, qui leur ressemblent par 
leur tête armée et cuirassée, mais dont la plu- 
part l'ont d'ailleurs comprimée latéralement et 
non horizontalement déprimée. 

On a distingué nouvellement des cottes 



CHAP. V. CHABOTS. 1 43 

proprement dits, les platycéphales 1 , dont la 
tête est encore plus déprimée que la leur, et 
autrement cuirassée, dont le corps est écail- 
leux, et dont les ventrales, larges et dévelop- 
pées, sont attachées plus en arrière cpie les 
pectorales; et les agomis , phalangistes ou 
aspidophores , dont le corps entier est enve- 
loppé de pièces osseuses et anguleuses. 2 

Les batrachus , dont quelques-uns avaient 
aussi été placés parmi les cottes 3 , en ont été 
séparés avec encore plus de raison; car leur 
tête, quoique aplatie , n'est pas cuirassée; leurs 
ventrales sont en avant de leurs pectorales, 
et n'ont que deux rayons mous, et leurs in- 
testins, ainsi que toute leur structure, mon- 
trent qu'ils appartiennent à une autre famille. 

Au moyen de ces distinctions, les cottes 
proprement dits ne comprennent plus que des 
poissons vraiment semblables à notre chabot 
de rivière parleur forme large en avant, mince 
vers la queue; par leur tête déprimée; par 
leur préopercule armé d'épines; parles rayons 
de leurs ventrales, au nombre de quatre ou 
de trois seulement. Ils ont tous des dents au- 



1. Collus insidiator, Linn. ; Coitus madagascariensis, Lacép. ; 
Coitus scaber, Linn. — 2. Cottus cataphractus , Linn.; Cottus 
japonicus , Linn.; Coitus monopterygius , Linn. — 3. Coitus grun- 
niens , Linn. 



144 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

devant du vomer, mais non aux palatins; six 
rayons à leur membrane branchiale , un esto- 
mac en sac obtus, des appendices cœ cales en 
petit nombre (de quatre à huit), la membrane 
des vésicules séminales et des ovaires teinte 
en noir; ils manquent de vessie natatoire. 

Nous devons avertir que dans rénuméra- 
tion que nous allons en donner nous ne com- 
prendrons pas le cottus indicus de Linnaeus *, 
ni le cottus massiliensis de Forskal et de Grae- 
lin% ni le cottus australis de John White 3 , 
ni le cottus hemilepidotus de Tilesius 4 , qui 
sont des scorpènes ou qui s'en rapprochent 
plus que des cottes; ni le cottus hispidus ou 
acadianus de Schneider, qui doit faire un 
petit sous-genre intermédiaire entre les scor- 
pènes et les cottes; ni le cottus chœtodon de 
Schneider, ou cottus glaber de Schœpf 5 , qui 
est un batrachus; ni le cotte noir de Com- 
merson 6 , qui est un périophtalme ou une 
éléotris. Nous y ramenons au contraire le sj- 
nanceia cervus de Tilesius 7 , qui est un vrai 



1. Mvs. Ad. Freder., t. II, p. 66. — 2. Forskal, p. 24- — 
3. Voyage à la Nouvelle-Galles du sud, p. 266. — 4. Mémoires 
de l'Académie de Pétersbourg, t. III, p. 262, pi. 11 et 12. — 
5. Écrits de la Société des naturalistes de Berlin, t. VIII, p. i46. 

6. Lacépède, t. III, p. 2 5o. — 1. Mémoires de l'Académie de 

Pétersbourg, t. III, p. 268, pi. i5. 



CHAP. V. CHABOTS. \ 45 

cotte proprement dit, avec tous les caractères 
du sous-genre. 

Nous devons avertir aussi que le cottus 
anostomus de Pallas (Zoogr. ross., tom. III, 
pag. 128, n.° 101) n'est pas autre chose que 
luranoscope vulgaire. Nous en faisons la re- 
marque, parce que l'auteur a oublié d'en join- 
dre la synonymie à son article, et que son 
éditeur , M. Tilesius , n'a suppléé à son oubli 
par aucune note. 

Le Chabot de rivière. 
(Cottus gobio, Linn.j BL, pi. 39.) 

Notre chabot de rivière est un petit pois- 
son de quatre à cinq pouces de longueur, 

dont la partie la plus large, qui est la tête, égale 
presque le tiers de la longueur totale. Cette tête est 
aussi large que longue, mais d'un tiers moins haute 
que large. La plus grande hauteur du corps est sous 
la première dorsale et fait le cinquième de sa lon- 
gueur; ensuite il diminue jusqu'à la caudale, près 
de laquelle il n'a plus en diamètre qu'un douzième 
de la longueur. 

La tête est arrondie en avant ; la bouche est fen- 
due à son bord antérieur; ses deux mâchoires n'a- 
vancent pas plus l'une que l'autre ; les yeux sont à 
la face supérieure , dirigés cependant un peu de 
côté, et un peu plus près du museau que de la 

4- 10 



î 46 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES, 

nuque : ils sont petits; leur diamètre longitudinal 
ne fait pas le cinquième de la longueur de la tête; 
leur dislance égale deux fois ce diamètre dans la fe- 
melle; mais le mâle les a un peu plus rapprochés : il 
n'y a point d'aiguillons aux orbites ni à la tempe. Une 
peau molle et nue enveloppe la tête comme le corps. 
Le sous-orbitaire ne se montre point au travers, 
bien qu'il s'articule avec le préopercule et cuirasse 
ainsi le haut de la joue : le préopercule lui-même ne 
se fait remarquer que par une épine recourbée en 
dessus, dont son angle est armé, et sous laquelle il 
y a une très-petite dent cachée par la peau. L'oper- 
cule osseux finit en pointe plate et peu acérée; l'ou- 
verture des ouïes est médiocrement fendue, parce 
que la membrane se fixe au tronc à la hauteur du 
bas de la pectorale: le poisson, en la gonflant, fait 
encore paraître sa tête plus large qu'elle ne l'est or- 
dinairement, et il soulève ainsi son préopercule, de 
manière à pouvoir blesser avec son épine : aussi a-t-il 
recours à ce gonflement lorsqu'il est en danger. Mal- 
gré l'assertion précise d'Àrtedi et de Bloch 1 , quelques 
modernes, qui ont copié une faute d'impression de 
ce dernier 2 , ne donnent que quatre rayons à la 
membrane branchiostège du chabot; mais elle en a 
bien certainement six, très-faciles à compter. 

Chaque mâchoire a une large bande de dents en 



1. Bloch, 2. e part., p. 11, au bas; Gmelin, p. 1211; Lacépède, 

t. m, p. 255. 

2. Bloch dit dans son texte qu'il y a six rayons; mais dans le 
tableau des nombres, en tête de l'article, on a imprimé B. IYau 
lieu de B.VI. 



CHAP. V. CHABOTS. \ 47 

fin velours , et il y en a une étroite, en forme de che- 
vron très-évasé, en avant du vomer • mais les pala- 
tins n'en ont aucune. La langue, très -large, très- 
courte, fixe, est également lisse et sans dents; les 
tubercules des arceaux des branchies et les pharyn- 
giens en ont en velours. 

La pectorale est très -large, arrondie, et a treize 
ou quatorze rayons, dont les six ou sept supérieurs 
sont branchus à leur extrémité , et les autres sim- 
ples , mais articulés. Sa longueur fait presque le 
quart de la longueur totale. 

Les ventrales sortent un peu plus en arrière que 
le bord inférieur des pectorales , et ne vont pas aussi 
loin en arrière. Leur épine est grossie et alongée par 
son enveloppe membraneuse, et, ce qui est remar- 
quable, elles n'ont que trois rayons mous. 

La première dorsale commence au-dessus de la 
base des pectorales ; elle est trois fois plus basse que 
le corps, et a de six à huit et quelquefois neuf rayons, 
tous très-flexibles , quoique non articulés. Sa mem- 
brane, bien que très-abaissée en arrière, l'unit cepen- 
dant assez sensiblement à la seconde. 

La seconde, un peu plus haute et bien plus lon- 
gue, a dix-sept ou dix-huit rayons, dont le dernier 
fourchu, tous flexibles et articulés, mais dont quel- 
ques-uns seulement sont rameux. 

L'anale ne commence pas tout-à-fait aussi avant 
et ne va pas tout-à-fait aussi loin; elle a treize rayons, 
dont le dernier est fourchu et pourrait en faire 
compter quatorze : tous sont flexibles et articulés, 
mais la plupart ne se divisent point en branches, 



I 48 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

La caudale esl arrondie el n'a que onze rayons 
entiers , dont les deux extrêmes sans branches : 
comme à l'ordinaire , il y en a quelques petits en 
dessus et en dessous de sa base. Sa longueur fait le 
sixième de la longueur totale. 

Nulle part il n'y a d'écaillés visibles. La ligne la- 
térale ne se marque que par une suite de petites éle- 
vures ; elle occupe le tiers de la hauteur et demeure 
à peu près droite. Les jeunes individus ont beau- 
coup de pores très-sensibles au-dessus de la ligne 
latérale et aux côtés de l'abdomen. 

L'anus est un peu plus avant que le milieu, et ses 
bords forment un bourrelet assez saillant. 

Les teintes, toujours grises ou brunes, du chabot 
varient en intensité et en égalité. En général les mâles 
sont plus foncés. 

Les jeunes individus des environs de Paris, que 
nos pêcheurs nomment cJtapsuts, sont d'un gris 
roussâtre tout marbré de grandes taches nuageuses 
et irrégulières noirâtres ; le dessous est blan- 
châtre. 

Nous en avons d'Alsace d'un gris cendré , où les 
nuages bruns forment des espèces de bandes trans- 
versales. 

Il y en a aussi de semblables du lac de Genève. 
Quelques-uns de ceux de ce lac ont des points plu- 
tôt que des taches. Dans ceux que nous avons du lac 
Majeur, les marbrures s'étendent plus que dans les 
nôtres. 

Il en est du Rhône qui ont le dessus du corps 
d'un brun uniforme, le dessous d'un gris blanchâtre. 



CHAP. V. CHABOTS. \ 49 

Il y a généralement des lignes transverses de points 
ou de petites taches brunes sur les nageoires. L'anale 
et les ventrales n'en ont pas toujours ; la première 
dorsale a un liséré blanc ou rose excessivement étroit. 
L'iris des yeux est rouge. 

Le chabot a le foie rougeâtre, assez gros, occu- 
pant tout l'hypocondre gauche; la vésicule du fiel 
est grande, ovale, située à droite. L'estomac est en 
sac arrondi, assez grand; le pylore a quatre cœ- 
cums assez longs : l'intestin fait deux replis avant 
de se rendre à l'anus. Les ovaires sont divisés en 
lobes, et quand les œufs sont près d'être pondus, 
ils sont très-gros, et augmentent encore la diffor- 
mité du poisson par l'énorme grosseur de l'abdo- 
men. 

Les sacs de ces ovaires sont teints en noir, et les 
vésicules séminales le sont également, quand elles 
ne sont pas très-remplies. 

Il n'y a point de vessie natatoire. 

Le squelette a trente-deux vertèbres à son épine : 
dix abdominales et vingt-deux caudales, 

Le nom français chabot, le languedocien 
tête d'aze (d'âne), l'anglais bull-head (tète 
de taureau ) , l'allemand kaulkopf, kaul- 
rjuappe ( tète en boule , lote en boule ), l'ita- 
lien capo- grosso, le russe buitchok (petit 
bœuf) ou clùrokolobka (tète large), viennent 
de la largeur de sa tête. A Paris, les pécheurs , 
au lieu de chabot, disent chapsot ; sur le 
Rhône on le nomme scchot et quelquefois. 



150 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES 

sorcier : il se nomme encore en Lombardie 
bota el butina ou botella. 

Le nom de cottus, que l'on applique main- 
tenant à ce genre, d'après Artedi, a été em- 
ployé par Gaza pour traduire le (Zciroç ou koitoç 
d'Aristote (qu'il avait apparemment lu x'ottoç), 
petit poisson d'eau douce qui se tient sous 
les pierres, et que Ton fait sortir en frappant 
ces pierres , comme s ils entendaient et si le 
bruit leur faisait mal a la tête (à>ç ànêo-flu v.cà 
KccpiCuçîsvJcc vTio rë \|>o#g); passage qui pourrait 
en eiïet se rapporter à notre chabot commun; 
car ce séjour est tellement le sien, qu'à Ge- 
nève les enfans du peuple, qui bien sûrement 
n'ont pas lu Aristote, vont dans l'Arve et sur 
les bords du Rhône soulever les pierres, et 
prendre avec une fourchette les chabots qu'ils 
y trouvent. 

Le chabot paraît habiter sans exception les 
eaux douces de toute l'Europe, depuis l'Italie 
jusqu'en Suède , surtout celles qui sont claires 
et qui coulent sur des fonds de sable ou de 
pierre : toutes les Faunes sont unanimes à cet 
égard. Pallas le nomme parmi les poissons de 
Sibérie et même parmi ceux du lac Baïkal. 
Fabricius l'a décrit en Groenland ; mais peut- 
être serait-il nécessaire de voir ensemble et 
de comparer des individus venus de ces con- 



CHAP. V. CHABOTS. 1 51 

trées si éloignées les unes des autres, pour 
s'assurer qu'ils n'offrent point quelques diffé- 
rences échappées à des observateurs isolés. 

Ce poisson, selon divers auteurs, fraie en 
Mars et en Avril; dans la Seine, c'est en Mai, 
Juin et Juillet. Plusieurs observateurs lui at- 
tribuent l'habitude de déposer son frai sous 
une pierre ou dans un trou qu'il creuse pour 
cela, et de l'y garder jusqu'à ce qu'il soit éclos 
avec beaucoup de courage et de constance l ; 
Fabricius dit même que c'est le mâle qui 
remplit ce devoir, et assure que cet instinct 
est commun aux autres cottes et aux lumps 2 ; 
mais les pécheurs de nos environs n'en ont 
aucune connaissance. Peut-être a-t-on voulu 
parler du gobius niger, qui, selon les obser- 
vations positives d'Olivi, prend en effet ce 
soin de sa progéniture, et est probablement le 
phjcis dont les anciens ont parlé comme du 
seul poisson qui sût faire un nid. 3 

Le chabot nage avec la rapidité d'un trait, 
ce qui s'explique très-bien par la grandeur de 
ses pectorales et par sa forme rétrécie en ar- 
rière. Sa nourriture principale consiste en in- 
sectes , en larves de libellules , etc. 

1. Marsigli, Dan., t. IV, p. fî; Linnseus, Syst. nat. t douzième 
édition, t. I. er , i. re part., p. 4^2. — 2. Faun. groeril., p. i6o.— 
3. Aristote , Hist. anim,, l.VIII, c. 5q. 



1 52 LIVfcE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

C'est après le goujeori le poisson que l'an- 
guille aime le plus ; et comme son prix est 
moindre , on s'en sert de préférence comme 
d'appât pour amorcer les lignes de fond. 

Sa chair devient rouge en cuisant; elle est 
agréable et saine, surtout lorsqu'il est pris sur 
des fonds pierreux et dans des eaux pures. 
Ainsi il fournit, comme le dit M. Risso, un 
mets délicieux aux habitans des montagnes; 
sa petitesse seule empêche qu'il ne soit re- 
cherché des riches. 

Pallas assure cependant qu'en Russie per- 
sonne ne le mange , mais que les gens du 
peuple le portent suspendu au cou comme 
une amulette, dans l'idée qu'il les préserve 
de la fièvre tierce. 1 

Le petit Chabot de Russie. 
(Cottus minutus, Pall.) 2 

Nous avons examiné avec soin le chabot que 
Pallas a décrit sous le nom de cottus minutus, 
et qui nous a été confié par M. Lichtenstein. 
Sa ressemblance avec l'espèce commune de 
nos eaux douces est telle, que nous n'oserions 
l'en distinguer. 

1. Pallas, Zoogr. ross., t. TU, p. 126. 

*2. Zoogr. ross., t. DI, p. i45, n.° 109, pi. 20, ûg. 5 et 6. 



CHAP. V. CHABOTS. 1 53 

Il a la même tête , la même épine crochue au 
préopercule , les mêmes marbrures de diffërens bruns 
sur le corps, les mêmes points bruns sur les na- 
geoires, et à peu près le même nombre de rayons. 

D. 9' — 17; A. 13; C. 13, etc. 

Peut-être son museau est-il un peu moins obtus, 
et les épines d'au-dessus de ses narines un peu plus 
longues ; mais, pour assurer que ce sont là des dif- 
férences constantes, il faudrait les avoir retrouvées 
dans des individus plus nombreux. 

La longueur de celui que nous avons observé est 
de trois pouces. 

Il avait été donné à Pallas par Merk comme 
provenant de la'mer d'Ochotzk; mais rien ne 
prouve qu'il ne vînt pas de quelqu'une des 
rivières qui s'y jettent. 



1. Pallas dit sept; mais il n'est pas difficile d'en compter neuf 
sur son individu. 



\ 54 LIVRE ÎV. JOUES CUIRASSÉES. 

DES CHABOTS DE MER, OU CHABOISSEAUX, 

Vulgairement aussi scorpion de mer, crapaud 
de mer, diable de mer, têtard, father-laslier 
des Anglais (Cottus scorpiis, Linn.), et 
des deux espèces confondues sous ces noms 
(Cottus scorpius, nob., et Cottus bubalis, 
Eupbrasen). 

Les poissons de nos côtes maritimes qui 
ressemblent le plus au cbabot de rivière, sont 
armés d'épines plus nombreuses et plus dan- 
gereuses, ce qui, joint à la laideur que leur 
donnent leur grosse tète, leur large gueule et 
les teintes peu agréables de leur peau, leur a 
valu toute sorte de noms odieux. On leur a 
transféré celui de scorpion, qui appartenait 
originairement à la rascasse. Celui de crapaud 
tient à leur couleur, à leur nudité et à leur 
grande bouche. On les nomme diables , parce 
qu'ils sont laids et médians. Les Anglais sont al- 
lés jusqu'à les appelei : father-laslier (qui frappe 
son père), comme si des traits si hideux de- 
vaient être l'annonce de tous les vices. 

On nous assure qu'ils partagent sur quel- 
ques-unes de nos côtes le nom de boi de roc 
avec la petite vive, et qu'ils ne sont guère 
moins redoutés. Sur la basse Seine , oii ils re- 



CHAP. V. CHABOTS. 1 55 

montent quelquefois aussi haut que la marée, 
on les appelle caramassons. 

J'ai dit que le nom de scorpion de mer 
n'appartenait pas originairement aux chabois- 
seaux, et en effet ce nom, pris des anciens, 
ne peut appartenir à des poissons étrangers 
à la Méditerranée. Nous n'en avons jamais reçu 
de cette mer, et ils ne sont indiqués par aucun 
des auteurs qui en ont décrit les poissons. Ce 
n'est pas, comme le croit Pennant, la scorpène 
de Bélon, qui est une rascasse. Cetti, le seul 
Italien dont Bloch réclame le témoignage, n'a 
parlé aussi que d'une rascasse *. A la vérité , 
Aldrovande 2 a donné une figure grossière qu'à 
la rigueur on pourrait croire d'un de nos cha- 
boisseaux; mais il ne dit pas d'où il l'avait 
reçue, et l'on sait qu'il a représenté plusieurs 
poissons du Nord. 

Au contraire, tous les auteurs du Nord ont 
parlé de ces poissons ; il semble même qu'ils 
deviennent chez eux plus abondans et plus 
grands. On en voit dans toute la mer Bal- 
tique , et M. Noël nous en a rapporté du 
cap Nord en Laponie. Cependant ils sont aussi 
fort communs sur nos côtes , soit dans la 
Manche , soit dans le golfe de Gascogne. Mais 

1. Hist. tint, sari., t. III, p. 106. — 2. Pisc. 202. 



\ 56 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

il est essentiel de faire observer qu'il en existe 
deux espèces, que presque tous les naturalistes 
ont confondues, parce qu'elles vivent dans les 
mêmes parages et qu'elles ne diffèrent que par 
quelques détails dans les proportions des 
épines et les nombres des rayons. 

Celle qui paraît la plus commune a les épi- 
nes du préopercule moins longues, au nom- 
bre de trois seulement , et quatorze ou quinze 
rayons à la seconde dorsale. C'est elle qu'a 
représentée Bloch (pi. 4o). Elle est surtout très- 
bien rendue par Klein {Miss. IV> pi. i3, fig. 2). 

L'autre espèce, qui nous paraît le cottus 
bubalis d'Euphrasen 1 , a quatre épines au préo- 
percule , dont la première très -longue, et 
douze, ou tout au plus, mais rarement, treize 
rayons à la seconde dorsale. C'est celle qu'ont 
décrite et représentée Schonevelde, dans son 
Ichtyologie du Holstein ( pag. 67 , pi. 6 ) , et 
Tonning, dans les Mémoires de Drontheim 
( t. II , p. 345 , pi. 1 3 et 1 4 )• 

Nous nous sommes assurés que leurs diffé- 
rences ne tiennent point au sexe, comme on 
aurait pu le soupçonner ; nous avons des mâles 
et des femelles de l'une et de Vautre espèce. 



1. Nouveaux mémoires de l'Académie de Stockholm, t. VII - 
p. 65, pi. 3, fig. 2 et 3. 



CHAP. V. CHABOTS. \ i)7 

Au surplus, leur histoire est à peu près la 
même. Ce sont des animaux très- voraces , 
qui nagent avec une grande rapidité et dont 
les habitudes sont assez solitaires. Ils quittent 
le fond au printemps et viennent se loger 
dans quelques creux de rochers, où, abrités 
par les varechs, ils jouissent à chaque marée 
du retour périodique des eaux, qui leur ap- 
portent une nourriture nouvelle. Vers l'équi- 
noxe d'automne ils retournent dans les eaux 
profondes, qui font leur séjour d'hiver 1 . On 
ne les mange point, sans doute parce que 
leur chair est aussi médiocre que peu abon- 
dante, et peut-être aussi parce que leur figure 
et les noms qu'on leur donne inspirent quel- 
que répugnance. Cependant les pauvres en 
Danemarck ne les dédaignent point , et en 
Norwége leur foie, comme celui de beaucoup 
d'autres poissons, sert à faire de l'huile. 

L'épine de leur préopercule est une arme 
perfide, et fait des piqûres très-douloureuses, 
que l'on prétend même empoisonnées; mais 
leur danger ne vient probablement, comme 
dans les piqûres de la vive , que de la profon- 
deur à laquelle cet aiguillon mince et pointu 



1. Nous tirons ce détail d'un mémoire envoyé par feu Noël de 
la Morinière à M. de Lacépède. 



\ 58 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

peut pénétrer. Les pécheurs ont coutume d'y 
appliquer le foie même du poisson , et Noël 
de la Morinière nous assure en avoir éprouvé 
de bons effets. 

Il y a d'étranges assertions sur la taille à la- 
quelle ces poissons, qui, chez nous et en An- 
gleterre, ne passent pas huit ou dix pouces, 
parviendraient dans le Nord. M. de Lacépède 
parle de six pieds, et le traducteur français de 
Bloch de deux brasses, ce qui, à le prendre à 
la lettre, ferait dix pieds. Comme ni Scho- 
nevelde, ni Linnaeus, ni Othon Fabricius, ni 
même Tonning de Drontheim 1 , n'ont rien dit 
de semblable, j'ai cherché la source de ces 
exagérations, et je n'ai pu remonter qu'à un 
passage de Pontoppidan 2 , où il est dit que 
Yulk ou marulk des Norwégiens, ou le scor- 
pion de mer, est de deux sortes, et qu'il y en 
a une grande espèce qui a quelquefois quatre 
pieds de long; mais comme il ajoute quelle 
est rouge , couverte de petites écailles , et 
qu'elle n'a qu'une nageoire sur le dos, il est 
bien évident qu'il n'a voulu parler que de la 
grande sébaste du Nord , appelée par Lin- 
nœus perça marina, que nous décrirons ail- 
leurs. De ces quatre pieds qu'il lui attribue, 

1. Mém. de la Société de Dronllieim, t. II {iy65) f pi. i3 et i4- 

2. Hist. nat. o/Nortvay, t. II, p. 160. 



CHAP. V. CHABOTS. \ 59 

Bloch a fait deux aunes (ellen), parce que 
Faune allemande n'a en général que deux pieds. 
Son traducteur a mis brasses pour aunes, et 
voila comment un poisson de quelques pouces 
est crû subitement jusqu'à une longueur de 
dix pieds. 

L'ichtyologie, n'ayant jamais été traitée avec 
un peu de critique , est pleine de semblables 
bévues. 

Bloch s'est bien aperçu ensuite que ce 
marulk n'est pas le chaboisseau ; il le dit for- 
mellement dans son article de la scorpène 
truie 5 mais sa remarque n'a servi qu'à trans- 
porter aussi à cette scorpène ce qu'il avait dit 
de la taille du chaboisseau et même à l'exa- 
gérer encore, comme nous le verrons à l'ar- 
ticle des scorpènes. 

Ces chaboisseaux vivent très-longtemps hors 
de l'eau, et sont du nombre des poissons que 
l'on a nommés grogneurs , coqs-bruyans ou 
coqs-de-mer [knorr-liahn , see-murre), parce 
qu'ils font entendre un bruit quand on les 
prend ou qu'on les presse dans la main, et 
même, à ce que dit Klein, parce qu'ils ré- 
pètent ce bruit à l'approche des tempêtes ; 
mais cette dernière circonstance, rapportée 
d'après l'opinion populaire des marins de 
Dantzig ? est fort contestée par Bloch. 



\ 60 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

D'après l'observation d'Edwards ' , l'espèce 
commune pond au mois de Janvier, et donne 
des œufs rouges de la grosseur d'un grain de 
navette. 

Le Chaboisseau de mer commun. 
(Coltus scorpius, Bl., pi. 40.) 

Nous décrirons d'abord l'espèce commune, 
celle du chaboisseau à courtes épines. 

Sa forme est en grand la même que celle du cha- 
bot de rivière; une grosse tête, qu'il peut élargir 
beaucoup en écartant ses opercules et en renflant sa 
membrane des ouïes, et un corps qui diminue par 
degrés jusqu'à la caudale. 

Sa hauteur , à la nuque , est cinq fois dans sa lon- 
gueur; la largeur de sa tête à cet endroit, lorsque 
les branchies sont resserrées, n'excède pas beaucoup 
cette hauteur; mais il peut écarter ses opercules et 
ses préopercules de manière à donner à sa tête une 
largeur presque double de l'ordinaire , et alors il 
rappelle beaucoup la forme de la baudroie. Sa gueule 
est fendue jusque sous l'œil, et sa large ouverture 
s'agrandit encore par la protractilité de la mâchoire 
supérieure , qui alors dépasse un peu l'autre. Les 
yeux sont grands , un peu plus rapprochés du mu- 
seau que de la nuque; leur intervalle est concave 
et n'égale pas leur diamètre. La tête, le corps et les 
nageoires sont revêtus d'une peau molle et lâche, 

1. Glanures, pi. 284* 



CHAP. V. CHABOTS. \ 61 

au travers de laquelle les pointes des aiguillons se 
font quelquefois jour. Au-devant de l'intervalle des 
orbites sont d'abord deux très-petites épines vertica- 
les, qui appartiennent chacune au nasal de son côté. 
Sur le bord supérieur de l'orbite, en arrière, est un 
petit tubercule plus ou moins pointu, d'où part une 
ligne légèrement saillante, qui sépare de chaque côté 
le dessus du crâne de la tempe , et se termine à la 
nuque par un autre tubercule : l'intervalle de ces 
deux lignes serait à peu près carré , s'il ne se rétré- 
cissait un peu en arrière. Le premier sous-orbitaire 
est sous l'orbite, plus long que large; le second, 
encore plus étroit, traverse obliquement le haut et 
l'arrière delà joue pour aller joindre le préopercule: 
mais ni l'un ni l'autre ne se montrent au travers de. 
la peau par aucune épine ou dentelure, et on ne les 
sent qu'au doigt : le bord montant du préopercule 
est plus court que son bord inférieur , lequel va un 
peu en descendant en avant. Son arête produit une 
forte épine dirigée en arrière et un peu vers le haut, 
dont la longueur fait à peu près le cinquième de celle 
de la tète ; sous elle en est une plus petite , et l'ex- 
trémité antérieure du bord inférieur en a une dirigée 
vers le bas et en avant. L'opercule se termine par une 
épine aiguè; le sous-opercule, attaché au bord an- 
térieur de l'opercule, sous son articulation, par une 
espèce de pédicule, se dilate dans le bas et y produit 
deux épines , l'une dirigée en arrière et l'autre vers 
le bas. L'os scapulaire et le claviculaire ont aussi 
chacun une épine dirigée en arrière, mais il n'v en 
a point au surscapulaire. 

4- n 



1 02 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Les pectorales sont très-larges, coupées oblique- 
ment, arrondies à leur extrémité, qui est plus voi- 
sine du bord supérieur. Elles ont dix-sept rayons, 
tous articulés , mais simples et sans branches. Les six 
ou sept premiers sont plus minces- les dix ou onze 
autres, plus gros, vont en diminuant de longueur 
jusqu'au plus inférieur , qui est aussi le plus court ; 
la membrane est un peu échancrée entre leurs 
pointes. La poitrine, entre les deux pectorales, est 
large et plate ; les ventrales s'y attachent un peu plus 
en arrière que le bord inférieur des peclorales , 
qu'elles sont loin d'égaler en longueur. Elles sont 
étroites , et leur épine est si intimement unie à leur 
premier rayon mou, qu'elles paraissent n'avoir que 
trois rayons. 

La première dorsale répond au dessus de toute la 
longueur de la pectorale; elle est moitié moins haute 
que le corps, et sa longueur est double de sa hau- 
teur. Elle a tantôt huit, tantôt neuf rayons flexibles, 
peu poignans , à peu près égaux , excepté les deux 
derniers , qui diminuent. Sa membrane finit juste au 
pied du premier rayon delà seconde : celle-ci, un 
peu plus haute et plus longue que la première, a 
tantôt quatorze, tantôt quinze rayons, mais jamais 
moins, tous simples et sans branches, bien qu'arti- 
culés, flexibles et peu inégaux. L'anale en a onze ou 
douze à peu près pareils. Elle commence sous le 
cinquième rayon de la seconde dorsale; sa membrane 
va un peu plus loin en arrière , mais non pas ses 
rayons. L'espace nu derrière ces nageoires fait à peu 
près le onzième du total; la caudale en fait le sixième. 



CHAP. V. CHABOTS. ] 65 

Elle a douze rayons entiers et quelques-uns incom- 
plets, dont les huit du milieu sont fourchus à leur 
extrémité. 
D. 8 ou 9 — 14 ou 15; A. il ou 12; C. 12; P. 17; V. 1/3. 

La peau , dans l'état ordinaire , est partout lisse 
et sans écailles ; mais le dessus de la tête a beaucoup 
de petits points saillans. La ligne latérale se marque 
par une suite d'élevures rhomboïdales, creuses au 
milieu, qui vont àtpeu près en ligne droite du 
haut de l'épaule au milieu de la base de la caudale, 
sans se prolonger sur cette nageoire. 

Un phénomène singulier, c'est que l'on trouve 
des individus de cette espèce qui ont, éparses sur 
le corps, principalement au-dessus de la ligne ver- 
ticale et aux côtés de la queue , de petites écailles 
rondes, plates, dont le bord postérieur est divisé en 
quatre ou cinq épines un peu crochues, très-sépa- 
rées et très - pointues. Les circonstances dans les- 
quelles ces écailles se manifestent, ne sont pas bien 
connues. M. Tilesius, ou plutôt Steller 1 , dit les avoir 
observées sur deux femelles, et les croit une marque 
du sexe; mais nous sommes certains de les avoir 
trouvées aussi sur des mâles , tandis que des femelles 
n'en avaient pas. 

Le fond de la couleur de ce poisson est tantôt gris- 
roussâtre, tantôt gris-verdàtre sur le dos ; blanchâtre 
ou jaunâtre sous le ventre. De grandes et petites mar- 
brures brunes ou noirâtres, mêlées de taches et de 
points 4e la même couleur et quelquefois aussi de 

1. Mém. de l'Acad. de Pétersbourg, t. IV (pour 1811), p. 273 



164 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

points blanchâtres , varient diversement le brun de 
la tête, du dos et des flancs; des taches et des points 
bruns diversifient aussi le gris des nageoires et y 
forment des espèces de bandes irrégulières plus ou 
moins obliques , plus ou moins serrées ; les ven- 
trales en ont moins que les autres, et quelquefois, 
au lieu de points bruns, elles en ont de blancs mats. 
Il y a en général un cercle de points bruns autour 
de l'œil, et quelques bandes en travers des mâ- 
choires. 

Nos plus grands individus n'ont que huit à neuf 
pouces. 

Le foie du cottus scorpius est gros, formé d'un 
seul lobe, situé tout entier dans le côté gauche. Il 
est épais, triangulaire, de couleur rougeâtre. Son 
angle droit s'avance sous l'œsophage et donne at- 
tache à la vésicule, qui est petite, ovale et placée à 
droite de l'œsophage sur le pylore. 

L'œsophage est large, très-court, et il se dilate 
en un large sac , arrondi en arrière , qui est l'esto- 
mac. Ses parois sont épaisses et grossièrement ridées 
à l'intérieur. 

La branche montante, qui aboutit au pylore, est 
assez grosse, à parois fort épaisses. Il y a huit cœ- 
cums au pylore. 

L'intestin fait deux replis courts avant de se ren- 
dre à l'anus. La rate est brune, fort petite et cachée 
entre les appendices cœcales. 

Les laitances sont peu volumineuses ; mais elles 
sont remarquables par leur couleur, noire comme 
de l'encre. 



CHAP. V. CHABOTS. \ 65 

Les ovaires sont médiocres et également noirs. 
Les œufs sont extrêmement petits. 

Il n'y a pas de vessie natatoire. 

Les reins sont alongés depuis la tête jusqu'à l'anus; 
ils se détachent très-facilement, parce qu'il n'y a pas 
d'enfoncemens entre les côtes dans lesquels ils puis- 
sent entrer. 

La vessie urinaire est simple, grande, et forme un 
assez grand sac , qui remonte vers le diaphragme 
entre les ovaires. 

Nous avons trouvé dans l'estomac differens crusta- 
cés, tels que le cancer pagurus, le cancer crangon, etc. 

Le squelette a trente-quatre ou trente-cinq vertè- 
bres; douze ou treize abdominales et vingt-deux cau- 
dales, dont tous les corps, à compter du milieu de 
l'abdomen , sont comprimés latéralement et un peu 
plus hauts que longs. Les côtes sont grêles et assez 
courtes; les os du carpe larges, plats, et de forme à 
peu près carrée. 

Le Chaboisseau de mer a longues épines. 
(Cottus bubalis , Euphrasen.) 

L'autre chaboisseau de nos côtes, celui qui 
a les épines plus longues , comparé soigneuse- 
ment avec le premier, offre les différences 
suivantes : 

L'intervalle des yeux est plus étroit et plus con- 
cave. Les deux crêtes du crâne sont plus rapprochées; 
l'espace qu'elles renferment est deux fois plus long 



4 66 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

que large : elles sont plus relevées, ont immédiate- 
ment derrière l'orbite de fines dentelures, sur le mi- 
lieu de leur longueur une petite dent, et se terminent 
par une pointe tranchante et aiguë. La grande épine 
du préopercule fait le tiers et non le cinquième de la 
longueur de la tête. Il y en a une petite au milieu 
du bord inférieur de cet os, qui manque au chabois- 
seau commun. L'épine de l'opercule est âpre, celle de 
l'épaule a de petites dentelures fines et aiguës, qui se 
répètent sur les tubercules qui composent la ligne 
latérale, de manière qu'on en voit quatre ou cinq 
sur les premiers, et ensuite deux ou trois sur les 
autres. A la queue on n'en sent plus. Il n'y a que douze 
rayons à la deuxième dorsale, neuf à l'anale, dix à la 
caudale et seize aux pectorales. Les ventrales en ont 
de même quatre, qui sont réduits à trois par l'intime 
adhésion de l'épine au premier rayon mou. 
D. 8— 12; A. 9; G. 10; P. 16; V. 1/3. 

Nous ne savons pas s'il y a quelquefois, comme 
dans le chaboisseau commun, des écailles épineuses 
éparses sur le corps. Nos individus n'en offrent au- 
cunes. 

Il ne paraît pas que les couleurs soient très-dif- 
férentes de celles du précédent. Des individus rap- 
portés frais de Granville par MM. Audouin et Milne- 
Edwards, nous ont offert de grandes marbrures brunes 
sur le dos, et des teintes aurores et rosées sur le ventre. 

Notre plus grand individu n'a que cinq pouces et 
demi. La plupart des autres n'en ont que trois ou 
quatre ; mais il parait que ceux de Tonning et de 
Schonevelde étaient un peu plus grands, 



CHAP. V. CHABOTS. 1 G7 

Les viscères du cottus bubalis diffèrent à peine de 
ceux du scorpius. Le foie est un peu plus arrondi, 
et les huit ccecums sont plus courts. 

Cette espèce remarquable habite toutes nos 
côtes de l'Océan : nous l'avons vue et dessinée 
à Fécamp. M. Lamouroux nous en a envoyé 
un individu de Caen , et M. d'Orbigny un 
grand nombre de la Rochelle. 

On voit par Schonevelde , par Tonning et 
par Euphrasen, qu'elle habite aussi la mer du 
Nord et le Categat. ' 

1. Voici l'article d'Euphrasen à son sujet (Euphrasen, Nouveaux 
mémoires de l'Académie de Stockholm, t.VII ; 1786, p. 65): 

Cottus bubalis. 

Capite spinoso scabroque bicorni. 

Corpus cotti scorpionis minus , comprcssiusculum a capite ad cau- 
dam sensim attenuatum nudum, supra fuscum, subtus album. 

Caput corpore latius , depressum , scabrum, spinosum , spinis plu- 
rimis , quarum duo minores frontales ante oculos ad tiares linea 
eleçata dislinctœ ; duo nuchales magnitudine proecedenlium versus 
basin pinnœ dorsalis sitœ , ad oculos linea elevata, scabra, decurren- 
tes; latérales utrinque sex. In margine ossiculi anterioris quatuor, 
quarum prima inferior acuta, deflexa; secunda , tertia intermediœ 
minores erectœ ; quarta superior maxima , subulata , cornu instar 
longiludine operculorum. In margine ossiculi posterions duo, qua~ 
non prima anterior acuta, antrorsum deflexa; secunda posterior 
minor, retrorsum deflexa ab apice ossiculi posterions ad basin linea 
eleçata, scabra. 

Maxillœ œquales; superior duplicata. 

Dentés plurimi setacei in maxillis palatoque. 

Oculi verticales approximati rotundati, superciliis elevatis. 

Lingua brevissima , lata, edentula. 



168 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Le Chaboisseau a quatre tubercules 

DES MERS SEPTENTRIONALES. 

{Cottus quadricomis, Linn. *) 

Les auteurs du Nord, particulièrement Ar- 
tedi 2 , ont fait connaître un cotte de la mer 
Baltique, quils nomment cottus quadricomis, 
et qui j bien quassez semblable à notre cha- 
boisseau commun, en diffère par des carac- 
tères manifestement spécifiques, et principale- 
ment par quatre grosses tubérosités en forme 
de champignon à surface âpre et comme ca- 
riée , qui remplacent les quatre épines que le 
chaboisseau a sur le crâne. 



Dorsum convexum, subdipterygium fuscum , maculis palliais. 

Latera comexa, albo fus coque varie gâta. 

Linea lateralis tuberculata , scabra , dorso parallela. 

Abdomen convexiusculum album punctis rarioribus , lacteis ad- 
spersum. 

Membrana branchiostega sexradiata. 

Pinnœ dorsales duo, membrana concurrentes ; anterior radiis octo, 
çosterior radiis tredecim. 

Pectorales rotundaiœ, albo nigroque variegatœ; radiis quindecim. 

Ventrales subpecioralibus lineares nigro maculatœ; radiis quatuor, 

Pinna analis albida , nigro maculata; radiis octo. 

Caudalis rotundaia , albo nigroque variegata; radiis decem. 

Habitat in Oceano occidentali , in Kirkesund Bahusiœ. 

\. Bloch, pi. 108. (Copié dans l'Encyclopédie méthodique, 
planches d'ichtyologie, n.° i48.) 

2, kcitài,Spec, p. 84 à 86. 



CHAP. V. CHABOTS. 169 

D'ailleurs la tête de ce chaboisseau du Nord est 
plus large. Son crâne est plus large que long, il n'est 
point séparé des .tempes par des crêtes : son premier 
sous-orbitaire est bien plus caverneux : il y a souvent 
sur le deuxième un petit aiguillon. L'angle du préo- 
percule a trois épines, toutes les trois très-fortes, et 
dont les deux supérieures sont divisées et comme 
rompues à leur extrémité ; la première est plus 
longue et se recourbe un peu en dehors. L'épine de 
l'opercule et celle de l'os surscapulaire se recour- 
bent également un peu; cette dernière est grosse, et 
comme tronquée et divisée à sa pointe. Les écailles 
de la ligne latérale sont grosses, osseuses, coupées 
en rectangle, avec deux impressions concaves, l'une 
au-dessus de l'autre. Les écailles, ou tubercules acci- 
dentels, sont rondes, un peu relevées au milieu, et 
finement granulées en rayons; mais elles n'ont pas 
de crochets. Il y en a une rangée au-dessus de la 
ligne latérale , et quelques-unes sont éparses au-des- 
sous. Du reste, tout est pareil dans les deux espèces, 
à quelques légères différences près dans les nombres 
des rayons, qui d'ailleurs sont assez variables dans ce 
genre. 

D. 7— 14; A. 15; C. 11; P. \1 ; V. 1/3. 

Le foie du cottus quadricornis forme une grosse 
masse située entravers sous l'œsophage, qui descend 
un peu plus à gauche qu'à droite. Il est convexe en 
dessous, concave en dessus; ses bords amincis re- 
couvrent un peu l'estomac et le pylore. La vésicule 
du fiel est petite, et cachée entre le foie et le duo- 
dénum. 



1 70 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

L'œsophage est long et gros; il se prolonge, sans 
se rétrécir, jusqu'aux deux tiers de la cavité abdomi- 
nale. L'estomac remonte ensuite jusque sur le bord 
postérieur du foie. Le pylore est marqué par un très- 
fort étranglement , entouré de six appendices cœ- 
cales, courtes et peu grosses. L'intestin fait ensuite 
deux replis; ses tuniques sont minces jusqu'au rec- 
tum, qui les a fortes et épaisses, et dont la veloutée 
est ridée longitudinalement. 

La rate est grosse, ovale, aplatie, et située sur la 
branche montante de l'estomac. 

Les ovaires étaient remplis d'œufs assez gros, nom- 
breux, et ils occupaient presque la moitié postérieure 
de l'abdomen. 

Il n'y a pas de vessie aérienne. 

Les reins sont renflés et gros sous la tête et jus- 
ques entre les muscles propres de l'œsophage. Au- 
delà de ces muscles ils ne forment plus qu'un sim- 
ple filet étroit de chaque côté de l'épine jusqu'auprès 
de l'anus, où ils se réunissent en un seul, qui débou- 
che presque directement dans la fourche de la vessie 
urinaire. Cette vessie est grande; la corne droite est 
beaucoup plus grande et a ses parois bien plus 
minces que la corne gauche. 

Pallas avertit dans ses Glanures 1 que les 
tuberositës qui doivent caractériser cette es- 
pèce n'existent pas toujours , et d'après des 
observations plus précises, il assure, dans sa 

1. Spic zool, t. VIII, p. 25. 



CHAP. V. CHABOTS. 471 

Zoographie russe 1 , que les jeunes individus, 
jusqu'à neuf pouces, n'en ont point encore, 
qu'il leur en vient ensuite deux , et que les 
adultes seuls en ont quatre ; mais il parle de 
pouces anglais. Nous les voyons parfaitement 
développées dans un individu de huit pouces 
français du Muséum royal des Pays-Bas. 

Ce poisson a été regardé long-temps comme 
propre à la mer Baltique , où il se prend aux 
embouchures des fleuves; mais Pallas nous 
apprend qu'il se trouve abondamment dans 
le lac Baïkal et dans toutes les rivières qui s'y 
jettent, ainsi que dans le Iéniseï, jusqu'à la mer 
Glaciale, et qu'il n'est pas moins fréquent dans 
les anses et les golfes du Ramtschatka et aux 
embouchures des rivières de cette presqu'île. 

Il atteint dix à douze pouces. Ses habitudes 
ressemblent à celles du chaboisseau ordinaire , 
et l'on en fait tout aussi peu de cas comme 
aliment. 



Des Chaboisseaux étrangers. 

On a vu que le chabot de rivière et le cha- 
boisseau à quatre tubercules s'étendent jus- 
qu'au fond de la Sibérie. Pallas 2 dit que l'on 

1. P. 127. — "l. Zoogr. rossic, t. III, p. i3i. 



\ 72 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

trouve également un chaboisseau tout sembla- 
ble au commun de l'Atlantique (cottus scor- 
pius), dans la Baltique, dans la mer Blanche 
et dans la mer Glaciale; mais il décrit ensuite 
sous le même nom un poisson du Kamtschatka 
fort différent, et son éditeur, M. Tilesius, en 
ajoute, comme synonyme, à sa description, 
un autre, encore plus différent, s'il est possible 
(son cottus hemilepidotus); ce qui aurait pu 
produire une confusion presque inextricable , 
si d'heureuses circonstances n'avaient mis à 
notre disposition et l'individu de Pallas et ce- 
lui de M. Tilesius, ce qui nous a rendu facile 
d'établir leurs caractères. Il y a d'ailleurs dans 
les deux Océans plusieurs autres espèces de 
chabots, faciles à caractériser; mais, jusqu'à 
présent, c'est dans les climats septentrionaux 
qu'on les a découverts, et il ne nous en est 
arrivé aucuns des parages de la zone torride. 

Le grand Chaboisseau du Kamtschatka. 
{Cottus jaok, nob.; Cottus scorpius , Pall.) 

M. Lichtenstein a bien voulu nous confier 
l'individu qui a servi de sujet à Pallas pour la 
description de ce grand cotte du Kamtschatka, 
qu'il croit de même espèce que notre scorpius 1 : 

1. Zoogr. rossic., t. III, p. i3i. 



CHAP. V. CHABOTS. \ 75 

nous lavons comparé avec soin à nos individus 
d'Europe, et nous avons trouvé qu'il en a en 
effet plusieurs caractères, et notamment que 
les épines de son préopercule sont disposées 
de la même manière et dans les mêmes pro- 
portions ; mais ses différences sont nombreuses. 

Au lieu de tubercules , il a derrière l'œil , derrière 
le crâne et à la tempe, quelques légères granulations. 
Le long de son dos, au-dessus de la ligne latérale, 
est une rangée d'écaillés tout autrement faites que 
celles qu'on voit quelquefois sur l'espèce d'Europe; 
elles sont rondes, un peu concaves :leur surface est 
chagrinée, et leur bord entouré tout autour de pe- 
tites pointes minces, courtes et relevées, etc.; mais 
au-dessous de la ligne latérale il y en a quelques- 
unes de semblables à celles de notre espèce. La pre- 
mière dorsale est plus basse, plus courte, et je n'ai 
pu y découvrir que sept rayons; Pallas n'en compte 
même que six. La seconde en a quinze, et l'anale 

quatorze. 

D. 1 — 15; A. U. 

Sa taille surpasse tout ce que l'on connaît 
de nos chaboisseaux d'Europe. L'individu que 
nous avons sous les yeux est long de vingt-un 
pouces. Pallas ajoute qu'il y en a de deux 
pieds. Ce grand naturaliste en décrit les cou- 
leurs comme il suit : 

Le dos roussâtre, semé de petites taches brunes, 
irrégulières, inégalement serrées, et qui disparaissent 



i 74 LIVRE IV. JOUES CUIRASSES. 

par degrés au-dessous de la ligne latérale; le ventre 
blanchâtre; cinq bandes brunes, transverses, irré- 
gulières sur la pectorale; la dorsale épineuse tache- 
tée de brun, la molle marquée de quatre bandes ver- 
ticales brunes; la caudale, de trois. Il y en a aussi 
trois sur l'anale. 

Nous avons constaté sur l'individu sec les 
restes de ces différentes teintes, et nous y avons 
reconnu, ainsi que Pallas le dit lni-même, que 
les couleurs de cette espèce diffèrent encore 
plus que les formes de celles de nos mers. 

Ce poisson est très-vivace; on a dit à Pallas 
qu'il subsiste hors de l'eau pendant deux jours, 
et même qu'après qu'on lui a enlevé ses en- 
trailles et qu'on l'a suspendu à la fumée pour 
le sécher, il s'agite encore pendant quelques 
heures. 

Son goût ressemble à celui des gades, et 
l'on fait avec les têtes d'excellent bouillon , 
comparable à celui du poulet. 

Les noms de l'espèce sont, chez les Ramt- 
schadaies,yVzt>À; chez les Koriakes, ilaal; chez 
les Kouriles, susiatki et keischag. Les Piusses 
du Ramtschatka le nomment ramscha, et les 
Lamutes , takfchi. 

Nous devons faire remarquer ici que Pallas, 
à la suite de sa description de ce cotte 1 , ajoute 

1. Zoogr. rossic, t. III, p. i3a, B. 



CHAP. V. CHABOTS. 175 

comme variété l'indication d'un autre poisson, 
qui est assez différent , ne fût-ce que par les 
nombres de ses rayons (D. 8/20; A. 15), et 
qui, d'après les rangées d'écaillés âpres qu'on 
lui attribue, nous paraît appartenir bien plu- 
tôt à notre sous-genre des hémilépidotes, ce 
qui est d'autant plus singulier, que le même 
auteur décrit ensuite l'hémilépidote fort exac- 
tement sous le nom de cottus trachurus : c'est 
probablement le résultat d'une confusion de 
notes, telle qu'il ne s'en fait que trop souvent 
dans les ouvrages qui ne paraissent qu'après la 
mort de leurs auteurs. 

M. Tilesius, dans un mémoire sur les pois- 
sons de Kamtschatka, imprimé parmi ceux de 
l'Académie de Pétersbourg 1 , a inséré, sous le 
titre de myoxocephalus Stelleri et sans autre 
explication, une description très - détaillée , 
laissée par Steller, qui porte bien sur un cha- 
boisseau, et sur un chaboisseau à dos sou- 
vent tuberculeux; mais, malgré sa longueur, 
cette description ne s'étendant presque que 
sur des caractères génériques ou sur les cou- 
leurs , il est difficile d'en reconnaître l'espèce. 
Les dimensions ne s'y trouvent même pas; les 
nombres seuls des rayons (D. 8 — 16; A. 15) 

1. T.IV(i8n),p. a 7 3. 



176 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

semblent indiquer ce jaok. Steller croyait son 
poisson identique avec le chaboisseau d'Eu- 
rope. Les Russes, selon lui, le nomment buik, 
ou taureau, ce qui est aussi le nom de notre 
chaboisseau ordinaire , et les Ramtschadales , 
jagho, nom qui revient probablement à celui 
de jaok. 

Steller avait observe des tubercules sur des 
femelles et les croyait un attribut de ce sexe; 
mais cela n'est probablement pas plus exact 
du jaok que du chaboisseau commun. 

Le Cotte a tète très-épineuse. 
(Cottus polfacanthocephalus, Pallas.) 

Nous avons aussi examine par nous-mêmes 
le poisson qui a été décrit par Pallas sous la 
dénomination un peu longue de polyacantho- 
cephalus 1 , et c'est le propre exemplaire de 
Pallas que nous avons eu sous les yeux , tou- 
jours parla complaisance de M. Lichtenstein. 
Il venait du cap Saint-Élie, sur la côte ouest 
de l'Amérique , par les 6o° de latitude nord , 
et avait été pris par le capitaine Billings. C'est 
une espèce particulière, qui se rapproche un 
peu des caractères assignés au quadricornis , 
mais qui a les opercules mieux armés. 

1. Zoogr, ross., p. i33, n.« io4j pi. 23. 



CHAP. V. CHABOTS* \ 77 

Sur le crâne , au lieu d'un tubercule derrière l'or- 
bite et d'un autre à la crête occipitale, il n'a que 
des groupes de petites granulations pointues, nom- 
breuses, irrégulièrement disposées en rayons: celui 
de derrière l'orbite est plus considérable. Un groupe 
semblable et moins régulier encore occupe le haut 
de la tempe. L'épine de l'opercule est à peu près 
comme dans le chaboisseau commun ; la première 
de celles du préopercule est plus grande, et atteint 
presque aussi loin que celle de l'opercule. Pour tout 
le reste, les proportions de ce poisson sont à peu 
près les mêmes que celles de notre chaboisseau or- 
dinaire. 

D. 10 — 1/14; A. 12; C. 15, et quelques petits ; P. 17; V. 4. 

Tout le dessus du corps est brun verdâtre, avec 
de petits points pales, serrés ; sur les flancs les 
points s'élargissent ; en dessous tout paraît blanchâ- 
tre. La tête est mêlée de brun et de pâle, comme par 
nuages. Les nageoires ont des taches nuageuses bru- 
nâtres sur un fond blanchâtre, formant des espèces 
de bandes peu régulières. 

La longueur de l'individu est de quatorze pouces. 
On n'y voit pas d'écaillés épineuses. 

Le Cotte a tète plate. 

(Cottus platycephalus , Pall.) 

Pallas décrit 1 , sous le nom de platycepha- 
lus, un cotte dont nous ne pouvons donner 

1. Zoogr. ross. , p. 1 35 ^ n.° io5, 

4- 12 



178 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

d'autre idée que celle qui résulte de sa descrip- 
tion, où quelques traits pourraient même faire 
douter que ce soit un véritable cotte. 

Sa longueur passe un pied ; son ventre est plus 
gonflé que dans les autres; sa tète, grande, aplatie 
horizontalement et comme écrasée, est aussi large 
que le corps. La mâchoire supérieure est moins 
avancée que l'autre, protractile, à double courbure; 
l'inférieure est presque droite et fait seulement un 
angle très-obtus, qui répond à une concavité du mi- 
lieu de la supérieure. Les dents en cardes occupent 
une bande à chaque mâchoire, un arc au vomer et 
une ligne à chaque palatin *. Les narines sont tubu- 
leuses; les yeux médiocres, rapprochés sur le ver- 
tex. Au-dessus des mâchoires, près des narines, sont 
deux aiguillons convergens ; derrière les yeux le 
vertex est plan, bordé de chaque côté d'une carène, 
en avant de laquelle, près de l'orbite, est un tuber- 
cule osseux; et à son arrière, sur la nuque, des tu- 
bercules oblongs, terminés en arrière par un aiguil- 
lon court. Le préopercule a deux épines très-Fortes, 
qui partent en divergeant dune seule base et se re- 
, lèvent beaucoup : l'opercule a une épine cachée dans 
sa membrane; et il y en a une autre au-dessus de la 
fente branchiale , où commence la ligne latérale. 
Pallas ne compte que cinq rayons aux ouïes. La 
queue est mince et ronde; la ligne latérale droite, 
s'écartant près de la léte, se rapprochant du dos, 

1. C'est ce que Ton pourrait conclure de cette expression : Area 
nlrinque lineari; mais ce caractère l'éloignerait des cottes. 



CHAP. V. CHABOTS. \ 79 

marquée par des traits alongés et fourchus en avant. 
Entre elle et la dorsale est une série de verrues 
rondes, écartées, très-rudes à leur surface : on en 
voit de semblables, mais plus petites, au-dessous de 
la ligne, mais seulement aux côtés de la queue. Les 
pectorales sont épaisses, grandes, en forme d'ailes 
ou de croissans, et ont quinze rayons, dont les infé- 
rieurs sont très-petits. Les ventrales en ont quatre, 
dont les internes sont les plus longs. La première 
dorsale, un peu éloignée de la tête, a sept rayons 
épineux, mais faibles; la deuxième est plus longue et 
a douze rayons mous. L'anale, qui lui est opposée, 
en a onze, aussi mous. La caudale est arrondie, et a 
dix rayons fourchus. 

B. 5?D. T — 12; A. 11; C. 10; P. 15; V. 1/3. 

M. Pallas en rapporte les couleurs d'après 
les notes laissées par Steller. 

Sa tête est brune ; son dos tire un peu sur l'oli- 
vâtre et est varié de points et de petites lignes d'un 
jaune verdâtre , qui deviennent plus grandes vers les 
cotés, où le brun disparaît peu à peu. Il y a sous la 
queue des taches plus grandes. La gorge et le ventre 
sont d'un blanc jaunâtre. Les dorsales sont variées 
de brun sur un fond demi-transparent. La caudale 
est jaunâtre et a des bandes peu marquées d'un brun 
violâtre. Sur les pectorales sont des bandes alterna- 
tives d'un brun violâtre et d'un fauve un peu trans- 
parent. L'anale est variée des mêmes couleurs. 

Il ajoute quelques détails anatomiques, tirés 
également des notes de Steller. 



1 80 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Le foie n'a qu'un lobe large et long, mais très- 
mince, de couleur orangée, où se trouvèrent plu- 
sieurs tœnia. La vésicule du fiel était longue d'un 
pouce, sur deux lignes et demie de diamètre. On 
voit huit conduits cystiques, dont cinq vont direc- 
tement à la vésicule, et trois s'unissent au canal cho- 
lédoque, à l'endroit où il pénètre dans la grande 
appendice du pylore. L'estomac, ample et fort, en 
forme de sac, long de trois pouces et large de deux, 
reçoit l'œsophage à gauche, et donne le pylore a 
droite. Six appendices entourent le pylore, et il y en 
a trois plus grandes que les trois autres. Les intestins 
sont disposés en spirale. La rate adhère à l'estomac 
en arrière, et a la forme d'un noyau de datte. Deux 
ovaires, longs chacun de deux pouces, vésiculeux inté- 
rieurement, s'unissent vers l'anale en un seul canal, etc. 

Un autre individu , long de neuf pouces , 
que Pallas regarde comme un jeune de la 
même espèce, 

était tout brun, presque noirâtre, avec de grandes 
taches jaunâtres sous le ventre; les pectorales plus 
fauves, avec des bandes noires; la caudale jaunâtre, 
avec deux bandes noires; les ventrales noires, tache- 
tées de jaunâtre, ainsi que les dorsales. Les verrues 
rudes commencent dès la nuque : il y a cinq rayons 
à la première dorsale, quatorze à la seconde, et douze 
à l'anale. D. 5-14; A. 12. 

Si ces nombres sont exacts, il est bien im- 
possible d'approuver le jugement de l'auteur 
sur son espèce. 



CHAP. V. CHABOTS. \ 81 

Le GRAND ChABOISSEAU A DIX-HUIT ÉPINES 

de l'Amérique du nord. 
{Cottus octodecimspinosus, Mitch. 1 ) 

Willughby a , le premier , représenté ce 
poisson, et Tort exactement, d'après un indi- 
vidu de la côte de Virginie, que lui avait pro- 
curé le célèbre Lister. Bloch et ceux qui l'ont 
suivi le regardent comme le même que le 
chaboisseau d'Europe et ont mêlé l'histoire 
des deux espèces; mais c'est une erreur, dont 
nous avons été promptement détrompés, en 
examinant les individus d'Amérique que M, 
Milbert nous a procurés. 

Ils surpassent d'un tiers nos plus grands échan- 
tillons du chaboisseau commun. Les crêtes de leur 
crâne , placées à la même distance que dans l'espèce 
commune , et encore moins saillantes par elles- 
mêmes, ont au contraire des tubercules plus aigus 
et en forme d'épines crochues et comprimées. La 
grande épine du préopercule est aussi longue à 
proportion que dans notre bubalis; sa pointe atteint 
celle de l'opercule et même quelquefois celle de 
l'épaule , ce qu'elle est loin de faire dans l'espèce 
commune. Cependant il n'y a pas la petite épine au 
milieu du bord inférieur qui caractérise le bubalis. 



1. Transactions de New -York , t. IV, p. 38o; Cottus scorpius , 
Schœpf, Écrits de la Société des naturalistes de Berlin, t. VIII, 
p. i45; Scorpius virginianus , Willughby, tab. X, i5, 



\ 82 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Les épines de la première dorsale ne sont pas flexi- 
bles, mais fortes et poignantes, et la nageoire qu'elles 
forment est plus élevée à proportion dans sa partie 
antérieure. 

Les nombres des rayons ne sont pas tout- à -fait 
les mêmes, surtout pour l'anale. 

B. 6 ; D. 8 ou 9 — 1/15 ; A. 14 ; C. 12 ; P. 18 ; V. 1/3. 
De grandes marbrures brunes ou noirâtres sont 
répandues sur le dos de ce poisson, comme dans 
nos espèces d'Europe. Sa première dorsale est pres- 
que noire, avec quelques taches nuageuses blanchâ- 
tres. Les autres nageoires sont blanches, avec des 
suites de taches ou même de bandes assez larges, 
noirâtres. Sur la seconde dorsale il y en a trois 
grandes obliques et une petite à la base antérieure, 
toutes interrompues par des taches blanches. Celles 
de l'anale sont plus mêlées. La caudale en a trois, et 
sur les pectorales il y en a jusqu'à six. Les ventrales 
n'ont qu'un peu de noirâtre entre leurs rayons. 

Mais ces teintes varient singulièrement selon l'âge, 
le sexe ou les saisons. M. de la Pilaye, qui a vu beau- 
coup de ces poissons à Terre-Neuve , dit qu'il y en 
a de marbrés de noir, de blanc et d'orangé; d'au- 
tres où c'est le jaune citron qui domine; d'autres 
qui paraissent en entier d'un gris de fer plus ou 
moins foncé : et nous croyons en effet apercevoir 
des restes de ces nuances sur les individus que nous 
possédons. 

Certains de ces poissons ont sur le dos et sur les 
flancs de petits tubercules ronds et charnus comme 
de petites verrues, que d'autres n'ont pas, ce qui me 



CHAP. V. CHABOTS. \ 85 

confirme dans l'idée que ces verrues sont une pro- 
duction temporaire ou peut-être accidentelle. 

Il y a de ces poissons qui atteignent quinze à 
dix-huit pouces. 

Les viscères du chaboisseau d'Amérique diffèrent 
beaucoup aussi de ceux des chaboisseaux de nos 
mers. 

Le foie en est grand , peu épais , d'une couleur 
grise assez foncée , et tout-à-fait situé dans le côté 
gauche. Une petite pointe s'étend sous l'œsophage. 
La vésicule du fiel est un peu alongée, mais extrê- 
mement étroite. Le canal cholédoque et les vais- 
seaux hépato-cystiques sont gros, assez longs, et dé- 
bouchent dans le duodénum tout auprès du pylore. 

L'estomac est un grand sac dilaté et arrondi en 
arrière. Ses parois sont peu épaisses, et il n'y a de 
plis qu'auprès de l'ouverture du pylore. Cette ouver- 
ture est en dessous et un peu à droite de l'estomac. 
Le pylore est muni de six appendices cœcales telle- 
ment courtes, quelles ont l'air de franges j les deux 
du milieu sont d'une telle brièveté qu'à peine on 
les distingue. L'intestin fait cinq replis avant de se 
rendre à l'anus : le diamètre du duodénum est très- 
grand; l'intestin se rend ensuite jusqu'au rectum, qui 
est très-dilaté, et qui reçoit l'intestin un peu de côté. 

La rate est ovale, assez grosse, très-noire, cachée 
sur les replis de l'intestin. 

Les laitances sont médiocres , noires , comme celles 
de notre chaboisseau ordinaire. 

Il n'y a pas de vessie natatoire. Celle qui reçoit 
l'urine, est profondément divisée en deux grosses 



1 84 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

cornes. Les reins sont rougeàtres , semblables à ceux 
du chaboisseau ordinaire. 

On compie trente-six vertèbres au squelette, dont 
treize abdominales et vingt-trois caudales. 

M. Mitchill a décrit cette espèce sous le 
nom de cottus octodecimspinosus , et elle a 
en effet neuf épiues de chaque coté de la tète : 
une à la narine, une sur l'orbite, une sur la 
nuque, trois au préopercule, une à l'opercule 
et deux à l'épaule. L'auteur oublie même dans 
ce compte celle du sous-opercule. Ce nombre 
est au reste exactement le même dans notre 
cottus scorpius. 

Selon M. Mitchill, on nomme ce cotte à 
New-York pig-fish (poisson-cochon), à cause 
du bruit qu'il fait quand on le tire de l'eau. 
Un autre de ses noms est sculpin. Schœpf , 
qui avait parlé de ce poisson, le croyant iden- 
tique avec notre scorpius > dit aussi qu'il se 
nomme scolping et sea-toad (crapaud de mer). 
Sculpin et scolping sont probablement des 
corruptions de scorpion. 



CHAP. V. CHABOTS. 



185 



Le Chaboisseau du Groenland. 

{Cottus groenlandicus 3 nob. ') 

D'après les nombres des rayons ( B. 6 ; D. 1 
— 17; A. 14; C. 17; P. 17; Y. 5) et d'après 
les grandes épines de son préopercule, on 
pourrait croire que le cotte du Groenland crue 
Fab ricins a nommé cottus scorpius , est ce 
grand cotte des Etats-Unis; mais cet auteur ne 
compte que seize épines à sa tête et à son 
épaule, et ne lui donne sur le crâne que des 
tubercules obtus et scabres. Toujours ne peut- 
il être dans aucun cas, comme on l'a dit sur la 
foi de ce naturaliste, le chaboisseau commun. 

Le dos, d'après Fabricius, est d'un brun verdâire 
nuageux, quelquefois rougeâtre, rarement rouge ; 
le ventre, dans le mâle, jaune, tacheté de blanc, et 
dans la femelle, tout blanc. Pour le reste, les des- 
criptions faites par Àrtedi pour le cottus quadricor- 
nis , et par Tonning pour le bubalis, conviennent, 
dit l'auteur, à celui du Groenland. 

Ce poisson est le plus abondant de tous 
dans les baies et les golfes de la côte du 
Groenland. Il se tient de préférence sur les 
fonds pierreux chargés de grandes algues, se 
rapproche du rivage en été et s'en éloigne en 

J. Cottus scorpius, Fabricius, Faun. groenï. , p. i56, n.° no. 



486 LIVRE IV. JOUES CUÏR ÀSSÉES. 

hiver. C'est un animal très-vorace, qui fait sa 
proie de tout, poursuivant sans relâche les 
petits poissons, même ceux de son espèce, et 
ne négligeant ni les crustacés ni les vers. Très- 
vif, très -imprudent, il ne s'élève cependant 
guère vers la surface, si ce n'est quand il pour- 
suit d'autres poissons. Il pond en Décembre 
et en Janvier, et dépose de nombreux œufs 
rouges sur les fucus. Les Groènlandais en font 
leur nourriture journalière et l'aiment beau- 
coup. Ils le mangent cuit ou séché, rarement 
cru ; mais c'est ainsi qu'ils mangent ses œufs. 
Il leur sert aussi d'appât pour prendre les goé- 
lands et les lagopèdes. Pour le prendre lui- 
même, il suffit du moindre objet attaché à 
l'hameçon. 

Ces détails, tirés de Fabricius , ont servi 
en grande partie à composer l'histoire du cha- 
boisseau d'Europe , telle qu'on la lit dans Bloch 
et dans ses copistes; mais l'identité des deux 
espèces se trouvant aujourd'hui plus que dou- 
teuse , il convient de la rendre à celle à la- 
quelle elle appartient. 

Les Groènlandais nomment ce poisson ka- 
niok, kanU'inak. Le mâle porte en particu- 
lier le nom de kivake ou de milektursok, et 
la femelle celui de nariksoh 



CHAP. V. CHABOTS. \ 87 

Le petit Chaboisseau du Groenland. 
(Cottus scorpioides, Fabr. 1 ) 

Nous trouvons encore dans Fabricius et 
dans Mitchill l'indication de deux cottes du 
nord de l'Amérique , qui doivent se rappro- 
cher beaucoup de nos chaboisseaux d'Europe, 
et qu'il est nécessaire de leur comparer avant 
de les compter comme des espèces certaines. 
Celui de Fabricius, qu'il nomme scorpioides, 
est regardé par lui-même comme synonyme du 
cottus quadricornis , mais avec doute, parce 
qu'il lui trouvait sur la tète seulement quatre 
verrues et non des tubercules. 

Les épines de sa tête sont beaucoup plus courtes 
qu'au cottus groenlandîcus ; il lui manque celles du 
devant des yeux et celles de l'épaule : sa bouche est 
moins grande ; ses yeux très-rapprochés et presque 
verticaux ; ses pectorales très-larges et très-longues. 
Le dessus du corps est brun et nuageux ; le ventre 
jaune. Une ligne blanche va des ventrales à l'anus. 
Le devant des ventrales et le bas des flancs sont ta- 
chetés de blanc. Le dessous de la tête, les dorsales, 
la caudale, ont des taches blanches et brunes; les 
pectorales et les ventrales sont d'un blanc jaunâtre. 
La femelle est plus brune et plus unie que le mâle. 
D. 10—15; A. 12; C. 15; P. 15 ; V. 3. 

1. Coilus scorpioides, Fabricius, Faun. groenl. , p. 1 5y^ n.° u/ ( . 



A 88 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Si ces détails et ces nombres sont exacts, il 
est difficile que ce soit notre cottus quadri- 
cornis. 

L'espèce grandit moins que le cottus groen- 
landiciis; elle est plus rare, se tient sur les 
fonds limoneux , près de l'embouchure des 
fleuves, et dans les lieux où l'eau est moins 
salëe. 

Les Groènlandais la nomment pokudlek , 
zgarsok et akullikitsok. Ce dernier nom lui 
est commun avec quelques autres poissons , 
notamment avec le blennius punctatus. 

M. Mitchill croit le sien {cottus Mitchilli 1 ) 
identique avec notre cottus scorpius; mais le 
peu qu'il en dit n'est pas suffisant pour le ca- 
ractériser. 

L'échantillon n'a que six pouces et est varié en 

dessus de brun et de blanc , et blanc en dessous. 

Ses épines sont moins saillantes qu'à Xoctodecim- 

spinosus. Ses nageoires ont des lignes de points ou 

de taches. 

L'auteur ne donne pas même les nombres 
des rayons. 

Peut-être n'est-ce qu'un jeune de la grande 
espèce à dix-huit épines. 

1. Transactions de New-York, t. IV, p- 58r. 



CHAP. V. CHABOTS. \ 89 

Le Chaboisseau bronzé. 
(Cottus œneus, Mitch. 1 -) 

M. Mitchill en décrit un qui paraît un peu 
plus distinct , et qu'il nomme cotte bronzé. 
Nous le plaçons ici, mais en faisant remarquer 
que nous ne l'avons pas vu. 

Ses épines du dessus de la tête sont moins dis- 
tinctes qu'à Yoctodecimspinosus ; mais le nombre 
total en est le même. Sa couleur est en dessus d'un 
brun pâle avec des taches rousses, au-dessous de 
la ligne latérale d'un jaunâtre bronzé ; le ventre est 
blanchâtre. La ligne latérale se sent au doigt, et au- 
dessous d'elle il y a des tubercules rudes. Les dor- 
sales sont d'un brun clair avec des taches foncées , 
et les ventrales blanches avec les mêmes taches. 

B. 6; D. 10 — 14; A. 10; C. 15; P. 15; V. 4. 

Le Chaboisseau a bois de cerf. 
(Cottus diccraus, Pall. 2 ) 

C'est la mer du Kamtschatka qui nourrit 
l'espèce de cotte la plus singulière et la mieux 
caractérisée par ses longues épines dentées , 
qui l'ont fait comparer à un cerf. 

1. Brazen bullhead, Mitch., Mém. de New-York, t. IV, p. 38o. 

2. Nov. act. petrop. , 1785, p. 354, pi. 10, fig. 7; Synanceia 
cerms, Tilesius, Mémoires de l'Académie de Pétersbourg, t. III, 
p. 278, pi. )3. 



1 90 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

On la prend surtout aux ports de Saint- 
Pierre et Saint-Paul, et elle avait été décrite, 
il y a long-temps , par le laborieux Steller , 
dont les papiers sont demeurés ensevelis dans 
les archives de l'Académie dePétersbourg. Elle 
était même inscrite sous le nom de Steller dans 
un catalogue manuscrit du Cabinet de Péters- 
bourg, dont Schneider a inséré quelques ex- 
traits dans le Système de Bloch \ Pallas en a 
publié, en 1783, la description, avec une 
figure médiocre, dans les Nova acta de cette 
année (p. 354)? sous ^ e nom ^ e c° ttus c ^ ce ' 
rauSy et M.Tilesius en a donné une autre, avec 
des figures détaillées et fort exactes, dans le 
tome III des Mémoires, qui est de 181 1 (p. 27 8). 
M. Tilesius fait de ce poisson une synancée 
et le nomme synanceia cervus , s'imaginant 
qu'il suffit d'avoir la tête difforme pour ap- 
partenir à ce genre; mais c'est un véritable 
cottus, dont la ressemblance est même tout- 
à-fait frappante avec le cottus bubalis, car on 
n'aurait qu'à se représenter celui-ci avec des 
épines préoperculaires encore plus longues et 
dentelées, pour se faire une idée assez juste 
du cottus diceraus. 



1. Cottus Stelleri, mira specie siîuri et loricariœ. Schn., Syst., 
p. 63. 



CHAP. V. CHABOTS. \ 91 

Nous en jugeons d'autant plus sûrement , 
que M. Tilesius a eu la complaisance de nous 
envoyer un échantillon de ce poisson rare et 
singulier, que nous avons déposé au Cabinet 
du Roi. 

Ses proportions sont les mêmes que dans le cot- 
tus bubalis. Les bords supérieurs de ses orbites, plus 
relevés, en rendent l'intervalle encore plus concave: 
après s'être abaissés en arrière, ils se continuent 
chacun en une arête qui se termine sur la nuque 
par une crête relevée , tranchante et pointue en ar- 
rière. Les deux petites épines nasales sont fort poin- 
tues. Le sous-orbitaire est âpre , et produit de son 
bord inférieur et antérieur deux petites pointes den- 
telées, qui croisent sur le maxillaire. La grande 
épine du préopercule égale les deux tiers de la lon- 
gueur de la tête; elle est âpre, forte, pointue, et 
son bord interne est armé de huit aiguillons recour- 
bés vers sa base. Le bord inférieur du préopercule, 
qui dans cette espèce se trouve presque vertical, a 
trois épines, comme dans le bubalis , mais bien plus 
fortes; une à la base externe de la grande; une au mi- 
lieu et une tout à son extrémité opposée à la grande 
épine. Cette dernière est dirigée en bas. L'arête de 
l'opercule est renflée et âpre; mais se termine par 
une pointe courte et mousse. Le sous-opercule au 
contraire a vers le bas deux pointes plus saillantes 
que dans le bubalis. L'os de l'épaule a aussi une 
arête ou tubercule fort âpre ; mais celui du clavi- 
culaire est petit : ni l'un ni l'autre n'a d'épine pro- 



192 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

prement dite. La ligne latérale se marque par une 
suite de tubercules écailleux, saillans et âpres, qui 
rendent le corps anguleux dans cette direction ; mais 
le reste de la peau est lisse. Les nageoires sont dis- 
posées comme dans les autres cottes, et les deux dor- 
sales bien séparées. 

B. 6; D. 7 — 14 ou 15; A. 10; C. 12; P. 17; V. 1/3. 

Le corps et les nageoires sont dans l'état sec d'un 
brun verdàtre, semé de points serrés, inégaux et en 
partie nuageux, de couleur noirâtre. 

MM. Steller et Tilesius , qui ont vu le poisson 
frais, le décrivent comme agréablement marbré et 
ponctué de verdàtre et de rougeâlre sur un fond 
jaune; le dos olivâtre, avec des taches d'un blanc 
jaunâtre, et le dessous blanc. Les nageoires ont tan- 
tôt des suites de points, tantôt des lignes continues. 

Sa longueur ordinaire est de cinq ou six pouces. 

Les Russes du Ramtschatka le nomment 
buitscliok (petit taureau), comme on nomme 
en Russie le chabot de rivière : ils l'appellent 
aussi rogatka. 

Les Kouriles l'appellent kcheiljucha, ce qui 
signifie grimace, face difforme. Les hommes 
ne le mangent point; mais on le donne aux 
chiens, et on en fait des amas pour leur nour- 
riture d'hiver. 



CHÀP. V. CHABOTS. \ 93 

Le Chaboisseau a bois de chevreuil. 
{Cottus pistilliger, Pall. 1 ) 

Le cottus pistilliger de Pallas participe un 
peu des caractères du cliceraus. Nous devons 
aussi à M. Lichtenstein l'avantage d'avoir pu 
le décrire d'après nature. 

La grande épine de l'angle de son préopercule 
ne dépasse pas l'opercule, et n'a que deux aiguil- 
lons au bord supérieur, l'un au milieu, l'autre près 
de la pointe. Il ne s'en voit aucun à son bord infé- 
rieur ; mais celui du préopercule a trois fortes pointes 
dirigées obliquement en avant. Ses yeux sont très- 
rapprochés, et leur intervalle concave; le museau 
est un peu plus aigu que dans la plupart des autres. 
On voit deux petites pointes mousses derrière l'or- 
bite et deux vers l'arrière du crâne. Les épines au- 
devant des narines sont aiguës. La ligne latérale est 
marquée par une rangée de tubercules âpres, dont 
le crâne est aussi très-garni; et il a sur le flanc, au- 
dessous de cette ligne, de petits filets terminés par 
une tête plus grosse, et semblables à de petits cham- 
pignons. 

D. 9 — 13 5 A. 16; C. 13; P. 18; V. 1/3. 

Le dessus du corps est brun, avec des points peu 
marqués d'un brun plus foncé; le dessous est jau- 
nâtre. Sur les nageoires dorsales sont des bandes 
obliques et irrégulières , brunes ; trois sur l'anté- 

1. Zoogr. ross., t. III. p. i43, pi. 20 ; fig. 5 et 4. 

4- i3 



\ 94 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

rieure, quatre sur la postérieure : les pectorales et 
la caudale ont chacune trois rangées transversales 
de points bruns. L'anale est toute blanchâtre. 
Notre individu est long de cinq pouces. 

Il vient du port d'Avatcha. L'espèce s'est 
trouvée aussi à File d'Unalashka , et c'est de 
ces deux endroits que l'on en avait envoyé 
des échantillons à Pallas. 

Steller ne l'y avait point observée, et elle 
n'y a pas été vue non plus par M. Tilesius. 

Le Chaboisseau a longues ventrales. 
{Cottus ventralis, nob.- Cottus cephaloides, Gray.) 

M. Collée a rapporté au Muséum britanni- 
que plusieurs poissons de la mer du Kamt- 
schatka, que les conservateurs de ce célèbre 
établissement ont bien voulu permettre à 
M. Valenciennes de dessiner et de décrire 
pour notre ouvrage. Il se trouve dans le 
nombre deux espèces de chaboisseaux voi- 
sines des précédentes. Celle du présent article 
est surtout très-semblable au cottus pistilliger, 
et a de même 

l'épine de son préopercule armée en dessus de deux 
pointes ou andouillers crochus, l'une près de la base, 
et l'autre, plus longue, au milieu. Cette épine n'at- 
teint pas le bord de l'opercule. Sous celui du préo- 



CHAP. V. CHABOTS. 1 95 

percule sont trois pointes, dont les deux premières 
dirigées en avant, la troisième en arrière. Il y a une 
petite épine en avant de l'œil, une pointe mousse, 
ou plutôt une tubérosité, de chaque côté de l'occi- 
put. L'opercule a deux arêtes. La première dorsale, 
plus haute que la deuxième, et d'un quart seulement 
moins longue, n'a que des rayons faibles ; les ven- 
trales sont fort alongées, et atteignent au premier 
tiers de l'anale. 

D. 9— 13; A. 17; C. 9; P. 18; V. l?/3. 

La peau est nue et lisse ; la ligne latérale est for- 
mée comme d'une suite de petits tubes lisses. 

Le dos est brun, ponctué de noirâtre; le ventre 
blanc : quelques taches nuageuses marquent la jonc- 
tion de ces deux couleurs. Les nageoires tirent sur 
l'orangé, et ont des points noirâtres sur leurs rayons. 

L'individu décrit n'a que trois pouces et demi. 

Le Chaboisseau porte-massue 
(Cottus claviger, nob.; Cottus elegans 3 Gray) 

est une seconde espèce provenant de la même 
mer et par le même voyageur. Sa physionomie 
est très-distincte. 

Elle a deux épines en avant de chaque orbite, 
l'arcade surcilière très-haute , et séparée de celle de 
l'autre côté par un sillon profond. Tout le dessus 
de sa tête est chagriné. Son sous-orbitaire s'élargit 
en avant, et donne deux pointes, qui descendent sur 
le maxillaire : la partie de cet os articulée au préo- 



\ 96 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

percule est large et fort épineuse. Le préopercule 
donne de son angle une forte épine, dirigée en ar- 
rière, qui dépasse même la base de la pectorale, et a 
sa surface très-àpre, avec deux petites pointes plus 
fortes. Le bord montant de l'os est ridé et un peu 
dentelé en scie : il y a trois fortes épines à son bord 
inférieur; l'antérieure dirigée en avant, la postérieure 
en arrière, la mitoyenne presque droite. L'opercule 
est large , presque caché , et a le long de l'épine 
préoperculaire une carène relevée et épineuse : son 
bord inférieur a deux épines sous celles du préoper- 
cule. De l'arrière de l'occiput s'élèvent deux grosses 
pointes chagrinées, mousses, arrondies en massues, 
un peu courbées et comprimées. Les écailles de la 
ligne latérale sont relevées chacune d'un tubercule 
comprimé, à bord dentelé en scie. Les rayons des 
deux dorsales sont très-grêles; les ventrales sont 
petites et pointues. 

D. 6 — 13; A. 10? C. 11? P. 16; V. l?/3. 

Il y a trois lambeaux cutanés blanchâtres au-des- 
sus de l'anale. La couleur est un brun foncé, disposé 
par bandes verticales, au nombre de trois ou quatre, 
sur un fond marbré de blanchâtre. Le ventre est 
blanc. 

L'individu n'a que deux pouces et demi. 



Il n'est pas possible de tenir compte dans 
un ouvrage tel que le nôtre du poisson inti- 
tulé dans la Zoographie russe cottus villosus, 



CHAP. V. CHABOTS. \ 97 

et dont on ne rapporte qu'une notice incom- 
plète laissée par Steller, où il en est parlé en 
ces termes : 

Il a la taille, la forme et les dimensions du cottus 
qaadricornis , et même ses intestins ; mais il ré- 
pand une odeur désagréable de fumier : ses diffé- 
rences consistent dans une peau molle , lâche , de 
couleur de sable, couverte de villosités, comme la 
langue d'un veau. Sur la ligne latérale les villosités 
sont plus fortes et longues d'une ligne sur deux 
tiers de ligne de diamètre. Huit appendices cutanées, 
molles, longues de trois lignes, divisées en deux 
ou trois lanières, adhèrent par intervalles égaux à 
sa mâchoire inférieure. Son ventre est blanchâtre, 
et son dos varié et maillé de brun. 

Il avait été trouvé près du cap Kronok et 
de l'embouchure de l'Itscha. 

Parlas se demande si ce n'est point le cottus 
grunniens ou notre batrachus grunniens ; et 
en effet c'est peut-être là ce que l'on peut en 
dire de plus vraisemblable. Mais alors comment 
ressemble-t-il tant au cottus quadricornis? et 
comment un poisson des Indes remonte-t-il 
jusqu'au Ramtschatka ? M. Tilesius prétend 
l'avoir trouvé une fois , mais n'avoir pu en 
faire qu'un dessin trop imparfait pour mériter 
d'être publié. Il faut donc attendre, pour le 
classer, que de nouveaux observateurs l'aient 
fait connaître plus exactement. 



198 LIVRE IV. .tOUES CUIRASSÉES, 

CHAPITRE VI. 

Des Aspidophorcs , Phalangistes ou 
Agonus , autrement des Cottes à 
corps anguleux et cuirassé. 

Plusieurs naturalistes ont eu presque en 
même temps l'idée de séparer du grand genre 
des cottes quelques espèces qui, avec la plu- 
part des caractères des cottes, notamment 
leurs rayons simples, leur tète déprimée, les 
six rayons de leurs ouïes , ont encore une 
cuirasse formée par plusieurs suites de grandes 
pièces osseuses, qui s'étendent depuis leur 
nuque jusqu'au bout, de leur queue, et font 
ainsi de leur corps une pyramide alongée à 
plusieurs pans, en sorte qu'à cet égard ils sont 
aux cottes ce que les malannats ou péristédions 
sont aux trigles. 

C'est cette subdivision des cottes qui a 
été désignée en 1801, par Bloch [Syst., édit. 
de Schn. , p. 10/f), sous le nom tYagonits; 
en 1802 et i8o3, par M. de Lacépède (t. III, 
p. 221 et 226), sous ceux à'aspidophore et 
dVispidophoroïde , et qui est indiquée sous 
celui de phalangiste dans la Zoographie russe 
de Pallas, ouvrage imprimé depuis , mais non 
encore publié, Elle se justiiie d'autant mieux, 



CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 1 99 

que les espèces qui la composent manquent 
toutes des dents de l'extrémité du vomer, qui 
se voient dans tous les cottes: elles n'ont pas 
non plus de dents aux palatins. 

Nos côtes de l'Océan en possèdent une es- 
pèce dont les ichtyologistes du seizième siècle 
n'avaient pas parlé , mais qui a été assez bien 
décrite et représentée en 1624 par Schone- 
velde l , sous le nom de cataphractus. Il l'avait 
observée dans le Nordstrand , l'une de ces 
îles basses de la côte de Schleswig, et il assure 
que l'on en prend souvent aux embouchures 
de l'Elbe et de l'Eider. Depuis Schonevelde, 
Johnson en a vu sur les côtes d'Angleterre 2 , où 
il est même commun selon Pennant 3 ; Linnœus 
l'a observé dans le Categat 4 , Olafsen en Is- 
lande 5 , Othon Fabricius jusque clans le Groen- 
land 6 . 11 y en a quelques-uns dans la Bal- 
tique, selon Klein 7 et d'autres naturalistes. 8 
Nous en prenons aussi quelquefois dans la 
Manche; et Brimnich, qui en avait vu dans 
les cabinets de Marseille, le croyait même de 
la Méditerranée , ce dont nous avons cepen- 
dant quelque sujet de douter; car il ne s'est 



1. Ichtyol., p. 3i et pi. 3. — 2. Willughby, p. 212. — 3. Zool 
brit., n.°98. — 4. Faun. suec. , n.° 02^. — 5. Voyage d'Olafsen et 
Powelsen, traduction française, t. III, p.33i.— 6. Faun. groenl, 
p.i55.— 1. Miss. IV, y. 42.— 8. Georgii,.Rw.w.,t,IlI,p. 1918- 



200 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

jamais trouve dans les nombreux envois de 
poissons que nous avons reçus de cette mer. 

On a été long-temps avant d'en connaître 
une seconde espèce. Ce fut Pallas qui la pu- 
blia en 1769 dans ses Spicilegia, d'après un 
individu que Steller avait envoyé des îles 
Kouriles au Cabinet de Pétersbourg. Il la 
nomma coitus japonicus. 

Bloch, en 1787, en donna une troisième, 
quil avait reçue de Tranquebar, son cottus 
monopterygius (pi. 178), remarquable parce 
qu'il n'a qu'une seule dorsale. 

Une quatrième, Yagonus decagonus, parut 
dans son Sjstema (pi. 27). Il l'avait aussi 
reçue des Indes orientales. 

Cependant l'infatigable Steller en avait dé- 
crit plusieurs autres dans cette mer du Kamt- 
schatka et du Japon, qui paraît si féconde 
en poissons de formes singulières; mais les 
observations de cet homme courageux et ha- 
bile étaient demeurées enfouies dans les ar- 
chives de l'Académie de Pétersbourg, et elles 
y seraient peut-être encore, quoique Pallas en 
ait profité pour sa Zoographie, si M. Tilesius, 
parcourant cette mer avec l'amiral Krusen- 
stern, n'y avait retrouvé les mêmes espèces, et 
et n'avait fait entrer des extraits des manus- 
crits de Steller et de l'ouvrage de Pallas dans 



CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 201 

l'histoire qu'il a publiée de tout ce genre en 
181 1 1 . Ce savant voyageur a bien voulu nous 
adresser pour le Cabinet du Roi une des es- 
pèces qu'il a recueillies, et nous en avons reçu 
deux autres de la complaisance de M. Lich- 
tenstein. Ce sont, avec celle de nos côtes et 
une du Muséum britannique, les seules qu'il 
nous ait été possible d'observer en nature; en 
sorte que pour le reste du genre nous serons 
obligés de recourir aux observations des trois 
naturalistes que nous venons de citer, et à 
celles de Bloch. 

Z/Aspidophore d'Europe. 

(Aspidophorus europœus, nob.; Cottus cataphrac* 
tus, Linn., et BL, pi. 39, fig. 3 et 4; Aspidophore 
armé, Lacép.) 

L'aspidophore ou agonus d'Europe a le corps 
octogone , mince de l'arrière , large et un peu dé- 
primé de l'avant. Sa hauteur, à la nuque, est six 
fois et demie dans sa longueur , et sa largeur, au 
même endroit, d'un opercule à l'autre, est double 
de sa hauteur. La longueur de sa tête est d'un quart 
moindre que sa largeur. Ses yeux sont plus près du 
bout du museau que de l'ouïe : ils regardent obli- 
quement de côté; leur diamètre est d'un cinquième 
de la longueur de la tête, et ils sont écartés l'un de 

1. Dans le tome IV des Mém. de l'Acad. des sciences de P^tersb. 



202 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

l'autre d'un de leurs diamètres et demi; leur inter- 
valle est un peu concave : le profil en avant d'eux 
fait aussi une courbe concave, au bout de laquelle 
le museau se relève et porte quatre petites épines ; 
deux antérieures obliquement dirigées en avant, et 
deux postérieures dirigées de même en arrière. Le 
sous-orbitaire couvre entièrement la joue: il a d'a- 
bord trois tubercules mousses à son bord inférieur 
antérieur, et ensuite vis-à-vis de l'œil une petite 
crête terminée par une épine couchée vers l'arrière. 
Le préopercule continue cette crête, qui se termine 
à son angle par une autre épine semblable : c'est 
entre ces deux épines préoperculaires que la tête 
est la plus large. Le crâne a ses quatre crêtes ordi- 
naires, mais larges, mousses et peu saillantes : les 
internes parlent des sourcils , les externes de l'ar- 
rière de l'œil; celles de chaque côté se rapprochent 
en arrière : les externes finissent par une pointe qui 
appartient au surscapulaire. L'orifice antérieur de 
la narine est tubuleux et placé au côté de la se- 
conde épine du museau ; l'autre est plus petit et 
tout près de l'œil. La bouche s'ouvre sous le museau 
en arc transversal à peine fendu jusque sous le de- 
vant de l'œil : elle est un peu protractile ; ses lèvres 
sont un peu charnues, et elle a des dents en velours 
très-ras, sur une bande de largeur médiocre, à cha- 
que mâchoire; mais on n'en voit aucunes au palais 
ni sur la langue, qui est large, plate, et a peu de li- 
berté. L'opercule est petit , renforcé d'une légère 
arête et terminé en pointe peu prononcée. L'ouver- 
ture des ouïes est grande à cause de la largeur de la 



CHAP. VI. ASP1D0PH0RES. 205 

tète , et, quoique la membrane ne soit pour ainsi dire 
nullement échancrée, mais aille transversalement 
d'une ouïe à l'autre, se fixant presque jusqu'au bord 
à l'isthme. Ses rayons sont au nombre de six de 
chaque côté; toute sa surface est garnie de petits 
tentacules charnus en forme desoies, et il y en a 
aussi de semblables à l'angle des mâchoires et le 
long de l'interopercule : le bout du museau en porte 
deux, et il y en a un petit en avant de chaque or- 
bite. La disposition des écailles carénées qui cuiras- 
sent le corps n'est parfaitement octogone que depuis 
l'anus jusque derrière la seconde dorsale et l'anale. 
Plus en arrière, les deux séries supérieures de ca- 
rènes et les deux inférieures se réunissent en une 
seule; en sorte que la moitié postérieure de la queue 
est hexagone. Le tronc l'est aussi, parce que la se- 
conde série de chaque côté disparaît à peu près vis- 
à-vis l'anus et qu'il n'y en a plus alors que six. La 
nuque même n'a que quelques petites écailles comme 
des pavés : c'est de là que part la série supérieure. 
Les écailles qui la composent sont plus larges que 
longues; leurs carènes, d'abord arrondies, devien- 
nent ensuite plus aiguës et un peu pointues en ar- 
rière. Il y en a vingt-une de chaque côté jusque der- 
rière la seconde dorsale , où elles s'unissent en une 
seule série mitoyenne de douze écailles hexagones, 
carénées dans leur milieu. La ligne latérale est d'a- 
bord parallèle à cette première série; vis-à-vis 
l'anus, où la seconde série commence, elle s'in- 
fléchit pour régner ensuite en droite ligne jusqu'au 
bout de la queue, partageant cette partie du côté en 



204 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

deux moitiés égales. La seconde série d'écaillés, qui 
ne commence que vis-à-vis l'anus, en a vingt-six 
jusqu'à la caudale : ses carènes sont assez aiguës. La 
troisième commence derrière la pectorale : jusque 
vis-à-vis l'anus ses écailles sont plus larges que 
longues, et n'ont que des carènes mousses ; ensuite 
elles deviennent hexagones et encore assez mousses, 
et régnent sous la ligne latérale jusqu'à la caudale. 
Il y en a neuf des premières et vingt-cinq des se- 
condes. La quatrième série commence sous la pec- 
torale, et a aussi jusqu'au côté de l'anus des écailles 
plus larges que longues , à carènes mousses , au 
nombre de neuf. Aux côtés de l'anale elles devien- 
nent plus étroites : il y en a douze de telles ; puis 
ces quatrièmes séries latérales s'unissent en une 
seule, composée de neuf écailles hexagones très- 
peu carénées, qui régnent jusqu'au bout de la queue. 
Les deux séries inférieures s'écartent l'une de l'autre 
en avant de l'anus , et entre leurs six premières 
écailles il y a derrière les ventrales deux autres pe- 
tites séries , chacune de cinq écailles plates. En avant 
des ventrales il y a quatre de ces écailles plates, for- 
mant un carré, sur le côté duquel, vers la base des 
pectorales, il y en a de chaque côté quatre ou cinq 
petites. La ligne latérale se marque par une chaîne 
de petites élevures tubuleuses entre les écailles des 
deux séries voisines. Toutes ces écailles sont dures, 
osseuses, légèrement granulées, unies par une peau 
molle, qui leur laisse assez de liberté pour que le 
corps puisse se fléchir en tout sens. 

Les pectorales de cet agonus sont arrondies, du 



CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 20i) 

cinquième desa longueur totale, et ont quinze rayons 
articulés, mais non branchus. Les ventrales sortent 
précisément autant en avant que les pectorales, mais 
ne vont pas aussi loin en arrière. Elles sont poin- 
tues, et ne paraissent avoir que deux rayons, parce 
que l'épine s'attache intimement au premier rayon 
mou. La première dorsale commence après les qua- 
trièmes écailles des séries supérieures, sur le tiers 
postérieur de la pectorale: elle est arrondie, moins 
haute que la partie du corps placée sous elle, et sou- 
tenue par cinq rayons flexibles, quoique non arti- 
culés. Sa membrane finit au pied de la seconde, à 
la douzième écaille. La seconde n'est pas plus haute, 
mais prend un peu plus d'espace en longueur ; elle 
finit sur la vingtième écaille, et a sept rayons sim- 
ples, mais articulés. L'anale lui correspond absolu- 
ment; elle a aussi sept rayons et semblables. La 
portion de queue entre ces deux nageoires et la cau- 
dale n'est que trois fois et demie dans la longueur 
totale, mais sa hauteur y est près de vingt fois. La 
caudale est arrondie et a onze rayons ; sa longueur 
est le septième du total. 

B. 6; D. 5 — 7; A. 7; C. 11; P. 15; V. 1/2. 

L'aspidophore a le foie médiocre, composé d'un 
seul lobe, placé dans Thypocondre gauche. Sa forme 
est ronde, convexe en dessous et concave en dessus 
sous l'estomac. La vésicule du fiel est très-petite ; le 
canal cholédoque est très-court. L'œsophage n'est 
pas fort long; il est étroit, et il débouche dans un 
estomac assez large, déprimé, arrondi, dont les parois 
sont minces et sans plis en dedans. 



206 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Le pylore s'ouvre auprès du cardia, sans qu'il y 
ait de branche montante à l'estomac. Il y a cinq 
appendices cœcales. 

L'intestin, après s'être contourné plusieurs fois 
sur lui-même, se rend à l'anus, en conservant un 
diamètre égal dans toute sa longueur. Ses parois 
sont très-minces. Je n'ai pas vu de traces de vessie 
natatoire. Les ovaires étaient pleins d'œufs petits 
comme de la fine graine de pavot. Ces sacs, rejelés 
sur l'arrière de l'abdomen, occupent à peine le tiers 
de sa longueur. L'estomac était rempli de petits 
crustacés. 

A ce que nous avons déjà dit ci-dessus (p. 199) 
de l'histoire de cette espèce, nous ajouterons 
quelle se nomme en anglais pogge> en russe 
lisitza (renard), et dans le Nord brodamus ; 
qu'elle se tient dans les lieux sablonneux, et 
qu'on ne la mange point. Il en existe plusieurs 
bonnes figures. 1 

Des Aspidophores étrangers. 

Les recherches de Steller, de Bloch et de 
M. Tilesius ont fait connaître sept espèces de 
poissons, plus ou moins semblables à notre 
aspidophore d'Europe ; et nous en avons une 

1. Outre Schonevelde et Bloch (loc. cit.), on en a dans Seba 
(t. III, pi. 28, fig. 6) ? dans Pennant (pi. 59), dans Donovan 
(t. III, pi. 16), etc. 



CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 207 

huitième, due à M. Collée, chirurgien-major 
de la marine anglaise. Nous allons les décrire 
dans l'ordre de leur ressemblance, c'est-à-dire 
que nous commencerons par celles qui ont, 
comme la nôtre, les deux dorsales contiguès, 
et surtout par celle que son museau saillant 
et sa gorge barbue en rapprochent au plus 
haut degré. 

Z/ASPIDOPHORE ESTURGEON. 

{Jgonus acipenserinus , Til.; Phalangistes 
acipenserinus , Pall.) 

Cette espèce ressemble tellement à l'aspido- 
phore d'Europe, que Steller, éloigné comme 
il était de tout objet de comparaison, la soup- 
çonnait d'être la même. Elle en diffère cepen- 
dant par des caractères assez nombreux, et 
dont quelques-uns sont très-frappans. 

Sa tête est moins large; son museau plus mince, 
plus saillant; son corps plus alongé : les arêtes de 
son museau et de son crâne sont plus prononcées; 
les crêtes de toutes ses écailles , même du commen- 
cement de ses rangées supérieures, sont aiguës et 
terminées en pointes crochues : une ou deux pointes 
se montrent au-dessus de chaque orbite; ses sous- 
orbitaires et ses préopercules sont striés en rayons, 
et font, à quelques égards, ressembler sa tête à celle 
d'un trigle. Je ne vois point de soies à sa membrane 



208 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

branchiostège ; mais il y en a un grand nombre de 
longues et serrées sous les angles de la bouche el 
sous le museau , qui fait une plus grande saillie en 
avant delà bouche. La poitrine, en avant des ven- 
trales, est garnie de plaques nombreuses , polygones, 
striées en étoile, et non pas seulement de quatre for- 
mant un carré. La première dorsale, enfin, a quatre 
rayons de plus. 

B. 6; D. 9—8; A. 8; C. 11; P. 17; V. 1/2. 

La teinte générale de ce poisson est un gris-jau- 
nâtre pâle, plus brun en dessus : des lignes trans- 
versales brunâtres, ondulées, se montrent dans les 
intervalles des écailles. 

Sa longueur ordinaire est de neuf à dix pouces. 

Cette description est faite d'après un indi- 
vidu desséché du cabinet de Pallas , dont 
nous avons dû la communication à M. Lich- 
tenstein ; elle s'accorde avec les figures que M. 
Tilesins l a publiées et accompagnées d'un ex- 
trait de l'article de M. Pallas 2 sur le même 
poisson, ainsi qu'avec l'article lui-même, tel 
qu'on le trouve dans la Zoographie russe. 3 

Dans un autre extrait, tiré des papiers de 
Steller 4 , il est dit que les individus pris dans 
l'archipel des Kouriles ont la tête plus dépri- 
mée, les orbites plus saillans, les sept premières 

1. Mémoires de l'Académie de Pétersbourg, t. IV(i8i î), pi. 1 1. 

2. Ibid. , p. 422. — 3. Zoogr. ross , p. 1 10. — 4. Mémoires de 
l'Académie de Pétersbourg, t. IV (i8x j), p. 42 5. 



CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 209 

écailles de chaque côté du dos moins proémi- 
nentes. Ce pourrait bien être là une espèce 
encore plus semblable à la nôtre que celle que 
M. Tilesius a dessinée. 

Cette dernière vit plus au nord; elle est 
commune autour de l'île dTJnalashka et sur 
les côtes du Kamchatka. Les Russes de ces 
contrées la nomment, ainsi que les autres es- 
pèces du genre, lisitza , c'est-à-dire renard; 
les habitans des îles Aleutiennes l'appellent 
koschadanguisch. On trouve souvent sur le 
rivage des individus morts et rejetés par les 
flots. 



Les autres aspidophores à dorsales rappro- 
chées ont la mâchoire inférieure plus avancée 
que la supérieure; leur museau ne fait point 
saillie en avant de leur bouche et ne porte 
pas d'épines. 

On en connaît trois espèces. 

Z/AsPIDOPHORE DODÉCAÈDRE. 

(dgonus dodecaedrus, Tïl. , Acad. de Pétersb., 
Mém. , t. IV, pi. i5 ; Phalangistes loricatus , 
Pall., Zoogr. i^oss., t. III, p. 1 14.) 

Nous avons aussi pour cette espèce l'avan- 
tage de pouvoir consulter, non-seulement les 

4. 14 



21 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

descriptions de Pallas et de M. Tilesius, mais 
un individu de l'animal lui-même, qui nous a 
été adressé par ce dernier naturaliste. 

Il est plus alongé, moins renflé vers la nuque 
que notre espèce d'Europe. Sa hauteur, à la nuque, 
fait le neuvième de sa longueur totale et les trois 
quarts de sa largeur au même endroit. Sa tête aun 
peu plus du sixième de la longueur totale; elle est 
déprimée : sa largeur , à l'arrière du crâne , est des 
trois quarts de sa longueur. L'œil occupe le quart 
de cette longueur et le museau un autre quart. Les 
deux yeux sont séparés par un espace a peu près 
égal à leur diamètre; le museau est déprimé, court, 
obtus; la mâchoire supérieure est presque verticale; 
l'inférieure se recourbe pour se porter au-devant 
d'elle : l'épine nasale est à peine visible. Le sous- 
orbitaire antérieur a à son bord inférieur deux pe- 
tites épines qui se recourbent en arrière; celui du 
grand sous-orbitaire est en ligne droite, et cet os 
va gagner le haut du préopercule , laissant entre 
lui et le bord horizontal du préopercule la moitié 
inférieure de la joue sans protection. Le bord du 
préopercule est arrondi; à sa partie supérieure il a 
une arête terminée par une épine dirigée en arrière : 
deux dents plus petites, plates, dirigées oblique- 
ment en bas et en avant, sont placées au-dessous de 
l'épine. Le crâne a les quatre arêtes mousses ordi- 
naires, dont les externes se continuent sur les os 
surscapulaires. L'ouïe est bien ouverte ; la mem- 
brane assez échancrée, sans aucunes soies : il y a un 



CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 2 H 

assez grand espace entre l'ouïe et la pectorale. Les 
huit rangées d'écaillés et d'arêtes se continuent dans 
celte espèce jusque très-près de la queue , et la crête 
de chaque arête se termine par une petite dent. On 
pourrait donc dire que ce poisson est octogone, 
comme les autres ; mais la première série fait sur 
une partie de sa longueur un angle avec la seconde, 
et la troisième en fait un avec la quatrième. Ce sont 
ces angles longitudinaux, beaucoup plus obtus que 
les autres, qui ont pu justifier jusqu'à un certain 
point l'épithète de dodécaèdre , que M. Tilesius a 
jugé à propos de substituer à celle de loricatus, 
que Pallas avait donnée a cette espèce. Il est vrai 
que cette dernière n'exprime qu'un caractère com- 
mun à tout le genre. Le nombre des écailles de la 
première rangée est de quarante. Ce n'est qu'à la 
trente-cinquième qu'elle s'unit à celle de l'autre côté , 
et que la queue devient hexagone. La ligne latérale 
se marque entre la troisième et la quatrième rangée 
par une série particulière , composée de petites 
écailles ovales , relevées chacune d'une petite arête. 
La poitrine et l'espace entre l'ouïe et la pectorale 
sont garnis de petites écailles polygones, irrégu- 
lières, bombées dans leur milieu. La longueur des 
pectorales est du cinquième du total; les ventrales 
sont de moitié plus courtes. La première dorsale 
commence à la neuvième écaille, sur le milieu de 
la pectorale ; la seconde à la vingt-deuxième. L'anale 
prend beaucoup plus d'espace en avant et en arrière 
que celte deuxième dorsale. 

B. 6; D. 11 — 7; A. 15; C, 11; P. 15; V. 1/2- 



21 2 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Ce poisson paraît en dessus d'un brun jaunâtre, 
plus pâle en dessous. On voit sur sa pectorale quatre 
ou cinq suites transversales de points bruns : des ta- 
ches brunâtres forment une suite le long du milieu 
de ses dorsales, dont le bord est aussi leint de brun. 
La caudale a des points bruns, comme la pectorale. 

Cette espèce arrive d'ordinaire à une lon- 
gueur de sept pouces. Elle est fort commune 
dans les mers orientales. Les Russes rappel- 
lent, comme les autres, lisitza, et les Kam- 
chadales kulna. 

Z/ASPIDOPHORE A MUSEAU ÉTROIT. 

{Agonus rostratus,Ti\., Acatl. de Pétersb., Mém., 
t. IV, pi- 1 4; Phalangistes fusiformis, id. in Pall. 
Zoogr. ross., t. III, p. 1 16.) 

M. Tilesius nomme cet aspidophore agonies 
rostratuSy non parce qu'il aurait un bec, mais 
parce que sa tête et son museau se rétrécis- 
sent plus que dans les autres. 

Son corps est aussi plus alongé que dans l'es- 
pèce d'Europe , et sa queue surtout est très-mince. 
C'est entre les pectorales qu'il est le plus gros; 
en sorte qu'il a un peu la forme d'un fuseau. Sa 
bouche est fendue obliquement sur le bout du mu- 
seau, et il s'en faut bien qu'elle aille jusque sous 
l'œil. Son profil est rectiligne; son crâne plat; ses 
yeux saillans en dessus. Il n'y a point d'épines à 
son orbite; mais son préopercule en a trois assez 



CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 213 

fortes à son bord montant, et il y en a deux au 
bord inférieur du grand sous-orbitaire. 

Ce poisson est octogone au tronc et hexagone à la 
queue, à peu près de la même manière que l'espèce 
d'Europe : mais ses écailles sont plus nombreuses : 
il y en a au moins quarante à chaque rangée supé- 
rieure, depuis la nuque jusqu'à l'endroit où elles se 
réunissent, et les nombres des autres rangées sont 
à proportion. Les supérieures ont des arêtes assez 
aiguës- celles des inférieures sont mousses. Les deux 
rangées qui garnissent l'abdomen sont réunies par une 
membrane susceptible d'extension , et qui se dilate 
sans doute lorsque les ovaires se gonflent. La poi- 
trine est garnie de nombreuses écailles polygones, 
comme dans l'aspidophore esturgeon et dans le do- 
décaèdre. Il n'y a point de soies sous la membrane 
branchiostège. Les pectorales sont plus longues et 
les dorsales plus en arrière que dans les deux pré- 
cédens; les rayons inférieurs des pectorales sont plus 
gros que les autres : l'anale, qui est aussi plus longue 
que la seconde dorsale, commence sous le milieu 
de la première. 

B. 6; D. 8 — 8; A. 13; C. 10; P. 14; V. 1/2. 
Cette espèce surpasse les deux précédentes 
par la taille. M. Tilesius , qui en a rencontré 
beaucoup d'individus près de lile de Sagalien 
et dans le golfe d'Aniva, en représente un de 
dix pouces. Steller et Merk en avaient envoyé 
précédemment quelques-uns des îles Kouriles 
au Cabinet de Pétersbourg; mais ni ces obser- 



214 LIVRE IV. TOL T ES CUIRASSÉES. 

vateurs ni Pallas n'en avaient laissé de des- 
cription, en sorte que c'est à IVJ.Tilesins seul 
que le public en doit la connaissance. 

Z/ASPIDOPHORE LISSE. 

(dgonus lœvigatus 3 Til. 1 ; Sjngnathus segaliensisj 
idem. 2 ) 

On ne connaît aussi cette espèce que par 
deux articles que M. Tilesius a publiés à son 
sujet dans les Mémoires de la Société des 
naturalistes de Moscou et dans ceux de l'Aca- 
démie de Pétersbourg. 

Elle ressemble beaucoup à l'aspicîopliore à mu- 
seau étroit; mais sa queue est moins alongée. D'après 
la figure de M. Tilesius, son œil serait plus près de 
la nuque que du bout du museau, et l'on verrait 
deux épines au bord du sous-orbitaire; mais sa des- 
cription semble en indiquer deux de plus sur l'or- 
bite en arrière. Selon cette même figure, le corps 
et la queue seraient également octogones. Son tronc 
est un peu déprimé; ses nageoires sont très-frêles; 
les pectorales sont grandes ; les deux dorsales se 
touchent; l'anale surpasse la seconde dorsale en 
longueur : il n'y a aucunes soies sous la gorge. L'au- 
teur ajoute qu'il n'y a pas de dents aux mâchoires, 
et que sa membrane branchioslège a sept rayons ; 

1. Mémoires de l'Académie de Pétersbourg, t. IV, p. 4^6. 

2. Mémoires de la Société impériale des naturalistes de Moscou , 
». H, p. 216; pi. iL 



CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 21 S 

mais je pense qu'il y a lieu de douter de ces deux 
assertions. 

D. 7-8; A. 12; C. 10(11?); P. 14; V. 1/2. 

A letat frais, ce poisson est brun -jaunâtre, plus 
pale sous le ventre; ses nageoires ont des bandes 
de taches brunâtres : sa taille ordinaire est de sept 
pouces. 

Plusieurs individus de cette espèce furent 
trouves par des officiers de l'équipage de M. de 
Krusenstern sur les bords de la mer dans la 
baie nommée par la Peyrouse de la Patience, 
dans l'île de Sagalien ou de Jesso. 



Nous passons maintenant aux aspidophores 
à dorsales éloignées lune de l'autre : on en 
connaît trois espèces, et toutes les trois ont les 
mâchoires égales et les rayons de la première 
dorsale robustes. 

Z/ÀSPIDOPHORE HAUTS SOURCILS. 

{Aspidophorus superciliosus, nob.; Cottus japoni- 
cus et Phalangistes japonicus , PalL; dgonus 
japonicus, Bl. Schn. ; Jspidophore japonais , 
Lacép.) 

La plus anciennement connue vient aussi du 
nord de l'océan Pacifique. Elle a été décrite 
et représentée par Pallas, dans ses Spicilegia 



216 1IVÎIË IV. JOUÉS CÙÎRASSÉÈS. 

(7.* cahier, p. 3i et pi. 5), d'après un indi- 
vidu desséché que Steller avait trouvé en 
Juin 1743 sur le rivage d'une des iles Kou- 
riles 1 , et qu'il s'était empressé d'envoyer à 
Pétersbourg ; Pallas l'a nommée cottus japo- 
nicus y parce que, selon la note de Steller, 
jointe à l'échantillon , elle devait être plus 
commune vers le sud , nommément au Ja- 
pon ; mais M. Tilesius assure 2 qu'il n'en a 
point vu sur les côtes du Japon, et il aime- 
rait mieux qu'on l'appelât agonus curilicus. 
D u reste, il se borne à copier la description de 
Pallas, mais il joint ensuite sous son agonus 
stegophtalmus , celle de Steller; et c'est d'a- 
près les deux que nous avons rédigé la nôtre. 
Cet aspidopliore japonais , ou des Kouriles , s'il 
est un peu déprimé à la nuque, est comprimé sur 
la plus grande partie du corps et de la queue. Sa 
hauteur, à la nuque, est du sixième de la longueur 
totale, et sa tête en fait plus du cinquième. Il y a 
au-dessus de chaque œil une proéminence osseuse, 
plate, triangulaire, dirigée obliquement en dehors 
et en haut , qui garantit l'œil, comme ferait un au- 
vent, et empêche qu'on ne le voie quand on regarde 
en dessus la tête du poisson. Cette tête, assez étroite 
jusque vers la tempe, s'élargit entre les opercules. 

1. C'est ce que nous apprend la note de Steller publiée par 
M. Tilesius (Mém. de l'Acad. de Pétersbourg, t. IV, 1811, p. 43i). 

2. Mémoires de l'Académie de Pétersbourg, t. IV, p. 4 16. 



CIIÀP. VI. ASPIDOPHORÈS. 2\7 

La mâchoire inférieure dépasse à peine l'autre. On 
voit peu d'inégalités sur le crâne : une petite épine 
nasale se montre vers le bout du museau. Le sous- 
orbitaire antérieur a deux ou trois petites épines en 
avant b à la première desquelles s'attache un petit 
barbillon ; le postérieur couvre presque toute la 
joue ; son centre est bombé. Trois tubercules mous- 
ses hérissent le bord horizontal du préopercule , 
dont l'angle a aussi un fort tubercule ; il y a un 
angle saillant à son bord montant : l'opercule finit 
aussi en angle. La membrane des ouïes est rude, 
mais non garnie de soies; ses rayons sont au nom- 
bre de six. De chaque côté du corps régnent quatre 
langées d'écaillés ou de plaques plus larges que 
longues , pyramidales , c'est-à-dire saillantes dans 
leur milieu, striées en rayons; deux sont au-dessus, 
deux au-dessous de la ligne latérale : celle-ci forme 
jusqu'au droit de l'anus une cinquième rangée d'é- 
cailles semblables , mais plus petites. En supposant 
la figure exacte sur ce point, on compterait qua- 
rante-cinq plaques par rangée. Le dessous de la 
poitrine, et même en partie celui du ventre, n'est 
garni que d'une peau rude ou plutôt grenue comme 
du maroquin , sur laquelle sont éparses de petites 
écailles : il y a aussi quelques-unes de ces petites 
écailles sur la nuque. L'anus est au tiers antérieur et 
en forme de fente. Les pectorales se rapprochent de 
l'ouïe plus que dans les espèces à dorsales conti- 
guës; leur longueur est du cinquième de la lon- 
gueur totale, et leurs rayons, au nombre de douze, 
tous simples: elles sont arrondies. Les ventrales sont 



2 '18 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

comme clans le reste du genre , et n'ont guère que la 
moitié de la longueur des pectorales. La première 
dorsale commence immédiatement derrière la nuque, 
et ne s'étend pas plus loin en arrière que les pec- 
torales (jusque sur la huitième plaque); elle a six 
rayons pointus, forts, tranchans à chaque côté de 
leur base, unis par une membrane épaisse, qui est 
rude: sa hauteur est des deux tiers de celle du corps 
au-dessous d'elle. La seconde en est séparée par un 
espace plus long que l'une et l'autre ( de sept ou 
huit plaques), et s'élève un peu moins. Elle a sept 
rayons articulés, mais non rameux. L'anale est sous 
la deuxième dorsale , mais s'étend un peu plus en 
avant; elle a huit rayons simples, mais articulés, 
dont le premier est le plus long. La membrane est 
échancrée entre eux et entre ces deux nageoires, et 
la caudale est un espace qui fait le quart de la lon- 
gueur totale. La caudale est de forme ovale, longue 
comme le sixième du total ou un peu plus, et a 
douze rayons (ou plutôt onze), et seize, en comp- 
tant les petits de ses deux bords , comme Font fait 
Steller et M. Tilesius. Tous les rayons des nageoires 
sont très-rudes. 

La couleur de ce poisson, à l'état frais, d'après 
les notes de Steller, est d'un brun jaunâtre sem- 
blable à celui de l'ivoire vieilli : une tache brune 
s'étend de la nuque vers les orbites et les opercules; 
une ligne brune va obliquement de la première 
dorsale aux pectorales. Derrière celle-là en est une 
autre, fourchue; une bande plus large est sous la 
seconde dorsale, et il y en a quelques autres sur 



CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 219 

la queue. Toutes les nageoires ont des lignes trans- 
versales brunes. 

Sa longueur ordinaire est d'un pied ou environ. 

M. Tilesius a décrit et représenté sous le 
nom de stegophtalmus (toit sur l'œil) 1 , un 
aspidophore dont la ressemblance avec celui 
de Pallas est frappante; et même il lui rap- 
porte une description extraite des papiers de 
Steller, qui est évidemment celle qui accom^ 
pagnait l'individu publié par Pallas , car on 
y retrouve exactement les passages que Pal- 
las a cités. 

Les seules différences que l'on aperçoive 
dans la description de M. Tilesius, qui est en 
grande partie calquée sur celle que Pallas a 
donnée de son cottus japonicus, sont, 

i.° Deux très-petils barbillons aux côtés de la 
mâchoire inférieure; 2. ° quatre papilles arrondies et 
plates de chaque coté sur la membrane d'entre les 
branches de cette mâchoire ; 5.° des plaques non 
striées. 

Mais si l'on réfléchit que M. Tilesius a dé- 
crit un individu frais, et que celui de PallaS 
était desséché, on se rendra aisément compte 
de ces différences. M. Tilesius l'avoue lni- 
méme (p. 435) relativement aux stries des 

1. Agonus stegophtalmus , Tilesius (Mémoires de l'Académie de 
Pétcrsboiug, t. IV, p. 427, pJ. 12). 



220 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

écailles. Je pense donc que M. Tilesius aurait 
bien fait de conserver l'opinion qu'il avait 
eue d'abord dans les Mémoires des natura- 
listes de Moscou (t. II, p. 219 et 220), sa- 
voir, que son agonus stegophtalmus et le 
cottus japonicus de Pallas ne forment qu'une 
espèce. 

La couleur de son poisson était jaunâtre, plus 
brune vers le dos , variée de bandes brunes et de 
taches blanches, quelquefois teintes de violet. 

La figure qui! en a publiée dans les Mé- 
moires de Pétersbourg (t. IV, pi. 12) marque 
surtout 

une bande brune chargée de taches blanchâtres en 

travers de la pectorale. H y a aussi de ces taches sur 

les dorsales et sur la caudale. 

Mais il en a donné une autre dans le 
Voyage de Rrusenstern (pi. 87), sous le nom 
de japonicus, 

où Ton voit sur la pectorale des bandes plus nom- 
breuses (cinq ou six), d'un brun roux, avec des 
points bruns, et sur la caudale, des lignes de points 
bruns; elle répond par conséquent encore davantage 
aux descriptions de Steller et de Pallas. 

Ce qui nous étonne , c'est qu'il ait pu 
donner deux figures aussi différentes d'un 
poisson dont il n'a vu, dit-il 1 , qu'un seul 

1. Mémoires de l'Académie de Pétersbourg, t. IV, p. 428. 



CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 221 

individu, pris le 3o Juillet i8o5. Il fut retiré 
au moyen de filets avec beaucoup d'autres 
animaux marins de toutes les classes, sur un 
fond argileux et sablonneux dans le golfe de 
la Patience de file de Sagalien. Dans les Mé- 
moires de Moscou (t. II, p. 219) , M. Tilesius 
dit qu'il était comme collé à une pierre blan- 
che, à laquelle il adhérait par la gorge, et que 
ce fut en recherchant les moyens par lesquels 
s'opérait cette adhésion, qu'il découvrit les 
suçoirs de la gorge; suçoirs, ajoute-t-il, que 
le dessin de Pallas indique, mais dont sa des- 
cription ne parle pas. 1 

L'AsPIDOPHORE A QUATRE CORNES. 
{Aspiàophorus quadricornis , nob.) 

M. Collée , chirurgien de la marine royale 
d'Angleterre , a rapporté du Ramchatka , et 
donné au Muséum britannique, un aspido- 
phore dont l'espèce nous paraît nouvelle. 
Nous en donnons la description d'après la 
figure et les notes que M. Yalenciennes en 
a prises sur nature. 

1. Ce n'est qu'en comparant péniblement les articles et les figures 
donnés par M. Tilesius, en 1809 dans les Mémoires de Moscou, 
en 1811 dans ceux de Pétersbourg, et en 18 1 3 dans le Vojage 
de Krusenstern, que nous avons reconnu qu'il parle du même 
poisson; car lui-même n'en fait pas faire la remarque à ses lecteurs. 



222 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Il est plus court et plus gros à proportion que 
l'espèce précédente, et a de môme le museau court 
et la bouche fendue à son extrémité. Ses mâchoires 
ont des dents en cardes fines; mais il n'y en a ni au 
vomer ni aux palatins. Son œil est grand et très-élevé, 
en sorte que l'intervalle des deux sourcils est fort 
concave : il y a un tubercule saillant sur l'arrière du 
sourcil , et un autre de chaque côté sur l'arrière de 
l'occiput, qui lui font comme quatre cornes. Le sous- 
orbilaire antérieur est quadrangulaire et un peu ca- 
verneux, et relevé de trois arêles divergentes; le su- 
périeur est rond, et porte un fort tubercule conique, 
strié en rayons. Un préopercule étroit donne deux 
forts tubercules de son angle et deux de son bord 
inférieur ; l'opercule triangulaire n'en a que trois 
petits le long de son bord : il y en a un petit couché 
sur le surscapulaire , et un très-élevé, arrondi en 
massue sur le scapulaire. 

Tout le corps est couvert de boucliers minces en 
forme de losanges, tous striés en rayons qui partent 
de la base d'un tubercule central. Le tubercule des 
deux premiers de la rangée au-dessus de la pectorale 
est aussi saillant que celui du scapulaire. Ceux des 
quatre autres rangées sont plus plats et plus arrondis. 

Dans l'espèce précédente les deux dorsales sont 
presque égales ; Jans celle-ci l'antérieure est double 
de la postérieure en longueur, et d'un tiers plus 
haute : elle a les deux tiers de la hauteur du corps. 
Ses épines sont fortes, et les deux premières fort 
rudes. Tous les rayons mous sont simples, quoique 
articulés : ceux du milieu de la pectorale se prolon- 



CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 225 

gent en filets au-delà de la membrane. La caudale 
est médiocre et arrondie. 

D. 9 — 1/5 ; A. 10; C. 12; P. 12; V. 13. 

L'individu est long de trois pouces et demi. 
Son séjour dans la liqueur l'a décoloré. 

jL'Aspidophore a dix pans. 

{.Aspidophorus decagonus, nob. ; Agonus 
decagonus, Bl.) 

Une troisième espèce d'aspidophore à dor- 
sales éloignées a été publiée par Bloch , dans 
son Sjstema (p. io5 et pi. 27). Il la nomme 
agonus decagonus j, et dit qu'elle vient des 
Indes orientales. 

Elle a la tête moins grande et le corps plus alongé 
que les précédentes. L'auteur dit que le tronc a dix 
angles et la queue six. Les épines de ses écailles sont 
plus aiguës. On lui en voit une de chaque côté, sur 
la nuque, et une sur chaque orbite. Le bord inférieur 
de son préopercule paraît aussi en avoir deux ou 
trois. La poitrine parait garnie de petites écailles 
plates; mais la figure, probablement faite d'après le 
sec, ne montre point de suçoirs. Le graveur a donné 
à la ventrale de petits rayons libres, dont il n'est pas 
fait mention dans le texte. 

B. 6; D. 6 — 7; A. 8; C. 12; P. 18; V. 1/2. 

La couleur de ce poisson paraît jaunâtre, avec 
cinq ou six bandes transversales noirâtres. Ses pec- 



224 LIVRE IV. JOUES CUIRASSEES. 

toralesetsa caudale sonl grandes, arrondies, brunes, 
avec des bandes transversales noires. 

Cest tout ce que nous pouvons dire, d'a- 
près Bloch , dune espèce que nous n'avons 
pas vue, mais qui nous paraît bien réellement 
distincte. Il reste à savoir si elle vient véri- 
tablement du pays que lui assigne cet auteur. 



L'AsPIDOPHORE A UNE SEULE DORSALE. 

(Agonus monopterygius , Bl. Schn.; Aspidoplio- 
roïde Tranquebar, Lacép.) 

A la suite de ces aspidophores à deux dor- 
sales doit venir celui qui n'en a qu'une , le 
cottus ou agonus monopterygius de Bloch 
(pi. 178, fig. 1 et 2), dont M. de Lacépède 
a fait son aspidophoroïde Tranquebar. 

Ce poisson , qui avait été adressé de Tran- 
quebar à Bloch par le docteur Kcenig, ne s'est 
trouvé dans aucun des nombreux et riches 
envois de poissons que nous avons reçus des 
différentes parties de la mer des Indes , en 
sorte que nous ne pouvons en parler que 
d'après le célèbre ichtyologiste de Berlin. 

Sa forme, mince, anguleuse, et lisse, pourrait le 

faire prendre pour un syngnathe, si ses ventrales et 

l'organisation de ses branchies ne prouvaient quil 

appartient à une tout autre famille. 



CHAP. VI. ASPIDOPHORES. 225 

C'est le plus grêle des aspidophores. Sa hauteur, à la 
nuque, est douze fois dans sa longueur, et sa largeur, 
au même endroit, ne surpasse sa hauteur que d'un 
tiers. La longueur de sa tête fiiit le cinquième de sa 
longueur totale; son œil est grand, plus près du mu- 
seau que de l'ouïe. Il n'a d'aiguillon ni sur l'orbite, ni 
sur aucune partie de la tète, si ce n'est deux petits de 
chaque côté, sur le bout du museau, comme dans l'es- 
pèce d'Europe, à laquelle il ressemble encore, parce 
que son museau avance par-delà sa bouche. Ses écailles 
sont hexagones et striées en rayons, mais sans carènes 
ni aiguillons; en sorte que son corps est anguleux, 
mais que ses arêtes n'ont point de dentelures ni d'é- 
pines. Ses séries d'écaillés sont au nombre de huit sur 
le tronc, de six sur la queue. La poitrine, en avant 
des ventrales, est divisée en neuf grandes plaques : un 
sillon règne depuis la nuque jusqu'à la dorsale, et il y 
en a un autre depuis l'anus jusqu'à l'anale. 

C'est la première dorsale qui manquait au pois- 
son de Bloch; mais peut-être, avant d'en faire un ca- 
ractère constant, faudrait-il revoir d'autres individus, 
J'ai tout lieu de croire que celui-là était défectueux, 
ne fût-ce qu'à cause du petit nombre des rayons de 
sa caudale et de ses pectorales. 

B. 65 D. 5; A. h; C. 6? P. 9? V. 1/2. 
Sa couleur était grise, avec six ou sept larges 
bandes brunes. Les pectorales et la caudale ont des 
lignes de points. Il n'était long que de six pouces. 
Kcenig dit qu'il vit de petites écrivisses et 

de jeunes poulpes, et qu'il ne sert que pour 

appâter les lignes, 

4. i5 



226 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

CHAPITRE VIL 

Des Platycéphales {Platycephalus, Bl.). 

Le poisson qui doit servir de type à ce 
sous-genre a été découvert par Forskal dans 
la mer Rouge ; il le considéra comme un cotte, 
à cause de la forme déprimée de sa tête et 
de ses deux dorsales; et son opinion a été 
adoptée par la plupart de ceux qui ont traité 
après lui de l'histoire des poissons : c'est leur 
cotte insidiateur. Néanmoins plusieurs motifs 
pouvaient déterminer à le séparer de ce genre. 
Les vrais cottes sont nus, manquent de dents 
aux palatins, n'ont que six rayons aux ouïes, 
et quatre aux ventrales , qui naissent à peu près 
sous la base des pectorales. Les insidiateurs 
sont couverts d'écaillés; leurs palatins portent 
une rangée de dents aiguës ; leur membrane 
des ouïes a sept rayons, leurs ventrales en ont 
cinq , et la forme singulièrement longue et 
élargie des os du bassin fait que ces nageoires 
naissent fort écartées l'une de l'autre , sous la 
seconde moitié des pectorales; en sorte que 
l'on aurait pu ranger les insidiateurs parmi les 
abdominaux à aussi juste titre, pour le moins, 
que les chrhites, les chéilodactyles et d'autres 



CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 227 

poissons qui n'ont pas les ventrales placées 
plus en arrière qu'eux. 

Bloch, vers la fin de sa carrière 1 , forma d'a- 
près ces motifs son genre platjcephalus; mais 
presque aussitôt après lavoir formé il l'altéra 2 , 
en y plaçant une vraie perche (son sciœna 
undecimalis) , une cicle (son perça saxatilisoxi 
sparus saxatilis de Linnaeus) et une éléotris 
(son platjcephalus dormitator, ou le gobio- 
niore dormeur de Lacépède). 

Nous le restreignons ici aux espèces qui 
se conviennent mutuellement, et qui parmi 
celles de Bloch se réduisent aux platjcepha- 
lus insidiator et scaber ; carie platjcephalus 
spatula ne diffère en rien de Xinsidiator : mais 
nous y ajoutons quelques espèces nouvelles. 

Le Platycéphale insidiateur. 
(Platjcephalus insidiator, Bl., Sjst., pi. 5g. 3 ) 

M. Geoffroy Saint-Hilaire a rapporté de la 
mer Rouge le rogad, ou insidiateur de Fors- 

1. Dans son grand ouvrage, à la planche 424- 

2. Systema, édition de Schneider, p. 58. 

3. Cottus insidiator, Forsk. et Linn. ; Cottus spatula, Bl. , pi. 224; 
Batrachus indicus, id., Syst., p. 45 ; Callionymus indiens elPlalyce- 
plialus spatula, ib., p. 5g ; Irrtva, Russel , pi. 46 ', Cotte madécasse t 
Lacép., t. El, p. 248, pi. 1 1, fig- i et a j Ccdliomore indien, idem, 

t. II, p. 544- 



228 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

kal, et M. Leschenault nous a envoyé de la 
cote de Coromandel le spatula de Bloch; et 
c'est ainsi qu'il nous a été facile de nous assurer 
que ces deux poissons ne font qu'une espèce. 
Bloch avait remarqué de plus, et avec raison, 
dans sa grande Histoire des poissons, que son 
spatula ne diffère point du callionymus indi- 
cus de Linnapus ou calliomore indien de La- 
cépède, et c'est une inspiration peu heureuse 
que celle qui l'a déterminé à changer d'idée et 
à faire de ce callionyme un bat radius dans 
son ouvrage posthume du Systema. 

De notre côté, nous prouverons que le cotte 
madécasse, donné par M. de Lacépède d'après 
Commerson, est encore, sinon le même, du 
moins si voisin , qu'il serait téméraire de 
vouloir assigner leurs différences spécifiques. 
Un caractère très-apparent de cette espèce 
consiste dans les raies noires qu'elle a sur la 
caudale ; et c'est parce qu'il a pris ces raies 
dans la figure de Commerson pour des échan- 
crures, que M. de Lacépède a cru devoir dis- 
tinguer son cotte madécasse des deux autres. 

Quant à la distinction de Xinsidiator et du 
spatula , elle ne parait avoir été conservée 
par J 'doch que sur ce que Forskai donne au 
premier huit rayons branchiaux, tandis que le 
spatula, comme les autres espèces du genre, 



CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 229 

nen offre que sept; mais c'est une erreur de 
Forskal, qui a pris l'interopercule pour un 
huitième rayon. 

Ce qui est plus étrange, c'est que Linnœus 
ait pu placer un tel poisson avec ses callio- 
nymes; lui qui donnait déjà à ce genre pour 
caractère celui qu'il a véritablement, d'orifices 
étroits à la nuque pour la respiration, et qui 
d'ailleurs le plaçait avec raison dans son ordre 
des jugulaires, tandis que les platycéphales et 
ce callionyme indien, comme les autres, ap- 
partiendraient plutôt à celui des abdominaux, 
sans parler de la multitude d'autres différences. 
Ce grand naturaliste a été conduit plus d'une 
fois à prendre de semblables partis par sa ré- 
pugnance à former de nouveaux genres pour 
une seule espèce ; mais dans cette circons- 
tance il aurait dû être frappé de l'affinité de ce 
prétendu callionyme avec son cottus scaber. 

L'aplatissement de la tète dans Xinsidiateur est tel 
qu'il l'a fait comparer assez justement à une pelle ou 
à une spatule. En effet, cette tête, de forme ovale, 
d'un tiers plus longue que large, n'a pas en hauteur, 
quand la bouche est fermée, plus du cinquième de sa 
longueur. Ses préopercules et ses opercules, au lieu 
de descendre, sont à peu près horizontaux. Sa plus 
grande largeur est d'un opercule à l'autre; elle di- 
minue vers le museau, qui est plat, à circonscription 



230 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

obtuse, à bords tranchans, et sous lequel la mâchoire 
inférieure s'avance plus que la supérieure. Un grand 
sous-orbitaire couvre le côté du museau, et un autre 
occupe l'espace entre le premier et le préopercule, 
ne laissant qu'une partie de la tempe, derrière l'œil, 
sans protection ; le bord externe de ces sous-orbi- 
taires fait aussi le bord externe de la tête, jusqu'à 
l'angle du préopercule, où ce dernier os se montre 
par deux fortes épines, qu'il fait saillir. 

Les yeux sont à la fice supérieure, vers le tiers 
antérieur, et séparés l'un de l'autre par un inter- 
valle d'un tiers plus large que leur diamètre. Au-de- 
vant de chacun d'eux, en dedans du premier sous- 
orbitaire, sont les deux orifices de la narine, ronds, 
petits, distans l'un de l'autre autant que le postérieur 
l'est de l'œil, et de moitié moins que l'antérieur ne 
l'est du bout du museau. 

Cette surface plate du dessus de la tête n'est re- 
levée que par quelques lignes à peine saillantes; une 
impaire venant du museau et se perdant entre les 
yeux; une partant du bord interne de chaque orbite, 
se portant en arrière en se rapprochant de sa sem- 
blable , et se terminant chacune sur le crâne par une 
irradiation de trois ou quatre lignes. Entre ces deux 
irradiations commence une ligne impaire, qui finit 
bientôt sur le crâne, et à leur suite, de chaque côté, 
une qui va un peu plus loin en arrière jusqu'au bord 
postérieur; enfin, sur chaque tempe, une qui se 
continue avec quelques légères échancrures sur le 
surscapulaire et le scapulaire, où elle se termine 
par une petite pointe. Cette ligne temporale, car on 



CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 231 

ose à peine l'appeler une crête, est parallèle à sa 
semblable, et à elles deux elles interceptent un es- 
pace qui fait le tiers de la largeur de la tête en arrière, 
les deux autres tiers étant occupés par les sous-orbi- 
taires postérieurs et les opercules. Le sous-orbitaire 
antérieur, de forme irrégulièrement rhomboïdale, à 
surface un peu rayonnée, a une échancrure en avant, 
mais couverte par la peau, et son angle antérieur ex- 
terne est fendu en deux petites dents très -obtuses, 
qui croisent un peu sur le maxillaire. Du centre de 
son irradiation part une arête qui se continue sur le 
second sous-orbilaire parallèlement au bord de la 
tête et assez près de ce bord, jusqu'aux épines du 
préopercule. Le bord postérieur du préopercule, qui, 
dans un poisson à tête moins aplatie , serait son bord 
montant, est couvert juste par le bord postérieur 
du second sous-orbitaire, et la ligne qu'ils forment 
tous deux traverse la partie latérale de la face supé- 
rieure presque perpendiculairement jusqu'aux lignes 
ou crêtes temporales. L'espace en avant de ce bord 
fait les deux tiers de la longueur de la tête, et l'oper- 
cule en fait le troisième tiers. Les deux fortes épines 
de l'angle du préopercule sont en même temps pla- 
cées au bord même de la tête. Dans cette espèce , 
c'est l'inférieure qui est la plus longue ; mais pas de 
beaucoup. Elle a à peu près le dixième de la lon- 
gueur totale de la tête. L'opercule osseux se termine 
en arrière par une épine plate, et il y en a une autre 
au-dessus des pectorales qui appartient à l'os de 
l'épaule. 

La bouche est fendue horizontalement au bout du 



252 LIVRE IV. JOUES CUIHASSÉES. 

muSeau jusque sous le bord antérieur de l'orbite; sa 
protractilité est peu considérable. La mâchoire in- 
férieure dépasse l'autre de toute la largeur de son 
bord. Une bande fort étroite de dents en velours la 
garnit; mais la mâchoire supérieure en a une beau- 
coup plus large, surtout au milieu, où la moitié qui 
appartient à chaque intermaxillaire se dilate, s'in- 
cline vers le bas et prend à son bord interne quelques 
dents plus fortes que les autres. Au bord antérieur 
du vomer et tout le long du bord externe de chaque 
palatin règne une seule rangée de petites dents poin- 
tues, serrées et nombreuses. La langue, qui est plate, 
mince, très-libre, large et obtuse, n'a aucune dent. 

La membrane branchiostège est échancrée en des- 
sous sur à peu près les deux tiers de sa longueur, 
et passe sous le pédicule de la poitrine : sept rayons 
faciles a compter la soutiennent de chaque côté; et, 
arrivé sous le bord du préopercule, on croit en 
trouver un huitième, qui n'est autre chose que l'in- 
teropercule caché sous le préopercule, comme le 
préopercule sous le grand sous-orbitaire. 

L'écartement singulier des os du bassin maintient 
le devant du corps dans un état d'aplatissement sem- 
blable a celui de la tête ; ce à quoi contribue encore 
la disposition écrasée des os de l'épaule et la dépres- 
sion horizontale du corps du sternum ou de l'os qui 
soutient le pédicule pectoral, et qui d'ordinaire est 
comprimé verticalement. 

La longueur totale comprend quatre fois celle de 
la tête; six fois la largeur aux épaules, laquelle 
comprend trois fois la hauteur au même endroit. 



CHAP. VU. PLATYCÉPHALES. 235 

Les pectorales sont petites , et ne font guère que 
le septième de la longueur. Elles ont dix-neuf rayons : 
les deux premiers simples ; les suivans branchus jus- 
qu'aux cinq ou six derniers , qui redeviennent à 
peu près simples et un peu gros. Les ventrales sont 
écartées de toute la largeur du corps et attachées à 
ses bords sous le milieu des pectorales. D'un quart 
plus longues que les pectorales, elles les dépassent 
des deux tiers de leur propre longueur. 

La première dorsale commence vis-à-vis le milieu 
des pectorales. Elle a d'abord une très-petite épine, 
courte et détachée, avec sa membrane particulière ; 
puis en viennent sept liées par une autre membrane, 
et dont la première est de près du double plus haute 
que le corps : les suivantes diminuent de façon que 
la dernière se voit à peine, ce qui rend cette nageoire 
triangulaire. L'espace qu'elle occupe en longueur est 
du sixième de la longueur totale. Elle est complète- 
ment séparée de la seconde dorsale, qui est plus basse 
et plus longue, et qui compte treize rayons, dont 
le premier est simple et plus long que les suivans, 
mais assez flexible, et même, à ce qu'il me semble, 
articulé au bout. L'espace que cette seconde dorsale 
occupe en longueur est de près du tiers du total. Entre 
elle et la caudale est un espace nu du treizième. L'anale 
répond exactement à cette seconde dorsale et a de 
même treize rayons. Le corps va en s'amincissant et 
en s'arrondissant jusque derrière ces deux nageoires, 
où son diamètre vertical est cependant encore 
moindre que le transversal et à peine du vingtième 
de la longueur totale : la caudale fait le douzième de 



234 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

cette longueur; elle est coupée carrément et soute- 
nue par quinze rayons. 

De petites écailles , finement et brièvement ciliées 
au bord, couvrent tout l'intervalle des yeux, la joue, 
le crâne , l'opercule et tout le corps. Le bout du 
museau, les mâchoires et la membrane branchiostège 
en sont exempts. Il n'y en a point sur les nageoires, 
si ce n'est sur la base de la caudale et un peu entre ses 
rayons. La ligne latérale est peu marquée : partie , 
comme à l'ordinaire , de l'os surscapulaire , elle 
s'écarte du dos, et une fois passé les ventrales, elle 
divise à peu près chaque côté en deux. 

L'anus est sous le milieu du corps. 

Ce platycéphale est brun foncé dessus, blanchâtre 
dessous, et les deux couleurs sont assez nettement 
tranchées. Sa caudale est blanche, mêlée de jaune, 
avec quelques teintes brunes au bord supérieur , et a 
trois bandes noires; une plus large et plus courte, 
un peu oblique au-dessus du milieu, qui ne va pas 
jusqu'à la base; une inférieure, plus noire, qui va 
obliquement vers le bord inférieur de la base, mais 
sans y atteindre toujours; une mitoyenne, plus 
étroite et plus pâle, qui disparaît quelquefois. Il y 
a même dans la largeur et l'étendue des deux autres 
de ces bandes quelques variétés individuelles. La 
bande supérieure et l'inférieure sont en général larges 
et bordées ou lisérées de blanc, et c'est le milieu de 
la caudale qui est teint en jaune le long de la ligne 
noire mitoyenne. Les autres nageoires ont leurs 
rayons annelés de brun, et ce brun est très-serré sur 
les pectorales et les ventrales , au point de n'y repré- 



CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 25ft 

senter qu'un amas de points mêlés les uns aux au- 
tres et couvrant presque tout le fond. 

Nos individus ont depuis un pied jusqu'à quinze 
et seize pouces de longueur. 

Le platycéphale insidiateur a le foie très -petit, 
composé d'un seul lobe triangulaire, un peu convexe 
en dessus, et qui occupe la gauche de l'œsophage. 
Vers son angle inférieur et du côté droit on trouve 
la vésicule du fiel, qui est médiocre, ronde et atta- 
chée près du foie. Le cholédoque, après avoir reçu 
à sa naissance plusieurs vaisseaux hépato-cystiques , 
se prolonge assez loin pour verser la bile dans le 
premier des coecums à gauche. 

L'oesophage n'est pas très-long, mais il est assez 
large. L'estomac, qui le suit, est très-grand ; il occupe 
près des deux tiers de la longueur de l'abdomen. Il a 
la forme d'une vessie alongée, un peu courbée vers le 
côté droit. De l'arrière de l'estomac remonte vers le 
diaphragme une branche étroite, mais presque aussi 
longue que l'estomac, à l'extrémité de laquelle se trouve 
le pylore. Il est entouré en dessous de huit appen- 
dices cœcales. Elles vont en augmentant de diamètre, 
mais en diminuant de longueur de droite à gauche. 

L'intestin est peu large, et fait des replis assez 
longs avant de se rendre à l'anus. 

La rate est petite et noirâtre ; elle est placée pres- 
que sur la pointe de l'estomac. 

Les laitances, pleines, n'occupent que la moitié 
postérieure de l'abdomen. 

Il n'y a aucun vestige de vessie natatoire. 

Les reins sont renflés auprès de la tête; après quoi 



23G LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

ils se prolongent en un filet très-mince de chaque 
côté de lepine, et vont aboutir tout auprès de l'anus. 
Leur couleur est noire. 

Le péritoine est incolore. 

Nous avons trouvé dans l'estomac des débris de 
poissons et de crustacés. 

Son squelette est surtout remarquable par la sin- 
gulière conformation des os du bassin, qui res- 
semblent à deux équerres. La branche antérieure et 
externe , longitudinale et surmontée d'une crête 
oblique , très-élevée , s'attache par une prolongation 
de cette crête en avant a sa semblable, et se suspend 
avec elle à l'os humerai. La branche postérieure 
transversale se joint à sa semblable sous le milieu 
du corps. C'est en dessous de l'angle formé par ces 
deux branches que s'attache la ventrale. 

L'épine a vingt-sept vertèbres, toutes plus longues 
que hautes et creusées par leurs côtés. Les treize pre- 
mières portent des côtes simples, arquées en arrière, 
posées horizontalement, pour soutenir, conjointe- 
ment avec le bassin , l'aplatissement du corps ; la 
dixième et la onzième sont concaves en dessous : 
c'est sous la douzième que commence l'anale, dont 
le premier interépineux n'est pas très-prononcé ; en 
général ils ne le sont ni à l'anale, ni à la dorsale. 

La description que nous venons de faire, 
est prise principalement d'individus envoyés 
de Pondichéry et des Moluques, et très-bien 
conservés; mais elle convient également à 
ceux qui sont venus de Suez, et elle s'ap- 



CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 257 

pîique sans difficulté, sauf les variations des 
raies noires de la queue, à la figure du pla- 
tycephalus spatula de Bloch (pi. 424) et à 
celle de Yirrwa de Russel (fig. 1^6). 

Que l'on réduise les prétendues échancrures 
des dessins de Commerson à des taches, et 
l'on verra que c'est encore cette même espèce 
où le dessinateur a négligé les détails des 
lignes saillantes de la tête, parce que dans le 
frais elles paraissent moins : or, quelque illu- 
sion qu'aient pu produire les faux traits de 
l'artiste, il est certain, par la seule inscription 
de Commerson, que ces taches noires ne sont 
que des taches; car il y désigne le poisson par 
ces mots : Cottus spinis in capite quatuor 
lateralibus retroversis, cauda variegata. 

Et de plus, Commerson a laissé une des- 
cription étendue , dont il ne paraît pas que 
M. de Lacépède ait eu connaissance , où il dit 
de la queue : Cauda nigro , albo, luteo , ele- 
ganter picta. Plus bas il ajoute : Perpendi- 
cularis indivisa, in extremo subrotunda; ce 
qui décide tout. 

Nous avons enfin un individu desMoluques, 
où les taches noires sont si parfaitement sem- 
blables au dessin de Commerson, que l'on 
dirait qu'il lui a servi d'original. 

La description de ce voyageur est d'ailleurs 



258 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

conforme à la nôtre, excepté qu'elle semble 
indiquer une plus grande concavité entre les 
yeux; mais si c'est là un caractère spécifique, 
toujours faudra-t-il conclure que le cotte ma- 
decasse est aussi voisin qu'il soit possible de 
Yinsidiateur. Commerson ajoute à ce que nous 
avons dit, que l'iris de son cotte est de cou- 
leur d'émeraude. 

Le peu que Forskal (p. a5) dit de son ro- 
gad, s'accorde encore parfaitement avec notre 
description , sauf Terreur déjà expliquée du 
huitième rayon branchial. Voici comment il 
décrit la queue : Pitina caudalis, alba macula 
média flava bijida, maculisque duabus inœ- 
qualibus atris , linearibus obliquis. Il faut 
remarquer qu'en copiant son article, Gmelin 
a mis pour la seconde dorsale 40/15 au lieu 
de 0/1 5 \ ce qui pourrait induire en erreur. 

L'espèce habite donc au moins depuis la 
mer Rouge et celle de Madagascar, jusque 
très-avant dans le golfe du Bengale et jus- 
qu'aux Moluques. 

Selon M. Leschenault, les pécheurs de Pon- 
dichéry la nomment vetondou pati, et en 
prennent surtout à l'embouchure de la rivière 
d'Ariancoupang; ceux de Commerson venaient 
d'endroits peu profonds, voisins du fort Dau- 
phin. 



CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 239 

M. Ehrenberg a entendu prononcer à Mas- 
suah ragadaï, au lieu de rogad. 

Forskal est jusqu'à présent le seul qui ait 
observé l'habitude de ce poisson, d'après la- 
quelle on lui a donné 1 epithète ftinsidiateur, 
et qui consiste à s'ensevelir dans le sable pour 
y tendre des embûches aux poissons. La forme 
tranchante et plate de sa tête doit lui donner 
beaucoup d'aptitude à cette manœuvre. C'est 
en sondant les gués , où il se cache , que les 
pêcheurs parviennent à le débusquer et à le 
prendre. 

Sa taille ordinaire, selon Commerson et 
Russel, est de dix-huit pouces; Forskal lui 
donne jusqu'à une aune et demie, ce qui, 
pour lui, doit signifier près de trois pieds. 
Tous les auteurs s'accordent à le dire bon à 
manger. 

Il est arrivé de divers parages de la mer 
des Indes au Cabinet du Roi trois platy- 
céphales, qui ressemblent à lmsidiateur par 
les formes générales et les détails de la tête, 
et même par l'ensemble de leurs couleurs; 
mais qui en diffèrent par quelques propor- 
tions de leurs épines, ou par l'absence des 
taches de la queue. 



240 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Le Platycéphale d'Endracht. 

(Platjcephalus endrachtensis , Quov et Gaym.) 

Le premier a même à la caudale le fond jaune et 
blanc et les bandes noires qui distinguent l'insi- 
diateur. Les bandes y sont au nombre de quatre ; 
deux supérieures , obliques , étroites ; deux infé- 
rieures, longitudinales et plus larges; mais il y a 
probablement aussi quelque variété à cet égard. Un 
caractère plus essentiel, c'est que les deux dente- 
lures du sous-orbilaire antérieur, qui croisent sur 
le maxillaire , au lieu d'être émoussées et peu appa- 
rentes, sont étroites, saillantes et très-pointues. Son 
museau paraît aussi un peu moins obtus qu'à l'in- 
sidiateur : ses nombres de rayons sont les mêmes. 
L'épine inférieure de son préopercule est un peu 
plus longue que l'autre. 

D. 8 — 13; A. 13; C. 15; P. 20; V. 1/5. 

Il a été pris dans la baie des Chiens-Marins 
à la terre d'Endracht, côte ouest de la Nou- 
velle-Hollande, par MM. Quoy et Gaymard, 
naturalistes de l'expédition Freycinet, qui 
l'ont décrit dans la Relation de ce voyage 
(zoologie, p. 353) sous le nom de platjce- 
phalus endrachtensis \ On la trouvé enfoncé 

1. Quoique leur description ne soit pas tout-à-fait d'accord avec 
la nôtre, elle a été faite sur le même individu. Nous en faisons la 
remarque pour que quelque compilateur ne vienne pas encore en 
faire une espèce de plus. 



CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 24 1 

dans le sable ; ainsi ses habitudes sont les 
mêmes que celles de l'espèce précédente. 

Le Platycéphale brun. 
(Platycephalus fuscus , nob.) 

Un second, rapporté par ces naturalistes 
du port Jackson, à l'est de la même partie 
du monde , est encore plus semblable que le 
précédent à l'insidiateur, 

par les formes de sa tête et les dents émoussées de 
son sous-orbitaire ; mais sa caudale est noirâtre au 
milieu de sa moitié postérieure et semée de taches 
brunes vers sa base et ses bords ; ses autres nageoires 
ont des taches brunes. Les deux épines de son préo- 
percule sont à peu près égales. 

D. 8 — 13; A. 13; C. 15; P. 19; V. 1/5. 

Les teintes de sa partie supérieure sont plus fon- 
cées que dans aucun des autres, ce qui nous engage 
à le nommer platycéphale brun. L'individu est long 
de quinze pouces. 

Nous en trouvons un parmi les dessins que 
Parkinson a faits à Otaïti pour sir Joseph 
Banks, qui est aussi 

d'un brun foncé sur le corps, avec des points bruns^ 

pâles, sur les nageoires. 

Bien qu'il n'ait pas la bande noirâtre sur le 
milieu de la caudale, on peut douter que ce 
4. 16 



'1 42 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

soit autre chose qu'une variété de notre espèce 
actuelle. 

Parkinson le nommait cottus otaitensis , et 
nous en trouvons sous ce nom une descrip- 
tion clans les manuscrits de Solander, où sa 
couleur est exprimée en ces termes : Supra e 
glauco et fusco irrotato-nebulosus , infra al- 
bus. Il se nomme à Otaïti earrhaï ou aellia- 
ara-ara. 

Nous croyons également en avoir trouvé la 
figure dans l'imprimé japonais de la biblio- 
thèque du Muséum, que nous avons déjà eu 
plusieurs fois l'occasion de citer. 

Le Platycéphale a grande épine. 

(Platjccphalus grandispinis , nob.) 

Un troisième a les yeux un peu plus grands que ceux 
des précédens; leur intervalle un peu plus étroit. Son 
sous-orbilaire antérieur donne en avant une dent 
courte, mais assez pointue, et deux très-petites sur le 
coté. L'épine inférieure ou externe de son préopercule 
est quatre fois plus grosse et plus longue que l'autre, 
et s étend presque jusqu'au bord de l'opercule. Sa 
caudale est, comme les autres nageoires , tachetée 
de brun sur un fond pale. Sa couleur générale pa- 
rait plus fauve , moins brune que dans les précédens. 
B. "ï: D. 8 — 15; A. 14; C. 13: P. 20j V. 1/5. 

Nous l'appelons grande épine, à cause de 



CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 2 4-5 

son épine préoperculaire externe. Le lieu 
précis de son origine ne nous est pas connu. 
On le possède depuis long-temps au Cabi- 
net du Roi. 

Le Platycephale ponctue. 

(Platjcephalus punctatus , nob.) 

Un quatrième , provenant du voyage de 
Péron, et qui a aussi été rapporté de la rade 
de Trinquemalé, à Ceilan, par M. Reynaud, 
et des iles Vanicoro par MM. Quoy et Gay- 
mard, 

a les crêtes de la tête plus relevées que les précé- 
dens et en partie épineuses. On lui voit une petite 
épine à chaque os nasal, une devant et une derrière 
chaque orbite; des dentelures à la crête surcilière; 
une petite épine aux crêtes latérales du crâne , deux 
à celles de la tempe et trois au-dessus de l'épaule. Il 
y en a une petite au milieu du sous-orbitaire anté- 
rieur et deux sur la crête du postérieur : le premier 
n'a point de dent sensible à son bord antérieur. C'est 
l'épine supérieure du préopercule qui est la plus 
grande dans cette espèce, et elle surpasse trois fois 
l'inférieure , qui est fort petite. 

Par ces différentes aspérités , ce platycephale fait 
une sorte de passage au scabcr; mais il n'a pas, comme 
le scaber, la ligne latérale épineuse. 

Un caractère qui le distingue fortement des pré- 
cédens , c'est la grandeur de ses yeux , dont 1 inter- 



244 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

valle n'est pas moitié de leur diamètre transversal. 
D. 9 — 12; A. 12j C. 15; P. 20; V. 1/5. 
Dans la liqueur il paraît fauve- clair en dessus, 
avec de petits points brun-rouges foncés , semés sur 
la tête et aussi sur les côtés du corps, mais en 
moindre nombre. Une large bande noirâtre occupe 
la moitié de sa première dorsale, voisine du bord. 
L'autre dorsale est, ainsi que les nageoires paires, 
tachetée de brun; l'anale est blanchâtre; la caudale a 
sa moitié postérieure noirâtre ou brunâtre, et une 
bande irrégulière semblable en travers sur sa base. 

Nous l'appelons platycéphale ponctué, à 
cause des points de sa tète, dont il paraîtrait 
cependant, par le dessin, que celui de Mada- 
gascar aurait aussi quelque chose, quoique 
Commerson n'en dise rien dans sa description. 

Le Platycéphale a gouttelettes. 

(Platycephalus guttatus , nob.) 

M. Langsdori'a rapporté du Japon au Cabi- 
net de Berlin un platycéphale très-semblable 
à ce ponctué, même par les couleurs, 

si ce n'est qu'il a de gros points noirs , semés irré- 
gulièrement sur le corps et sur la tête. Il paraît aussi 
avoir eu sur le dos cinq bandes plus obscures que 
le fond. Sa première dorsale a la bande noirâtre et 
des taches brunes entre ses rayons : il y a aussi de 
ces taches ou des points bruns sur les rayons de- ses 



CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 245 

nageoires , l'anale exceptée, qui est toute blanchâtre, 
ainsi que le corps. 

Quant aux formes, la seule différence que j'y aper- 
çoive, c'est que les deux petites épines sur les na- 
rines y sont à peine sensibles, et que sa tête parait 
un peu plus alongée à proportion; mais il y a de 
plus une petite différence dans les nombres des 

rayons. 

D. 9 — 10; A. 11. 

La longueur de l'individu est de quatorze pouces. 

Il a été cédé au Cabinet du Roi par le 
Musée de Berlin. 

Le nom japonais de l'espèce , selon M. 
Langsdorf, est notschi. 

Le Platycéphale malabare. 
(Platycephalus malabar icus , nob.) 

M. Bélenger nous a envoyé de Mahé un 
platycéphale très-semblable par les formes au 
punctatus et au guttatits , si ce n'est qu'il a 
une épine de plus à la crête du dernier sous- 
orbitaire. 

Il est tout entier d'un gris-brun foncé uniforme. 
Sa première dorsale n'a pas de bande noire, mais 
est, ainsi que les autres, d'un gris nuageux. 
D. 9 — 12; A. 12, etc. 

L'individu est long de di 



246 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Le Platycéphale a épines égales. 

(Platjcephalus isacanthus , nob.) 

Une espèce de l'archipel des Indes, rap- 
portée par MM. Lesson etGarnot, ressemble 
encore beaucoup aux trois précédentes par sa 
tète; 

mais elle n'a pas ces nombreuses irradiations qui sont 
sur leur crâne ; on n'y voit que trois lignes. Les 
deux épines de l'angle de son préopercule sont 
courtes et à peu près égales. Les dentelures de sa 
crête surcilière sont à peine visibles : il n'y a que 
deux épines sur la crête du troisième sous-orbilaire. 
Sa couleur est en dessus d'un brun un peu roussâtre, 
avec quelques vestiges de bandes; en dessous, dun 
gris-roux pâle. Les tranchans latéraux de la tête ont 
des taches brunes sur un fond gris. Les nageoires ont 
les rayons tachetés de brun. Il n'y a pas de noir à la 
première dorsale, qui est ponctuée, comme les au- 
tres nageoires , et a son premier rayon plus long et 
plus grêle que dans le reste du genre. 
D. 9—1/llj A. 12, etc. 

Nous en avons deux individus venus l'un 
de Waigiou, l'autre de Bourou. Ils sont longs 
de six pouces. 



CHAP. VIT. PLATYCÉPHALES. 247 

Le Platycéphale de Bass. 
( Pla t y cep h a lus basscnsîs , nob. ) 

La Nouvelle -Hollande paraît être la con- 
trée la plus riche en platycéphales. MM. Quoy 
et Gaymard, dans leur seconde expédition, 
en ont pris au port Western , dans le détroit 
de Bass , deux espèces nouvelles. 

L'une d'elles ressemble assez au punciafus et au 
guitatus. Toute sa partie supérieure est d'un brun 
roussàtre semé de points bruns plus foncés. L'épine 
inférieure de son préopercule est la plus grande et 
surpasse la supérieure de plus du double : du reste, 
ses crêtes sont peu marquées; il n'y a que deux den- 
telures mousses en avant de son sous-orbitaire et 
point d'épine à sa surface. L'orbite n'en a qu'une 
petite en avant. Celles du crâne et de la tempe sail- 
lent très-peu. Les deux dorsales ont leurs membranes 
transparentes, et seulement des taches brunes, peu 
marquées, sur leurs rayons. La caudale a en arrière 
des taches brunes, rondes sur sa moitié supérieure, 
et sur l'inférieure des taches noires, qui se confon- 
dent en partie les unes avec les autres : les taches 
brunes des pectorales y forment des bandes trans- 
verses, un peu plus marquées qu'aux dorsales. Les 
ventrales et l'anale sont blanchâtres, ainsi que tout 
le dessous du corps. 

D. 7— 14; A. 14; C. 13; P. 20; V. 1/5. 

Notre individu est long de neuf pouces et demi. 



248 LIVRE IV. JOUES CUIRASSEES. 

Le Platycéphale lisse. 

(Platjcephalus lœvigatus , nob.) 

L'autre platycéphale du port Western est 
le plus lisse de tout le genre. 

Les crêtes de son crâne ne sont pas sensibles et 
ne portent aucune épine. Il n'y en a pas davantage 
au sous-orbitaire, qui manque aussi de dentelures à 
son bord. Les épines du préopercule sont courtes, et 
l'inférieure, encore de moitié plus courte que l'autre, 
est un peu courbée vers le bas et comme tronquée. 
Sa physionomie est d'ailleurs la même que dans les 
précédens , et l'intervalle des yeux n'a pas moitié de 
leur diamètre vertical. Tout le dessus du corps est 
brun foncé ; le dessous blanc. Des taches brunes , 
rondes et serrées , marquent la limite du brun au 
blanc. Les dorsales ont les membranes transparentes 
et des taches brunes seulement sur leurs rayons. La 
caudale a sur ses rayons des taches rondes et brunes , 
qui s'étendent aussi un peu sur sa membrane , sur 
tout le long de ses bords supérieur et inférieur. Les 
pectorales et les ventrales ont le dessous blanc , le 
dessus tacheté de brun sur les rayons. L'anale est 
blanchâtre, comme tout le dessous du corps. 
D. 9 — 14; A. 14; C. 13; P. 19; V. 1/5. 

L'individu est long d'un pied. 



CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 249 

Le Platycéphale raboteux. 
(Platycephalus scaber, BL? Cottus scaber, Linn.) 

Le platycéphale raboteux que Linnaeus 
avait décrit parmi ses cottus (cottus scaber, 
Linn.), est encore plus épineux par la tête 
que les précédens 5 mais ses épines ne sont 
pas tout-à-fait distribuées de même, et d'ail- 
leurs il en a tout le long de la ligne latérale 
qui lui sont particulières. 

Nous avons lieu de croire que, si l'on a 
multiplié les êtres à l'égard de l'insidiateur , 
on les a trop restreints par rapport au rabo- 
teux, et que l'on a confondu sous ce nom 
deux espèces qu'il aurait fallu distinguer. En 
effet, Bloch marque dans sa figure (pi. 180) 
des bandes ou ceintures transversales dont 
Linnaeus n'avait pas parlé, et dont nous ne 
trouvons point de traces dans le plus grand 
nombre des individus qui nous ont été en- 
voyés de la côte de Coromandel. Russel (pi. 47) 
n'en montre non plus aucunes dans le sien ; et 
cette différence, jointe à quelques autres qui 
semblent avoir lieu dans les épines de la 
tête , pourrait bien indiquer une distinction 
d'espèces. 

Nos individus sans bandes sur le corps ont la tête 



250 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

plus étroite que linsidiateur, et même que le ponctué 
el ses analogues. Les yeux sont moins grands et moins 
rapprochés; leur intervalle égale leur diamètre. Le 
premier sous-orbitaire n'a point d'épines qui croisent 
sur le maxillaire. On voit une très-petite épine à cha- 
que nasal, une au-devant de chaque orbite, cinq ou 
six très-petites sur la crête surcilière , quatre plus 
grandes sur la continuation de cette crête, qui se 
prolonge sur le crâne; quatre sur la crête de la tempe, 
qui va de l'oeil à l'os scapulaire, et se continue avec la 
ligne latérale; cinq ou six sur la crête du grand sous- 
orbitaire, qui aboutit à l'angle du préopercule. L'épine 
supérieure de cet angle est trois ou quatre fois plus 
grande que L'inférieure, sous laquelle il y en a une 
troisième encore plus courte, et la grande en a en 
outre une très-petite sur sa base. L'opercule a deux 
épines écartées , dont l'inférieure est à l'extrémité 
d'une arête qui parcourt toute la longueur de cet, 
os. Toutes les écailles de la tempe et de l'opercule 
ont chacune une petite élevure saillante dans son 
milieu. La ligne latérale se marque par cinquante et 
quelques petites épines, pointues et dirigées en ar- 
rière, comme toutes celles de la tête. Elle reste plus 
près des dorsales que dans linsidiateur. Toutes les 
proportions sont d'ailleurs à peu près les mêmes. 

B. 1'; D. 8 — 12; A. 12; C. 18; P. 22 ; V. 1/5. 

Ce poisson est brun ou gris roussàtre dessus et 



1. M. de Lacépéde ne met que six rayons aux branchies de cette 
espèce; mais il y en a sept, comme dans les autres platycéphales. 
Bloch les lui donne aussi. 



CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 251 

blanchâtre dessous, et M. Lesclienault nous dit ex- 
pressément que sa couleur générale est la même qu'à 
îmsidiaieur. Sa première dorsale a une bande noire 
sur sa "membrane , comme dans le ponctué. La se- 
conde , ainsi que la caudale et les pectorales, ont 
des taches brunes sur les rayons et un fond pâle ; 
mais la moitié postérieure de la caudale est noirâtre; 
l'anale est blanchâtre : il y a du noirâtre vers l'ex- 
trémité des ventrales et du brun sua- la plus grande 
partie des pectorales. 

Nous avons reçu le poisson que nous ve- 
nons de décrire de Pondichéry, par MM. Son- 
net at et Lesclienault. Les pécheurs de ce 
canton lui donnent le même nom qu'à linsi- 
diateur [vetoudou-pati). Ceux de Vizagapa- 
tam comprennent aussi les deux espèces sous 
le nom commun dirwa> selon M. Russel. . 

On pèche abondamment ces vetoudou-pati 
de l'espèce raboteuse pendant toute Tannée 
dans la rade de Pondichéry. Ils y parviennent 
à la longueur d'un pied et sont bons à manger. 

Il y a aussi de ces raboteux sans bandes dans 
l'archipel des Indes. M. Reynaud en a rapporté 
plusieurs de Batavia, où il les a entendu appe- 
ler mounto-crébo. 

Dans un individu de la côte de Malabar, 
rapporté par M. Dussumier, 

le brun du dessus est varié d'un brun plus foncé , 



2132 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

mais par lâches nuageuses. Le noir de la première 
dorsale est pâle et comme lavé. 

Nous ne commençons à apercevoir des 
traces de bandes que sur un individu venu 
de Pondichéry dans la liqueur, 

et qui n'en a que sur la partie brune, mais sans qu'elles 
s'étendent sur le blanc de la face inférieure. Il a du 
reste la bande noire sur la dorsale et tous les autres 
caractères des précédens, et ne peut guère en être 
qu'une variété. 

Mais la mer des Indes produit quelques 
platycéphales à ligne latérale épineuse , qui 
diffèrent du scaber, tel que nous venons de 
le décrire, par quelques détails de l'armure de 
leur tète. 

Le Platycéphale de Bourbon. 
(Platycephalus borboniensis , nob.) 

L'un d'eux a été envoyé de l'île de Bourbon 
par M. Mylius : comparé au scaber, il s'en dis- 
tingue, 

i.° parce qu'il n'a que deux épines sur la crête 
du troisième sous-orbitaire, tandis que le scaber en 
a cinq ou six ; 2. parce que l'épine supérieure de 
l'angle de son préopercule est courte et forte, et que 
l'inférieure est presque nulle; 5.° parce que ses yeux 
sont plus grands et leur intervalle plus étroit à pro- 



CHAP. VIL PLATYCÉPHALES. 253 

portion ; 4-° les épines de la ligne latérale sont beau- 
coup moins saillantes ; 5.° le premier rayon de la 
dorsale est plus grêle et plus long. 
D. 9 — 13; A. \Z. 

Ce poisson est long de six pouces ; il paraît tout 
entier d'un gris brunâtre : on ne voit que des points 
sur ses nageoires; mais ses couleurs ne semblent pas 
s'être bien conservées. 

Le Platycéphale de Rodrigue. 
(Platycephalus rodericensis , nob.) 

L'autre, qui vient de la même île, 

a les yeux encore plus rapprochés, leur intervalle 
ne faisant pas le tiers de leur diamètre : la crête de 
son troisième sous-orbitaire a quatre épines fortes et 
tranchantes, et la grande épine de l'angle du préoper- 
cule est aussi très-forte et tranchante. Les épines de 
sa ligne latérale sont très-petites et ne se voient même 
aisément qu'à sa partie antérieure. Sa première dor- 
sale a ses épines proportionnellement assez fortes ; la 
première est courte. 

D. 9 — 12; A. 12. 

Il paraît tout gris-brun, et a des points bruns sui- 
tes nageoires. Ses ventrales offrent une teinte noi- 
râtre; mais je crois ses couleurs altérées. 

Les individus n'ont que trois pouces et demi, 



254 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Le Platycéphale de Timor. 

(Platycephalus timoriensis , nob.) 

MM. Quoy et Gaymard ont rapporté de 
Timor un petit platycéphale 

qui a les mêmes épines à la tète et la même disposi- 
tion des yeux que le précédent: mais dont la tête 
est plus courte et plus large, et le crâne un peu 
autrement dessiné. Il est en dessus d'un brun rous- 
sâtre, et blanchâtre en dessous. 

D. 9 — 1/11; A. 12. 

Il est fort difficile de dire si le cottus scaber 
de Blocli rentre dans quelqu'une des espèces 
précédentes, ou s'il en diffère. Sa figure (pi. 180) 
offre huit bandes bien marquées , qui em- 
brassent la totalité du corps \ on ne voit pas 
de noir à sa première dorsale; les dents et 
les épines des crêtes du crâne paraissent pins 
fortes et moins nombreuses que celles de nos 
individus , et il n'y en a aucunes à la crête 
des sous-orbitaires. Mais ces dernières diffé- 
rences ne tiennent- elles pas au peu d atten- 
tion du dessinateur? Cest ce que nous ne 
pouvons ni affirmer ni nier. 

Ce qui est certain, c'est qu'il existe des 
platycéphales à tètes alongées et épineuses , 
comme ceux que nous venons de décrire. 



CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 255 

qui ont des bandes brunes bien marquées sur 
le corps, et manquent de tache noire à la 
première dorsale. 

Le Platycéphale a longue tête. 
(Platycephalus longiceps , Ehr.) 

M. Ehrenberg en a dessiné un dans la mer 
Rouge, qu'il nomme longiceps, et qui parait se 
rapprocher beaucoup de notre borboniensis ; 

du moins ses épines préoperculaires sont-elles aussi 
courtes. Il a le corps gris , pointillé de noir, avec 
des marbrures de brun foncé, qui y forment cinq 
ou six bandes transversales. Toutes les nageoires sont 
teintes de jaunâtre , et ont des points noirs sur leurs 
rayons. D. 8 — 11; A. 11, etc. 

L'individu est long de sept pouces. 

On nomme l'espèce à Massuah rhagadad, 
comme \insidiatoi\ 

Les deux poissons représentés dans l'atlas 
de Rrusenstern (pi. 5g) ont aussi de grands 
rapports avec celui de Bioch. Si leurs figu- 
res sont exactes, ils doivent être considérés 
comme deux espèces particulières de platy- 
céphales, dont la place naturelle est ici; mais 
nous ne les y mettons que comme pierre d'at- 
tente, parce que nous ne pouvons donner la 



25G LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

description des épines de leurs tètes avec le 
détail nécessaire pour les caractériser. Ni l'un 
ni l'autre n'a de bande noire sur sa première 
dorsale. 

Le premier (fig. i), nommé 

Le Platycéphale japonais 
(Platycephalus japonicus), 

a cette dorsale haute : on y remarque huit rayons. La 
seconde, assez haute aussi, en a quatorze, ainsi que 
l'anale; et le corps a six bandes noirâtres sur un fond 
brunâtre. L'anale est blanchâtre; la caudale a des ta- 
ches noirâtres; les autres membranes ont de petites 
taches brunes le long des rayons. 

Le second (fig. 2), nommé 

Le Platycéphale crocodile 
{Platycephalus crocodilus) , 

ne montre que cinq rayons à sa première dorsale, 
onze à la seconde et à l'anale, et quatre bandes noi- 
râtres sur un fond brun roussâtre. La tête, les parties 
claires du corps et les nageoires , sont irrégulière- 
ment semées de taches noirâtres, excepté l'anale, qui 
est blanchâtre. 

Il ne serait pas impossible que l'on eût 
voulu représenter notre platycephalus gutta- 
tuSy mais il faudrait avouer alors que la ligure 
serait bien mauvaise. 



CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 2ÎS7 

Nous terminerons la série des platyeéphales 
par quelques espèces distinguées des précéden- 
tes par leur crête sous-orbitaire, qui est fine- 
ment dentelée en scie, mais n'a point d'épines. 

La première sera 

Le Platycéphale âpre 
(Platycephalus asper, nob.), 

que M. Langsdorf a rapporté des eaux du 
Japon. Le nom que nous lui avons donné in- 
dique la rudesse et les aspérités de son crâne 
et de plusieurs autres parties de sa tête. 

Sa tête est plus large qu'aux précédens ; ses yeux 
sont très-grands et très-rapprochés ; leur intervalle, 
en forme de sillon, n'a pas en largeur plus du quart 
de leur diamètre. Il est lisse, ainsi que la petite por- 
tion du crâne qui en est le plus rapprochée; mais le 
reste a des lignes de points âpres dans diverses direc- 
tions, et qui en rendent toute la surface rude. Il y a 
aussi de l'àpreté au sous-orbitaire, et les écailles de 
l'opercule sont toutes relevées d'un petit tubercule. La 
crête sur.cilière et celles des sous-orbitaires n'ont que 
de très-fines crénelures, résultant de l'aspérité géné- 
rale de ces parties; mais les arêtes et les épines oper- 
culaires, et l'épine supérieure de l'angle du préoper- 
cule, sont fortes : celle-ci en a une petite sur sa base, 
et il y en a trois au bord inférieur de l'os, assez fortes 
aussi, sans compter celle qui le termine antérieure- 
ment et se dirige en avant, et qui est aussi forte que 

4- 17 



258 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

celle de l'angle. Il y en a une petite au-devant de l'œil. 

Cette espèce est plus courte à proportion que les 
autres, car sa tête prend le tiers de sa longueur et 
est d'un tiers seulement plus longue que large : ses 
écailles sont rudes; mais les épines de sa ligne latérale 
ne sont bien marquées que sur son tiers antérieur. 
D. 8 — 12, etc. 

Sa couleur paraît d'un gris jaunâtre , avec des 
points bruns aux nageoires. Sa longueur est de six 
pouces. 

Le Platycéphale tuberculeux. 
(Platjcephalus tuberculatus, nob.) 

Cette jolie espèce, de la rade de Trinque- 
malé, est tellement semblable à la précédente, 
surtout par les tubercules des écailles oper- 
culaires et de celles de la tempe, qu'on pour- 
rait être tenté de la regarder comme une 
variété, mais 

toutes les arêtes sont finement denticulées, et même 
celles de l'opercule, ce qui lui est particulier. Ses 
épines ne sont pas non plus tout-à-fait les mêmes : 
il y en a deux petites au-devant de chaque œil, et une 
sur le milieu du museau; celle de l'angle du préoper- 
cule est longue, et en porte une seconde, courte, sur 
la base de l'arête. En dessous il y en a cinq ; mais il 
n'y en a point qui soit dirigée en avant, ce qui forme 
une différence très-sensible. La ligne latérale est pres- 
que aussi épineuse qu'au scaber. 

D. 9 — 1/11 j A. 1/11; G. 13,: P. 21; V. 1/5. 



CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 259 

Les couleurs sont : du brun rougeàtre sur le dos, 
du blanc sous le ventre; il y a quelques bandes nua- 
geuses sur le corps ; les nageoires ont des points 
noirâtres sur leurs rayons. 

Le Platycéphale a arêtes dentelées. 

(Platjcephalus serratus , nob.) 

Un autre platycéphale, également rapporté 
par M. Reynaud de la rade de Trinquemalé , 
a, comme les deux précédens, les arêtes des 
différentes pièces du crâne et celles du sous- 
orbitaire finement dentelées et sans aucunes 
épines. 

Sa tête n'a que le quart de la longueur totale. Les 
crêtes surciliaires sont relevées et rapprochées de 
façon qu'elles laissent entre elles un sillon qui n'a 
en largeur que le quart du diamètre transverse de 
l'orbite. La crête principale du deuxième sous-orbi- 
taire, qui cuirasse la joue, est très-relevée et finement 
dentelée : au-dessous il y en a une autre moins sail- 
lante et lisse. L'arête de l'opercule n'a point de den- 
telures, et est tout-à-fait lisse. L'épine supérieure du 
préopercule est la plus forte ; elle est suivie d'une 
autre plus courte, et sur le bord de l'inleropercule 
on en voit deux plus petites : il n'y en a pas qui soit 
dirigée en avant, ou du moins elle est très-petite. Les 
dents sont très-fines. La ligne latérale n'a point d'é- 
pines. Toutes les écailles sont très-rudes à leur bord, 

D. 9 — 1/1 1; A. 11 ; C. 13; P. 19; V. 1/5^ 



200 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Ce poisson dans la liqueur parait brun rougeâtre, 
avec six ou huit bandes brunes, irrégulières, descen- 
dant du dos sur le ventre, qui est blanc. Les nageoires 
sont grises , tachetées de points noirâtres. Il y a sur 
le haut de la dorsale une tache noirâtre. La caudale 
est aussi bordée de noir. Les ventrales sont bleuâtres 
et noirâtres en dessus, et blanches en dessous. 

Notre individu est long de sept pouces. 

Le Platycéphale porte-scie. 
(Platycephalus pristiger, nob.) 

MM. Quoy et Gaymard ont pris à la Nou- 
velle-Guinée un platycéphale très-voisin du 
précédent. 

Il a les mêmes formes, les mêmes arêtes dente- 
lées; mais on lui voit une épine au-devant de l'œil, 
et l'angle antérieur de l'interopercule donne en avant 
une pointe fort aiguë. Il n'y a qu'une seule crête sur 
le sous-orbitaire postérieur, et l'arête de l'opercule 
n'est pas tout-à-fait lisse ; mais c'est plutôt avec le 
doigt que par la vue que l'on peut apercevoir les 
fines aspérités quelle porte. 

La ligne latérale est lisse; les écailles du corps sont 
âpres. La couleur est un brun rougeâtre légèrement 
marbré sur le dos : le ventre est blanc; le haut de la 
dorsale est noirâtre. Le long de chaque rayon il y a 
une série de taches blanches. La caudale est noirâtre; 
les ventrales, bleuâtres, sont traversées par des séries 
de points bruns. 

D. 9 — 1/10: A. 1/10; C. 13; P. 21; V. 1/5. 



CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 26 1 

Les mêmes voyageurs ont pris aux Célèbes 
une variété de cette espèce, 

dont la couleur est plus brune, et qui paraît même 
avoir le museau un peu plus pointu et les dentelures 
des crêtes surciliaires un peu plus prononcées. 



Le sand-krwyper de Renard (2. e partie, 
pi. 5o, fig. 210) est évidemment un platycé- 
phale et assez voisin de notre ponctué; mais 
la figure lui fait toutes ses nageoires vertes 
et sans taches. Au reste , nous nous garde- 
rons bien d'établir une espèce sur cette gros- 
sière figure; mais nous croyons devoir la citer, 
parce que la note qui y est jointe fait con- 
naître que ce poisson se tient aussi dans le 
sable, et rend assez probable que cette habi- 
tude appartient à tout le genre. 

Un des hommes les plus ignorans qui se 
soient occupés d'histoire naturelle , le Hollan- 
dais Houttuyn, parmi différons poissons du 
Japon 1 en a décrit un, qu'à cause de sa large 
tète il a imaginé être un silure , quoique , 
dit-il, son corps soit écailleux > et qu'il riait 
ni barbillons ni rayons épineux et dentelés; 
il le nomme silurus imberbis. Gmclin, comme 



1. Mémoires de la Société hollandaise des sciences de Harlem» 
t. XX, 2. e part. , p. 558. 



262 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

à son ordinaire, copie Houttuyn, et introduit 
ce poisson à la fin du genre silurus ; et M. de 
Laçépède, comme à son ordinaire aussi, sup- 
posant sur la parole de Gmelin (car il n'avait 
pas même remonté à Houttuyn) qu'il a vrai- 
ment les caractères généraux des silures, sauf 
ceux qui lui sont expressément refusés, en a 
fait son genre centranodon. Pour nous, qui 
nous sommes toujours défiés de ces espèces 
anomales, que l'on place au hasard dans des 
genres dont elles- n'ont pas les caractères essen- 
tiels, nous avons eu recours à l'auteur origi- 
nal, afin de découvrir, s'il était possible, quel 
poisson il avait eu sous les yeux. 
Voici la description dTIouttuyn : 

u Ce poisson ressemble tellement à un silure, sur- 
ce tout à certaines espèces étrangères de ce genre, que 
« je ne puis le rapporter à aucun autre genre, quoi- 
« qu'il n'ait ni barbillons, ni rayons dentelés en scie. 

« Son corps est rond et écailhux ; sa tête très- 
K plate, avec de grands yeux, rapprochés comme 
« dans Furanoscope. Chaque opercule a deux épines, 
« et la membrane branchiale six rayons. Les nom- 
ce bres de rayons de ses nageoires sont comme suit : 

D. 7 — 11; A. 10; C. 13; P. 20; V. 6. 

« La caudale est arrondie, variée de noir et de 
l( blanc , comme toutes les nageoires supérieures. 
« Le corps est rougeâtre. Il n'y a pas de dénis aux 



CHAP. VII. PLATYCÉPHALES. 263 

« mâchoires. Tout le poisson n'est long que de six 
« pouces. 5) 

Il n'est aucun naturaliste exerce à interpréter 
de mauvaises descriptions qui ne reconnaisse 
dans celle-ci un platycépliale, mais dont l'es- 
pèce est impossible à déterminer. 

Dans tous les cas il est certain que le genre 
centranodon doit disparaître de l'ichtyologie. 



264 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

CHAPITRE VIIL 

De quelques petits genres voisins des 
Cottes 9 et conduisant en partie aux 
S cor pênes. 

Nous croyons devoir réunir dans ce cha- 
pitre, comme nous lavons fait en quelques 
autres occasions , divers poissons qui , sans 
s'éloigner beaucoup ni des cottes ni des scor- 
pènes, ne peuvent cependant être classés dans 
ces genres, à quelques termes que Ton réduise 
leurs caractères, et dont chacun par consé- 
quent semble le premier échantillon d'un 
genre nouveau. Ils nous viennent tous des 
mers septentrionales, qui paraissent singulière- 
ment abondantes en espèces de cette famille. 

DE I/OPLICHTE {Opliçhthys, noL.), 

Et de V espèce de Langsdorf. 
{Oplichthys Langsdorfii, nob.) 

Nous commencerons par une espèce très- 
remarquable , rapportée du Japon par M. 
Langsdorf, et à qui sa tète aplatie et son 
préopercule épineux donneraient des rapports 
avec les platycéphales , tandis que l'armure de 



CHAP. VIII. OPLICHTE. 265 

son corps la rapprocherait des aspidophores; 
mais qui s'éloigne des premiers par cette ar- 
mure même, et parce que ses ventrales seraient 
plutôt jugulaires qu'abdominales ; et des se- 
conds, parce que ces mêmes ventrales ont cinq 
rayons mous, tandis que dans les aspidophores, 
comme dans les cottes, elles n'en ont que trois. 

Peut-être trouvera-t-on, quand on connaîtra 
mieux ce genre, qu'il se rapproche autant des 
eallionymes que des cottes. Le nom que nous 
lui donnons signifie poisson cuirassé (doTrAov 
et (ïîxSvç). 

Nous avons jugé convenable d'attribuer à 
l'espèce le nom du naturaliste a qui nous la de- 
vons, et nous l'appellerons oplichlliys Langs- 
dorfii. M. Langsdorf, ne la séparant point des 
aspidophores , la nommait aspidophorus pu- 
siïïus. 

Sa tête est aplatie horizontalement autant et plus 
qu'à aucun platyeéphale, triangulaire , âpre et irré- 
gulièrement granulée à sa surface, bordée des deux 
côtés par le tranchant de trois sous-orbitaires, qui , 
se joignant à la crête du préopercule devenue son 
bord latéral, y forment quatre festons peu saillans, 
mais divisés en dentelures ou en petites épines aiguës. 
Le quatrième de ces festons, qui appartient au préo- 
percule, se termine à son angle par une grande épine 
dirigée en arrière, un peu arquée et fort pointue. Ces 



266 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

os se reploient en dessous, et ne sont pas moins âpres 
à la face inférieure de la tête qu'à la supérieure. L'in- 
teropercule, qui appartient entièrement à l'inférieure, 
y a aussi son bord externe divisé en dentelures 
aiguës. L'opercule a deux arêtes, terminées chacune 
par une pointe aiguë. De grands yeux ovales, placés 
au milieu de la face supérieure, et prenant près 
du tiers de sa longueur, sont rapprochés l'un de 
l'autre, de manière que leur intervalle ne fait pas 
moitié de leur diamètre transversal. Quatre petites 
épines droites sont disposées en carré sur le crâne. 
Les deux mâchoires sont égales en longueur et en- 
tourées latéralement par les sous-orbitaires : la supé- 
rieure est échancrée dans son milieu ; les maxillaires 
et les intermaxillaires sont étroits et cachés sous les 
sous-orbitaires. La mâchoire inférieure a ses branches 
dans le même plan , étroites et courbées en parabole. 
Le corps de l'os hyoïde ou l'isthme est en forme de 
cœur , plat et lisse entre les deux interopercules. La 
membrane branchiostège me paraît attachée à la 
peau de la poitrine et ne s'ouvrir que dans le haut 
de l'opercule , comme celle des callionymes. Je crois 
y compter six rayons. La région pectorale est pres- 
que aussi déprimée que la tête , et ce n'est que der- 
rière les pectorales que le corps, se rétrécissant, 
approche de la figure prismatique. Il est enveloppé 
de chaque côté par une suite de pièces transversales 
osseuses et. âpres , ayant chacune deux plans : un 
dorsal, placé obliquement et de manière que sa partie 
plus voisine du dos est plus en avant ; l'autre qui 
descend verticalement et s'arrondit dans le bas : ces 



CHAP. VIII. OPLICHTE. 267 

parties descendantes et arrondies laissent entre elles 
des intervalles triangulaires remplis seulement par la 
peau. Le dessous de l'abdomen n'a aussi que de la peau - 7 
mais toute la ligne moyenne du dos et du dessus de la 
cmeue est garnie de pièces osseuses impaires, oblon- 
gues, plus étroites au dos qu'à la queue, et sur les- 
quelles s'articulent les rayons des nageoires. Deux 
fortes épines arment l'angle que forment ensemble les 
deux plans des pièces latérales, et la série de ces dou- 
bles épines est la seule ligne latérale que l'on voie. 
Ces plaques latérales s'élargissent vers l'arrière de la 
queue, qui devient plus déprimée que son commen- 
cement. Les pectorales sont assez amples, de plus du 
cinquième de la longueur du corps. J'y compte quinze 
rayons, dont les quatre ou cinq derniers, séparés des 
autres par une forte échancrure, semblent consti- 
tuer une petite nageoire particulière. Les ventrales 
s'attachent un peu plus avant que la base des pec- 
torales, et sont d'un tiers plus courtes: leur rayon 
interne est le plus long. La première dorsale a six 
rayons faibles, dont je ne puis assigner la longueur, 
parce qu'ils sont rompus dans l'individu que j'ai sous 
les yeux : deux petites plaques impaires, sans rayons, 
sont entre elle et la seconde; celle-ci a quinze rayons, 
assez longs, grêles, articulés, mais non branchus. 
L'anale répond à cette seconde dorsale et a seize 
rayons, dont le dernier est fourchu. Je ne puis bien 
décrire la caudale, qui est brisée dans mon individu; 
mais elle me parait avoir eu treize rayons. 

B. 6; D. 6— 15 5 A. 16; C. 13; P. 15; V. 1/5. 
Ce singulier poisson est long de six pouces. Des- 



2G8 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

séché, comme je le décris, il paraît d'un gris-bru- 
nâtre pâle ; les rayons de ses pectorales paraissent 
avoir eu des points bruns, et leur extrémité est 
teinte de noirâtre. 

Pour assigner sa véritable place, il sera im- 
portant d'en avoir l'anatomie. 

DE L'HÉMITRIPTÈRE (Hemitripterus, nob.), 

J^t de l'espèce cV Amérique. 
{Hemitripterus americanus , nob.) 

Un des poissons les plus singuliers de cette 
famille l , et qui tient vraiment le milieu entre 
les cottes et les scorpènes , a été décrit par 
M. Mitchill sous le nom de scorpœna flava. Le 
zèle éclairé de M. Milbert nous a mis à même 
de le décrire aussi avec beaucoup de détail et 
d'après plusieurs individus. 

La séparation des deux dorsales, dont la 
première est même subdivisée , et la largeur 
de la tête, sembleraient devoir le rapprocher 
des cottes ; mais ses tentacules nombreux et 
divers, et les dents dont ses palatins sont ar- 
més, le ramènent aux scorpènes. 

1. Coi tus acadianus , Pennant, Arct. zool. , t. III, p. 371, ou 
Cottus tripterygius , Bloch, édit. de Schn., p. 65; Cottus hispiâus, 
ibid.; Scorpœna fiava , Mitchill, Act. noveb. , t. I, pi. 2, fig. 8; 
Diable ou Crapaud de mer d'Amérique, Duhamel, 2/ part. , sect. 5, 
pi. 2 , fig. 5, ou Scorpœna americana , Gmel., p. 1220? 



CHAP. VIII. HÉMITRIPTÈRE. 269 

Son corps est oblong, plus mince en arrière, et 
a souvent l'abdomen gonflé; sa hauteur est quatre 
fois et demie dans sa longueur, et son épaisseur 
égale à peu près sa hauteur : la longueur de sa tête 
est un peu plus de trois fois dans la longueur totale; 
elle est d'un cinquième moins large que longue, et 
d'un quart moins haute que large. 

Sa tête n'est pas moins hérissée que celle d'aucune 
scorpène; elle a une épine à chaque nasal, deux forts 
tubercules sur l'orbite, deux de chaque côté sur le 
crâne, trois sur la tempe, quelques-uns de petits 
au sous-orbitaire antérieur, un plat et peu sensible 
au postérieur, qui cuirasse le haut de la joue, au- 
près de l'articulation de l'opercule, et un au bas de 
l'os surscapulaire. 

Le préopercule est arrondi comme dans les scor- 
pènes, et donne trois pointes, dont l'inférieure peu 
marquée. 

Les bords des orbites sont très-relevés; leur inter- 
valle concave, plus large que long; les yeux dirigés 
en dehors, du double plus petits que cet intervalle. 
Le dessus du crâne est lui-même concave entre les 
deux crêtes tuberculeuses qui le limitent. 

L'opercule se termine en angle assez mousse. 

La membrane des ouïes s'unit à sa semblable sous la 
gorge, sans s'y fixer; elle a de chaque côté six rayons. 1 

De larges bandes de dents en cardes garnissent les 
mâchoires, le devant du vomer et les palatins : il y en 
a aussi de fortes plaques aux pharyngiens; mais les 

1. M. Mitchill lui en donne sept; mais c'est une inadvertance 



270 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

arcs branchiaux n'en ont que des groupes à peine 
sensibles, tant elles y sont menues. La langue, qui est 
large, épaisse, obtuse et assez libre, n'a aucunes dents. 

La première dorsale commence immédiatement 
sur la nuque, et occupe un espace qui égale le tiers 
de la longueur totale; elle a quinze ou seize rayons. 
Les deux premiers sont les plus élevés ; ils égalent 
les deux tiers de la hauteur du corps; les suivans 
baissent rapidement jusqu'au quatrième ou au cin- 
quième, puis ils se relèvent et diminuent peu jus- 
qu'au dernier : de cette manière la première dorsale 
a une échancrure profonde, après son quatrième ou 
son cinquième rayon, qui a pu en faire deux nageoires 
pour beaucoup d'observateurs, et c'est ainsi qu'on a 
compté à ce poisson trois dorsales. Cette seconde 
partie s'élève moins que la première : les épines de 
l'une et de l'autre sont médiocrement poignantes ; 
elles sortent toutes de la membrane, et sont accompa- 
gnées chacune d'un petit lambeau. La deuxième dor- 
sale est un peu plus élevée que la seconde partie de la 
première, et a douze ou treize rayons, tous simples, 
mais articulés ; sa coupe est à peu près arrondie. 

L'anale a quatorze rayons articulés, mais simples, 
excepté les quatre ou cinq derniers; ils sortent tous 
de la membrane, ou plutôt elle est échancrée en avant 
de chacun d'eux. L'espace nu derrière ces deux na- 
geoires est d a peu près le dixième de la longueur- 
totale; la caudale en fait un peu plus d'un sixième : 
elle est arrondie et a douze rayons entiers. 

Les pectorales forment de larges ovales un peu 
obliques; leur longueur fait plus du quart du total. 



CHAP. VIII. HÉMITRIPTÈRE. 271 

Elles ont dix-huit rayons, tous simples et articulés; 
les dix ou douze inférieurs sont plus gros, et vont, 
en se raccourcissant, jusqu'au plus inférieur, qui est 
le plus court. 

Les ventrales sortent à peu près sous le tiers an- 
térieur des pectorales; elles sont trois fois plus 
courtes, comme tronquées, et ne se composent que 
d'une épine courte et de trois rayons mous. 

B. 6; D. 15—12; A. 14 j C. 12 ; P. 18; V. 1/3. 

Ce poisson est revêtu dune peau molle, fine- 
ment granuleuse; de petits tubercules coniques sont 
semés entre les granulations, surtout au-dessus de 
la ligne latérale, où ils sont à la fois plus gros et 
plus nombreux qu'au-dessous : on en compte sur 
elle environ quarante-cinq. Il n'y en a presque pas à 
la tête. La peau du ventre est molle et lisse, sans petits 
grains ni tubercules. 

Il y a sur les yeux et autour des mâchoires plu- 
sieurs de ces lambeaux charnus et plus ou moins 
déchiquetés, que l'on observe dans les scorpènes; 
deux au bout antérieur du museau ; un près de 
chaque épine nasale; deux sur chaque orbite, dont 
le deuxième grand et fort dentelé; un petit au milieu, 
et un grand au bout de chaque intermaxillaire; un 
à l'extrémité externe du maxillaire ; quatre grands et 
bien déchiquetés sous chaque maxillaire, et deux 
petits au milieu de la joue. 

La couleur de cette espèce paraît varier. M. Mit- 
chill la décrit comme d'une belle couleur de citron, 
avec des marbrures brunes ou noirâtres sur les flancs 



272 



LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 



el les nageoires. M. de la Pilaye, qui l'a bien dessinée 
à Terre-Neuve, la nommait cottus coccineus , parce 
que sur cette côte elle est sur les flancs d'un rouge 
carminé très-éclatant, qui devient obscur sur le dos 
et blanchâtre sous le ventre. Nous en avons un indi- 
vidu qui conserve encore une teinte aurore fort vive, 
avec quelques marbrures brunâtres et des points 
blancs sur la tête. Un autre paraît maintenant tout 
gris, varié de brun. 

Notre plus grand individu a treize pouces; M. Mit- 
chill en a eu de quatorze. Il y en a à Miquelon, selon 
M. de la Pilaye, de deux pieds et plus. 

Le foie de ce poisson est médiocre, composé 
d'un seul lobe , à peu près triangulaire , et placé 
dans le côté gauche de l'abdomen : sa pointe droite 
passe sous l'œsophage, et donne attache à la vési- 
cule du fiel, qui est assez grande et déforme oblongue. 
Le canal cholédoque est long, assez gros, e! rampant 
à côté des vaisseaux hépato-cystiques, il débouche, 
ainsi qu'eux, dans le premier cœcum, en commen- 
çant à les compter par la droite. 

L'œsophage est très-large, à parois musculeuses, 
fortes et épaisses. Il est court, et il se dilate en un 
vaste estomac, qui remplit presque toute la cavité 
abdominale ; cet estomac a ses parois minces et sans 
plis en dedans. 

Le pylore s'ouvre en dessous non loin du cardia, 
il est muni de six appendices cœcales, dont cinq nais- 
sent de la face inférieure du pylore; et une sixième, 
plus grosse, mais beaucoup plus courte que les au- 
tres, est au-dessus du pylore. 



CHAP. VIII. HÉMITRIPTÈRE, 273 

L'intestin est long et d'un diamètre assez grand. 
Il fait quatre replis principaux avant de se rendre à 
l'anus : entre chaque repli il est très-onduleux. 

La rate est brune, située sur le duodénum, à 
peine plus grosse qu'une lentille, dont elle a la forme. 

Les laitances sont médiocres, ainsi que les reins, 
qui aboutissent dans une grande vessie urinaire peu 
profondément divisée. 

Il n'y a pas de vessie natatoire. 

La tunique des laitances n'est pas noire, comme 
dans les cottes. 

J'ai trouvé dans l'estomac de ce poisson un petit 
congre tout entier. 

Le squelette a seize vertèbres abdominales et vingt- 
trois caudales, trente-neuf en tout. 

Ses côtes sont fort grêles, et les os du carpe larges 
et carrés. 

A New-York ce poisson se prend avec les 
morues; mais il ne paraît pas qu'il y soit 
commun, puisque M. Mitchill n'en rapporte 
aucun nom vulgaire. On en prend aussi aux 
îles de Saint-Pierre et Miquelon, et par con- 
séquent à Terre-Neuve, et toujours aux lignes 
tendues pour la morue. M. de la Piiaye dit 
que les Miquelonnais les appellent faux-gron- 
dins, et qu'ils les connaissent aussi sous les 
noms de plogoille et de ragoscolle, qui leur 
auraient été donnés par les sauvages de Terre- 
Neuve ; mais ce dernier semble plutôt une 
4. 18 



274 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

dérivation du nom français de la scorpène 
{rascasse). 

Nous ne voyons aucune raison de douter 
qu'il ne faille rapporter à ce poisson la courte 
notice donnée par Pennant de son cottus 
acadianus , notice faite sur un individu long 
seulement de cinq pouces , qui venait de la 
Nouvelle-Ecosse, et sur laquelle Bloch, dans 
son Systema, a établi son cottus triptery- 
gius. 11 nous paraît que c'est aussi le cottus 
hispidus, inscrit par Bloch immédiatement 
au-dessus du tripterygius, et représenté plan- 
che i3 du Systema. Les différences que Ion 
pourrait trouver dans la figure, ne viennent 
que de ce qu'elle a été faite d'après un indi- 
vidu sec qui avait perdu ses lambeaux. Bloch 
avait aussi reçu ce poisson de New-York, et 
on lui avait écrit qu'il s'y nommait sea-raven, 
c'est-à-dire corbeau de mer ou cormoran. 

M. de la Pilaye va jusquà penser que ce 
pourrait être le diable de mer d'Amérique 
de Duhamel, sect. 5, pi. 2, fig. 5 (scorpœna 
americana , Gmel.); mais il faudrait suppo- 
ser cette figure si mauvaise, ou faite d'après 
un individu si mutilé , quant à la première 
dorsale, que nous osons à peine admettre 
cette conjecture. 



CHAP. VIII. HÉMILÉPIDOTES. 275 

DES HÉMILÉPIDOTES {Hemilepidotus, nob.). 

Un autre petit groupe , à quelques égards 
intermédiaire entre les cottes et les scorpènes, 
mais au total plus voisin de ces dernières, c'est 
celui qui embrasse ces espèces de la mer de 
Kamchatka, dont le corps n'a des écailles que 
sur certaines bandes. L'épi thète dihemilepi- 
dotus, donnée à l'une d'elles par M. Tilesius , 
me servira à désigner tout le genre. 

La forme de leur tète et la disposition de 
leurs épines ressemblent assez à ce qu'on voit 
dans les cottes 5 mais leur dorsale unique, et 
les dents qui garnissent leurs palatins, aussi 
bien que le devant de leur vomer, les rappro- 
chent des scorpènes; et ce qui les distingue 
à la fois de ces deux genres, ce sont les écailles 
qui couvrent de chaque côté leur corps de 
deux larges bandes, tandis que deux autres 
bandes, qui alternent avec les premières, en 
sont dépourvues. Sous ce rapport encore ces 
espèces sont, comme on voit, moitié cottes, 
moitié scorpènes. 

M. Tilesius, à qui nous en devons la pre- 
mière connaissance, dit que les matelots de 
l'expédition de Krusenstern prirent dans la 
mer d'Ochotsk, sur les côtes de File de Saga- 
lien, et jusque sur les côtes du Japon, plu- 



270 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

sieurs espèces ou variétés différentes, toutes 
ainsi écailleuses clans certaines parties de leur 
surface, mais enveloppées d'une peau épaisse 
et muqueuse , qui ne laisse voir les écailles 
que lorsqu'elle est desséchée ou enlevée. 

Ce naturaliste en représente une dans les 
Mémoires de l'Académie impériale de Péters- 
bourg (t. III, pi. 11), et en donne une des- 
cription détaillée, page 262. Il nous a procuré 
l'avantage de décrire aussi d'après nature cette 
même espèce , en nous en adressant un indi- 
vidu sec , mais parfaitement conservé , que 
nous avons placé au Cabinet du Roi, avec le 
nom du donateur. Nous croyons devoir don- 
ner ce nom à l'espèce elle-même. 

Z/Hémilépidote de Tilesius. 

(Hemilepidotus Tilesii, nob.; Cottus hemilepidotus, 
Til.j Cottus trachurus, Pall.) 

La tournure générale de cet hémilépidote est à 
peu près celle d'un chaboisseau. Sa longueur com- 
prend près de cinq fois sa hauteur et un peu plus de 
trois la longueur de sa tête, qui, les ouïes fermées, est 
d'un tiers moins large que longue. La tête est moins 
armée que dans notre chaboisseau d'Europe; le 
dessus de son crâne et ses tempes n'ont ni crête ni 
épines, mais des lignes granulées, serrées, disposées 
en rayons autour de certains centres. Les orbites 



CHAP. VIII. HÉMILÉPIDOTES. 277 

n'ont aucunes épines ni dentelures. Entre eux est un 
espace concave à peu près de la largeur de leur dia- 
mètre, et presque lisse. Sur chaque os nasal est une 
petite pointe très-aiguë. Le premier sous-orbilaire 
n'a qu'une petite proéminence mousse en avant; le 
reste de son étendue et toute celle du grand, n'ont 
que quelques rides ; et trois petits, qui sont derrière 
l'œil, n'ont que des granulations. L'angle du préo- 
percule est arrondi et entouré de trois fortes épines 
pointues, dont les deux supérieures, qui sont les 
plus longues, n'atteignent pas cependant le bord 
de l'opercule. Son bord inférieur a aussi une dent. 
La surface de l'opercule a deux arêtes mousses et 
larges, terminées chacune par une petite pointe, 
et ces pointes sont fort écartées. Il y en a de plus 
une petite au bord inférieur, dirigée vers le bas. 

Les deux mâchoires sont à peu près égales, fen- 
dues jusque sous le milieu de l'orbite, garnies de 
larges bandes de dents en velours; le rang interne 
de l'inférieure a des dents plus fortes : une bande 
étroite de ces dents garnit le devant du vomer et 
chaque palatin. La langue est courte, obtuse et lisse. 

L'os maxillaire est étroit et marqué d'un sillon , 
et porte un petit lambeau à son extrémité. H y a 
aussi deux petits lambeaux grêles sous le milieu de 
la mâchoire inférieure , et un à chacune de ses 
branches. 

Je ne puis voir à la membrane des ouïes que 
six rayons, comme dans les cottes. 

L'os surscapulaire est dentelé à son bord supérieur. 
Le claviculaire a une épine au-dessus de la pectorale. 



278 LIVRE IV. JOUES CUÏRASSI.f.>. 

La pectorale a la même forme oblique que dans 
la plupart des cottes et des scorpènes. On y compte 
dix- sept rayons, tous simples, quoique articulés, 
dont les supérieurs sont un peu plus minces. Les 
ventrales sont de cottes, étroites, et composées seu- 
lement d'une épine et de trois rayons mous. 

La dorsale ne va pas en avant jusqu'au crâne, et 
seulement jusque vis-à-vis l'articulation antérieure 
du scapulaire, ce qui est cependant plus avant que le 
haut de l'ouverture branchiale. Sa hauteur est mé- 
diocre, et ne surpasse pas la moitié de celle du corps 
en avant. Ses épines sont rondes, peu épaisses et 
arquées en arrière. La troisième est plus courte que 
les deux précédentes ; la quatrième redevient un peu 
plus longue; de la septième a la dixième elles redé- 
croissent un peu, et la onzième reprend un peu; 
mais les rayons mous qui la suivent sont de près de 
moitié plus longs qu'elle. Il y en a dix-huit, tous arti- 
culés, et dont les douze postérieurs, au moins, sont 
un peu branchus à leur extrémité , et occupent un es- 
pace d'un tiers plus long que celui des épines. L'anale 
correspond, pour l'étendue, à cette partie molle de la 
dorsale : elle a quinze rayons, dont un seul pourrait 
être épineux; les autres sont articulés, mais la plupart 
sans branches. L'espace nu derrière les deux nageoires 
fait à peine le seizième de la longueur totale ; la 
caudale en fait le cinquième; elle est coupée presque 
carrément, et n'a que douze rayons. 

B. 6; D. 11/18; A. 1/14; C. 12 j P. 17; V. 1/3. 

Aucune partie de la tête n'a d'écaillés; mais de 



CIIAP. VIII. HÉMILÉPIDOTES. 279 

chaque côté de la dorsale est une bande formée de 
quatre rangées de petites écailles rondes et finement 
dentelées, dont la partie extérieure se relève d'une 
façon singulière, qui en fait comme autant de petites 
crêtes. Les deux bandes se réunissent sur la nuque 
par un arc qu'elles forment au-devant de la dorsale. 
Une bande nue deux fois plus large est placée de chaque 
côté au-dessous des précédentes; puis vient une rangée 
de semblables écailles au-dessus de la ligne latérale, 
et au-dessous d'elle deux ou trois , ou même quatre 
et cinq rangées à quelques endroits , qui forment de 
chaque côté une deuxième bande écailleuse moins 
régulière que celle qui borde la dorsale, plus étroite 
en avant, mais plus large dans son milieu et à sa par- 
tie postérieure : tout ce qui est au-dessous de cette 
seconde bande est nu. Aucune nageoire n'a d'écaillés. 

Dans son état sec, ce poisson parait d'un brun 
roussâtre, irrégulièrement marbré, tacheté et poin- 
tillé de noirâtre. D'après M. Tilesius, il y a dans le frais 
des teintes rousses, violâtres et pourprées; mais on 
voit aussi des individus h fond jaunâtre ou olivâtre. 

Notre individu a sept pouces et demi : la taille 
la plus ordinaire de l'espèce est de neuf. 

Cet hémilepidote fait souvent entendre un 
bruit ou une voix grognante , analogue à celle 
des trigles. 

La figure donnée par M. Tilesius (Mém. de 
l'Acad. de Pétersbourg, t. III, pi. 1 1, fig. 1 et 2) 
est très-bonne; mais une observation impor- 
tante à faire , c'est que cet auteur croit et dit 



280 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

expressément dans son texte (p. 266), que sa 
planche 12 représente le même poisson dans 
son état frais et lorsque sa peau molle cache 
encore ses écailles 5 l'on voit cependant à cette 
figure des épines sur le crâne et une division 
profonde entre les deux dorsales, qui s'accor- 
dent mal avec ce que nous offre l'espèce que 
nous venons de décrire, et qui semblent plu- 
tôt indiquer un cotte qu'un hémilépidote. 

Une autre observation, non moins impor- 
tante , c'est que le poisson représenté dans 
l'atlas du Voyage de Rrusenstern (pi. 87, fig. 4) 
ne peut pas être non plus, comme M. Tilesius 
semble le penser, une simple variété de 11) é- 
milépidote que nous venons de décrire. On 
ne lui a marqué que neuf épines à la première 
partie de sa dorsale, une épine et treize rayons 
mous à la seconde; son préopercule a quatre 
épines, etc. La figure n'étant qu'au quart de la 
grandeur naturelle, l'individu devait être long 
de trente-deux pouces. C'est bien plutôt, à ce 
qu'il nous semble , le cottus polyacanthoce- 
phaliis., dont la tête a été vaguement dessinée. 

Mais Pallas a décrit un véritable hémilépi- 
dote, et peut-être le même que le nôtre, sous 
le nom de cottus trachurus \ Sa description 

1. Pallas, Zoogr. ross. , t. III, p. i58, n.° 106, et pi. 2 5. 



CHAP. VIII. HÉMILÉPIDOTES. 281 

s'accorderait même entièrement avec la nôtre, 
s'il ne comptait vingt et un rayons mous à la 
dorsale , tandis que nous n'y en trouvons que 
dix-huit, et s'il ne plaçait une espèce de di- 
vision entre les trois premières épines de cette 
nageoire et les huit suivantes ; mais cette divi- 
sion peut avoir été accidentelle. Son individu 
était long de neuf pouces, et il en avait un 
d'un pied. Tous les deux lui avaient été don- 
nés parle capitaine Billings, qui en avait pris 
un près du continent de l'Amérique , et l'autre 
aux îles Kouriles. On voit par son article que 
Steller avait aussi observé cette espèce dans 
le voisinage du continent américain, et l'avait 
nommée cottus duabus brevibus barbulis sub 
mento. Les habitans des îles Aleutiennes l'ap- 
pellent hiekejak. 

Pallas x donne un extrait des observations 
anatomiques faites sur ce poisson par Steller. 
Son foie avait trois lobes; on n'y découvrait pas 
de vésicule du fiel, mais il s'y voyait de nombreux 
conduits biliaires. L'estomac, dans un individu long 
d'un pied, n'était que de la grosseur d'un gland, et 
contenait un petit pleuronecte, quelques petits crabes 
et un fragment de madrépore. Il y avait au pylore 
cinq appendices assez longues. Les intestins ne 
faisaient qu'un repli, et étaient remplis d'un chyme 

1. Zoogr. ross., t. III, p. i4o- 



282 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

blanc, peut-être à cause des madrépores. Les reins 
étaient fourchus à leur extrémité antérieure; et les 
deux ovaires étaient remplis de très-petits œufs. 1 

DES BEMBRAS (Bembras, nob.), 

Et de V espèce du Japon. 
[Bembras japonicus, nob.) 

Les formes intermédiaires entre les cottes 
et les scorpènes ne sont pas épuisées ; et en 
voici encore une qui nous vient, comme tant 
d'autres poissons singuliers, du nord de l'océan 
Pacifique. Nous la devons à M. Langsdorf, qui 
l'a rapportée du Japon. 

Sa tête a presque les mêmes crêtes et les 
mêmes épines que dans les platycéphales; mais 
elle n'est nullement aplatie : ses ventrales, loin 
d'être en arrière des pectorales, sont plutôt en 
avant, et ont cinq rayons mous; il y a, comme 
dans les scorpènes, des dents en velours aux 
palatins, aussi bien qu'au vomer et aux mâ- 
choires; mais ses dorsales sont séparées comme 
dans les cottes. 



1. M. Tilesius, qui a fait de grandes confusions, en mêlant, 
sans les distinguer nettement, les notes de Steller et de Pallas avec 
les siennes, rapporte cette anatomie au myoxocephalus de Steller, 
qui est un vrai cotte, et non pas un hémilépidote (Mémoires de 
l'Académie de Pétersbourg, t. III, p. 278). 



CHAP. VIII. BEMBBAS. 285 

L'espèce sur laquelle ce genre repose, a le corps 
sept fois aussi long que haut; son épaisseur vers le 
devant égale presque sa hauteur : la longueur de 
sa tête est trois fois et demie dans celle du poisson : 
sa hauteur au crâne est deux fois et demie dans sa 
propre longueur, et elle n'a pas en arrière plus 
d'épaisseur que de hauteur. Le profil descend insen- 
siblement à compter des yeux, et le museau, un 
peu déprimé et obtus, a quelque chose de celui du 
brochet. Les yeux sont ovales, fort grands et placés 
à peu près au milieu de la longueur de la tête, 
mais tout près de la ligne du profil. Leur diamètre 
longitudinal est du tiers de cette longueur, et le 
vertical, d'un tiers moindre; entre eux est un inter- 
valle de moitié de leur diamètre vertical. La bouche 
n'est pas tout-à-fait fendue jusque sous le bord an- 
térieur de l'œil; mais le maxillaire s'étend jusque- 
là. La mâchoire inférieure avance un tant soit peu 
plus que l'autre; son milieu est légèrement échancré. 
Il y a, comme nous l'avons dit, des bandes de dents 
en fin velours aux mâchoires, au-devant du vomer 
et sur chaque palatin. Le premier soUs-orbitaire 
est grand, deux fois plus long que haut, et a deux 
épines rapprochées, aiguës à son bord inférieur. La 
crête de celui qui va s'unir au préopercule marche 
très-près de l'œil, et a deux petites épines. Le préo- 
percule en a quatre , dont une à l'angle , deux au- 
dessus et une petite au-dessous; mais il n'en a point 
qui se dirige en avant, comme dans les platycéphales : 
celle de l'angle se continue avec une crête transverse 
du limbe. L'opercule a deux arêtes, terminées 



284 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

chacune par une pointe aiguë; et il y en a une 
semblable sur le subopercule, dont le bord a en 
outre une petite pointe. La crête surcilière a deux 
ou trois dentelures pointues ; et il y a une crête ter- 
minée en pointe sur la tempe , et une autre sur l'ar- 
rière du crâne. Le devant de l'orbite a une petite 
épine; mais on n'en voit point sur les narines. Les 
ouïes sont fendues jusque sous le devant de l'œil , 
et ont chacune six rayons. Il n'y a point d'armure 
à 1 épaule, si ce n'est une petite épine à l'huméral. 
Les pectorales n'ont pas plus d'ampleur que dans les 
platycéphales; leur longueur est du sixième de celle 
du poisson. On y compte dix-sept rayons, dont les 
six inférieurs ne sont pas fourchus. Les ventrales 
s'attachent très-près de la base des pectorales, et un 
peu plus en avant; elles sont un peu moins lon- 
gues; leur épine est de moitié plus courte que les 
rayons mous. La première dorsale commence vis-à- 
vis l'attache des pectorales ; elle a onze rayons fer- 
mes et piquans, sans être gros. Le premier est pres- 
que aussi long que les trois suivans, qui ont plus 
des trois quarts de la hauteur du corps ; ensuite 
ils diminuent , et le onzième est fort petit. L'épine 
de la deuxième dorsale vient immédiatement après, 
et est aussi haute que la neuvième de la première , 
c'est-à-dire moitié autant que le corps. Les rayons 
mous qui la suivent, au nombre de onze, la dépas- 
sent peu. L'anale répond à cette deuxième dorsale, 
et a deux épines et onze rayons mous. Le bout 
de queue, derrière ces deux nageoires, est du sep- 



tième de la longueur totale. La caudale est co 



upee 



CHAP. VIII. BEMBRAS. 285 

carrément ou arrondie, et a treize rayons entiers. 
B. 6; D. 11 — 1/1 1 5 A. 2/11; C. 13; P. 11; V. 1/5. 

Le dessus du crâne, le haut de l'opercule, le bas de 
la joue, ont des écailles, et il y en a aussi de petites sur 
la base de la caudale : le corps en a plus de soixante- 
dix sur une ligne longitudinale; elles sont finement 
striées etdenteléesaubord. La ligne latérale est droite, 
presque parallèle au dos, formée par une suite con- 
tinue de légères élevures simples et étroites, un peu 
carénée au commencement. 

Ce poisson, dans fétat sec où nous l'avons vu, pa- 
raît tout entier d'un jaune roussàlre; on voit quelques 
restes de taches brunâtres éparses irrégulièrement 
sur la première dorsale. Il est long de huit pouces 
et demi. 

Nous ne savons rien de son anatomie ni de 
ses habitudes. 



J580 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

CHAPITRE IV 
Des Scor pênes (Scorpœna , Linn.). 

Les scorpènes ressemblent beaucoup aux 
cottes ; elles eu ont la tète épineuse et les 
grandes pectorales, en partie même les rayons 
gros et simples à ces nageoires; mais elles en 
diffèrent sensiblement par leur tète compri- 
mée latéralement, par leur dorsale non divisée 
et par leurs dents aux palatins. 

Ce sont des poissons à qui leur tète grosse 
et épineuse, et la peau molle et spongieuse 
qui les enveloppe le plus souvent, donneut 
un air hideux et dégoûtant, en même temps 
que les piqûres de leurs épines les rendent 
redoutables; aussi ne les a-t-on pas moins 
accablés de noms odieux que les cottes : ceux 
de scorpion, de crapaud, de diable de mer, 
leur ont été prodigués. Celui de scorpène, 
quon leur donne en quelques ports 1 de la 
Méditerranée , parait déjà sous la forme de 
oY.cç-ncuvoi ou scorpœna , dans les ouvrages des 
anciens, quelquefois seul 2 , quelquefois à colé 

1. Voyez la liste de ces noms dans l'histoire de la première 
espèce. 

2. Xenocrates, De aïïm. , c. 4. 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 287 

de celui de scorpius \ Le scorpius , auquel 
on attribue une couleur rouge 2 et variée 3 , et 
la faculté de blesser par les coups de sa tète 4 , 
semble être plus particulièrement la grande 
espèce, appelée parLinnaeus scorpœna scrofa; 
mais Hicesius, dans Athénée, distinguait déjà 
de cette espèce rouge, qui se tenait en pleine 
mer, une espèce noire, plus rapprochée des 
rivages, et qui pouvait bien être le scorpœna 
porcus. 5 

La Méditerranée produit , en effet , deux 
espèces de scorpenes , une plus grande, plus 
rouge, à écailles plus larges et plus lisses, 
munie de barbillons et de lambeaux charnus 
plus nombreux, dont les épines dorsales sont 
plus inégales; c'est le scorpœna scrofa, Linn. : 
et une plus petite, plus brune, dont les écailles 
sont plus petites, plus âpres, les barbillons 
moins nombreux , et les épines de la dorsale 
à peu près égales entre elles; c'est le scorpœna 
porcus, Linn. : mais je ne garantirais pas que 
leur séjour fût aussi constamment différent 
que le dit Hicesius. 

Ces deux espèces sont communes et très- 

1. Pline, 1. XXXII, c. n. — 2. Idem, 1. XXXII, c. y. — 

3. Numenius, ap. Athenœum , t. VU, p. m. 3ao. Diphilus, ibid. 
— 4. Ovide, Hal., 1= V, y. 117, dura capitis ictu. — 5. Athé- 
née, foc. cit. 



288 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉKS. 

connues sur toutes les cotes de la Méditerra- 
née ; elles y vivent généralement en troupes 
dans la pleine mer ; leurs piquans passent 
pour faire des blessures dangereuses : mais 
cette circonstance, non plus que leur laideur, 
n'empêche pas que l'on ne s'en nourrisse, et 
même leur chair passe pour assez bonne. 

Elles serviront de type au premier genre 
que nous établissons , celui des scorpènes 
proprement dites, que nous caractérisons par 
une tête épineuse et tuberculeuse , dénuée 
d'écaillés; des dents en velours aux palatins, 
aussi bien qu'au vomer et aux mâchoires; sept 
rayons à la membrane des ouïes; un corps 
écailleux; des lambeaux charnus, adhérens à 
leur tête et à leurs flancs, et des rayons sim- 
ples, quoique articulés, à la partie inférieure 
de leurs pectorales. 

La GRANDE SCORPÈNE ROUGE. 

(Scorpœna scrofa, Linn.) 

Les formes de la grande scorpène sont lourdes: 
son corps est oblong; la courbe de son dos légère- 
ment convexe ; celle de son ventre souvent renflée. 

Sa hauteur aux pectorales est moins de quatre fois 
dans sa longueur, son épaisseur moins de deux fois 
dans sa hauteur; la longueur de sa tète fait plus du 
tiers de sa longueur totale; son œil est élevé, plus 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 289 

près du museau que de la pointe de l'opercule, mais 
moins que de la nuque; les ouvertures de la narine, 
rondes, assez grandes, à peu près égales, sont pla- 
cées l'une au-devant de l'autre, et plus près de l'œil que 
du bout du museau; sa mâchoire inférieure est plus 
avancée; sa bouche, oblique; ne descend pas jusque 
sous l'œil , et néanmoins , comme les ouïes sont 
bien fendues quand les préopercules s'écartent, la 
gueule ne laisse pas que de s'ouvrir beaucoup. Les 
nombreuses épines de sa tête, enveloppées d'une peau 
molle , ne paraissent pas autant sur le poisson frais 
que sur celui qui est desséché : il y en a d'abord une 
à chaque nasal, comme dans les cottes; le bord supé- 
rieur de l'orbite, qui est relevé, en a trois. L'espace 
concave, et plus long que large d'entre les orbites, a 
deux lignes saillantes, qui ont chacune à l'arrière de 
l'orbite une petite épine, se continuent en s'écartant 
un peu jusqu'à la nuque, où elles se terminent cha- 
cune par deux épines, l'une derrière l'autre; plus en 
dehors il yen a trois très-petites, immédiatement der- 
rière le bord de l'orbite, une sur la tempe et deux qui 
appartiennent à l'os surscapulaire. Le premier sous- 
orbitaire est très-inégal, et son bord antérieur donne 
trois petites épines , qui croisent un peu sur le maxil- 
laire; mais il est loin de pouvoir cacher cet os, qui est 
long et très-élargi en arrière. Le deuxième sous-orbi- 
taire, qui cuirasse obliquement le haut delà joue, est 
relevé dans son milieu d'une double arête, qui a deux 
ou trois petites épines. Le préopercule est arrondi, et 
son bord donne trois épines, dont la supérieure est 
plus longue, plus pointue et en porte elle-même une 
4- JQ 



290 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

petite à sa base ; vers le bas il en a encore deux , mais 
plus obtuses. L'opercule osseux a deux arêtes, qui 
partent de son articulation et vont en divergeant se 
terminer par deux pointes aiguës , que dépasse son 
prolongement membraneux, terminé par un angle 
arrondi. 

Les mâchoires sont garnies de larges bandes de 
dents en velours ; il y en a une en travers du vomer 
et une le long du bord externe de chaque palatin : ce 
sont aussi des dents en velours qui garnissent les pha- 
ryngiens et les tubercules des arcs branchiaux ; mais 
la langue , qui est courte , large et saillante, n'en a 
aucune : elle est lisse, mais n'a point de revêtement 
charnu. 

Les membranes des ouïes s'unissent sous l'isthme, 
sans s'y joindre; mais comme elles sont fort échan- 
crées,les ouïes sont très-ouvertes; il y a sept rayons 
de chaque côté, et non pas six comme dans les 
cottes. 1 

On sent une épine à l'os scapulaire, et il y en a 
une autre au claviculaire, au-dessus de la pectorale. 

La longueur de la pectorale fait le cinquième de 
la longueur totale; elle est arrondie, et quand elle 
s'étale, elle est deux fois plus large que longue : ses 
neuf rayons inférieurs n'ont aucune branche ; les 
neuf d'au-dessus sont branchus et plus minces, et le 
supérieur de tous est de nouveau simple, mais 
mince et roide. 



1. Bloch dit six, et on n'a pas manqué de le copier ; mais il y 
en a bien sûrement sept. 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 291 

Les ventrales, attachées un peu plus en arrière que 
la base de la pectorale, et presque aussi longues, ont, 
comme a l'ordinaire, une épine et cinq rayons mous 
et branchus ; l'épine est de moitié plus courte ; leur 
membrane s'unit à la peau de l'abdomen sur moitié 
de leur longueur. 

La dorsale commence au-dessus de l'os surscapu- 
laire. Son premier rayon est de moitié plus court que 
le second , et celui-ci d'un tiers de plus que le troi- 
sième, qui a les deux cinquièmes environ de la hauteur 
du corps; ensuite ils diminuent par degrés jusqu'au 
onzième, qui n'est pas plus long que le premier : le 
douzième se relève d'un tiers environ; ensuite vien- 
nent les neuf rayons mous, dont le dernier fourchu, 
qui forment une portion de nageoire arrondie, et un 
peu plus élevée même que le troisième rayon épi- 
neux. La membrane est fortement échancrée derrière 
chaque épine. La longueur de la dorsale fait presque 
moitié de la longueur totale ; sa portion molle ne fait 
que moitié de l'épineuse. 

L'anale répond aux deux tiers antérieurs de la por- 
tion molle de la dorsale; elle a trois épines grosses, 
mais courtes, surtout la première, et cinq rayons 
mous , dont le dernier est fourchu : entre elle et la 
caudale est un espace nu, qui fait le huitième de la 
longueur totale; celui d'au-dessus, entre la dorsale 
et la caudale, n'en est que le seizième. La hauteur 
de cette partie de la queue en est le dixième, et son 
épaisseur à peine le vingtième. 

La caudale est arrondie : sa longueur est entre le 
quart et le cinquième de la longueur totale; elle est 



292 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

aussi haute que longue, et a onze rayons entiers et 
branchus, et quelques-uns simples et plus courts, 
quatre dessus et trois dessous, en sorte qu'en les 
comptant tous , il y en aurait dix-huit ; mais nous 
avons déjà fait remarquer plusieurs fois que nous ne 
comptons que ceux qui vont jusqu'au bord. 

La tête n'a point d'écaillés du tout, et il n'y en 
a non plus aucunes à la poitrine et autour des 
pectorales et des ventrales- celles du corps sont au 
nombre d'environ quarante ou quarante-quatre sur 
une ligne, depuis l'ouïe jusqu'à la caudale, et de 
vingt ou vingt-cinq sur une ligne verticale ; au dos 
elles sont plus larges que longues; sur le flanc leur 
largeur et leur longueur sont à peu près égales; au 
ventre elles sont plus longues que larges; leur bord 
radical a jusqu'à seize crénelures , et il y a autant de 
stries à leur éventail. Leurs côtés sont lisses, et c'est à 
peine si l'on voit quelques stries à leur bord; cepen- 
dant, en les palpant à contre-sens sur le corps, elles 
offrent quelque âpreté au tact. Aucune nageoire n'en 
a. La ligne latérale est un peu concave vers le haut; 
elle se marque par un tube assez gros et assez long 
sur chacune des écailles qui lui appartiennent. 

Les lambeaux charnus ou cutanés qui caracté- 
risent cette espèce, paraissent varier en nombre et 
en grandeur, selon les sexes, les âges et même les 
saisons. Dans un des individus qui en montrent le 
plus, on en voit ix petits au bord antérieur du mu- 
seau, un sur le bord de l'ouverture antérieure de la 
narine, deux sur l'orbite, dont le second est plus 
grand, plus large et plus déchiqueté; un grêle 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 295 

de chaque côté sur la crête du crâne- un assez 
grand au sous-orbitaire antérieur; quelques petits 
à la joue et au maxillaire; huit de chaque côté, iné- 
gaux sous la branche de la mâchoire inférieure ; 
quelques-uns le long du limbe du préopercule, dont 
deux inférieurs, assez grands; un très-grand nombre 
sur la nuque et sur les côtés du corps, dont ceux 
qui suivent la ligne latérale sont en général plus 
grands et plus déchiquetés que les autres. 

La couleur de cette espèce ne varie pas moins que 
le nombre de ses lambeaux. 

Un des plus beaux individus que nous ayons 
observés, et qui vient d'être apporté de Sicile par 
M. Biberon, est tout entier d'un rouge de minium 
qui teint les doigts, sur lequel se marquent des 
marbrures et des lignes irrégulières brunâtres et 
blanchâtres; sur le museau ces marbrures sont dis- 
posées en rivulalions; sur la pectorale ce sont des 
taches nuageuses, brunes; on en voit aussi, mais de 
moins fortes, sur la caudale et sur la portion molle 
de la dorsale. L'anale en a de plus rouges. La por- 
tion épineuse de la dorsale a quelques lignes irré- 
gulières, obliques, blanchâtres, bordées de brunâtre; 
des points d'un rose-clair opaque se montrent sur 
les côtés. Les ventrales et la poitrine sont d'un rose 
clair. Ce bel individu n'a pas cette grande tache noire 
quon voit, dans presque tous les autres, sur la 
dorsale épineuse du sixième au neuvième rayon j 
mais c'est un des caractères qui disparaissent le plus 
promptement dans la liqueur : il se conserve beau- 
coup mieux dans les individus secs. 



294 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Nous avons sous les yeux la peinlure d'Àu- 
briet, d'où l'on a copie la figure de Lacépède 
(t. 11, pi. i5, fig. 3), 

et elle offre la même teinte générale d'un rouge de 
minium, que l'individu que nous venons de décrire. 
Cette couleur se voit aussi sur un dessin de M. Risso; 
mais il paraît qu'à un certain âge et en certaines sai- 
sons cette scorpène a des teintes plus jaunes ou plus 
brunes. Plus les individus sont jeunes, plus les mar- 
brures et les rivulations qui varient le fond de leurs 
couleurs sont nombreuses, fines et diverses; plus aussi 
leurs lambeaux charnus sont à proportion grands et 
déchiquetés. 

Nous devons dire que nous avons comparé 
avec le plus grand soin des individus envoyés 
par M. Risso lui-même, comme étant de ses 
scorpœna scrofa et lutea, et que nous n'avons 
pu y découvrir de différences que de la nature 
de celles dont nous venons de parler, et qui 
tiennent aux divers états du poisson. 

Les viscères des scorpènes ressemblent beaucoup 
à ceux des cottes. Le foie de la grande est un lobe 
triangulaire, situé en travers sous l'œsophage, plus à 
gauche qu'à droite. La vésicule du fiel est grande, en 
ovale alongé. Le canal cholédoque est long, et 
s'ouvre, ainsi que les vaisseaux hépato-cystiques, 
dans le duodénum, auprès du pylore. 

L'œsophage se continue, et se dilate en un large 
sac à parois épaisses et irrégulièrement ridées , pour 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 295 

former l'estomac. Le pylore a huit cœcums gros et 
peu longs. 

L'intestin fait deux replis avant de se rendre à 
l'anus. 

Les ovaires sont petits, et placés vers le dia- 
phragme. Il en est de même des reins, qui ne des- 
cendent pas au-delà de l'estomac. 

Il n'y a pas de vessie natatoire. 

Le squelette n'a que huit vertèbres que l'on puisse 
nommer abdominales, et les deux dernières ont même 
déjà leurs apophyses transverses réunies pour for- 
mer l'anneau; l'antépénultième les a descendantes, 
mais non réunies : il y en a seize caudales, vingt- 
quatre en tout. Le premier interépineux de l'anale est 
très-long, et placé obliquement, de manière qu'il s'at- 
tache à la huitième vertèbre, quoique les deux épines 
qu'il porte ne répondent qu'à la treizième et à la 
quatorzième. Les apophyses épineuses antérieures du 
dos et les trois ou quatre premières de la queue sont 
assez fortes. Les os du carpe sont échancrés des deux 
côtés, dans leur milieu, et élargis à leurs extrémités. 1 

Cette espèce parvient aisément à quinze 
et dix-huit pouces, quelquefois même, selon 
Brïmnich , à deux pieds de longueur, et à trois 
ou quatre livres de poids. M. de Martens 2 
dit même qu'elle pèse quelquefois six livres; 
mais il y a loin encore de là aux dimensions 

1. M. Rosenthal donne une figure du squelette du scorpœna 
scrofa (Tables ichtyotomiques, pi. 17, fig. 2). 

2, Vojage à Venise^ t. II, p. 4^6. 



29G LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

que lui attribuent Bloch et M. de Lacépède : 
le premier lui donne trois et quatre aunes de 
longueur, c'est-à-dire six et huit pieds, et le 
second quatre mètres, c'est-à-dire douze 
pieds, Tout cela vient de ce que Bloch, après 
avoir reconnu que le marulke de Pontoppi- 
dan (notre sebastes norvégiens , perça nor- 
végien de Retzius) n'est pas, comme il l'avait 
cru d'abord, le chaboisseau commun (cottus 
scorpius) , a imaginé que ce devait être la 
scorpène dont nous traitons maintenant. Or, 
comme Pontoppidan dit 1 , que ce marulke a 
quelquefois quatre pieds , Bloch n'a pas cru 
apparemment exagérer beaucoup en disant 
trois ou quatre aunes > ce qui fait pourtant 
six et huit pieds , et M. de Lacépède substi- 
tuant à ces aunes de Berlin, longues de deux 
pieds, des mètres de France, qui en ont trois, 
et lui en donnant même plus de quatre, 
voilà notre scorpène qui de dix-huit pouces 
a grandi jusqu'à douze et treize pieds. Ce qui 
est encore plus curieux , c'eât que le même 
passage , la même ligne de Pontoppidan a 
servi à porter ainsi l'un après l'autre à une 
grosseur imaginaire deux poissons différens, 
le chaboisseau et la scorpène. Peut - être 

1. Pontoppidan, llist. nal. ofiSorway, t. II, p. 160. 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 207 

même , si l'on cherchait la source de l'asser- 
tion de Pontoppidan , trouverait- on qu'il 
n'a fait que traduire une ligne de Willughby 
sur la scorpène comparée au porcus {prœce- 
dente triplo aut quadruple* major l ). Mais 
Willughby ne voulait parler que du poids et 
non pas de la longueur. 

Cette espèce, abondante par toute la Mé- 
diterranée, se nomme à Montpellier rascasse*; 
à Marseille et à Gènes, scorpion ou scorpeno 5 ; 
à Nice, capoun 4 ; en Sardaigne , pesce-capone 5 
(à cause de sa grosse tète); à Rome, scrofano 6 ; 
à Iviça, roje' '; à Venise, scarpena 8 ; en Sicile, 
scrofana et scrofana gaderana ; à Catane en 
particulier, scazupuli, et àTrapani, cepola ou 
cipola 9 ; en Grèce, scorpieli. xo 

Elle est beaucoup plus rare dans l'Océan, 
et néanmoins Cornide parle de Xescorpena 
parmi ses poissons de Galice ". Il y en a bien 
plus avant dans le golfe de Gascogne , car c'est 
manifestement un poisson de cette espèce, 
desséché, que Duhamel représente sous le 



1. Willughby, Pisc. , p. 35i. — 2. Rondelet, p. 201. _ 3. Id., 
ib., etBélon, Aq., p. 248.— 4. Piisso, p. 188.— 5. Cetti, t. III, 

p. 108 6. Salvien, fol. 198. — 7. De Laroche, Ann. du Mus., 

t. i3 8. Martens, Voyage à Venise, t. II, p. 5^6 9. Rafi- 

nesque, Indice d' ittiologia siciliana, p. 27. — 10. Bélon, loc. cit. 
— 11. Cornide, Ensayo de los pesées, etc., p. 27. 



298 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

nom de crabe de Biarritz ou de saccarailla 
de Saint- Jean-de-Luz. 1 

Il y en a aussi plus au midi, car nous en 
avons vu un beau dessin fait à Madère par 
M. me Bowdich; mais on ne peut la suivre plus 
au nord, car le diable de Dieppe, représenté 
par Duhamel, appartient à l'espèce suivante 
{scorpœna porcus) , et Pennant ne parle d'au- 
cune des deux, ni dans sa Zoologie britan- 
nique, ni dans sa Zoologie arctique. Dono- 
van garde le même silence à leur égard. 

C'est, comme nous l'avons déjà dit, une 
erreur de Pontoppidan, copiée par Bloch et 
par d'autres, qui a fait prendre pour notre 
scorpène actuelle la grande espèce du nord, 
nommée d abord perça marina par Linnaeus, 
et ensuite perça norvegica par Retzius , très- 
voisine en effet des scorpènes, quoique très- 
différente de toutes celles auxquelles nous 
réservons maintenant ce nom. 

Nous rapportons à l'espèce actuelle, d'après 
Gronovius lui-même 2 , le scorpœna capite 
cavemoso > cirrhis geminis in maxilla infe- 
riore 3 de cet auteur, qu'il avait d'abord regar- 
dé comme une espèce à part, et dont MM. 



1. Pèches, 2. e part., sect. 5, p. g4, pi. 4- — -• Zoophyl, 1. 1. 
p. 87, n.°29o 3. Mus. icht., t.l, p. 46, n.° io3. 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 299 

Bonnaterre et Lacépède ont fait leur scor- 
pêne barbue \ Gronovius n'avait eu d'abord 
qu'un individu mutilé ; mais il a dans la suite 
reconnu son erreur. 2 

Mais nous nous en écartons, et nous parle- 
rons plus loin de deux espèces étrangères que 
Schneider y a réunies, le rascacio de Parra et 
le perça cirrhosa de Thunberg. 

La grande scorpène, sur les côtes de Pro- 
vence et de Ligurie 3 , habite principalement 
parmi les rochers. A Iviça il paraît qu'elle 
est plus généralement de haute mer 4 . Dans 
le golfe de Gascogne, les pêcheurs de Biarritz 
vont jusqu'à six lieues au large au nord-ouest, 
et en prennent avec d'autres poissons, sur- 
tout depuis le mois de Juillet jusqu'au com- 
mencement de l'hiver 5 . Bélon dit que c'est 
sur les côtes de Négrepont que l'on pêche les 
plus grandes. 

Selon cet observateur, les scorpènes ont 
la vie dure, et subsistent long- temps hors de 
l'eau 5 elles conservent même du mouvement 
après qu'on les a coupées en morceaux. 

Rondelet, Salvien, disent que ce poisson 
a la chair coriace : il faut l'attendrir pour la 



1. Lacépède, t. III, p. 274. — 2. Zoophyl. , loc cit. — 3. Risso, 
- 4. De Laroche. — 5. Duhamel. 



500 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

manger ; mais elle ne passe pas moins pour 
bonne et saine. Cetti l'appelle buonissima. 
M. Risso rapporte quelle sert en quantité à 
la consommation habituelle, et Bélon assure 
que de son temps il ne se faisait point de bon 
repas en Grèce où l'on n'en mangeât quel- 
qu'une. A Biarritz et à Saint-Jean-de-Luz on 
en fait du bouillon pour les malades. 

La PETITE SCORPÈNE BRUNE, 

plus spécialement appelée Rascasse. 
(Scorpœna porcus , Linn.) 

La ressemblance de ce poisson avec le pré- 
cédent est des plus grandes, au point que 
quelques auteurs ont pensé qu'il en était seu- 
lement un autre sexe : les détails de l'armure 
de sa tête, les nombres de ses rayons sont les 
mêmes; sa forme générale et la distribution de 
ses taches sont à peu près semblables; toute- 
fois une comparaison attentive fait voir, 

l.° Que le scorpœna porcus a la tête plus courte, 
et le corps plus haut à proportion. 

2.° Que les rayons épineux de sa dorsale sont plus 
égaux ; le premier n'a qu'un tiers de moins que le 
second, et la gradation croissante jusqu'au quatrième, 
ainsi que la décroissante jusqu'au onzième , se fait 
presque insensiblement. Le douzième et les rayons 
mous se relèvent comme dans l'autre scorpène. 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 501 

3.° Ses écailles sont beaucoup plus peiites et plus 
rudes; on en compte plus de soixante sur une ligne 
entre l'ouïe et la caudale, et plus de quarante sur 
une ligne verticale aux pectorales: toutes sont plus 
longues que larges, très-finement striées et ciliées 
au bord externe, et ont de six à huit ou neuf cré- 
nelures à leur base. 

4-° Ses lambeaux charnus sont infiniment moins 
nombreux; il y en a six petits au bout du museau, deux 
sur l'orbite, dont le second est plus grand, plus large 
qu'à l'espèce précédente, et un sur la crête du crâne; 
mais on en aperçoit à peine quelques petits à la joue, 
et il n'y en a ni à la mâchoire inférieure, ni sur les cô- 
tés du corps : c'est a peine si la ligne latérale en offre 
quelques-uns, et tous comparativement fort petits. 

5.° Sa couleur est généralement brune, et non 
pas rouge ; et toutefois le ventre et les nageoires 
inférieures ont quelquefois des teintes roses, qui se 
conservent même assez long-temps dans la liqueur 
sur les ventrales et sur l'anale. 

6.° Il est marbré, en général, par plus grandes 
masses; mais il y a à cet égard tant de variétés dans 
l'une et l'autre espèce, que nous n'insistons point 
sur cette différence. 

7. Il ne devient pas aussi grand; son poids ex- 
cède rarement une livre, et sa taille huit à dix pouces. 

Les viscères du scorpœna porcus ne diffèrent 
presque en rien de ceux du scrofa. 

L'estomac est peut-être un peu plus alongé ; mais 
encore cela peut dépendre de l'état de plénitude dans 
lequel on le trouve. 



502 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Les huit appendices cœcales sont aussi un peu 
plus longues. Les reins sont courts, mais très-gros; 
ils donnent dans une grande vessie urinaire, qui 
occupe plus du tiers de la longueur de l'abdomen. 

La rate est petite, alongée et cachée entre les 
cœcums, sous l'estomac. 

J'ai trouvé dans un estomac long de deux pouces 
et demi, et retiré d'un individu qui en avait huit à 
neuf, un sublet, un crabe tourteau et trois crevettes. 

Son squelette offre les mêmes nombres de par- 
ties que celui de la grande espèce, mais plus rac- 
courcies; la tête surtout a ses épines plus marquées. 

Cest cette espèce qui se nomme plus par- 
ticulièrement rascasse ou rasquasso à Mar- 
seille * ; elle porte le même nom à Nice 2 et 
à Iviça 3 ; à Rome on l'appelle scrofanello , 
par opposition à la précédente, qui est le scro- 
fano 4 , à Catano scaropuli 5 . M. Biberon nous 
Fa rapportée de Sicile sous le nom de scrofana 
nivura : elle vient quelquefois dans la Manche; 
nous l'avons vue à Caen. C'est le diable de 
mer de Dieppe de Duhamel 6 ; et l'on a même 
dit à cet auteur qu'il s'en prend à Toibay. 
Cependant Pennant la passe sous silence dans 
£a Zoologie britannique. 

1. Briinnich , Icht. massil. , p. 5a. — 2. Risso , p. 187. — 
3. De Laroche, Ann. du Mus., t. XIII, p. 5 16. — 4. Salvien, 

fol. 201. — 5. Rafinesque, p. 27 6. Pèches, 2. e part., sect. 5 , 

pi. 3,fig. 2. 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 505 

Nous en avons aussi trouvé parmi les pois- 
sons envoyés de Ténériffe , que M. Alcide 
d'Orbigny vient d'envoyer au Cabinet du Roi, 
et nous avons même lieu de soupçonner que 
l'espèce est du petit nombre de celles qui 
traversent l'Océan; car M. Milbert nous en a 
envoyé un individu de New-York. 

Ses habitudes et ses qualités paraissent res- 
sembler beaucoup à celles de la grande espèce; 
mais on la dit plus littorale. 



Le cottus massiliensis de Forskal l , sur le- 
quel M. de Lacépède a établi sa scorpene mar- 
seillaise*, présente exactement les nombres de 
rayons et tous les caractères communs à nos 
deux espèces précédentes, et c'est incontesta- 
blement une scorpene. Forskal, à la vérité, a 
négligé les caractères qui auraient pu nous ap- 
prendre son espèce ; mais comme il dit qu'on 
le nomme à Marseille rascasse, ce doit être le 
scorpœna porcus; et je ne vois pas pourquoi 
Schneider aime mieux en faire un synonyme 
du scorpœna scrofa. 

Dans aucun cas il n'y a de raison pour 
laisser subsister dans le système ichtyologique 

1. Descr. an., etc., p. 2^ — 2. Lacépède, t. III, p. 269. 



504 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

une scorpène marseillaise; l'on en cherche- 
rait en vain à Marseille une autre que les deux 
précédentes et la dactyloptèrc ou sébaste , 
dont nous parlerons bientôt. 

M.Risso a cru retrouver ce cottus massilien- 
sis dans le cernier, mais le seul nombre des 
rayons de l'anale aurait dû le détromper; il 
est dans le cernier de 5/9, et dans ce prétendu 
cottus de 5/6, comme dans nos scorpènes. 1 



Des Scorpènes étrangères. 

Le sous- genre des scorpènes proprement 
dites se retrouve sous diverses formes dans les 
parages chauds et tempérés des deux océans. 

Nous en connaissons au moins quatre 
d'Amérique, et cinq ou six des mers orien- 
tales; et cependant, indépendamment des 
éliminations qui résultent de rétablissement 
des autres genres, nous sommes encore obli- 
gés de rayer de notre liste quelques pois- 
sons que, d'après les indications de ceux qui 
les ont (ait connaître, on pourrait croire des 
scorpènes proprement dites, mais qui appar- 



1. Il faut toujours faire attention à la différence de notation. 
Quand Forskal et Linnaeus écrivent3/9 ? ils entendent neuf rayons, 
dont Lois épineux et six mous; c'est ce que nous écrivons 3y6. 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 505 

tiennent à d'autres genres, ou qui font double 
emploi dans celui-là. 

Il est un de ces retranchemens que nous 
devons surtout faire remarquer , parce quïl 
serait difficile d'en soupçonner la raison; c'est 
celui de la scorpène aiguillonnée de M. de 
Lacëpède. Nous nous sommes assurés que 
c'est, non pas une scorpène, mais le poisson 
que nous avons appelé premnade unicolore , 
et chacun peut s'en assurer comme nous, en 
comparant la description de ce savant ichtyo- 
logiste avec la nôtre. 

La Scorpène du Brésil. 
{Scorpœna brasiliensis , nob.) 

Ces retranchemens faits, il nous reste d'a- 
bord une première espèce, venue du Brésil, 

très - semblable au scorpœna scrofa , surtout par 
les écailles, mais dont les épines dorsales sont aussi 
égales que dans le scorpœna porcus. Ses pectorales 
sont plus longues que dans l'une et dans l'autre ; 
elles ne sont comprises que trois fois et demie dans 
la longueur totale, et celles du scorpœna scrofa et 
du scorpœna porcus y sont plus de quatre fois. Je ne 
lui vois point de lambeaux sous la mâchoire infé- 
rieure ; mais elle en a à la tête et sur la ligne latérale. 

D. 12/9 (le dernier fourchu jusqu'à la racine) ; A. 3/5 (le dernier 
également fourchu jusqu'à la racine); C. 12 ; P. 19 ; V. 1/5- 

4- 20 



506 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Dans la liqueur elle parait d'un brun assez uni- 
forme, plus pale en dessous, avec quelques mar- 
brures plus brunes sur les nageoires paires, et quel- 
ques traits blanchâtres, peu apparens, sur la dorsale. 

Nos individus sont longs de sept à huit pouces. 

La ScORPÈNE CRAPAUD DE 31ER. 
{Scorpœna bufo, nob.) 

Le Brésil possède une autre scorpène, qui 
se trouve aussi à la Martinique, où elle est 
connue particulièrement sous le nom de cra- 
paud de mer, et à Cuba, où Pana la fait 
graver sous celui de rascacio \ M. Schneider 
croit que ce rascacio est le scorpœna scrofaj 
mais il s'en faut de beaucoup. 

Le caractère le plus facile à exprimer de ce cra- 
paud de mer, c'est qu'il a l'aisselle de la pectorale 
noire, et semée de plusieurs taches rondes d un 
blanc de lait, qui tranchent fortement sur le fond : 
accident de couleur qui se conserve même dans 
les individus desséchés et dans ceux que Ton garde 
dans la liqueur. 

Cetle espèce a les écailles semblables à celles du 
scorpœna scrofa, et porte lout autant de lambeaux, 
soit à la tête ou aux mâchoires, soit sur la ligne la- 
térale, et sur toute la surface du corps; mais elle s'en 
distingue sensiblement par sa tète plus courte, plus 

1. Pana, Description. etc ; p. 54, pi. i8, fïg. i. 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 507 

grosse, portant des épines aux mêmes endroits, mais 
plus grosses, plus relevées, et qui jettent de côté et 
d'autre de* arêtes en rayons, plus saillantes, quelque- 
fois dentelées; l'opercule est strié le long de ses arêtes; 
et ce qui est surtout frappant, l'épine nasale a ses 
bords dentelés. Les épines dorsales sont plus égales 
qu'au scorpœna scrofa, et la seconde anale est sur- 
tout beaucoup plus forte. 

Les nombres sont, comme dans nos espèces, 
B. 7; D. 12/9; A. 3/5; C. 13 ou 14; P. 19 ou 20; V. 1/5. 

Ce poisson est encore plus hideux, s'il est pos- 
sible, par sa tête, que nos scorpènes de la Médi- 
terranée. Ses teintes sont distribuées de même par 
toutes sortes de marbrures, de taches, de points et 
de rivulations; dans nos individus, elles paraissent 
de différens bruns et de différens gris, avec du rose 
en quelques endroits : nous apprenons de Parra, 
que dans l'état frais il offre un mélange de brun, 
de rose et de violet. M. Plée nous assure en avoir vu 
un dont tout le ventre était rouge. 

La dorsale a, dans quelques-uns de nos individus 
secs, une grande tache noire entre le sixième et le 
septième rayon; mais elle disparaît souvent, et prin- 
cipalement par l'action de l'esprit de vin, comme 
dans le scorpœna scrofa. 

Dans ce scorpœna Info, le foie et l'estomac sont 
beaucoup plus petits que dans les espèces de la 
Méditerranée. 

Les laitances sont au contraire beaucoup plus 
grandes; ce qui ne tient pas à ce que le poisson 
aurait été pris au moment où il allait frayer. 



508 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Les reins sont aussi beaucoup plus petits, ainsi 
que la vessie urinaire. 

D'ailleurs la diposhion des viscères est absolument 
la même, ainsi que le nombre des cœcums. 

L'espèce devient assez grande; nous en avons des 
individus de dix-huit pouces. 

Parra dit que sa chair est très-savoureuse, 
et qu'on en fait d'excellentes soupes , mais 
qu'elle n'est pas commune à la Havane, et 
M. Plée s'exprime précisément de la même 
manière à l'égard de celle de la Martinique 
et de celle de Porto-Rico. Il est assez singu- 
lier que Margrave n'ait mentionné aucune 
scorpène dans ses Poissons du Brésil. 

Nous avons trouvé dans les manuscrits de 
Plumier une mauvaise esquisse qui nous pa- 
raît représenter cette espèce. Bloch en a pu- 
blié une copie dans les Nouveaux Mémoires 
de Stokholm (t. X, pi. 7 , p. 234) , et la nom- 
mée scorpcena Plumieri; mais il ne faut pas 
la confondre avec la scorpène Plumier de 
M. de Lacépède, dont nous parlerons tout à 
l'heure. 

Il ne serait pas impossible que le scorpcena 
gibbosa de Bloch (Syst. , éd. de Schneider, 
p. 192, et pi. 44) mt encore cette espèce, 
dessinée d'après un individu sec, dont les 
lambeaux avaient disparu 5 mais ce serait une 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 309 

figure peu exacte pour la distribution des 
couleurs et pour les épines du dessus de la 
tête, et où l'on aurait surtout entièrement 
négligé de marquer la grosseur de la seconde 
épine anale. 

La SCORPÈNE A LONGS TENTACULES. 

{Scorpœna grandicornis, nob.; Scorpène Plumier* 
Lacép., t. II, pi. 19, %. 3? et t. III, p. 282.) 

Le père Plumier a laissé dans ses manus- 
crits une esquisse assez informe dune scor- 
pène, quia été gravée dans l'ouvrage de M. de 
Lacépède sous le nom de scorpène Plumier, 
mais qui est différente de celle qui a fourni 
la scorpène Plumier de Bloch. Le poisson y 
est représenté avec de grands lambeaux en 
forme de plumes sur le museau , sur les yeux 
et le long de la ligne latérale , et avec de 
fortes épines anales. 

Nous en avons trouvé un au Cabinet du 
Roi qui réunit à peu près ces caractères, et 
il nous en a été envoyé plus récemment un 
second de la Martinique par M. Acliard, et 
un troisième de Porto-Rico par M. Plée. Ils 
appartiennent tous les trois à la même espèce 
que l'original de Plumier, autant du moins 
qu'on en peut juger par la figure si peu finie 



510 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

qu'il en a laissée. Nos colons de la Martinique 
nomment cette espèce crapaud de mer, comme 
la précédente. 

Par les écailles et le nombre des lambeaux, elle 
rappelle le scorpœna scrofa; mais ses épines anales 
sont plus fortes même que dans le scorpœna porcus : 
celles du dos sont aussi très-fortes. Sa tête est plus 
courte que dans lune et dans l'autre espèce d'Eu- 
rope. Les aiguillons du dessus de son orbite et de 
son crâne sont plus relevés ei plus pointus. L'espèce 
est surtout remarquable par la grandeur de ses lam- 
beaux, qui du reste sont placés aux mêmes endroits 
que dans le scorpœna scrofa; les grands du dessus 
de ses yeux ont près des deux tiers de la longueur 
de sa tête , et sont déchiquetés des deux côtés en 
petits filamens. Il en est de même, proportion gar- 
dée, de ceux du museau, des joues, des mâchoires, 
et surtout de quelques-uns de ceux de la ligne la- 
térale, en sorte quils ont pu motiver à peu près 
cette forme de plume que Ton voit sur l'esquisse de 
Plumier; forme qui n'en donne cependant pas une 
idée exacte, car le lambeau même est large, et n'a que 
des filamens courts. 

Cette scorpène est brunâtre, nuée de brun plus 
foncé, et a le ventre blanchâtre. Dans l'aisselle de sa 
pectorale est une tache brune, semée de tout petits 
points blancs, beaucoup plus nombreux, plus serrés, 
et renfermés dans un moindre espace que les taches de 
notre scorpœna bufo. De semblables points blancs 
ou blanchâtres, très-petits, sont semés sur le dos 
et les flancs, deux ou trois sur chaque écaille; une 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 514 

bande brune règne sur la membrane de la partie épi- 
neuse de la dorsale. 

Les nombres des rayons sont les mêmes que dans 
le scorpœna scrofa. 

Nos individus ont de quatre à six pouces. 

M. Poey nous a donné un dessin de cette 
espèce , fait à la Havane , où elle porte le 
même nom de rascacio que la précédente, 
et ne paraît pas en être distinguée par les 
pécheurs. Sa chair y passe pour excellente ; 
on l'y mange surtout en soupe : elle pèse ordi- 
nairement deux livres. On redoute beaucoup 
les piqûres de ses aiguillons. 

Tout récemment M. Ricord vient de nous en 
rapporter de Saint-Domingue; mais dans cette 
île on a le préjugé que sa chair est vénéneuse 
et fait mourir dans la journée ; ce qui la fait 
appeler rascasse vingt-quatre-heures. 

La ScORPÈNE SANS ARMES. 

{Scorpœna inermis 3 nob.) 

Nous avons trouvé dans le Cabinet de feu 
M. Richard une très -petite scorpène de la 
Martinique, qui se distingue de toutes celles 
du genre, 

parce que les épines et les crêtes de sa tète, d'ailleurs 
les mêmes en nombre que dans lescrofa ou leporcus, 
sont tellement eflacées, qui! faut de 1 attention pour 



312 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

les remarquer. Ses yeux sont plus grands que dans 
les autres espèces , et l'orbite ne s'élève pas au-dessus. 
Je ne lui vois que très-peu de lambeaux sur le corps, 
et aucuns sur la tête. Les nombres de ses rayons 
sont les mêmes qu'aux autres. Dans la liqueur elle 
paraît rousse, avec des marbrures nuageuses d'un 
brun plus foncé; le ventre plus pâle; des points 
bruns pâles, diversement rangés ou groupés sur ses 
nageoires. 

Nous n'en avons point découvert de traces 
dans les auteurs, et nous rappellerons scor- 
pcena inermis. 

La ScORPÈNE DIABLE DE MER. 
(Scorpœna diabolus , nob.) 

Duhamel 1 représente et décrit un poisson 
qu'il croit avoir rapporté du Croisic (ce sont 
ses propres termes) , et qu'en conséquence il 
nomme simplement sur sa planche diable ou 
crapaud de nier du Croisic ; mais ici, comme 
en beaucoup d'autres endroits de son livre, 
le bon Duhamel a manqué de mémoire. Sa 
figure , qui est excellente , représente une 
espèce bien distincte de toutes celles de 
nos côtes, dont Pérou et MM. Quoy et Gay- 
mard ont rapporté des individus de la mer 
des Indes , que MM. Ruhl et Van Hasselt 

1, Pêches, 2/ part., sect. 5, p. 92 , pi. 3, fig. 1, 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 515 

ont dessinée à Java , et nommée scorpœna 
multicolore et dont il y a dans la biblio- 
thèque de Banks un dessin fait à Otaïti par 
Parkinson, et intitulé scorpœna marmorata. 
Sa patrie n'est donc pas la mer de Bretagne, 
mais bien le grand Océan oriental \ et c'est 
une erreur très-forte de Blocli , lorsqu'il fait 
de ce nom de crapaud de mer du Croisic le 
nom français ordinaire du scorpœna porcus. 

Cette scorpène a beaucoup de la tournure de notre 
scorpœna bufo ; mais on ne voit point dans son 
aisselle ces gouttes blanches sur un fond noir qui 
caractérisent cette dernière ; d'ailleurs l'espèce que 
nous décrivons a un caractère qu'elle ne partage, à 
notre connaisance, avec nulle autre, et qui est très- 
bien représenté dans la figure de Duhamel. C'est que les 
arêtes de son opercule sont fasciculées ou comme 
composées de la réunion de plusieurs, et les pointes 
qui les terminent divisées en plusieurs dents. Les 
épines de sa nuque sont de même multipliées et 
dentelées. Il y a sur le milieu de son grand sous- 
orbitaire un groupe de quatre on cinq petites épines : 
celles du bord du sous-orbitaire antérieur sont 
plates et un peu crénelées ; ses épines nasales sont 
aussi hérissées de petites pointes. La joue a un grand 
creux au-dessous de l'œil, et le crâne est aussi un 
peu concave. Ses lambeaux charnus sont fort nom- 
breux. Sous sa mâchoire et sur ses flancs on en dis- 
tingue beaucoup de larges , minces , ciliés : peut- 
être dans l'état frais y en a-t-il autant que d'écaillés. 



514 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Les pectorales mêmes en portent tant de petits 
quelles en sont comme velues; mais il paraît qu'il 
n'y en a point aux sourcils : la courbe de son dos 
est irès-convexe en avant; ses épines dorsales sont 
fortes, mais pas très-hautes, ni très-inégales :les cinq 
premières sont arquées en arrière. 

Les nombres son t les mêmes que dans les précédentes. 
B. 1; D. 12/9; A. 3/5; C. 14; P. 19; V. 1/5. 

Ce poisson, dans la liqueur, paraît marbré de 
diflerens bruns et de diflerens gris; mais, d'après les 
figures et les descriptions, il doit avoir à l'état frais 
beaucoup de rouge : la face de ses pectorales qui 
regarde le corps, est d'un blanc opaque, et a entre 
les premiers rayons, ceux qui sont bran chus, deux 
bandes transversales noires , dont la plus extérieure 
paraît un peu au travers des barriolures de la face 
externe. L'aisselle a des taches et des points bruns sur 
un fond pale, qui y sont liés en une sorte de réseau 
ou de marbrure. Je ne vois point de taches particu- 
lières sur la dorsale. 

Nous avons un squelette de cette espèce; il ne 
diffère de ceux de nos scorpènes de la Méditerranée 
que par les détails qui s'aperçoivent déjà à l'extérieur. 

C'est une grossière image de ce poisson que 
l'on a essaye de donner dans l'ouvragé de Re- 
nard [i. e partie, pi. 8, fig. 35) sous le nom 
d'ikan satan (poisson diable). La notice jointe 
à cette figure dit que l'individu était long 
de cinq pieds, et que deux TN'oirs qu'il avait 
blessés de ses aiguillons en moururent dans 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 54 S 

des souffrances affreuses. Les naturalistes qui 
habitent les Moluques auront à nous appren- 
dre ce qu'il peut y avoir de vrai dans ce récit, 
surtout en ce qui concerne la taille. 

Valentyn , qui a cette même figure (n.° 1 70), 
l'appelle titan sowanggi bezars (grand pois- 
son sorcier); noms qui appartiennent aussi 
à la synancée horrible. Il ne lui donne que 
deux pieds de longueur. Il ajoute que sa chair 
est mauvaise , et qu'à cause de son nom de 
mauvais augure , aucun des indigènes n'en 
oserait manger; mais que les soldats hollan- 
dais, moins superstitieux, la trouvent seule- 
ment un peu sèche. 

La ScORPÈNE DE lTsLE-DE-FrANCE. 
{Scorpœna nesogallica , nob.) 

La mer des Indes produit plusieurs autres 
scorpènes , remarquables par des caractères 
singuliers. Il y en a une à lIsle-de-France, 
très-semblable au scorpœna diabolus , 

et qui a aussi à la face postérieure de sa pectorale des 
bandes noires plus ou moins complètes, mais dont la 
pointe supérieure de l'opercule est simplement four- 
chue, et l'autre souvent simple : le creux de son crâne 
est encore plus profond; son aisselle est blanche, 
régulièrement semée de points ronds et noirs. 

Un individu, qui paraît, avoir été varié de 



516 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

brun et d'incarnat, a été apporté par MM. 
Lesson et Garnot. M. Dussumier en a rap- 
porté un autre , 

où la bande noire du bord de la pectorale est plus 
marquée, et où celle de la base forme une large tache 
noire; il y a de même dans laisselle des points noirs 
prononcés. C'était le rouge qui dominait sur le corps 
dans l'état frais : le brun noirâtre y prend de larges es- 
paces sur le dos; les nageoires en sont pointillées. 
D. 12/9; A. 3/6, etc. 

La SCORPÈNE DE LA MER RoUGE. 

(Scorpœna erythrcea, nob.) 

M. Geoffroy en a trouvé une dans la mer 
Rouge qui a toutes les formes du porcus , 
et est de même marbrée de différens bruns, mais ne 
porte qu'un lambeau court, large, dentelé au som- 
met sur le sourcil, deux grêles et courts à la lèvre 
supérieure, et un petit à chaque narine; les autres, 
s'ils existent, sont peu apparens. 

D. 12/10; A. 3/6, etc. 

La face interne de sa pectorale et son aisselle 
ont des taches rondes, brunes, semées en quin- 
conce, sur un fond tout pointillé de blanc. 

Nos individus ont les épines et les crêtes de la 
tête presque masquées par une peau spongieuse : 
mais c'est ce qui arrive à toutes les espèces dans 
certaines circonstances. 

Ces individus sont longs de cinq, six et sept pouces. 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 317 

La SCORPÈNE VEINÉE. 

(Scorpœna venosa, nob.) 

Une autre espèce, envoyée de Pondichéry 
par M. Leschenault, et qui nous paraît, sans 
aucun doute, le mooro-bontoo de Russel 
( P I. 56) , 

a les formes du scorpœna scrofa, mais une tête plus 
petite, armée d'aiguillons plus relevés, plus pointus, 
plus tranchans. L'os de son épaule a deux pointes 
tranchantes comme celles d'un couteau : des lam- 
beaux s'attachent à différens endroits de la tête, et 
notamment à sa mâchoire inférieure ; mais je n'en 
vois point à son orbite. Son caractère le j)lus remar- 
quable est que toute la peau de sa tête, entre les 
épines , est comme veinée par de petites lignes creuses 
qui se joignent dans tous les sens, et forment ainsi 
un réseau à petites mailles irrégulières, que Ion serait 
tenté de prendre, au premier coup d'œil, pour des 
écailles. Ses épines dorsales et anales sont plus fortes, 
à proportion, qu'au scrofa; mais les nombres de ses 
rayons sont les mêmes. L'individu, long de six pouces, 
est assez mal conservé : il paraît avoir été rouge ou 
fauve; on lui voit des marbrures brunes à la dorsale 
et à l'anale. 

Russe! dit que dans l'état frais 
il a la tête et le dos obscurs, avec mélange d'un rouge 
terne, la gorge et le ventre couleur de rose, et les na- 
geoires irrégulièrement rayées de noir et de rouge. 



518 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Cet auteur n'ajoute rien sur ses habitudes 
ni sur l'usage qu'on en fait, et M. Leschenault 
ne nous en parle pas non plus; ce qui nous 
fait penser que l'espèce n'est pas très-commune 
dans le golfe du Bengale. 

La SCORPÈNE CIRRHEUSE. 
(Scorpœna cirrhosa, nob.; Perça cirrhosa, Thunb.) 

Le perça cirrhosa du Japon, décrit parThun- 
berg (Nouv. Mém. de Stockh., t. XIV, 1793, 
pi. 7 , fig. 1 ) , est bien sûrement une scorpène; 
mais ce n'est nullement le scrofa , comme l'a 
cru Bloch (Syst.posth., p. 192). Nous sommes 
en état de la décrire d'après nature, en ayant, 
un individu sec apporté du Japon même par 
M. Langsdorf, que M. Lichtenstein a eu la 
complaisance de nous confier, et un autre 
dans la liqueur, que M. Dussumier vient de 
rapporter de la côte de Malabar : son nom 
japonais est lirocabu. 

Elle ressemble aa porcus beaucoup plus qu'au 
scrofa y par l'égalité presque générale des épines de 
sa dorsale, qui est pourtant échancrée après la on- 
zième, comme à l'ordinaire; mais ces épines sont 
moins hautes encore à proportion ; son corps est 
moins raccourci; ses écailles plus grandes, plus lisses: 
elle ressemble beaucoup à nos deux espèces d'Europe 
par l'armure de sa tête et de son épaule, où les épines 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 51 9 

sont placées aux mêmes endroits, mais encore plus 
comprimées et plus saillantes. Les tentacules de ses 
sourcils sont si pelits qu'on a peine à les trouver, et 
que M. Thunberg ne les a pas marqués dans sa figure j 
mais on lui en voit aux narines, aux maxillaires, au 
préopercule ; elle en a trois plus grands que les 
autres sous chaque branche de la mâchoire infé- 
rieure : ceux qui sont épars sur le corps, sont petits 
et plats. 

D. 12/10; A. 3/5; C. 11 entiers; P. 7 rameux et 11 simples; 
V. 1/5. 

Le fond de sa couleur paraît rose sur le dos et 
les flancs, blanchâtre sous le corps; de grandes mar- 
brures nuageuses, brunâtres, et beaucoup de petites 
taches brunes et noirâtres, sont répandues sur le 
rose, et empiètent même un peu sur le blanc. Il y a 
dans 1 aisselle deux ou trois taches rondes, blan- 
châtres, sur un fond brunâtre. La grande tache noire 
de la dorsale, qui se remarque si bien sur le scrofa, 
n'existe point dans cette espèce. 

Nos individus sont longs de huit pouces. 

Le scorpœna cott aides de la Nouvelle- 
Zélande de Forster, qui est devenu dans le 
Bloch de Schneider (p. 196) le sjnanceia 
papillosa \ et dont il y a un dessin dans la 
bibliothèque de Banks, ressemble beaucoup 
à cette scorpène du Japon et à notre scorpène 

1. Schneider, dans la table (p. xxxyn)., reconnaît que c'est une 
scorpène, et non pas une sjnancée. 



520 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

de Pondichéry, et est de même rouge, tachetée 
de brun ; mais sa figure ne montre point de 
barbillons, et la longue description insérée 
dans l'ouvrage que nous venons de citer, ne 
contient presque que des caractères géné- 
riques; ce qui arrive à plusieurs de ces des- 
criptions de Forster, qui souvent en une page 
entière ne contiennent pas ce qu'il faudrait 
pour déterminer l'espèce; aussi ne parlons- 
nous de celle-ci que pour donner une indi- 
cation aux voyageurs , et non pour rien affir- 
mer de positif à son sujet. 

En général, nos lecteurs peuvent remarquer 
combien nous hésitons à établir des espèces 
dont nous n'avons vu par nous-mêmes aucun 
individu. 

La SCORPÈNE DE LA NoUVELLE-GuiNÉE. 

(Scorpœna Novœ-Guineœ , nob.) 

MM. Quoy et Gaymard viennent de rap- 
porter de leur second voyage deux scorpènes 
qu'ils ont prises à la Nouvelle-Guinée, et dont 
la ressemblance avec la précédente est telle 
qu'il faut un long examen pour en apprécier 
les caractères. 

La première a même, comme le cirrhosa, au haut 
de l'aisselle, quelques taches pâles sur un fond brun. 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 521 

Ses formes, les épines de sa tête, sont aussi les 
mêmes; mais ses aiguillons dorsaux sont un peu 
plus grêles; son crâne, derrière les yeux, est creusé 
en fossette, et l'intervalle des yeux est fort concave, 
de moitié plus long que large; tandis que dans le 
cirrhosa sa largeur égale sa longueur. Les nombres 
des rayons sont les mêmes, et autant qu'on en peut 
juger, les couleurs sont semblables. 
L'individu est long de six pouces. 

La Scorpène des Papous. 
(Scorpœna papuensis, nob.) 

L'autre espèce de la Nouvelle -Guinée a aussi 
l'intervalle des yeux concave et étroit; sa tête est 
plus alongée que dans la première, et son aisselle, 
blanchâtre, est à peu près sans taches. 

Lindividu n'a aussi que six pouces. 

La Scorpène peinte. 
{Scorpœna picta, K. et V. H.) 

MM. Kuhl et Van Hasselt ont envoyé de 
Java au Musée royal des Pays-Bas une scor- 
pène 

qui a la tête encore plus courte que toutes les autres , 
et les aiguillons aussi relevés et aussi aigus qu'aucune : 
elle se distingue parce que les trois épines ou den- 
telures du bord antérieur de son premier sous-orbi- 
taire se recourbent vers l'avant, tandis que dans 
les autres espèces la dernière descend vers le bas 
4- 21 



522 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

ou se recourbe en arrière. Par ses écailles et par la 
grosseur de ses épines anales, surtout de la seconde, 
elle se rapproche de notre scorpœna porcus. Elle a 
beaucoup de petits lambeaux sur les côtés du corps, 
mais je ne lui en vois point sur l'orbite, ni surtout à 
la mâchoire inférieure. 

Ses nombres de rayons sont les mêmes que dans 
le scrofa et le porcus. 

Les marbrures et autres distributions de couleur 
ressemblent à ce qu'on voit dans presque tout le 
genre. Il n'y a point de taches particulières dans ses 
aisselles ni à sa dorsale. 

L'individu n'a que cinq pouces. 

La Scorpène de Maurice. 
{Scorpœna mauritiana, nob.) 

Une petite scorpène, envoyée de llsle-de- 
France par M. Mathieu, 

a la tête ronde et courte, comme le scorpœna picta, 
et les épines du dessus de la tête relevées de même ; 
mais celles du grand sous-orbitaire le sont beaucoup 
moins, et l'épine inférieure du sous-orbitaire anté- 
rieur ne se recourbe pas en avant : elle n'a point de 
lambeaux à la tête, et on en voit peu sur le corps. 
Sa couleur paraît rousse, marbrée de brun, avec des 
points blanchâtres sur le ventre, et des points bruns 
formant des bandes et des marbrures sur les na- 
geoires. Ses nombres sont les mêmes que dans tout 
son genre. 

L'individu n'a pas trois pouces. 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 525 

Il nous semble en avoir trouvé une figure 
dans le recueil de Corneille deVlaming(n. i-yo); 
elle y est nommée tnaurîtius knor-haantje 
(petit coq bruyant de lTsle-de-France). On sait 
que ce nom hwr-haan, qui est proprement 
celui du coq de bruyère, a été donné à des 
cottes, à des trigles, et Ton voit qu'il Test aussi 
à des scorpènes. 

La SCORPÈNE DE LlLE StRONG. 
(Scorpœna strongia, nob.) 

MM. Lesson et Garnot ont pris à l'ile Oualari 
ou Strong, à l'est des Garolines, une petite 
scorpène, dont les formes rappellent celles de 
notre scrofa beaucoup mieux que celles des 
autres espèces de la même mer; 

dont la tête, par conséquent, est oblongue, com- 
primée, les épines supérieures médiocrement re- 
levées, celles du grand sous-orbitaire presque réduites 
à une crête. Elle paraît blanchâtre, toute persillée de 
noirâtre. 

Les individus n'ont que deux pouces. 

La partie antérieure de son sous-orbitaire, dont 
les dentelures croisent sur le maxillaire, a la der- 
nière de ces dentelures un peu prolongée en épine, 
ce qui est un premier indice de l'arme dangereuse 
des apistes. 



524 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

La SCORPÈNE A DÉFENSES. 
(Scoj^pœna laniarla, nob.) 

Une petite scorpène prise à l'île Guam par 
MM. Quoy et Gaymard , lors de leur second 
voyage , 

a pour caractère distinctif la troisième dentelure 
du bord antérieur de son sous-orbitaire dirigée en 
dehors, de sorte quelle a l'air d'avoir de chaque coté 
une défense saillante. 

Les autres épines de sa tête sont assez fortes : sa 
dorsale est presque égale; sa caudale arrondie. 

Les nombres sont : 
D. 1 1/9 5 A. 3/5; C. 17: P. 11 simples et 5 branchus; V. 1/5. 

Nous ne possédons qu'un seul individu, long de 
deux pouces, dont la couleur paraît avoir été rou- 
geâtre., à grandes marbrures noires, et parsemée de 
points blancs. On ne lui voit point de lambeaux 
cutanés. 

La Scorpène a points rouges. 
{Scorpœna rubro-punctata, Ehr.) 

Parmi les collections faites dans la mer 
Rouge par M. Ehrenberg, se trouve une très- 
petite scorpène qui, pour la forme, représente 
notre scrôfa en miniature; 

mais ses couleurs sont particulières. Sur un fond 
blanchâtre, pointillé de rouge, elle a quatre larges 



CHAP. IX. SCORPÈNES. 525 

bandes brun pourpre, aussi pointillées de rouge. 
La première va du crâne à la gorge, en entourant 
l'œil; la seconde, du milieu de la dorsale épineuse 
au ventre derrière les ventrales; la troisième, de la 
fin des épines de la dorsale au commencement de 
l'anale : ces deux-là s'unissent dans le haut; la qua- 
trième est sur la base de la caudale. Les ventrales 
sont du même brun pourpre; mais la partie molle 
de la dorsale et de l'anale, la caudale et les pectorales 
sont jaunes, pointillées de rouge. 

Sa longueur n'est pas tout-à-fait de deux pouces. 

Les Arabes de Massuah l'appellent durha- 
bahr. 



326 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

CHAPITRE X. 

Des Sébastes (Sebastes, nob.). 

. Les scorpèncs proprement dites ont la tête 
hérissée de crêtes et d épines, et enveloppée 
dune peau spongieuse : à peine voit-on sur les 
individus desséchés quelques petites écailles 
sur le derrière du crâne et le haut de l'oper- 
cule. 

Il existe d'autres poissons de cette famille, 
dont la tête, moins hérissée, a des écailles sur 
toutes ses parties, au museau, au maxillaire, 
à la joue et à toutes les pièces operculaires; 
en sorte qu'ils se rapprochent de plusieurs 
perches à dorsale unique, et ne tiennent pro- 
prement aux scorpènes, si l'on fait abstraction 
des caractères qui leur sont communs avec 
les perches, que par les rayons simples de la 
moitié inférieure de leurs pectorales, et par 
la production de leur sous-orbitaire, qui va 
gagner le limbe de leur préopercule. 

C'est un de ces poissons que M. de Laroche 
a décrit à Iviça, et nommé scorpœna dacty- 
loptera \ parce que , n'ayant pas assez examiné 
les scorpènes communes, il supposait que ce 

lt Annales du Muséum, t. XIII, p. 357, pi. 22,, fig. 9. 



CHAP. X. SÉBASTES. 527 

caractère de rayons simples, dépassant la mem- 
brane des pectorales, était particulier à son 
espèce. 

Il y en avait une autre espèce dans le Nord, 
beaucoup plus anciennement connue, et c'est 
par son histoire que nous commencerons celle 
de ce genre. 

J'ai tiré le nom de sébaste de l'épithète 
d'impériale , que l'espèce de la Méditerranée 
porte à Iviça, de as&xqoç (auguste). 

La Sébaste septentrionale, nommée aussi 
Perça norvegica, et par erreur Perça 

MARINA. 

{Scbastes norvegicus , nob. ; Perça marina, Linn.; 
Perça norvégien , Mùll.) 

Les rapports de ces sébastes avec les perches 
sont assez grands pour avoir fait illusion à des 
naturalistes du premier ordre. Nous en avons 
une preuve dans le poisson que nous allons 
décrire, et qui habite toute la mer du Nord 
et la mer Glaciale : il a été rangé par Lin- 
naeus, dans la dixième édition de son System a 
et dans la seconde édition de sa Faune de 
Suède, parmi les perça, et, ce qui est à peine 
concevable, confondu avec le perça marina > 
qui, d'après ses caractères et ses synonymes, 



328 



LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 



n'est autre que le serran écriture de la Médi- 
terranée [perça scriha, Linn.). 1 

Celte erreur a élé copiée comme tant d'au- 
tres, et Ion a écrit depuis dans toutes les 
ichuologies que le perça marina ou Yholo- 
centre marin habite à la fois la Méditerranée 
et l'Océan septentrional; Pennant a fait gra- 
ver sous ce nom cette espèce du Nord 2 : et 
c'est sa figure que Bonnaterre a copiée pour 
représenter le perça marina, tout en lui don- 
nant dans son texte des caractères qui ne con- 
viennent qu'au serran. 3 

Cependant Ascanius en donnait une figure 4 , 
et M. Mùller , dans sa Zoologie danoise 5 , 
1 indiquait sous le nouveau nom de perça 
norvegica; Otlion Fabricius, dans la Faune 
du Groenland 6 , démêlait la confusion d'es- 
pèces que l'erreur de Linnœus avait occasio- 
née, et Retzius l'établissait sous ce nom de 
perça norvegica dans son édition de la Faune 
suédoise; mais tout ce qui est résulté de leurs 
efforts, c'est que les nomenclateurs ont inscrit 
une perche norvégienne ou un holocentre 
norvégien à côté de lholocentre marin ou de 



1. Voyez notre chapitre des serrans. — 2. Brit. zool. , édit. de 
1776, p. 226. —~ 3. Encyclopédie méttt., planches d'ichtyologie, 
p. 128, pi. 54, fig. 210. — 4. le. , pi. 16. — 5. En 1776, p. 46. 
■— 6. Fabricius, Fauno groenl. , p. 167. 



CHAP. X. SÉBASTES. 529 

la perche marine, sans faire remarquer que la 
perche marine comprenait aussi l'autre dans 
son histoire. 

La grandeur seule de ce poisson aurait dû 
avertir cependant que ce n'était pas le serran. 
Fabricîus lui donne une coudée; Retzius, 
deux pieds et plus , et il est évident par tout 
le contexte de Pontoppidan que c'est de cette 
espèce qu'il a entendu parler quand il dit 
que son scorpion de mer, ou marulke , est 
long de quatre pieds. Cependant, il doit y 
avoir aussi quelque confusion dans Pontop- 
pidan ; car on croit que c'est encore de ce 
poisson qu'il parle sous le nom de rœdfîsk, ou 
poisson rouge 1 , et on lui donne en effet ce 
nom dans certains cantons de Norvège, ainsi 
que ceux de karfe, de ouger ou duen 

C'est sous le nom de karfe (carpe) qu Olafsen 
etPowelsen en ont donné une mauvaise figure 
dans leur Voyage en Islande 2 . Us en parlent 
dans le texte, aux §§. ^27, 7/^ et 895, mais 
sans détails, et se bornant à dire que c'est le 
poisson le plus large de cette côte ; expres- 
sion que je ne comprends pas, mais qui n'est 
peut-être qu'une faute de traduction. Ils le 
croyaient du genre des pagres. 

1. llist. nat. of Norvray , p. 1 \ i . — 2. PI. 3s de la trad. franc. 



350 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Nous avons enfin aujourd'hui ce poisson. 
Il nous a été envoyé de Norvège par M. Noël, 
et de Miquelon par M. de la Pilaye , et il se 
trouve que ce n'est point une perche, mais 
une sébaste, très - semblable à la scorpène 
dactyloptère de M. de Laroche. 

Sa forme est à peu près celle de la perche ou des 
grands serrans , c'est-à-dire que son corps est oblong, 
un peu comprimé, et a ses courbures dorsale et ab- 
dominale légèrement convexes, la bouche oblique, la 
mâchoire inférieure plus avancée. 

Sa hauteur aux pectorales n'est pas tout-à-fait trois 
fois et demie dans sa longueur, et son épaisseur ne 
fait pas moitié de sa hauteur; la longueur de sa tête 
est juste le tiers de sa longueur totale. Sa nuque des- 
cend avec une courbure légèrement convexe, qui 
devient un peu concave sur le crâne, et reprend 
quelque convexité au museau. L'œil est tout près de 
la ligne du front et plus avancé que le milieu, et 
son diamètre égale le quart de la longueur de la 
tête; l'intervalle des yeux est plat, et égale presque 
leur diamètre. La bouche est oblique, fendue jusque 
sous le devant de l'œil; mais le maxillaire, fort large 
en arrière, se porte jusque sous le milieu de l'œil : 
la mâchoire inférieure monte au-devant de l'autre , 
et sa symphyse a en dessous une proéminence qui, 
lorsque la bouche est fermée, se porte à l'avant du 
poisson. Trois gros pores sont percés sous chacune 
de ses branches. La mâchoire supérieure est un peu 
protractile; mais le maxillaire ne peut se cacher sous 



CHAP. X. SÉBASTES. 551 

le sous-orbitaire, quand elle se retire. Le sous-or- 
bitaire antérieur n'a qu'une petite pointe, qui croise 
à peine un peu sur le maxillaire : le postérieur 
donne une production qui s'étend un peu oblique- 
ment en arrière, vers le préopercule, mais sans l'at- 
teindre entièrement; en sorte que c'est à peine si 
l'on peut dire qu'il cuirasse la joue. La surface des 
sous-orbitaires, dans le squelette, est un peu caver- 
neuse, mais non hérissée de crêtes ou d'épines. La 
narine a deux trous ronds bien ouverts, voisins 
l'un de l'autre et de l'orbite; à peine voit-on l'épine 
nasale. Il y a sur le bord de l'orbite, en avant, une 
petite épine, et derrière ce bord, sur le crâne, trois 
autres, aussi petites, puis une crête peu élevée de 
chaque côté du crâne, qui se termine également par 
une petite épine : il y en a une aussi au surscapu- 
laire, une au scapulaire et deux à l'opercule; mais ce ne 
sont que des vestiges , en quelque sorte que des ressou- 
venus des crêtes et des aiguillons dont la tête des scor- 
pènes proprement dites est hérissée. Le préopercule 
les rappelle un peu mieux; il est arrondi, et a cinq 
épines pointues, mais peu alongées, et à base élargie. 
Son limbe se marque peu. Le sous-opercule et l'in- 
teropercule ont chacun une petite épine à l'endroit 
où ils se touchent. 

Des dents en fin velours serré garnissent les deux 
mâchoires, le devant du vomer et le bord externe 
de chaque palatin en avant. 

La langue est triangulaire, assez libre, mince et 
sans dents. 

La niembrane des ouïes est très-fendue, et ne se 



552 



LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 



fixe qu'au même endroit que le pédicule de la poi- 
trine; on y compte sept rayons. 

Les râtelures externes de la première branchie sont 
assez longues ; le rang interne et les deux rangs des 
branchies suivantes se réduisent à des tubercules gar- 
nis de dents en velours; telles sont aussi les dents des 
os pharyngiens. 

La dorsale commence au-dessus des surscapulaires; 
elle a quinze rayons épineux, assez forts, peu inégaux, 
et dont les mitoyens, qui sont les plus élevés, n'ont 
guères plus du cinquième de la hauteur du corps. 
Cette partie occupe à peu près le tiers de la longueur 
totale : la partie molle est plus courte de moitié, mais 
plus élevée du double; elle a quinze rayons branchus. 
L'anale répond aux deux tiers antérieurs de la partie 
molle de la dorsale; elle a trois rayons épineux, forts, 
dont le premier de moitié plus court que les deux au- 
tres, et huit branchus, du double plus longs que ces 
derniers. La partie de la queue, entre la fin de l'anale 
et le commencement de la caudale, fait le sixième de 
la longueur totale; sa hauteur en fait le onzième, 
et son épaisseur n'a pas moitié de sa hauteur; la 
caudale fait presque le septième d« la longueur; son 
bord est un peu taillé en croissant, et l'on y compte 
quatorze rayons entiers. La longueur de la pectorale 
fait plus du cinquième du total; elle est arrondie et 
aussi large que longue : ses dix premiers rayons sont 
branchus; les neuf autres sont simples, quoique 
articulés; mais ils ne surpassent pas les premiers en 
grosseur : tous sortent un peu de la membrane. Les 
ventrales sortent un peu plus en arrière que les pec- 



CHAP. X. SÉBASTES. 535 

torales, et ne se portent pas tout-à-fait aussi loin; elles 
ont une épine et cinq rayons bran chus, dont le pre- 
mier a le double de l'épine en longueur : leur bord 
interne s'attache au corps pour un tiers. 

Tout ce poisson est couvert d'écaillés rudes jus- 
que sur le bout du museau et sur les maxillaires; les 
lèvres, la membrane des ouïes, le bord postérieur 
de leur ouverture et l'aisselle des pectorales en sont 
seuls dépourvus : il y en a de petites bandes derrière 
les épines de la dorsale. La partie molle de cette na- 
geoire , celle de l'anale et la caudale en sont garnies 
de fort petites, jusqu'à moitié. 

Elles sont assez petites, il y en a au moins quatre- 
vingt-dix sur une ligne entre l'ouïe et la queue, et 
de trente à quarante sur une ligne verticale près des 
pectorales. Leur forme est ovale, plus longue que 
large; leur bord est âpre , et elles ont dix ou douze 
crénelures à leur base. Sur le dos il y en a entre 
elles de beaucoup plus petites, qui garnissent leurs 
joints et qui font paraître leur surface comme gra- 
nuleuse. 

La ligne latérale, parallèle au dos, et occupant en 
avant le quart supérieur de la hauteur, se marque par 
de petites élevures cylindriques, un peu pointues en 
arrière, et placées, d'espace en espace, de manière 
qu'il n'y en a qu'environ trente-six sur sa longueur : 
mais ce n'est que sur le poisson sec qu'on le voit bien 
ainsi. 

Cette description est prise sur des individus 
de Norvège et de Terre-Neuve , qui ne sem- 
blent pas différer par les formes. 



554 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Dans leur état actuel ils paraissent d'un roussâtre 
assez uni, avec une tache noirâtre vers l'angle de 
l'opercule ; mais je vois par les notes de M. de la 
Pilaye que la couleur du poisson frais est un rouge- 
carminé vif, qui se rembrunit un peu vers le dos et 
pâlit du côté du ventre. Fabricius dit aussi qu'il a le 
corps rouge, surtout au dos et aux nageoires, et que 
son abdomen est plus pâle. 

C'est cette teinte rouge qui lavait fait pren- 
dre à Olafsen pour un pagre. 

Le foie de cette sébaste des mers du Nord se com- 
pose de deux lobes alongés dans chaque hypocondre ; 
ils sont réunis sous l'œsophage par une portion assez 
petite. Le droit, qui est plus mince que le gauche, 
se termine en une pointe fort aiguë. La vésicule du 
fiel est petite, globuleuse, et suspendue à un canal 
cholédoque fort long, qui se dilate sous la région 
du foie, placée sous l'œsophage. Les vaisseaux bi- 
liaires, assez nombreux, se rendent dans cette portion 
dilatée du canal qui glisse sous l'œsophage et va 
s'ouvrir dans l'intestin, tout auprès du pylore. 

L'œsophage est assez long; il se rétrécit un peu 
vers le cardia. L'estomac n'est pas très-grand; il est 
alongé, pointu en arrière; ses parois sont minces, 
peu plissées en dedans. Le pylore s'ouvre à l'extré- 
mité d'une branche qui naît de la paroi inférieure de 
l'estomac, un peu après le cardia. Il y a neuf appen- 
dices cœcales assez grosses et médiocrement longues. 

L'intestin fait deux longs replis avant de se rendre 
à l'anus. 



CHAP. X. SÉBASTES. 555 

Les laitances sont peu grosses, et n'occupent guè- 
fes en longueur que la moitié de celle de l'abdomen. 

Il y a dans cette espèce une vessie natatoire qui 
est assez grande, occupant à peu près les deux tiers 
supérieurs de la longueur de la cavité abdominale. 
Cette vessie est ovale, simple, sans appendices; ses 
parois sont médiocrement épaisses et blanches, sans 
être argentées. 

Les reins sont petits, situés auprès du diaphragme; 
ils se rétrécissent bientôt, et se terminent avant la 
pointe postérieure de l'estomac : ils versent leur urine 
dans une vessie musculeuse, qui est très-grande. 

Le péritoine est noir. Je n'ai trouvé dans l'estomac 
que de très-petits crabes. 

Son squelette a douze vertèbres abdominales et 
dix-neuf caudales, trente-une en tout; les cinq der- 
nières de l'abdomen ont des apophyses transverses, 
qui vont en s'alongeant et Rabaissant , mais qui ne 
forment pas d'anneaux. Les côtes sont grêles et 
simples; les os du bassin, longs et étroits; ceux du bras 
et du carpe, assez dilatés. Le premier interépineux 
inférieur, qui porte les trois épines anales, est long, 
fort et cannelé latéralement. 

Selon Fabricius, la chair de cette scorpène 
est maigre, mais agréable au goût; on la mange 
séchée ou cuite : sa tête et sa peau sont grasses; 
ses lèvres se mangent crues. 

Le même observateur nous apprend qu'au 
Groenland ce poisson se tient dans les golfes 
méridionaux les plus profonds, qu'il nap- 



ô5G LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

proche jamais du rivage que lorsqu'il y est 
amené à la surface par la tempête, et alors son 
estomac sort par sa bouche , ce qui le fait 
périr. Ce seul fait, lu dans Fabricius, m'avait 
fait pressentir qu'à la différence des autres 
scorpèncs les sébastes devaient avoir une ves- 
sie natatoire; mais ma conjecture ne s'est pas 
vérifiée pour toutes les espèces. 

Il se nourrit surtout de lespèce de plie 
nommée pleuronectes cjnoglossiun, au milieu 
de laquelle il vit. On le pêche comme le 
flétan, mais avec des lignes du double plus 
longues : il prend volontiers lhamecon. 

Les Groénlandais employaient autrefois ses 
épines dorsales en place d'aiguilles. 

La Sébaste de la Méditerranée, ou Scorpène 

DACTYLO PTÈRE DE LAROCHE} SERRAN IMPÉRIAL 

des Majorcains, etc. 

{Sébastes imperialis , nob. ; Scorpœna 
dactyloptera, de Lar. l ) 

Il est singulier qu'un si beau poisson, qui 
n'est rare dans aucune partie de la Méditer- 
ranée, n'ait point été décrit avant MM. de 
Laroche etRisso; mais cela tient, je crois, à 
ce que les uns le prenaient pour le cottus 

1. Annales du Muséum, t. X11I ; pi. 22, fig. 9. 



CHAP. X. SÉBASTES. 557 

massiliensis de Forskal, et d autres pour le 
perça marina des auteurs. Il est eu eiïet très- 
semblable à ce perça marina de Linnaeus, 
ou à cette sébaste du Nord que nous venons 
de décrire , et il faut presque les voir à côté 
l'un de l'autre pour les distinguer. Cependant 
l'espèce de la Méditerranée 

a les épines dorsales plus hautes à proportion : la 
troisième et la quatrième ont moitié de la hauteur 
du corps au-dessous d'elles, et dans l'espèce du Nord 
elles n'en ont pas le tiers : de plus, ces épines ne sont 
qu'au nombre de douze, suivies de treize rayons mous, 
ce qui fait trois épines et deux rayons mous de moins. 
L'intervalle des yeux est de moitié plus étroit, 
plus concave, et a deux lignes saillantes qu'on ne 
voit pas dans l'espèce du Nord. Les épines du bord 
de son orbite sont plus marquées; la deuxième de 
son préopercule excède davantage les autres : l'arête 
de son sous - orbitaire postérieur se fait sentir au 
travers de la peau ; les rayons simples de ses pecto- 
rales sont plus gros à proportion, et sortent davan- 
tage de la membrane : d'ordinaire ils n'y sont pas 
engagés de plus de moitié de leur longueur, et c'est de 
ce caractère que M. de Laroche a tiré son nom spé- 
cifique; enfin, le poisson tout entier est plus court 
à proportion : ainsi c'est bien une espèce distincte. 
B. 1'; D. 12/13; A. 3/6; C. 16; P. 19, dont 8 simples; V. 1/5. 

1. M. Riàso ne lui donne que six rayons branchiaux; mais elle 
.en a sept. 

4- 22 



558 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Sa couleur est, comme dans la sébasie du Nord, 
un beau rouge, tirant plus ou moins au minium 
ou au carmin, et plus pâle, même blanchâtre, vers 
l'abdomen -il y a aussi une teinle noirâtre sur l'oper- 
cule dans plusieurs individus. Cinq larges bandes 
brunes ou d'un rouge foncé descendent sur le 
fond clair jusqu'au-dessous de la ligne latérale : la 
première allant de la nuque suri' opercule ; la seconde 
et la troisième, sous la partie épineuse de la dorsale; 
la quatrième, sous la partie molle; la cinquième, sur 
la queue. 

D'autres individus n'ont que quelques taches nua- 
geuses brunes, éparses sur différens points du dos. 
La longueur à laquelle ce poisson parvient, est 
de dix-huit pouces; il pèse alors quatre livres ou à 
peu près. 

M. Risso dit que le palais de ce poisson est noir, 
et nous l'avons, en effet, trouvé ainsi dans les in- 
dividus qui n'étaient pas depuis long-temps dans la 
liqueur. Ceux que nous avons de l'espèce du Nord , 
ne nous ont rien montré de semblable; mais cela 
tient peut-être à une plus longue macération. 

Le foie de la sébaste impériale est composé de 
deux lobes moins longs et plus gros que ceux du 
foie de la précédente. 

L'œsophage est plus large, et se dilate en un esto- 
mac plus grand, dont les parois sont plus épaisses, 
et qui sont chargées de rides en dedans. 

Il n'y a que cinq ccecums au pylore : M. de La- 
roche dit qu'il y en a six, je n'en ai vu cependant 
que cinq dans deux individus que j'ai examinés. 



CHAP. X. SÉBASTES. 539 

L'un des deux avait été rapporté par M. de Laroche 
lui-même d'Iviça. L'intestin fait deux longs replis, 
comme dans l'espèce précédente. 

Les ovaires sont gros, et s'étendent depuis le dia- 
phragme jusqu'à l'anus. 

Ce que l'on doit surtout remarquer, c'est l'absence 
de vessie natatoire. M. de Laroche lavait déjà fait 
connaître ; mais la chose devient bien plus notable 
aujourd'hui que l'on sait qu'il y en a une dans la 
sébaste du Nord, 

Les reins sont petits, et la vessie urinaire est plus 
petite et plus mince que celle de la sébaste septen- 
trionale. Le péritoine est noir comme de l'encre. 

Son squelette ressemble à celui de la sébaste du 
Nord, à l'exception des légers détails de la tête, dont 
les différences se voient déjà à l'extérieur. 

Celte espèce, comme celle du Nord, ne vit 
que dans les grandes profondeurs 5 aussi M. de 
Laroche dit-il qu'elle est fort rare dans les 
ports où l'on n'a pas l'habitude de pêcher à 
ces grandes profondeurs. Il en a vu prendre à 
cent soixante, à cent quatre-vingts brasses, et 
même à trois cent soixante. 

M. Risso assure qu'elle est fort commune 
à Nice, et qu'on l'y trouve pendant toute 
l'année entre les rochers les plus profonds. 
La femelle est pleine d'ceufs eu été. Sa chair 
est peu estimée ; cependant on en fait de la 
soupe. 



540 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Son nom à Nice est cardouniero , et tient 
sans doute à ses épines. M. de Laroche dit 
qu'à Iviça on la nomme serran impérial, peut- 
être à cause de sa belle couleur rouge, et à 
Barcelonne,/^??^//. Je soupçonne beaucoup 
que c'est le scrojanu imperiali des Siciliens 
que M. Rafinesque a pris pour le cottus mas- 
siliensis de Forskal, et que par cette raison 
il s'est dispensé de décrire. 1 

La scorpœna malabarica de Bloch 2 est une 
sébaste; sa description le prouverait déjà, et 
ce qui ne laisse aucun doute, c'est l'inspec- 
tion que nous avons faite de l'individu même 
qui en a été l'objet. Il est donc bien certain 
que l'auteur lui a rapporté mal à propos le 
cottus australis de White 3 , qui est un apiste. 

Ce poisson de Bloch ressemble tellement 
pour tous les détails à notre espèce de la Mé- 
diterranée qu'il nous est impossible de ne pas 
le regarder comme identique avec elle; aussi 
les deux origines quil lui attribue, l'Amérique 
méridionale et la côte de Coromandel, nous 
paraissent- elles également suspectes. Il avait 
reçu son individu d'Abilgaard , qui pouvait 
bien avoir été trompé sur sa patrie. 

1. Rafinesque, Indice d' itiol. sicil. , p. 27. n.° 194. — 2. Syst, 
post., p. 194, n.°8. — 3. Voyage à la Nouvelle-Galles du sud., 
p. 28G, pi. 52, lig. \, 



CHAP. X. SEBASTES. 341 

La Sébaste du Cap. 

(Sebastes capensis, nob.; Scorpcena capensis, Gm.j 
Scorpène africaine, Lacép., t. III, p. 266.) 

Cependant l'hémisphère antarctique a sa 
sébaste comme l'hémisphère arctique, et même 
elle ressemble plus à celle clu Nord , que ne 
fait celle de la Méditerranée. Nous en avons 
plusieurs individus rapportés du cap de Bonne- 
Espérance par feu Delalande. 

Ils ont l'intervalle des yeux presque aussi large 
que la sébaste du Nord, mais un peu plus concave, 
et les deux lignes saillantes s'y remarquent. Leurs 
épines dorsales ne s'élèvent pas plus que dans l'espèce 
du Nord. 

D. 12/13 ou 14; A. 3/6 ou 7; C. 13; P. 18, dont 8 simples; 
V. 1/5. 

Dans leur état actuel, ces sebastes du Cap parais- 
sent rougeàtres, avec des mouchetures blanchâtres, 
nombreuses sur la tête et sur le dos, et une teinte 
noire sur l'opercule; mais nous ne savons pas quelle 
était leur couleur dans l'état frais; cependant tout 
porte à croire qu'elle était rouge. 

L'espèce paraît atteindre à peu près la même taille 
que celle de la Méditerranée. 

Nous lui avons trouvé un foie composé de trois 
lobes alongés; le gauche est le plus large; des deux 
autres, qui sont à peu près égaux, l'un est mitoyen 
et l'autre est tout-à-fait dans le côté droit du ventre. 



542 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

La vésicule du fiel et son canal cholédoque ressem- 
blent en tous points à ceux de la sébaste septentrio- 
nale. 

L'œsophage est court et large; il se rétrécit à 
peine pour indiquer le cardia. L'estomac forme un 
sac assez long et moins pointu que celui de notre 
sébaste du Nord. 

Le pylore est muni de onze ccecums longs et 
grêles. 

L'intestin n'existait plus dans l'individu que nous 
avons ouvert. 

La vessie natatoire est grande, ovale, simple, à 
parois minces et argentées. 

Le péritoine est gris , tacheté de noir. 

Cette sébaste du Cap a été bien décrite par 
Gronovius, dans son Zoophylacium (p. 88, 
n.° 293), sons le nom de perça dorso monop- 
terygio , capite utrinque supra oculos qua- 
dridentato , operculis diacanthis squamosis , 
cauda subœquali. Seulement il lui donne, 
peut-être par une inversion de l'imprimeur, 
D. h 4/1 2. 

Cest sur cette description de Gronovius 
qu'est établi le scorpœna capensis de Gmelin , 
ou la scorpene africaine de M. de Lacépède ; 
espèce qui a disparu, on ne sait pourquoi, 
dans le Systema de Bloch. 



CHAP. X. SÉBASTES. 54 O 

La Sébaste a dorsale tachetée. 
(Sebastes maculatus , nob.) 

Le Cap produit encore une autre sébaste, 
beaucoup plus semblable que la précédente 
à celle de la Méditerranée , 

et qui a les épines dorsales aussi élevées que cette 
dernière, et les rayons pectoraux inférieurs aussi 
gros et aussi dégagés de leur membrane; mais qui 
s'en distingue par un intervalle des yeux plus étroit , 
plus concave et entièrement dépouillé d'écaillés. 

Une grande tache brune occupe chaque inter- 
valle des épines dorsales ; et il y a aussi une bande 
brune tout le long de leurs racines : dans la liqueur, 
le reste du corps paraît rougeâlre ou jaunâtre, mais 
il y a grande apparence qu'il était rouge , comme dans 
les autres espèces. 

D. 12/13 ; A. 3/6; C. 14; P. 19; V. 1/5. 

Nos individus n'ont que sept pouces. Nous les 
devons aussi à M. Delalande. 

Ils n'avaient pas conservé leurs viscères; mais on 
a pu encore s'assurer que cette espèce n'a point de 
vessie natatoire , et que son péritoine est d'un noir 
très-profond. 



344 LIVRE IV. JOUES CUÏRASSÉES. 

La Sébaste a re ban blanc. 

{Sebastes albofasciatus , Holocentrus albofascia* 
tus, Lacép., t. IV, p. 572.) 

Il y a de ces sebastes jusque dans les mers 
de la Chine et du Japon. Un imprimé japo- 
nais de la bibliothèque du Muséum en offre 
une figure parfaitement reconnaissable quant 
au genre, et peinte des mêmes couleurs que 
les nôtres , sur laquelle M. de Lacépède a établi 
son holocentrus albofasciatus. 

> Elle est d'un beau rouge de minium, avec du 
blanchâtre à l'abdomen , au bord du pi éopercule 
et de l'opercule, et surtout avec; un ruban blanc sur 
la racine de la caudale : elle ne montre que onze 
rayons épineux à la dorsale. 

Bien que nous eussions aisément reconnu 
une sébaste dans cette figure, elle ne nous 
paraissait pas assez authentique dans ses détails 
pour que nous osassions décider si l'espèce 
est ou non identique avec l'une de celles que 
nous avons observées. Heureusement nous ve- 
nons de recevoir de la complaisance de. M. 
Lichtenstein le poisson lui-même, qui a été 
cédé au Cabinet de Berlin par M. Langsdorf. 

Quoique devenu presque blanchâtre par le des- 
sèchement, on y distingue encore le ruban blanc 
de la base de la caudale \ mais il ne reste point de 



CHAP. X. SÉBASTES. 34S 

traces de bandes verticales. Du reste, il est difficile 
qu'un poisson ressemble plus à un autre que celui-là 
à la sébaste de la Méditerranée. Nous lui trouvons 
seulement le museau un peu plus avancé, le sous- 
orbitaire plus large , et l'œil plus petit. Les épines 
placées immédiatement derrière les yeux sont sur 
quatre rangs, et à la sébaste de la Méditerranée il n'y 
en a que deux rangs; elles sont aussi toutes plus fortes 
à proportion dans l'espèce du Japon. Les rayons sim- 
ples de la pectorale paraissent un peu plus grêles, 
moins séparés, et il y en a un de moins. 

D. 12/13; A. 376; C. 15; P. 17, dont 7 simples; V. 1/5. 

La figure de l'ouvrage japonais se trouve 
répétée dans l'Encyclopédie japonaise, avec 
un texte que M. Abel Remusat a bien voulu 
nous interpréter, et où il est dit que l'espèce 
est très -commune sur les cotes du Japon; 
qu'elle atteint à trois pieds de longueur; que 
sa chair est blanche et de bon goût, et qu'on 
la recherche surtout pendant l'hiver. Ses pro- 
priétés paraissent donc la rapprocher beau- 
coup de notre sébaste du Nord. 

La Sébaste marbrée. 
(Sebastes marmoratus , nob.) 

Notre imprimé japonais contient la figure 
d'une autre sébaste, qui a aussi été rapportée 
par M. Laugsdorf, 



346 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

et qui a le rouge de son dos el de ses flancs mar- 
bré de brun ou de noirâtre, de manière à ce que les 
intervalles rouges y ressemblent à des taches rondes 
et assez grandes. Ses nageoires sont également variées 
de brun et de rouge. Sur les pectorales, l'anale et 
la partie molle de la caudale, le brun est semé en 
points; sur la caudale il fait des mailles continues. 
Quant aux formes et aux épines , cette espèce res- 
semble à la précédente; mais sa tête est plus courte 
à proportion. 

D. 12/12 ; A. 3/5; C. 16; P. 18, dont 8 simples; V. 1/5. 
La SÉBASTE A CRANE SANS ÉPINES. 

(Sebastes inermis , nob.) 

Une troisième sébaste du Japon , rapportée 
aussi par M. Langsdorf , se distingue de toutes 
les autres, 

parce que l'intervalle de ses yeux n'est point concave, 
et que les épines du dessus de son orbite et celles 
du dessus de son crâne sont effacées ou réduites à de 
légères arêtes, savoir, une sur chaque orbite, et deux 
sur l'arrière du crâne, terminées chacune par une 
petite pointe; mais les épines de son opercule, de son 
préopercule et de la partie antérieure de son sous- 
orbitaire, conservent leur forme accoutumée. 
D. 12/15; A* 3/7} C. 17; P. 15, dont 6 simples; V. 1/5. 

Dans son état desséché ce poisson parait d'un brun 
assez uniforme. 



CHAP. X. SÉBASTES. 547 

La Séraste variable. 
(Sebastes variabilis , nob.) 

Enfin, c'est encore une sébaste du nord de 
la mer Pacifique que PaUas x a nommée perça 
variabilis, et que M. Tilesius a décrite plus 
en détail et représentée 2 sous le nom d'epi- 
nephelus ciliaîus. 

Sa têle est encore moins armée qu'à la précédente; 
on ne lui voit pas même de crêtes sur le crâne et 
sur l'orbite, et son sous-orbitaire n'a aucunes dents; 
le préopercule en a cinq courtes et obtuses , et 
l'opercule deux pointues. On remarque à peine les 
pelits aiguillons d'au-dessus de ses narines. L'espèce 
se rattache pourtant sensiblement à ce genre par 
la barre que son sous-orbitaire envoie à son prëo- 
percule, et que l'on sent au travers de la peau, ainsi 
que par les neuf rayons simples de ses pectorales. 

D. 13/15; A. 3/9; C. 17; P. 18, dont 9 simples; V. 1/5. 

L'individu que nous décrivons vient du 
cabinet de Pallas , à qui il avait été envoyé 
par Merk. 

Dans son état sec il paraît entièrement brun foncé; 
mais, selon ce grand naturaliste, la couleur du frais 
varie suivant l'âge et le sexe : souvent il est brun ti- 
rant au bleuâtre, avec le ventre blanc et les nageoires 

1. Zoogr. ross., t. III, p. 2/Jij n.° 174- — 2. Dans les Mémoires 



548 LIVRE TV. JOUES CUIRASSÉES. 

brunes; les femelles ont le ventre rougeâtre. M.Tile- 
sius le dit d'un pourpre roussàtre on d'un argenté 
brunâtre. 

Les plus grands, selon Pallas, n'ont que deux pieds. 

On trouve cette espèce dans toute l'étendue 
de mer qui sépare le Ramchatka de l 1 Améri- 
que. On en prend surtout beaucoup dans les 
îles Aleutiennes. Les habitans d'Unalashka la 
nomment kakutshik ou kathtschikug, et ceux 
de la côte d'Amérique, tockugh. 

Pallas avait bien saisi l'analogie de ce 
poisson avec le perça norvegica d'Ascanius 
( fasc. 2, pi. 16), qui est notre première sé- 
baste; mais il était allé trop loin, en le con- 
sidérant comme identique pour l'espèce. 

M. Tilesius a tiré son nom de ciliatus d'une 
disposition d'écaillés, qui n'est pas plus mar- 
quée que dans la plupart de ses congénères. 

La petite Sébaste. 
(Sebastes minutus, nob.) 

Tous les naturalistes employés dans les der- 
nières expéditions scientifiques ont rapporté, 
soit des Moluques , soit des Marianes, soit des 
îles de la Société, une très-petite sébaste, 

d'un brun-rouge foncé, marbré de plus foncé encore, 
et dont les aiguillons delà tète, surtout ceux du sous- 



CHAP. X. SÉBASTES. 549 

orbitaire, sont plus marqués que dans les grandes, 
et presque aussi sensibles que dans les scorpènes 
proprement dites, en sorte qu'on la prendrait pour 
une scorpène, si l'on ne remarquait les petites écailles 
qui garnissent sa tête jusqu'au bout du museau. 
La ligne latérale est toute rude. 
D. 12/13, etc. 

Les viscères de cette petite sébaste ressemblent à 
ceux que nous avons trouvés dans les sébastes du 
Nord et du Cap. 

Sa vessie natatoire est plus grande à proportion 
et plus brillante que celles des deux autres espèces. Il 
n'y a que trois ccecums au pylore. Le péritoine est 
grisâtre. 

La Sébaste de Bougainville. 
{Sébastes Bougainvillii, nob.) 

M. le baron de Bougainville a rapporté de 
son voyage autour du monde, terminé en 
1826, une sébaste qui se distingue de toutes 
les autres par la brièveté de son museau, la 
force des épines de sa tête, la grandeur de 
son œil, et surtout par la hauteur des rayons 
épineux de sa dorsale. 

Le diamètre de son orbite n'est que deux fois et 
un tiers dans la longueur de sa tête, prise du museau 
au bout de l'opercule. Son profil tombe rapidement, 
et la portion de son museau en avant de l'œil n'a 
que moitié du diamètre de l'orbite. Ses épines na- 



550 LIVRE IV. JOUFS CUIRASSÉES. 

sales sont très-pointues. Son arcade surcilière en a 
huit, dont trois fortes. Il y en a une forte de chaque 
côté sur le crâne, une derrière l'orbite, une sur la 
tempe, cinq ou six à la crête sous-orbitaire : celle 
du préopercule qui répond au bout de cette crête 
est longue, et en porte une sur son tranchant; il y 
en a trois au-dessous le long du bord préopcrcu- 
laire. L'opercule en a deux fort pointues. Toutes les 
parties de la tète sont garnies d'écaillés. Les aiguil- 
lons de sa dorsale sont striés longitudinalement. Le 
troisième, qui est le plus élevé, l'est autant que le 
corps sous lui ; le premier n'en a que le tiers : ils 
décroissent jusqu'au onzième, qui est un peu moin- 
dre que le premier. Le deuxième se relève un peu 
avec la partie molle. Le douzième rayon de l'anale 
est aussi très-long, anguleux, et plus gros qu'aucun 
de ceux du dos. Je ne vois qu'un seul rayon absolu- 
ment simple à ses pectorales; tous les autres sont au 
moins un peu fourchus. 

B. 7; D. 12/8; A. 3/5; C. 17; P. 19; V. 1/5. 

Ce poisson a été pris clans la mer des Indes. 
Ses caractères, et surtout la division de la plu- 
part des rayons de ses pectorales, léloignent 
assez des autres espèces du genre. 

Son estomac est très -grand. Je ne trouve que 
quatre cœcums, dont les deux de droite assez longs, 
et les deux autres courts. Le péritoine est d'un bel 
éclat d'argent. Il n'y a point de vessie natatoire. 



CHAP. XL PTÉROÏS. 551 

CHAPITRE XL 
Des Ptéroïs. 

Ces charmans poissons, que Ton a rangés 
tantôt parmi les épinoches, tantôt parmi les 
cottes , et que Ton a aussi appelés scorpènes 
volantes, ne sont, à proprement parler, ni des 
cottes, ni des épinoches, ni des scorpènes, 
mais doivent faire un petit genre près de ces 
dernières. 

Ils ont en effet la tète comprimée et épi- 
neuse, les lambeaux charnus, le corps écail- 
leux, les rayons simples aux pectorales des 
scorpènes, mais ils manquent de dents aux 
palatins, et n'en conservent, comme les cot- 
tes, qu'au-devant du yomer; et d'ailleurs la 
longueur excessive de leurs épines dorsales et 
de leurs rayons pectoraux les distinguerait à 
elle seule de tous les poissons connus. 

Les Indes nous en envoient depuis long- 
temps deux espèces principales, de couleurs 
aussi belles qu'agréablement distribuées (scor- 
pœna volitans, Gm., et scorpœna antennata, 
Blocli), et nous en avons ajouté quelques- 
unes rapportées des mêmes parages par les 
nouveaux voyageurs. 



552 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Le Ptéroïs voltigeant. 
(P ter ois volitans, nob.- Scorpœna volitans, Gm.) 

La première, qui paraît aussi devenir la plus 
grande, a été d'abord observée dans les Molu- 
ques , et surtout à Amboine ; mais elle n'est pas 
rare à l'Isle-de-France et à File de Bourbon. 
Nous l'avons reçue récemment de Pondichéry; 
M. Bennet l'a dessinée à Ceilan; enfin, M. Geof- 
froy l'a rapportée de la mer Rouge. Elle a aussi 
été trouvée à Mahé, dans les Séchelles, car 
nous nous sommes assurés par une lecture at- 
tentive que l'article de Commerson, sur lequel 
M. de Lacépède a établi son espèce de la 
scorpène mahé 1 ; n'a rapport qu'à l'espèce ac- 
tuelle, en sorte qu'on doit rayer la scorpène 
mahé du tableau du genre. Elle habite toute 
l'étendue de la mer des Indes. 

M. de Lacépède en parle comme si elle se 
trouvait aussi au Japon 2 ; mais je ne sais sur 
quel témoignage : elle n'est point gravée dans 
l'ouvrage japonais que nous avons cité quel- 
que ibis. 

Nieuhof 3 et Blocli, d'après lui, ont dit que 
c'était un poisson d'eau douce , et il est très- 
vrai qu'il entre dans les marais voisins de la 

1. Lac, î. I1I ; p. 278. — 2. lb., p. 290. — 3. WiU., 4pp., p, 1» 



CHAP. XI. PTÉROÏS. SOÙ 

mer, et que l'on en élève même à Batavia 
dans des bassins; mais il habite aussi l'eau sa- 
lée, et M. Leschenault, dans ses notes, nous 
dit expressément qu'on le pêche dans la rade 
de Pondichéry. 

Son corps a à peu près la forme de celui de la 
perche. La ligne du dos est plus convexe que celle 
du ventre. La hauteur aux pectorales est du quart 
de la longueur totale , et l'épaisseur de moitié de la 
hauteur. La tète a un peu plus du quart de la lon- 
gueur totale. 

Son profil descend, obliquement et est un peu 
concave entre les yeux, qui sont grands, et dont 
l'orbite se relève et a deux petites pointes. La bouche 
est fendue au bout du museau et médiocre. La mâ- 
choire inférieure avance un peu plus dans l'état de 
repos ; mais la supérieure est assez protracûle pour 
la dépasser un peu ; elle a entre ses deux mtermaxil- 
laires une échancrure marquée. Des dents en velours 
ras occupent une bande étroite à chaque mâchoire, 
et un petit chevron en avant du vomer. Les palatins 
n'en ont pas, non plus que la langue, qui est petite 
et peu libre. Les deux ouvertures de la narine sont 
au-devant l'une de l'autre , plus près de l'œil que 
du bout du museau, rondes et assez grandes; près 
de l'antérieure est un lambeau et l'épine nasale. Le 
sous-orbitaire antérieur est rhomboidal et large. On 
sent près de son bord deux ou trois petites épines. 
Le postérieur est oblong, et a aussi quelques petites 
épines le long de sa ligne moyenne. Le bord du 
4. 23 



354 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

préopercule a trois dents courtes et larges. Sur le 
crâne sont deux petites crêtes, terminées chacune 
par deux épines. De chaque côté , derrière l'œil , 
il y en a une sur la lempe, et une plus en arrière, 
appartenant au surscapulaire. L'opercule osseux se 
termine par une pointe plate et assez faible. La mem- 
brane des ouïes, fendue jusqu'à l'attache de l'isthme, 
aïs- à -vis l'angle de la mâchoire inférieure, a sept 
rayons faciles a compter l . La dorsale commence 
au-dessus de la naissance des pectorales ; elle a treize 
épines droites, pointues, d'une longueur extraordi- 
naire, et dont la membrane ne réunit que les bases. 
La première est haute comme les trois quarts du 
corps sous elle; elles croissent jusqu'à la sixième, 
qui a près du double de la hauteur du corps , et elles 
gardent presque cette hauteur jusqu'à la onzième; 
mais la douzième est tout d'un coup plus petite que 
la première, et la treizième encore plus que la 
douzième. Cette treizième est attachée par toute sa 
longueur au premier rayon mou. Il y en a douze 
de ceux-ci, tous fourchus, tous unis jusqu'à leurs 
sommets, et formant une nageoire haute à peu près 
comme la moitié des grandes épines. L'anale est sous 
cette portion molle de la dorsale, et à peu près de 
même hauteur; elle a trois épines médiocres, dont 
la troisième est la plus longue, et sept rayons mous, 
du double plus longs que cette troisième épine. L'es- 
pace nu enlre elle et la caudale est un peu moins 
du septième de la longueur totale. Celui de derrière 

1. Je ne nr explique point comment Bloch et ses successeurs ne 
lui en ont donné que sis. 



CHAP. XI. ptéroïs. SlSb 

la dorsale n'est pas tout-à-fait si grand, et la hau- 
teur de cette partie de la queue n'est guère que d'un 
douzième. La caudale a en longueur près du quart; 
elle est arrondie et a douze rayons entiers. 

Les cinq premiers rayons des pectorales ont plus 
de moitié de la longueur du corps, et s'étendent au- 
tant en arrière que les rayons mous de la dorsale et 
de l'anale, quand ils se couchent, c'est-à-dire jusqu'au 
milieu de la caudale; mais les rayons suivans dimi- 
nuent de façon que le quatorzième, qui est le dernier, 
est trois fois plus court que le premier. La mem- 
brane est profondément échancrée entre les rayons, 
surtout entre les premiers, où l'échancrure va jus- 
que près de la base, de manière cependant qu'il en 
reste une bande le long de chaque rayon, et même 
que cette bande s'élargit un peu , auprès de son 
extrémité. 

Les ventrales sortent presque sous la racine des 
pectorales, et il ne s'en faut que d'un tiers quelles 
soient aussi longues. Leur épine n'a que les deux 
cinquièmes de leur longueur. 

B. 1 ; D. 13/1*2; A. 3/7; G. 12; P. 14; V. 1/5. 

Il y a de petites écailles sur le crâne, sur la joue 
au-dessus et au-dessous du sous-orbitaire posté- 
rieur, et sur tout l'opercule et le subopercule; mais 
l'inleiopercule n'en a point, non plus que le museau, 
les mâchoires et les membranes des ouïes : celles 
du corps sont petites , lisses au toucher , presque 
rondes , et striées vers leur racine de sept ou huit 
rayons. 

■La ligne latérale se marque par une suite continue 



356 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

d'élevures simples ; elie occupe en avant le tiers 
supérieur, et suit la courbure du dos. 

Voici à peu près 1 enumération des lambeaux de 
cette espèce, telle que nous avons pu la faire sur 
nos individus les mieux conservés. Le plus grand 
est sur l'œil i ; il égale près de moitié de la longueur 
de la tête, et, quand il est bien conservé, il a ses 
bords déchiquetés en filamens : il y en a deux petits, 
minces, sur le bout du museau; deux larges, déchi- 
quetés, au bord du premier sous-orbitaire; trois, un 
peu moindres, mais également larges et déchiquetés, 
le long du bord inférieur du préopercule. 

La mâchoire inférieure n'en a pas; mais chacune 
de ses branches est percée en dessous de trois pores. 

La couleur de ce poisson est un brun -rouge 
traversé verticalement par des lignes roses, disposées 
par paires. Cinq de ces paires occupent le museau 
d'avant en arrière : il y en a trois paires sur la joue, 
dont les lignes se bifurquent quelquefois à leur partie 
inférieure; une paire qui descend de la nuque sur 
l'opercule, jusqu'à son bord inférieur; deux qui se 
terminent au haut de l'ouverture des ouïes et sur 
la base de la pectorale; et quatorze qui entourent le 
corps et la queue ; mais il y a quelques variétés à 
cet égard, et il y en a surtout beaucoup dans la 
largeur des lignes roses, qui tantôt sont fort étroites, 
tantôt occupent presque autant d espace que le fond. 
Il y a des individus ou l'entre-deux de chaque paire 
est plus clair que leurs intervalles. Le dessous du 

1. On a négligé de représenter ce lambeau sur notre planche. 



CHAP. XI. PTÉROÏS. 357 

corps a le fond rose. Il n'y a point de lignes sous la 
tête ; mais à la poitrine les intervalles bruns viennent 
quelquefois s'unir, en formant des arcs convexes en 
arrière. Ces lignes et le brun-rouge qui les sépare 
s'étendent sur la membrane courte qui unit les bases 
des épines dorsales; mais le reste de ces épines est 
jaunâtre, avec des anneaux bruns; ce qui rappelle 
tout-à-fait celles des porcs-épics. Les rayons mous 
sont aussi jaunes, et le long de chacun d'eux sont 
quatre ou cinq gros points bruns. Les intervalles 
bruns du corps, ou du moins quelques-uns d'entre 
eux, se prolongent aussi un peu sur la base de cette 
partie de la nageoire. La partie molle de l'anale et la 
caudale sont de même jaunes, semées de gros points 
bruns, et les intervalles bruns se prolongent également 
sur la base de la première ; mais sa parlie épineuse 
est brune ou violette, avec quelques gouttes rondes 
d'un blanc de lait opaque. La pectorale est grise ou 
lilas, le plus souvent avec de grandes taches nuageuses 
noirâtres dans les intervalles de ses rayons, et des 
anneaux blanchâtres sur les rayons eux-mêmes. A sa 
base intérieure, qui est du même brun-rouge que le 
corps, se voient quelques lignes irrégulières roses, et 
des gouttes plus ou moins nombreuses de blanc de 
lait. Une de ces gouttes, plus grosse que les autres,. 
se fait remarquer dans le haut de l'aisselle, et la pec- 
torale ne la couvre point quand elle est reployée; 
il y en a aussi cinq ou six le long de la ligne laté- 
rale. La ventrale est de la même couleur que la pec- 
torale, c'est-à-dire ou violette ou lilas, avec des ta- 
ches nuageuses noirâtres entre ses rayons et sur sa 



558 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

face interne, principalement vers la base, où il y a 
des gouttes d'un blanc opaque plus nombreuses que 
sur la pectorale, dont quelques-unes se voient même 
à la face externe. 

Ces gouttes blanches, plus ou moins larges, plus 
ou moins nombreuses, selon les individus, rap- 
pellent celles de l'aisselle pectorale de quelques scor- 
pènes proprement dites, nommément de notre scor- 
pœna bujo. 

Les grands lambeaux des sourcils sont bruns , 
variés ou piquetés de blanc à leur base; ceux des 
côtés du museau et de la tête participent à la cou- 
leur des parties voisines. 

Ce ptéroïs a le foie petit, noir, composé de deux 
lobes à peu près égaux. La vésicule du fiel est longue 
et étroite. 

L'œsophage est assez long, et il se dilate en un 
estomac médiocre, arrondi en arrière. La branche 
montante, qui a le pylore à son extrémité, est grosse, 
mais courte. Il y a trois cœcums, gros, médiocrement 
longs, dont deux sont à droite. 

L'intestin fait deux replis avant de se rendre à 
l'anus; dans la longueur des replis il prend un dia- 
mètre beaucoup plus large. 

La vessie natatoire est assez grande, ovale, ar- 
rondie en avant; ses parois sont fibreuses, très-so- 
lides, et brillent d'un bel éclat d'argent. 

Nous avons trouvé son estomac rempli de divers 
petits crustacés. 

Son squelette a neuf vertèbres abdominales et 
quinze caudales. Les trois dernières abdominales ont 



CHAP. XI. PTÉROÏS. 559 

leurs apophyses transverses descendant obliquement; 
les autres n'en ont point. Les côtes sont assez courtes 
et grêles. Les interépineux de la dorsale ont leurs 
arêtes antérieures et postérieures larges et minces, 
en sorte qu'ils composent tous ensemble une espèce 
de cloison verlicale. Les trois os inférieurs du carpe 
sont plus longs que larges, et échancrés sur les côtés. 
Le bassin est rectangulaire, plein, médiocrement pro- 
fond. Sa tige osseuse est dirigée en avant. 

Bien que Ion ne manque pas de figures 
de ce poisson, je n'en connais de bonne que 
celle de M. Bennet, qui ne fait que de pa- 
raître 1 , et qui elle-même n'est pas tout-à-fait 
correcte. Celle de Seba (t. III, pi. 28, n.° 1) 
raccourcit trop les épines dorsales, et ne donne 
aucune idée de la structure des pectorales. 
Celle de Bloch (pi. 1 84) a également mal rendu 
la structure des pectorales, dont elle 11 exprime 
point les échancrures, et elle leur donne de 
plus une couleur qu'elles n'ont point. Celle de 
M. de Lacépède (t. II, pi. 1 7, fig. 3) représente 
les épines dorsales et les rayons des pectorales 
comme si la membrane les réunissait jusqu'à 
leur extrémité; et celles de Klein 2 et de Va- 
lentyn 3 , que l'on cite d'ordinaire sous cette 

1. Fishes of Cejlon, i. er cah., n.° 1. — 2. Miss. V, pi. 4, fig. 6. 

3. Amb., fig. 210 et 2i3. Elles sont un peu moins mauvaises 
que les suivantes : l'une d'elles est à peu près copiée, mais barba- 
rement enluminée, clans Renard, t. II, pi. i5, fig. 72. 



560 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

première espèce , appartiennent plutôt à la 
suivante. 

Quant aux anciennes de Nieuhof 1 et de Re- 
nard 2 , elles sont toutes grossières et infidèles. 

Les Hollandais des Moluques l'appellent 
kalkoen-visch (poisson dindon) 5 les Malais 
de ces îles lui ont donné, comme à plusieurs 
autres scorpènes , le nom dikan-sowanggi 
(poisson sorcier), et ce nom les empêche 
d'en manger, quoiqu'il soit, dit Valentyn, 
excellent au goût, très-sain et très-léger. 3 

M. Reynaud l'a entendu appeler ikan-bam- 
bou par les Malais de Batavia, et selon le 
recueil de M. Farkbar, ceux de Malacca le 
nomment ikan-lingah-lingah. 

On voit aussi le nom de louw parmi ceux 
que lui donne Renard ; et à Pondicliéry, selon 
M. Lesclienault, on L'appelle anet-toumbi. On 
ne le mange pas non plus dans cette ville ni 
aux environs. 

A Ceilan , selon M. Bennet , on l'appelle 
gini maha (grand feu), et les pêcheurs de 
ce pays-là, loin de le repousser, assurent que 
sa chair est blanche , ferme et de bon goût. 



1. Ind., t. II, p. 268, fig.4. CopiéWillughby, Jpp.,]>L 2,ûg. 5. 

2. Un très-jeune individu (t. I, pi. ^5 , fig. 2i5). La même 
figure est répétée tome II, p]. 22, fig. 108, avec d'autres couleurs» 

3. Valentyn, lue- cit. 



CHÀP. XI. PTÉROÏS. 561 

LinnGeus lui a donné l'épithète de vo ti- 
tans 1 ; mais il est douteux que ses pectorales, 
faibles et profondément échancrées comme 
elles sont, puissent le soutenir dans l'air, et 
je ne trouve pas qu'aucun observateur lui ait 
attribué cette faculté. M. Bennet dit même 
positivement le contraire, d'après les pêcheurs 
de Ceilan. 

MM. Quoy et Gaymard , lors de leur pre- 
mier voyage , ont rapporté de Timor un plé- 
roïs qui ressemble presque en tout point au 
volitans, mais qui n'a pas tant de lignes brunes 
longitudinales sur le museau, qui manque de 
taches blanches sur la nuque, et dont la tache 
blanche supérieure de l'aisselle, au lieu d'être 
ronde , est longue et étroite comme un trait 
vertical. 

Nous doutons que ce soit autre chose qu'une 
variété. 

Le Ptéroïs antenne. 

( Pterois antennata, nob. ; Scorpœna antennata , 
Bl., pi. i85.) 

Une seconde espèce, très -semblable à la 
précédente et venue, comme elle, de la mer 
des Indes, 

4. Gasterosteus volitans, Sjst. nat., I2. e édition, t. I, p. 49 1 - 
Scorpœna volitans, Gmel. 



562 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

a cependant la tête plus courte, surtout de la par- 
tie du museau; la crête du grand sous-orbitaire plus 
rapprochée de l'œil, plus horizontale. H y a des 
dentelures plus nombreuses aux crêtes des sourcils, 
du crâne et de la nuque. Ses grands lambeaux des 
sourcils sont alternativement minces et dilatés , 
comme s'ils étaient articulés. Les parties minces sont 
blanches, et les parties dilatées et plates sont brunes, 
ce qui donne à ers lambeaux quelque ressemblance 
avec les antennes de certains insectes : dans les indi- 
vidus bien conservés, il y a sept de ces dilatations 
brunes et autant d'intervalles blancs. Les autres lam- 
beaux de sa tête diffèrent peu de ceux de la pre- 
mière espèce. 

Sa nuque et sa joue n'ont que quatre lignes blan- 
ches , qui ne sont pas disposées par paires. Le corps 
n'a que dix paires de lignes , et ces paires elles- 
mêmes sont rapprochées deux à deux. Les rayons de 
ses pectorales sont plus longs, et s'étendent fort au- 
delà de la caudale; leur partie libre n'est point accom- 
pagnée d'une bande de la membrane , mais consiste 
en un simple filet. Les taches noirâtres de cette mem- 
brane ne sont pas si nombreuses non plus que les 
lignes de leur base, et je ne vois qu'une goutte blan- 
che au-dessus de cette base, et une ou deux vers le 
bas de l'aisselle. Sur les ventrales sont une ou deux 
lignes obliques blanches. 

Les nageoires verticales sont comme dans l'es- 
pèce précédente. 
B. 1 ; D. 12/11 ; A. 3/6; C. 13; P. 18, tous simples; V. 1/5. 

Le foie du ptéroïs antenne est très -volumineux 



CHAP. XI. PTÉROÏS. 565 

et d'une couleur rougeâtre. Les deux lobes qui le 
composent se portent en arrière, à peu près à la 
moitié de chaque hypocondre. 

L'œsophage est plus long et plus étroit que dans 
le précédent. Je n'ai pu rien voir de l'estomac et 
des cœcums : ils étaient enlevés. Ce qui restait du 
rectum, nous a prouvé qu'il n'est pas dilaté comme 
celui du ptéroïs volant. 

La vessie aérienne est beaucoup plus grande; elle 
occupe toute la longueur de l'abdomen : elle est plus 
renflée en avant. Ses parois sont composées de fibres 
solides et argentées. 

Bloch a donne (pi. i85) une figure de cette 
espèce assez exacte, et qui ne pêche guère que 
pour avoir tronqué de moitié les lambeaux 
de dessus les yeux. 

Ce ptérois paraît beaucoup plus rare que 
l'autre ; le Cabinet du Roi n'en possède qu'un 
individu, apporté de l'Isle-de-Francé par M. 
Matthieu. Bloch, le seul qui ait avant nous 
parlé de l'espèce d'après nature, ne dit pas 
positivement d'où il l'avait reçue. 

Le Ptéroïs hérissé. 
(Ptérois muricata, nob.) 

M. Geoffroy a trouvé dans la mer Rouge un 
ptéroïs dont la tête est aussi armée d'épines 
que celle d'aucune scorpène proprement dite. 



564 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES 

Il y en a non-seulement à la narine, a la crête des 
sourcils, à celle de la tempe, à celle du crâne, où 
Ton en remarque surtout une grosse et courte, com- 
primée comme une lame de couteau; sur le sous-or- 
bitaire elles ne forment pas simplement une crête, 
niais toute la surface de l'os en est couverte, et elles 
constituent ainsi une large bande toute hérissée, qui 
s'étend longitudinalemenl depuis le milieu du maxil- 
laire jusqu'à l'angle du préopercule, où il s'en trouve 
plusieurs grosses et courtes, et un peu plus bas un 
groupe de petites. L'intervalle de ses orbites est plus 
large et moins concave que dans nos deux premières 
espèces. Les épines de la dorsale sont aussi hautes à 
proportion ; mais les pectorales n'ont que le tiers 
de sa longueur, et la membrane n'en est découpée 
qu'entre les trois ou quatre premiers rayons, et jus- 
qu'au tiers seulement. Ses ventrales dépassent même 
ses pectorales. 

Voici ses nombres : 

B. 7; D. 13/11; A. 3/7; C. 13; P. 14; V. 1/5. 

Ses couleurs nous paraissent semblables à celles 
des autres espèces : un fond brun et des bandes ver- 
ticales rouge pâle, rapprochées par paires. 

Il y en a quatre paires sur la joue, trois sur la 
tempe et l'opercule, qui se continuent obliquement 
vers la pectorale, et quinze ou seize sur le corps; ces 
paires du corps sont elles-mêmes rapprochées deux 
à deux. 

La pectorale paraît noirâtre, avec des taches blan- 
châtres sur les rayons, et toute sa face interne a des 
gouttes blanc de lait éparses sur un fond noir. Il y en a 



CHAP. XI. PTÉROÏS. 565 

aussi deux ou trois un peu plus grandes dans l'aisselle, 
et quelques petites sur la base supérieure des ventrales; 
celles-ci s'alongent en partie en larmes : on en voit 
aussi à la face inférieure des mêmes nageoires, et il 
y en a quatre ou cinq sur la ligne latérale. La partie 
épineuse de la dorsale et de l'anale paraît avoir été 
variée de noirâtre et de grisâtre. Le reste de ces na- 
geoires et la caudale sont jaunâtres, avec des points 
noirs sur les rayons , comme dans les espèces pré- 
cédentes. 

On voit des lambeaux à plusieurs des endroits où 
il s'en trouve sur les autres ptéroïs, mais nos indi- 
vidus étant mal conservés sous ce rapport, nous ne 
pouvons en faire une énumération complète ; nous 
ne pouvons même dire s'il y en avait un sur l'œil , 
ni quelle longueur il avait. 

Ce ptéroïs a été retrouvé à l'île de Bourbon 
par M. Dussumier; il devient assez grand : l'in- 
dividu de M. Dussumier est long d'un pied; 
celui de M. Geoffroy, de quatorze pouces. 

M. Bennet donne , dans le second cahier 
de ses Poissons de Ceilan , un ptéroïs qu'il 
nomme scorpœna miles , et qui est exacte- 
ment semblable à celui que nous venons de 
décrire par tous les détails de sa conformation, 
et même par la distribution de ses taches et 
de ses lignes, mais dont le fond de la couleur 
est partout d'un beau rouge de vermillon. 

C'est probablement une variété de notre 



5G6 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

espèce dont l'éclat est occasions par la saison 
de l'amour. 

Les Gingalais le nomment ratoo-gini-maha , 
c'est-à-dire grand feu rouge. 

11 se tient dans les endroits rocailleux et 
passe pour très-vorace. Les pécheurs de Cei- 
lan ne sont pas d'accord sur la salubrité de 
sa chair. 

Le Ptéroïs a joue en scie. 
(Ptcrols geniserra, nob.) 

M. Bélanger nous a envoyé de la cote d'A\a 
un ptéroïs remarquable 

par la multitude de peiiles épines droites qui sont 
rangées sur une ligne sur ses derniers sous-orbitaires, 
et forment ainsi comme un tranchant de scie très- 
saillant tout au travers de la joue, au lieu de la bande 
large et âpre de l'espèce précédente : il y en a au 
moins quinze. Le deuxième sous-orbitaire en a aussi 
quelques-unes vers le haut, et son bord inférieur en 
a plusieurs petites, grêles et pointues, dirigées vers le 
bas. On voit d'ailleurs des épines aux mêmes endroits 
de la tète que dans le volitans, mais toutes plus aiguës, 
et plusieurs divisées en deux ou en trois. C'est ce que 
l'on doit dire surtout de celles du bord du préoper- 
cule. Par ses nageoires l'espèce parait ressembler au 
muricata; mais nous ne pouvons les décrire exacte- 
ment, parce qu'elles sont mal conservées sur notre 



CHAP. XI. PTÉROÏS. 567 

individu, qui a perdu ses lambeaux et toutes ses 
couleurs. D 13/11; A 38j elc> 

Il est long de dix pouces. 

Le Ptéroïs zèbre. 
(Pterois zébra, nob.) 

Nous avons reçu de lIsle-de-France et des 
Moluques un ptéroïs presque entièrement 
semblable à l'antenne, 

mais dont les pectorales sont très-différentes; elles 
n'ont guère que le tiers de la longueur du corps, et 
n'atteignent pas même la fin.de la dorsale. Leurs neuf 
premiers rayons, tous rameux , sont unis par la 
membrane jusqu'à leur extrémité, si ce n'est un petit 
filet au bout des trois premiers. Elle ne s'échancre 
qu'entre les huit inférieurs, qui sont tous simples 
et sans branches. Leur couleur est blanchâtre, avec 
des espèces de bandes irrégulières formées par des 
suites transversales de taches brunes ou noirâtres. 
Sur leur base extérieure, des bandes ou lignes tor- 
tueuses, pâles, forment une sorte de marbrure qui 
n'est pas dans l'antenne; mais il y a aussi des gouttes 
blanches : savoir, quelques petites sur leur base in- 
terne, et trois plus grandes dans l'aisselle même, 
dont une paraît au-dessus. Le reste du corps est 
comme dans Yantennata; mais à la tête les couleurs 
sont distribuées un peu autrement, et le rouge-brun, 
au lieu d'une large bande entre deux lignes blan- 
ches qui traverse la joue de l'autre espèce, forme 



568 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

deux îles entourées de bandes étroites et courbes 
de couleurs plus claires. Les ventrales sont brunes, 
avec quelques petites taches blanchâtres vers leur 
extrémité. La crête surcilière a cinq ou six petites 
dents; mais celles du reste de la tête sont disposées 
à peu près comme dans le voJitans. Les lambeaux 
de l'orbite n'ont que quatre anneaux blancs, et qua- 
tre noirs. 

B. 7; D. 13/10; A. 3/7; C. 12; P. 16, dont 8 simples; V. 1/5. 

Sur un exemplaire plus frais, que MM. Quoy et 
Gaymard viennent de rapporter de leur deuxième 
voyage à la Nouvelle-Guinée , nous trouvons plus de 
taches blanches dans l'aisselle et à la base interne des 
rayons de la pectorale. Une large bande brune traverse 
obliquement en passant par rœil , et se termine sur 
l'angle inférieur de l'opercule, où elle devient noi- 
râtre et forme ainsi une grande tache noire. On en 
voit une autre plus pâle sur la base externe des 
rayons inférieurs de la pectorale. Nos individus ne 
dépassent pas cinq pouces. 

Le Ptéroïs a ailes courtes. 
(Plerois brachyptera, nob.) 

Le Cabinet du Roi possède , d'ancienne 
date, une sixième espèce de ptéroïs, 

dont les pectorales sont encore un peu plus courtes 
qu'au zébra , mais disposées de même en ce qui 
concerne leur membrane. Elle se distingue princi- 
palement parce que les crêtes de ses orbites, de son 



CHAP. XI. PTÉROÏS. 5G0 

crâne, de sa tempe, et surtout celles de ses sous-orbi- 
taires, sont divisées en une multitude de petites cré- 
nelures : elle ne paraît pas avoir eu de bandes sur le 
corps. Les pectorales ont des bandes transversales 
brunes sur un fond pâle; les ventrales sont bordées 
de même : il y a quelques restes de points blancs à 
la face interne des unes et des autres. Les autres 
nageoires n'ont que de petits points bruns. 
B. 7; D. 13/9; A. 3/5; C. 10: P. 17, dont 8 simples; V. 1/5. 
La taille de ce poisson est de quatre ou cinq pouces. 

La figure donnée par Bloch, clans les Nou- 
veaux Mémoires de Stockholm (t. X, pi. 7), 
sous le nom de scorpœna Kœnigii, ressem- 
ble extrêmement à cette espèce ; mais il n'y 
marque point la crête du sous-orbitaire, ni 
les dentelures de celles du crâne. Il dessine 
comme il suit les nombres des rayons : 

D. 12/11; A. 3/5; C. 11; P. 19; V. 1/5. 

Le Ptéroïs rayonné. 
(Pterois radiata, nob.) 

On trouve dans la Bibliothèque de Banks 
un dessin de Parkinson , fait à Otaïti, et inti- 
tulé scorpœna radiata, qui ressemble beau- 
coup au ptéroïs antenne, 

et qui a de même aux pectorales de très -longs 
rayons simples et dépassant la membrane ; mais ses 
lambeaux des sourcils sont plus courts, minces et 
4. • 24 



370 • LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

sans articulations ; ses rayons dorsaux (s'ils n'avaient 
pas été cassés) sont très-courts : ils n'ont pas le hui- 
tième de la hauteur du corps; les bandes, soit du 
corps, soit de la tête, sont moins régulièrement dis- 
tribuées : il y en a même une longitudinale au bord 
supérieur, et une au bord inférieur de la partie nue 
de la queue. 

Son corps est rouge et sa gorge jaune. 

Les notes de Solander ne contiennent rien 
qui se rapporte à cette figure. 

Nous plaçons ici cette notice comme une 
indication pour les naturalistes qui visiteront 
de nouveau les îles de la Société. 



CIIAP. XII. TiENlANOTES. 571 

CHAPITRE XII. 

Des Tœnianotes , des Blepsias et des 
Agriopes 7 trois petits genres voisins 
des Scorpènes. 

DES TiENlANOTES. 

Le poisson que M. de Lacépède paraît avoir 
indiqué sous le nom de tœnianote triacanthe 
(t. IV, page 3o6)', forme près des scorpènes 
proprement dites un petit genre , distingué 
par l'extrême compression de son corps et par 
la hauteur de sa dorsale, qui s'unit à sa cau- 
dale, tandis que l'anale en reste bien séparée. 
La hauteur de son corps n'est que deux fois et un 
tiers dans sa longueur totale; et son épaisseur ne 
fait que le quart de sa hauteur. Sa tête, aussi haute 
que longue , a le tiers de la longueur totale. Les deux 
épines nasales sont contigues et ont l'air de n'en 

1. Ce n'est qu'avec doute que j'applique ce nom; car les carac- 
tères iraient presque aussi bien à un autre poisson, représenté 
(pi. 3, fig. 2) sous le nom de tœnianote large-raie, et qui est 
un de nos apisles, mais qui diffère beaucoup de celui qui, par 
une inadvertance incroyable, est décrit (p. 3o4) sous le même 
nom de tœnianote large-raie , et qui est un de nos malacanthes , 
le même qui avait déjà paru (t. 111, pi. 28, fig. 2) sous le nom 
de labre large-raie. 



572 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

former qu'une seule : il y en a trois sur chaque or- 
bite ; deux petites, rapprochées de chaque côté sur 
le crâne, qui est très-court; une à l'os surscapulaire; 
deux à l'opercule, placées chacune au bout d'une 
arête saillante ; trois petites ou plutôt trois dents 
au préopercule, qui est arrondi en arc fort ouvert: 
l'arête du grand sous-orbitaire n'en a qu'une petite 
à son extrémité. Le sous-orbitaire antérieur a des 
arêtes irrégulières, rayonnantes, et deux ou trois 
petites dents à son bord antérieur. La mâchoire 
inférieure monte obliquement en avant de l'autre. 
L'individu, mal conservé, ne laisse bien voir ni ses 
dents , ni ses rayons branchiostèges. Sa dorsale 
commence presque sur l'œil; le premier rayon est 
moitié moindre que le second et le troisième, qui 
ont les trois quarts de la hauteur du corps sous 
eux. Elle conserve à peu près celte hauteur sur 
toute sa longueur. Ses rayons sont au nombre de 
vingt-quatre, dont douze, épineux, assez forts, 
occupent les deux tiers de sa longueur. Le dernier 
des mous s'attache presque entièrement à la caudale 
par une prolongation de la membrane commune. 
La caudale est arrondie et a douze rayons entiers et 
quelques petits; sa longueur est à peu près du quart 
de la longueur totale. L'anale répond à la partie 
molle de la dorsale, et a trois rayons épineux assez 
forts, qui vont en s'alongeant, et sept mous. Entre 
elle et la caudale est un espace nu , aussi long que 
la queue est haute à cet endroit, et qui fait le neu- 
vième de la longueur totale. Les pectorales en ont 
le tiers : elles sont moins larges que celles des scor- 



CHAP. XII. T^NIANOTES. 575 

pênes ordinaires; je leur compte quinze ou seize 
rayons. Les ventrales sortent exactement sous leur 
base; mais sont d'un tiers plus courtes. Leur nombre 
de rayons est l'ordinaire. 

D. 12/12; A. 3/7; C. 12; P. 16; V. 1/5. 

Ce poisson n'a que de très -petites écailles, que 
l'on doit bien peu voir quand il n'est pas desséché; 
il porte un petit lambeau sur l'œil, un sur la na- 
rine, et un au bout du museau. Peut-être que dans 
l'état frais il en offrirait davantage. Sa couleur sem- 
ble maintenant d'un fauve uniforme. 

Il n'a que trois pouces de longueur. 

Son origine est inconnue. 



DES BLEPSIAS. 

Parmi ce grand nombre de poissons extra- 
ordinaires qui vivent dans le nord de l'océan 
Pacifique, sur les cotes de Kamchatka, des 
îles Aleutiennes, de la terre de Jesso, et vers 
les îles du Japon, il en est peu de plus sin- 
guliers que celui-ci. 

Steller en avait fait un blennius 1 , quoique 
ses ventrales aient quatre et peut-être cinq 
rayons; Pallas 2 veut le ranger parmi les vives, 
mais assurément sans qu'il puisse offrir aucun 

1. Blennius villosus , Steller, observ. manuscr. — 2. Trachinus 
cirrhosus, Pallas, Zoogr. ross., t. HI, p. 237, n.° 172. 



574 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

titre à entrer dans ce genre, car il n'en a ni 
l'épine operculaire, ni les ventrales jugulaires, 
ni la première dorsale si petite et si dangereuse. 
Son préopercule épineux, sa tète comprimée, 
sa joue cuirassée, ses dents palatines, les rayons 
simples, courts et à demi séparés du bas de ses 
grandes pectorales, les lambeaux charnus qui 
pendent de son museau, le rapprochent, au 
contraire, des scorpènes; mais parmi les scor- 
pènes elles-mêmes il se distingue par les cinq 
rayons de sa membrane branchiostège et par sa 
haute dorsale, divisée en trois lobes inégaux, 
comme celle des hémitriptères, tandis que sa 
tête comprimée le sépare de ce dernier genre. 

Rien n'est donc si simple et si nécessaire 
que d'eu faire un genre particulier ; puisque 
ses formes l'isolent du reste de la nature, il 
doit aussi être isolé dans une méthode dont 
le plus beau titre serait de représenter les pro- 
ductions de cette nature dans leurs véritables 
rapports. 

Le nom de blepsias que je lui donne, est 
un de ceux que les anciens nous ont laissés 
en si grand nombre, sans aucun trait qui puisse 
en fixer l'application. 

Je nomme l'espèce d'après la forme de sa 
dorsale. 



CHAP. XIL BLEPSIAS. 575 

Le Blepsias trilobé. 

{Blepsias trilobus s nob.) 

La description que nous allons en donner, 
est faite d'après deux individus qui avaient 
été pris sur la côte nord-ouest de l'Amérique 
et donnés à Pallas par Merk; ce sont les 
mêmes d'après lesquels Pallas en a parlé dans 
sa Zoographie russe (t. III, p. 237), et nous 
en devons la communication à la complai- 
sance , qui nous a été si utile , du savant M. 
Lichtenstein. 

On trouve aussi l'espèce dans le golfe et 
même dans le port d'Avatscha , et Steller 
l'avait observée dans la mer de Penshin , à 
l'embouchure de l'Utka. 

11 ne paraît pas que l'on ait rien remarqué 
de particulier sur ses habitudes. 

L'ensemble de ses formes rappelle assez celles de 
certains blennies; son corps est alongé, comprimé; 
sa léte proportionnellement assez petite; sa dorsale 
et son anale hautes ; ses pectorales et sa caudale 
grandes; ses ventrales très-petites. 

Sa hauteur est environ six fois dans sa longueur 
totale : la longueur de sa tête en fait aussi un sixième; 
mais elle est d'un tiers moins haute et de moitié 
moins épaisse qu'elle n'est longue. Son profil ne 
descend point ; mais sa mâchoire inférieure monte 



576 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

obliquement, et au total son museau, quoique court, 
est assez pointu. Ses yeux sont dirigés de coté, mais 
tout près du profil , sur lequel l'arcade surcilière 
s'élève, en sorte que le front est concave entre eux. 
Leur diamètre est de près du tiers de la longueur 
de la tête; mais ils sont moitié plus près du bout 
du museau que de celui de l'opercule. La fente de 
la bouche descend obliquement jusque sous le tiers 
antérieur de l'œil. Le maxillaire est tronqué, mais 
s'élargit peu en arrière. Des dents en velours gar- 
nissent les deux mâchoires , le devant du vomer 
et les palatins; mais la langue ne paraît pas en avoir. 1 
Il y a sur les narines deux petites épines, comme 
dans les cottes et les scorpènes. Le premier sous- 
orbitaire n'a pas de dentelure; et la traverse qu'un 
des derniers donne pour aller joindre le préoper- 
cule, n'a qu'une crête sans épines. Le préopercule 
est presque arrondi ; son bord montant a une épine 
crochue; son angle une autre un peu plus longue, 
et l'on voit sous son bord inférieur deux festons 
ou dents très-obtuses. L'opercule a une crête lon- 
gitudinale , peu saillante , et finit en pointe plate et 
obtuse. La tempe a deux crêtes irrégulières et pres- 
que parallèles, dont la supérieure vient du dessus 
de l'orbite, et l'autre de son angle postérieur. Les 
ouïes sont fendues jusque sous le milieu de l'œil, 
et ont chacune cinq rayons arqués. Il n'y a point 
d'armure à l'épaule. La pectorale a près du tiers de 



1. Pallas en place aussi sur la langue; mais je crois que c'est 
une inadvertance de sa part. 



CHAP. XII. BLEPSIAS. 577 

la longueur du poisson, et est soutenue par douze 
rayons simples, dont les trois inférieurs se raccour- 
cissent par degrés. Les ventrales ne sont point du 
tout jugulaires, et s'attachent même un peu plus en 
arrière que les pectorales , dont elles n'ont guère 
que le cinquième en longueur. On y distingue une 
épine courte et trois rayons articulés; peut-être y 
en a-t-il même un quatrième, mais difficile a voir 
dans le poisson sec. La dorsale commence dès la 
nuque et entre les articulations des opercules; elle 
a sept rayons épineux, mais flexibles, et vingt-quatre 
articulés, mais non branchus. Les quatre premiers 
épineux forment une partie aussi élevée que le corps 
à cet endroit, ensuite la membrane s'abaisse beau- 
coup, et se relève pour une seconde partie, de moi- 
tié moins haute que la première et soutenue par 
les trois autres rayons épineux. La membrane s'a- 
baisse alors presque jusqu'au dos, pour se relever 
par degrés avec les cinq premiers rayons mous , et 
conserve jusqu'aux quatre ou cinq derniers une 
hauteur supérieure d'un quart à celle de la première 
portion. Elle s'échancre un peu derrière chacun des 
cinq premiers de ces rayons mous; mais sur le reste 
de la nageoire elle suit une courbure à peu près uni- 
forme. 

L'anale commence vis-à-vis du troisième rayon 
de cette partie molle; elle est d'un tiers moins haute. 
Tous ses rayons, au nombre de vingt, sont simples, 
quoique articulés. Sa membrane s'échancre derrière 
les douze premiers. 

La caudale prend le quart de la longueur du pois- 



378 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

son 5 elle est coupée carrément et soutenue par onz* 
rayons articulés et non branchus. 

B. 5; D. 7/24; A. 20; C. 11; P. 11; V. 1/3. 

L'anus est fort en avant de l'anale, près des ven- 
trales; mais la cavité de l'abdomen se prolonge en 
arrière jusque sur la fin de l'anale. 

Ce poisson n'a pas d'écaillés; mais son corps a 
la surface rude par de petites aspérités ou grane- 
lures fines, serrées et pointues, qui me paraissent y 
être disposées sur trois bandes longitudinales; deux 
au-dessus de la ligne latérale, une, plus large, au- 
dessous. Leurs intervalles sont étroits, et même dans 
un de nos deux exemplaires les deux supérieures 
sont presque confondues. On voit aussi de ces as- 
pérités sous la gorge et sur une partie de la tempe 
et de la joue; mais il n'y en a point vers le bout de 
la queue. La ligne latérale est formée d'une suite 
de tubulures qui occupe à peu près le milieu de la 
hauteur. 

Les tentacules sont en forme de filets grêles; deux 
sur le bout de la mâchoire supérieure, et cinq à l'in- 
férieure : savoir, un au bout et deux sous chaque 
branche. Leur longueur est à peine moitié de celle 
des mâchoires. 

Quoique desséché, un de nos individus montre 
encore trois bandes bleues en travers sur la joue, et 
une tache de même couleur à l'extrémité de l'oper- 
cule. Les pectorales et les caudales ont chacune six 
larges bandes en travers, trois brunes et trois blanches 
ou transparentes, mais mal terminées. La dorsale et 



CHAP. XII. BLEPSIAS. 579 

l'anale paraissent en avoir eu d'obliques ou d'irrégu- 

lières. Le fond de la couleur semble un brun roussâire. 

Nos individus sont longs de cinq pouces et de cinq 

pouces et demi. 

Il parait que ce sont les seuls que l'on ait 
vus en Europe. 

Steller n'a point laissé de note sur l'anato- 
mie de cette espace, ni sur ses habitudes. 

Le Blepsias bilobé. 
{Blcpsias bilobus , nob.) 
Parmi les poissons de la mer de Kamchatka 
que M. Collée a rapportés au Muséum britan- 
nique, il s'en trouve un qui nous paraît for- 
mer une dernière espèce dans le genre que 
nous décrivons. 

Sa tête est exactement semblable , pour sa forme 
et ses détails, à celle du précédent; mais nous ne 
pouvons dire s'il y avait des barbillons : on n'en 
aperçoit point sur l'individu desséché. Le corps paraît 
avoir été plus gros à proportion. La partie épineuse 
de la dorsale n'est point divisée; mais, comme dans 
le précédent , elle est séparée de la partie molle par 
une très-profonde échancrure. Les pectorales sont 
un peu plus grandes; mais les ventrales sont tout 
aussi petites. L'anale est un peu plus élevée que la 
partie molle de la dorsale. 

Il y a quelques différences dans le nombre des 
rayons. 

D. 8/2 1 ou 7 — 1/21; A. 19; C. 13; P. 14; V. 1/3. 



580 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Le fond de la couleur paraît avoir été rouge. Il 
y a de légers nuages brunâtres sur le flanc; une 
bande longitudinale brune sur la dorsale; des ban- 
des irrégulières brunes en travers des pectorales, 
dont les rayons sont ponctués; des taches obliques 
Ou irrégulières occupent la caudale et le bord de 
l'anale. 

L'individu décrit est long de cinq pouces et demi. 



DES A G RI OPES (Jgriopus, nob.). 

Les naturalistes qui se refusent à établir de 
nouveaux genres, quand ils trouvent des êtres 
auxquels les caractères des genres anciens ne 
conviennent point, s'exposent à placer arbi- 
trairement ces êtres nouveaux, et à voir la 
collocation qu'ils en font contestée et changée 
par leurs successeurs : ces espèces sont ballot- 
tées ainsi de genre en genre , jusqu'à ce que 
l'on ait obéi aux lois de la raison, et que l'on 
ait séparé dans la méthode ce qui l'est dans 
la nature. D'ailleurs ces espèces isolées finis- 
sent toujours par trouver quelque congénère 
qui s'associe à elles, et lèvent ainsi le scrupule 
que l'on avait de former un genre avec une 
seule espèce. 

Le premier des poissons que nous allons 
décrire en est un exemple. Gronovius, qui l'a 



CHAP. XII. AGRIOPES. 581 

publié en 1772 *, en a fait un blennius : c'est 
encore parmi les blennies que le place Wal- 
baum Q , mais en avouant qu'il n'y appartient 
pas à proprement parler, et qu'on pourrait 
bien le ranger ailleurs. En effet, comment ad- 
mettre un blennie si bien armé, et dont les 
ventrales sont sous les pectorales et soutenues 
de six rayons bien complets ? 

Bloch, dans son Système^, en fait une co- 
ryplihie, et cela sans témoigner aucune hési- 
tation, bien que lui-même ait indiqué comme 
un des caractères des coryphènes les écailles 
qui doivent couvrir leur joue. 

Il y avait d'ailleurs, pour ne pas le placer 
dans ce genre, une foule d'autres raisons, ainsi 
qu'on le verra à son chapitre : la plus forte c'est 
qu'il n'appartient pas même à la famille dans 
laquelle sont les coryphènes , mais que par 
tout l'ensemble de sa structure il doit venir 
dans nos joues cuirassées, et assez près de quel- 
ques-uns de nos apistes, dont il s'écarte cepen- 
dant, parce qu'il n'a pas leurs aiguillons sous- 
orbitaires. 

Il faut avouer toutefois que c'est un des 
moins cuirassés de toute la famille , car son 



1. Jet. hehet., t. VII, p. 4 7, pi. 3. — 2. Artedi renoç., t. III. 

p. 187. — 3. Sjstema, édition de Schneider, p. 298. 



582 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

sous-orbitaire postérieur ne s'articule qu'avec 
la moitié supérieure du limbe montant de 
son préopercule. 

Ce que sa structure offre de plus singulier, 
c'est la manière dont les crêtes latérales du 
crâne se relèvent comme deux murailles, et 
laissent passer obliquement entre elles les pre- 
miers interépineux, en sorte que le premier 
rayon dorsal semble sortir du crâne même, 
au-dessus des yeux. 

Nous appellerons cette première espèce 

Z/Agrjope lisse. 
{Agriopus torvus, nob. 1 ) 

C'est un poisson un peu comprimé, dont la plus 
grande hauteur est à la nuque, et qui va, en dimi- 
nuant par deux lignes presque droites, jusqu'à la 
base de la caudale ; sa plus grande hauteur est quatre 
fois et demie dans sa longueur totale, et son épais- 
seur fait moitié de sa hauteur. La longueur de sa tête 
n'égale pas entièrement cette hauteur; les yeux sont 
tout-à-fait dans le haut, en arrière du point milieu, 
très-saillans, séparés par un espace qui n'a que moi- 
tié de leur diamètre. Cet endroit est un peu concave, et 

1. Blennius torvus, Gronovius, Act. heL., t. VII, p. l\-] , pi. 5 
(copié parWalbaum, Arttd. renov. , t. III, p. i88, pi. 2, fig. i); 
Coryphœna torva , BJoch, Systema , édition de Schneider, p. 298; 
Congiopodus percaius , Arçana or the muséum ofnat. hist.; London, 
Ij G. Smecion, 1811. 



CHAP. XII. AGRIOPES. 585 

descend presque verticalement ; mais le chanfrein se 
relève un peu en ligne concave pour former un 
museau conique , court , et qui se termine par une pe- 
tite bouche horizontale très-peu fendue. La mâchoire 
inférieure et le maxillaire sont dune brièveté pro- 
portionnée a la petitesse de la bouche. Une peau 
sans écailles , mais assez épaisse , les enveloppe , ainsi 
que le museau, la joue et toutes les pièces opercu- 
laires. L'ouverture antérieure de la narine est un 
petit trou rond , à bord saillant , entre l'œil et le 
maxillaire- la postérieure est tout près de l'œil et pres- 
que imperceptible : c'est à peine si l'on sent aux mâ- 
choires quelques petites dents en velours ; mais il n'y 
en a ni au palais ni à la langue, ou plutôt il n'y a 
pas de langue du tout, etl'os hyoïde ne forme aucune 
élévation sur le plancher de la bouche. Il y a des 
granulations assez rudes sur les arcades surcilières et 
sur une ligne qui les joint en avant de la base du pre- 
mier rayon dorsal , ainsi que sur le sous-orbitaire pos- 
térieur et sur une partie de la tempe et de l'os sursca- 
pulaire; mais les autres os de l'épaule n'en montrent 
aucune, non plus que le préopercule ni l'opercule. 
Ces derniers os n'ont aussi aucune dentelure, et l'o- 
percule, qui est petit et plus haut que long, ne 
montre qu'une proéminence anguleuse peu poi- 
gnante. L'ouverture des ouïes est une fente verti- 
cale, qui n'a que la moitié à peu près de la hauteur 
totale; elle est donc bien éloignée de se rejoindre à 
celle de 1 autre côté, et tout le bas de la cavité des 
ouïes est fermé par l'union de leur membrane à la 
poitrine. On ne peut voir les rayons branchiostège.* 



584 LIVRE IV. JOUES CUIRASSEES. 

qu'à l'aide de la dissection, et l'on découvre alors 
qu'il n'y en a que cinq, dont l'inférieur est écarté 
des autres. La poitrine est saillante et bombée, à 
cause de la structure des os numéraux qui la sou- 
tiennent. Les pectorales s'attachent très-bas, au-des- 
sous même de la fente des ouïes ; elles n'ont que neuf 
rayons , nombre certainement très-rare dans les pec- 
torales des poissons. Tous sont simples, quoique 
articulés, et la membrane est fort écliancrée entre les 
trois derniers. La longueur de ces nageoires est d'un 
peu plus du cinquième de la longueur totale, et elles 
n'ont guère que moitié en largeur. Les ventrales sor- 
tent sous leur tiers antérieur, et les dépassent d'un 
quart; elles sont bien libres, épaisses et pointues. 
Leur épine n'a que moitié de leur longueur. C'est la 
dorsale qui est de beaucoup la plus puissante des 
nageoires de ce poisson; elle commence, ainsi que 
nous avons vu, au-dessus des yeux. Ses premières 
épines sont très-fortes, très-poignantes, et arquées en 
arrière. La membrane est écliancrée entre elles. La 
hauteur de la première est des deux cinquièmes de 
celle du corps; celle de la seconde est des quatre cin- 
quièmes, c'est-à-dire du double de la première. La 
troisième et la quatrième sont encore de quelque 
peu plus grandes ; la cinquième égale la deuxième ; 
ensuite elles diminuent et forment une crête assez 
basse jusqu'à la vingt-unième, qui est la dernière, 
quelquefois même il n'y en a que vingt. Les quinzième , 
seizième, dix-septième et dix-huitième, qui sont les 
plus basses, nom que moitié de la hauleur de la pre- 
mière. Il vient ensuite des rayons mous, au nombre de 



CHAP. XII. AGRIOPES. 585 

treize, de moitié plus élevés que les dernières épines, 
et qui n'occupent guère en longueur que le tiers de 
l'esoace qu'occupent les rayons épineux. Le dernier ne 
s'attache point par son bord postérieur, et derrière lui 
la queue est nue sur un espace qui fait le huitième de la 
longueur totale, et qui n'a que le tiers de ce huitième 
en hauteur. L'anale est sous la première moitié de la 
partie molle de la dorsale, et laisse par conséquent à 
son arrière un espace nu, double de celui qui est au- 
dessus; elle est un peu plus haute que celte partie 
molle, et a huit rayons, dont un seul épineux, des 
deux tiers plus court que le quatrième, qui est le 
plus long. La caudale est un peu échancrée en crois- 
sant; elle a onze rayons entiers, et quelques petits 
dessus et dessous. Sa longueur est du septième en- 
viron du total. L'anus est à peu près au milieu du 
poisson. Tout cet animal est revêtu d'une peau épaisse 
et lisse, comme un cuir bien préparé, sans aucune 
apparence d'écaillés. La ligne latérale occupe en avant 
le tiers supérieur, et demeure parallèle à la ligne-du 
dos, en se marquant d'espace en espace par une éle- 
vure très-mince. 

Le fond de la couleur paraît d'un gris-brun foncé. 
Des mouchetures noirâtres sont semées sur le corps, 
sur la dorsale et sur les pectorales ; mais il n'y en a 
point sur la tête ni sur une bande étroite, au mi- 
lieu de laquelle marche la ligne latérale; elles sem- 
blent au contraire plus serrées au-dessus et au-des- 
sous de cette bande. 

Parmi nos individus il s'en trouve un dont la peau 
est toute brune , mais relevée partout en petites bos- 

4. 25 



58G LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

selures arrondies, comme des verrues peu saillantes. 
Nous ne savons s'il appartient à une espèce différente, 
ou si ce n'est qu'une variété. Ses formes et les nombres 
de ses rayons sont les mêmes. 

Ce poisson n'est pas petit. Nous en avons plusieurs 
de plus de deux pieds de long. 

Nous n'avons pas observé les viscères de ce pois- 
son; mais nous en possédons de beaux squelettes. 1 
Indépendamment des proportion: des os de la tête, 
que l'on peut déjà juger par l'extérieur, il est curieux 
d'y voir comment les quatre premiers interépineux s'y 
glissent entre les crêtes verticales des côtés du crâne. 
Leurs lames latérales sont très-larges, et l'articulation 
des rayons sur eux se fait comme celle d'une chaîne, 
par deux anneaux complets. 

Il y a dix-huit vertèbres abdominales et vingt-une 
caudales. La dernière des abdominales a ses apo- 
physes transverses réunies en anneaux; les autres 
les ont de plus en plus écartées, à mesure qu'elles 
sont plus antérieures ; elles se raccourcissent aussi 
en avant, et les trois ou quatre premières vertèbres 
n'en ont pas du tout. 

Les os de l'épaule et du bassin ont une forme toute 
particulière, et offrent aux muscles des nageoires 
paires des logemens plus profonds que dans aucun 
autre poisson. 

Gronovius, et Bloch d'après lui, disent 

1. Qui manquent cependant de l'appareil branchial. C'est 
pourquoi nous n'avons pu en décrire les dénis pharyngiennes j 
dans l'agriope vcmiqueux elles sont en fin velours. 



CHAP. XII. AGRI0PES. 587 

l'agriope de la mer des Indes; mais sa vraie 
patrie est le cap de Bonne-Espérance. M. Lich- 
tenstein nous assure l'y avoir vu très-souvent; 
et feu M. Delalande en a rapporté de la un 
grand nombre d'individus. Il est assez singulier 
que, se trouvant dans des parages si fréquen- 
tés, et étant en lui-même si remarquable, les 
naturalistes l'aient si peu connu. Gronovius est, 
à notre connaissance , le seul qui l'ait décrit 
d'après nature , et MM. de Lacépède et Shaw 
n'en ont pas même parlé. 

Les Hollandais du Cap le nomment see- 
paard (cheval marin); ils le mangent. 

Z/Agriope verruqueux. 
{Jgriopus verrucosus , nob.) 

Le Musée royal des Pays-Bas possède un 
agriope semblable pour les formes au pré- 
cédent, 

si ce n'est que sa caudale est arrondie et que sa 
dorsale est moins abaissée au milieu. La peau de la 
tète et du corps y est toute entière hérissée de tu- 
bercules charnus, sailhns, qui, vus à la loupe, pré- 
sentent chacun un cône entouré à sa base de petites 
papilles. Il y a de ces tubercules, mais plus petits 
et moins serrés, sur la dorsale et sur l'anale, et Ton 
en voit même des vestiges sur les autres nageoires. 
D. 20/14; A. 1/8; G. 11; P. 9; V. 1/5- 



588 LIVRE IV. JOIES CUIRASSÉES. 

Dans son état actuel (flans la liqueur) ce poisson 
paraît fauve, avec de grandes taches nuageuses, brunes 
ou noirâtres; celles du dos sont alongées,et forment 
deux séries longitudinales. Vers le ventre elles parais- 
sent plus rondes; sur la dorsale ce sont des lignes 
obliques. Les autres nageoires les ont plus irrégulières. 
L'iris a un cercle de points bruns. L'individu est 
long de cinq pouces. 

On ignore l'origine de cet individu; mais il 
est certain que l'espèce est des mêmes parages 
que la précédente , et qu'elle devient assez 
grande. M. Valenciennes en a observé un autre 
de treize pouces au Cabinet de la Société 
zoologique de Londres, et un d'un pied au 
Musée de Berlin : tous les deux viennent de 
la rade du Cap. 

Le premier a le corps et la dorsale marbrés de 
grandes taches noires. 

Nous avons disséqué cette espèce : son foie est 
placé presque en totalité dans l'hypocondre gauche. 
Il est épais, comprimé et pointu sous le diaphragme ; 
il s'élargit, s'amincit et s'arrondit postérieurement; 
il enveloppe le côté gauche et la face inférieure de 
l'œsophage , et son bord offre une petite échancrure, 
suivie d'une plus large : il n'y a pas de lobe droit. 
La vésicule du fiel est ovoïde, alongée, égale en 
longueur au tiers de celle du foie. Le canal cholé- 
doque est long, appuyé sous le foie dans presque 
toute sa longueur. Après avoir reçu pendant ce tra- 
jet un assez grand nombre de vaisseaux hépato-cys- 



CHAP. XII. AGRIOPES. 589 

tiques, le canal se renfle, et va déboucher dans le 
canal intestinal, assez loin en arrière du pylore. Le 
canal intestinal de ce poisson est simple ; il n'offre 
aucune dilatation, et il n'y a pas d'appendices cœ- 
cales autour du pylore, ce qui est une exception 
assez notable à la règle observée dans la famille des 
joues cuirassées, et indiquerait un rapprochement 
avec celle des blennies et des gobies. A la moitié de 
la longueur du premier repli il existe un étrangle- 
ment assez fort, qui indique la place du pylore. Au 
troisième repli le diamètre de lintestin est de moitié 
plus étroit qu'au quatrième. Les parois en sont minces, 
et la veloutée offre quelques rides longitudinales, 

La rate est petite, ovoïde, et placée à droite de 
l'intestin, dans la crosse du premier repli. 

La vessie ai vienne est ovale : elle occupe la moitié 
antérieure de la longueur de l'abdomen. Son dia- 
mètre vertical est à peine la moitié du diamètre 
longitudinal. 

Les reins commencent par deux filets grêles, et 
ils se réunissent bientôt en une seule masse épaisse, 
qui s'étend jusqu'auprès de l'anus. Les uretères sont 
très-courts , et versent l'urine dans une petite vessie 
située entre les reins et le rectum. 

Z/Agriope du Pérou. 
(Agriopus peruvianus , nob.) 

Au moment même où nous livrons cette 
feuille à l'impression, il nous arrive de l'île 
de San-Lorenzo ? près Lima, une troisième 



590 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

espèce dagriope, fort distincte des deux pre^- 
mières, quoique bien évidemment du même 
genre. Plumier et Feuillée l'avaient déjà ob- 
servée, et nous en trouvons une assez bonne 
figure dans les papiers de ce dernier. 

Elle est lisse comme la première, et a la même 
lête; mais sa hauteur n'est que trois fois dans sa 
longueur totale. On voit deux petites épines sur le 
haut de son museau, en avant des yeux. Les inéga- 
lités de sa dorsale sont beaucoup moins prononcées. 
Toute sa partie épineuse est coupée en arc peu con- 
vexe. Les rayons des deux extrémités diffèrent peu 
de ceux du milieu pour la hauteur. Sa partie molle, 
par la même raison, s élève moins au-dessus des 
derniers rayons épineux. Les épines mitoyennes, 
qui sont les plus hautes, ont les deux tiers de la 
partie de tronc située au-dessous et les derniers 
rayons épineux sont de moitié plus courts. 

Les nombres diffèrent peu. 

D. 18/13; A. 1/7, etc. 

Du reste, toutes les formes de cet agriope sont 
les mêmes que dans les deux autres. Dans l'état sec 
la peau de son tronc a de très-fines stries verticales; 
mais on n'y aperçoit d'ailleurs aucune âpreté. Sa 
couleur parait avoir été brune. Des lignes ou bandes 
obliques plus brunes s'aperçoivent à la dorsale. La 
figure de Feuillée le représente verdàlre, semé de 
mouchetures oblongues noirâtres. 

Notre individu n'est long que de quatre pouces j 
celui de Feuillée en avait huit. 



CHAP. XIII. APISTES. 391 



CHAPITPxE XIII. 



Des A pistes et des Minons (A pis tus 
et Mi no us, nob.). 



DES APISTES. 

Pour ne point trop multiplier les êtres, nous 
réunirons en un seul chapitre quelques pois- 
sons analogues aux scorpènes par la dorsale 
indivise et les dents palatines; mais dont les 
rayons pectoraux, beaucoup moins nombreux, 
sont tous branchus, et qui ont de plus pour 
caractère particulier une longue épine au sous- 
orbitaire , et une autre au préopercule ; épines 
qui, par la mobilité des os auxquels elles ap- 
partiennent, deviennent, quand elles s'écartent 
de la joue, des armes très-ofFensives, dont ces 
poissons peuvent faire usage au moment où 
Ton s'y attend le moins, et d'autant plus dan- 
gereuses qu'on ne les aperçoit qu'avec peine 
dans l'état de repos : c'est de là que nous 
tirons le nom générique à-n^lç [perfidus). 

Ce genre se divise en deux petites tribus; 
l'une qui a le corps écailleux, comme les scor- 
pènes proprement dites et les sébastes, et l'au- 



592 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

tre qui l'a nu, comme les cottes, et comme 
les genres, qui vont suivre, clés pélors et des 
synan'cées. Dans l'une et l'autre subdivision il y 
a des espèces qui portent un rayon libre sous 
la pectorale, et d'autres qui en manquent. 

Tous ces poissons viennent de la mer des 
Indes. 

A pistes à coips écaiïleux , a rayon libre 
sous les pectorales, 

Z'ÀPISTE A LONGUES PECTORALES. 
{A pis tus alatus , nob. *) 

Dans la première subdivision de ce sous- 
genre nous placerons d'abord une espèce des 
Indes, remarquable par ses longues pectorales, 
par le filet libre qui est au-dessous, et par les 
trois barbillons de sa mâchoire inférieure. 

C'est le deuxième woorrah-minoo de Rus- 
sel (n.° 160 B), que cet auteur regarde à tort 
comme un trigle, à cause de son rayon libre. 

M. Leschenault nous l'a envoyé de Pondi- 
chéry, où les indigènes l'appellent sintoumbi. 

Sa forme est en petit à peu près celle d'un bars, 
et il n'a rien des tubercules, ni des carènes saillantes 

1. IVoorrah-minoo , Russel, n.° iGoBj Sintoumbi, Leschenault, 
manuscrits , n.° 28. 



CHAP. XIII. APISTES. 593 

des scorpènes. Sa plus grande hauteur, à peu près 
au milieu , est quatre fois et demie dans sa longueur; 
son épaisseur fait les trois quarts de sa hauteur. Sa 
tête est trois fois et un tiers dans sa longueur; elle 
est nue, granulée; son profil presque en ligne droite 
avec le dos ; sa mâchoire inférieure avance un peu 
plus que l'autre; ses yeux sont placés à la ligne du 
profil , et rapprochés de manière que leur intervalle 
ne fait que moitié de leur diamètre, quoique ce dia- 
mètre ne fasse que le quart de celui de la tête. Le 
premier sous-orbitaire a deux petites pointes qui 
croisent sur la racine du maxillaire, et une très- 
longue et très -aiguë, qui, dans l'état de repos, se 
couche le long du bord supérieur du maxillaire , et 
se porte aussi loin que lui. Le grand sous-orbitaire 
est plat, large, et couvre toute la joue. Le préoper- 
cule a à son angle une épine pointue et deux dents 
plates au-dessous. L'opercule n'a point d'arêtes, et se 
termine par deux pointes plates. Les ouïes sont très- 
fendues, et leur membrane a six rayons. Trois bar- 
billons grêles pendent sous la mâchoire inférieure, 
un à la symphyse et un sous chacune de ses bran- 
ches. Des dents en velours garnissent les mâchoires, 
le devant du vomer et les palatins. La dorsale a 
quinze épines à peu près égales, excepté la quator- 
zième, et sa hauteur est de près des deux tiers de 
celle du corps. Neuf rayons mous les suivent, et sont 
un peu plus hauts qu'elles. L'anale a trois épines et 
huit rayons mous. Entre ces deux nageoires et la 
caudale est un intervalle du dixième environ de la 
longueur totale, un peu plus long en dessous. La 



594 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

caudale a presque le quart de cette longueur; elle 
est un peu pointue au milieu, et a douze rayons. 
Les pectorales sont dune forme singulièrement 
pointue, et ont presque moitié de la longueur du 
corps. C'est leur premier rayon qui est le plus long ; 
les autres vont, en diminuant rapidement , jusqu'au 
dixième, qui est le dernier, et qui n'a que le cin- 
quième de la longueur du premier. Le filet libre 
qui est au-dessous en a la moitié. Les ventrales sor- 
tent un peu plus en arrière que les pectorales, et 
n'ont pas tout-à-fait moitié de leur longueur. Leurs 
rayons sont comme à l'ordinaire : le dernier s'attache 
à l'abdomen sur moitié de sa longueur. 

B. 6; D. 15/9; C. 12; A. 3/8; P. 10; V. 1/5. 

Tout le corps de ce poisson, sauf la tête et les na- 
geoires, est couvert de petites écailles ovales, un peu 
plus longues que larges, dont la partie visible a cinq 
ou six petites dents , et la partie cacliée un éventail 
de douze rayons. La ligne latérale est droite, formée 
de tubes simples, et parallèle au dos au tiers de la 
liauleur. 

La tête et le corps paraissent argentés. (M. Russel 
dit que le dessus est rougeâtre.) Les pectorales sont 
noirâtres, excepté leur bord supérieur, qui est blanc ; 
mais dans le frais, selon M. Russel, elles tirent sûr le 
pourpre à leur face externe, et sur le vert à l'interne. 
On voit une grande tache noire sur la dorsale de sa 
neuvième à sa onzième épine, et trois bandes obli- 
ques noirâtres sur sa pariie molle. Il y a aussi quel- 
que chose de noirâtre vers la pointe de l'anale, et 



CHAP. XIII. APISTES. 595 

trois ou quatre lignes anguleuses de la même cou- 
leur sur la caudale. 

Ce poisson reste petit, et ne passe guère quatre 
ou cinq pouces. 

M. Leschenatilt nous apprend qu'il n'est 
pas commun , et qu'on ne le pèche que lors- 
que la mer est calme; on ne le mange pas: 
les pécheurs de Pondichéry redoutent sa pi- 
qûre autant que celle du scorpion. 

Nous n'avons pu examiner les viscères de 
Yapistns alatus : le seul individu que nous 
avons eu à notre disposition , avait été éven- 
tré. Il lui restait cependant sa vessie aérienne 
bien intacte. 

Elle est double ; l'antérieure est beaucoup plus 
petite que la seconde, qui est renflée en arrière sur 
ses côtés. 

Z'Apiste caréné. 
{Apistus carinatus, nob.; Scorpœna carinata, Bl.) 

Le scorpœna carinata de Bloch 1 ne peut 
pas différer beaucoup de l'espèce que nous 
venons de décrire; car il lui donne 

un barbillon au menton et deux à la mâchoire infé- 
rieure, un doigt libre sous une pectorale noire, une 
dorsale tachetée de noir, de petites écailles âpres et 

1. Systema , édition de Schneider 7 p. ig5. 



596 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

dentelées, et une caudale pointue, tous caractères 
que nous venons de remarquer dans notre apistus 
alulus; mais il lui attribue diverses carènes osseuses 
à la tête, et treize épines seulement à la dorsale; et 
il ne parle pas de l'aiguillon sous-orbilaire. Sur ce 
dernier point, je ne doute pas qu'il n'ait commis un 
oubli. Il met les nombres comme il suit : 

B. 6; D. 13/7; A. 3/7; C. 22»; P. 10; V. 2.» 

Ce poisson avait été envoyé à Bloch de 
Tranquebar, et n'était long que de quatre 
pouces. 

Z/Apiste des Israélites. 
{Apistus Israelitarum, Elirenb.) 

M. Ehrenberg a rapporté de la mer Rouge 
un apiste qui ressemble aussi singulièrement 
à celui de Russel, 

qui a les mêmes barbillons, la même épine au sous- 
orbitaire, le même rayon libre sous la pectorale, la 
même tache noire à la dorsale, et où seulement on 
ne voit pas de bandes noires sur la dorsale molle, ni 
sur l'anale. Ses pectorales paraissent moins longues, 
et sa dorsale un peu plus basse. 

B. 7? D. 15/7; A. 3/7 ; C. . . ; P. 10, et 1 libre; V. 1/5. 
Ce petit poisson a le dos roussâtre, les côtés et 
le dessous du corps blanchâtres ; la dorsale épineuse, 



1. C'est sûrement douze. 

2. Ce dernier nombre est sans aucun doute une faute d'impres- 
sion. Malheureusement l'ouvrage en est plein. 



CHAP. XIII. APISTES. 597 

variée de brun et de blanc, avec une grande tache 
noire du dixième au onzième rayon; la pectorale 
noirâtre antérieurement, et jaunâtre bordée de bleu 
à sa face interne ; le reste de ses nageoires est blan- 
châtre. 

Sa longueur est de quatre pouces. 

Cet apiste vole comme les dactyloptères et 
les prionotes. M. Ehrenberg l'a observé près de 
Tor, et chaque fois que la mer était agitée, il 
lui en tombait quelques-uns dans sa nacelle. 
Comme c'est le seul poisson volant de la mer 
Rouge , et qu'il est surtout abondant sur la 
côte du désert où les Israélites errèrent pen- 
dant si long-temps, il est venu à l'idée de ce 
savant voyageur que ce pourrait bien être de 
lui qu'il faudrait entendre ce que l'Exode 1 
raconte des cailles qui servirent à une cer- 
taine époque de nourriture à ce peuple. Les 
interprètes auront traduit par caille un mot 
hébreu qui avait primitivement un sens tout 
différent. 

Les Arabes le nomment gherad el bahr, 
ce qui signifie sauterelle de mer. 

1. Exodç,ch,XVI,v.i3. 



598 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Apistes écailleux sans rayons libres. 

L'A PISTE AUSTRAL. 

(Apistus austrcdis, nob.; Cottus australis, J.Wb.) 

A la suite de ces apistes à longues pecto- 
rales et à rayons libres, viendra un poisson du 
port Jackson, qui a pour caractère particulier 
la nudité de la partie antérieure et supérieure 
de son dos, où les écailles manquent comme 
à sa tête, tandis que le reste de son corps en 
a de petites, âpres, semblables à peu près à 
celles de notre scorpœna porcus. 

Sa hauteur fait un peu plus du quart de sa lon- 
gueur; et son épaisseur moitié de sa hauteur. La 
longueur de sa tête égale presque la hauteur de 
son corps. Ses mâchoires sont à peu près égales. Il 
y a une épine à chaque nasal, trois petites sur cha- 
que orbite , une petite , précédée d'une arête , sur 
chaque côté du crâne, une sur la tempe, une à l'os 
surscapulaire , deux à l'opercule, toutes petites, et 
plutôt des terminaisons d'arêtes que des épines véri- 
tables; mais l'épine postérieure de son sous-orbitaire 
antérieur est une longue et forte pointe très-aiguë, 
qui se prolonge sous l'œil jusqu'au bord du préo- 
percule, et que le poisson peut écarter à volonté. 
La première du préopercule est presque aussi grande, 
et se prolonge jusqu'au bord de l'opercule : elle est 
suivie de quatre autres ? de plus en plus petites, Du 



CHAP. XIII. APISTES. 599 

reste, les formes de ce poisson ressemblent à celles 
des scorpènes, si ce n'est que ses pectorales sont plus 
étroites et n'ont que treize rayons, tous rameux. Je 
ne lui trouve que six rayons branchiostèges; mais 
ses dents sont les mêmes qu'aux scorpènes. 

B. 6; D. 10/8; A. 3/5; C. 11; P. 13; V. 1/5. 

L'espace nu de son dos est circonscrit de chaque 
côté par une ligne qui part du haut de l'orifice 
branchial, et monte obliquement en se rapprochant 
de la dorsale jusqu'à son dernier rayon épineux. 

Je ne lui vois pas de lambeaux. 

Sa couleur paraît un gris brunâtre, plus pâle en 
dessous avec des marbrures plus brunes, qui forment 
surtout quatre bandes; une au droit des pectorales, 
une sous le commencement de la dorsale molle , une 
autre sur le bout de la queue, et la dernière sur le 
tiers postérieur de la caudale. Il y a des points bruns 
dans les intervalles. 

La longueur de notre individu est de trois pouces. 

Nous l'avons reçu par MM. Quoy et Gay- 
mard , naturalistes de l'expédition de M. Frey- 
cinet. 

Le cottus australis de John White 1 nous 
paraît une mauvaise représentation de cette 
espèce. 

Sa forme générale est la même. On y voit distinc- 
tement son aiguillon sous-orbitaire, qui ne dépasse 

1. Voyage to NwSouth-JVaks , p. 2%. 



400 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

pas l'oeil; son préopercule semble en avoir cinq ou 
six assez grands, et son opercule deux. On discerne 
quinze épines et huit rayons mous à sa dorsale, 
trois épines et sept rayons mous à son anale; ses 
autres nombres sont indéchiffrables. Ses écailles pa- 
raissent très-petites; et son corps, d'un gris rous- 
sâtre, montre trois bandes verticales, incomplètes 
et nuageuses d'un gris noirâtre. 

L'individu est long de quatre pouces. 

Blocli l suppose que ce cottus australis de 
White est le même que sou scorpœna ma- 
labarica } auquel il attribue 

une tête écailleuse, des écailles à la base des na- 
geoires verticales , et les nombres de rayons : 
B. 6; D. 12/13; A. 3/5; C. 12j P. 19; V. 1/5. 

Mais ces écailles à la tête et les nombres 
des rayons dorsaux ne s'accordent pas avec 
ce que l'on voit dans la figure, et font déjà 
pressentir , ce qui est vrai en effet , que le 
scorpœna malabarica est une sébaste, comme 
nous lavons vu ci-dessus (p. 3^o). 

C'est probablement aussi par une faute 
d'impression que Bloch fait habiter son pois- 
son en Amérique ; on aura mis America aus- 
tralis pour Asia australis. 

_. ,1 .1 M il »» 

1. Systema, édition de Schneider, p. 194- 



CllAP. XIÏI. APISTE5. 401 

jL'Apiste VIVE. 
{Apistus trachinoides , nob.) 

Un des plus remarquables parmi tous ces 
petits apistes a été envoyé de Java par 
MM. Kuhl et Van Hasselt. Les trois premiers 
rayons épineux de sa dorsale , placés sur la 
nuque, sont tellement écartés des autres, et 
la membrane qui les unit au reste de la na- 
geoire est si basse, qu'ils forment, pour ainsi 
dire, une nageoire distincte, en sorte qu'au 
premier coup dœil on est tenté de prendre 
le poisson pour une vive ; mais Ton se désa- 
buse promptement quand on remarque que 
les rayons suivans sont encore épineux sur 
presque toute la longueur de la dorsale. 

Ses formes sont à peu près en petit celles du 
scorpœna scrofa. La tête ressemble beaucoup à celle 
d'une scorpène; le profil ne descend presque pas. 
Les yeux, médiocres, sont séparés par un intervalle 
du double de leur diamètre. La mâchoire inférieure 
monte obliquement au-devant de l'autre. Il y a des 
dents en velours aux mâchoires, au-devant du vo- 
mer et aux palatins. L'orbite et le crâne n'ont que de 
légères arêtes sans aiguillons. Le sous-orbitaire anté- 
rieur a deux pointes aiguës, dont la supérieure, un 
peu plus longue que l'autre, ne dépasse pas le des- 
sous du milieu de l'orbite. Le grand sous-orbitaire 
ne se marque que par quelques rides saillantes. Le 
4. 26 



402 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

préopercule, arrondi, a une épine assez courte, sui- 
vie de trois petites dents plates; l'opercule a deux 
arêtes et deux petites pointes. On ne compte que six 
rayons aux ouïes, dont la membrane est bien échan- 
créc. La première opine dorsale répond au dessus 
du bord du préopercule, et les deux suivantes par- 
tent presque du même point; la quatrième est sur le 
tiers antérieur de la pectorale ; la quinzième et der- 
nière, sur le tiers antérieur de l'anale : toutes sont 
droites, assez fortes, peu inégales. La fin de la dor- 
sale ne se compose que de quatre rayons branchus, 
dont le quatrième est attaché au-dessus de la queue 
par toute sa longueur, sans arriver pour cela tout- 
à-fait à la caudale. L'anale a trois épines et aussi qua- 
tre rayons branchus, dont le dernier s'attache comme 
celui de la dorsale, mais reste encore un peu plus 
loin de la caudale. Celle-ci est arrondie, et de douze 
rayons entiers, avec quelques rayons plus courts en 
dessus et en dessous. La pectorale, assez aiguë, de 
moins du quart de la longueur totale, a douze rayons, 
tous branchus. La ventrale, composée comme à l'or- 
dinaire et à moitié attachée, est d'un quart plus courte. 
D. 15/4; A. 3/4 ] C. 12 j P. 12; V. 1/5. 

Le corps de ce petit poisson montre, quand il 
commence à se dessécher, de très -petites écailles 
comme absorbées dans la peau; son épidémie forme 
de très-fines rides verticales. La ligne latérale droite 
et au cinquième supérieur se marque par des tuber- 
cules obliques. 

La couleur générale paraît un brun roux , poin- 
tillé de blanchâtre sur les côtés de la tète et sous la 



CIIAP. XIII. APISTES. 405 

mâchoire, qui se change en blanchâtre argenté sous 
la gorge et la poitrine. La dorsale est traversée pres- 
que verticalement par quatre ou cinq bandes irré- 
gulières, noirâtres, entre lesquelles sont de petites 
lignes grises. L'anale a deux ou trois de ces bandes, 
et les mêmes lignes entre elles. Il y en a une à la 
base de la caudale , sur le reste de laquelle sont des 
lignes de points bruns, peu marquées, sur un fond 
blanc. La pectorale est aussi traversée par des lignes 
de points ou de petites taches brunes. La ventrale est 
blanchâtre, et a le bout noir; quelquefois il y a aussi 
une tache en travers , noirâtre. 

Nos individus n'ont que deux pouces et demi de 
longueur. 

Z/Apiste dragonne. 
(Apis tus dracœna, nob.) 

M. Dussumier a rapporté de la côte de 
Malabar une espèce qui participe du carac- 
tère singulier de la précédente. 

Sa dorsale est profondément échancrée après le troi- 
sième rayon ; mais ses trois premiers rayons sont 
plus forts, moins séparés. Elle n'a en tout que douze 
épines, suivies de huit rayons mous; l'épine de son 
sous-orbitaire est très-grande, ainsi que celle de son 
préopercule : cette dernière n'a au-dessous d'elle que 
trois dentelures obtuses. Les deux arêtes du préoper- 
cule sont laibles. 

B. ï; D. 12/8.; C. 11; A. 3/6; P. 12; V. 1/5. 

Ce poisson est gris-brun au dos et aux flancs, blan* 



404 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

châtre à la gorge, à la poitrine et au bas-venlre. Sa 
dorsale est grise, avec des nuages bruns, et une forte 
tache noire, qui s'eflace quelquefois, enlrela sixième 
et la neuvième épine. La pectorale et l'anale sont 
aussi gris-brun, avec des taches et des points nuageux 
d'un brun plus foncé. Les ventrales, attachées au ventre 
sur presque toute leur longueur, ont du brun vers 
le bout. La caudale est presque toute blanche, avec 
deux ou trois lignes de points grisâtres, peu sensi- 
bles. 

Z/Apiste T^NIANOTE. 
(Apistus tœnianotus , nob.) 

Le poisson que M. de Lacépède a nommé 
sur ses planches tœnianote large-raie (t. ÏV, 
pi. 3, fig. i\ mais qui diffère infiniment de 
celui auquel il donne le même nom dans son 
texte (ib.y p. 3o4), doit encore être placé ici. 

Il est très-reconnaissable à son museau court et 
obtus, a sa dorsale naissant entre les yeux, très-haute 
dans son commencement , et se continuant jusqu'à 
la queue, a laquelle elle s'unit, mais par une très- 
courte membrane. 

Sa hauteur est trois fois et deux tiers dans sa 
longueur; son épaisseur fait moitié de sa hauteur, 
et la longueur de sa tête n'égale pas entièrement 
cette hauteur. C'est à la brièveté du museau qu'est due 
celle de la tête. Le profil descend presque verticale- 
ment. Sa bouche est oblique et peu fendue. Le pre- 



CHAP. XIII. APISTES. 405 

mîef sous-orbitaire est fendu en deux pointes aiguës, 
dirigées en arrière, dont la supérieure, qui est la plus 
grande, ne dépasse pas cependant le milieu du des- 
sous de l'œil. Le grand sous-orbilaire se montre à 
peine au travers de la peau. La grande épine du 
préopercule est arquée, et n'atteint qu'au milieu de 
la largeur de l'opercule; elle en a trois petites au- 
dessous d'elle. L'opercule a deux arêtes, terminées 
chacune par une épine; mais on n'en voit pas aux 
narines, ni à l'orbite, ni au crâne. Je ne peux lui 
découvrir que cinq rayons aux branchies. Ses pala- 
tins ont des dents, mais sur une très-pelite plaque. 
Les autres sont comme dans les scorpènes. 

Le premier rayon de la dorsale répond au dessus 
du bord antérieur de l'orbite, et termine dans le 
haut la ligne verticale du profil. Elle est assez courte, 
quoique forte; la seconde est quatre fois plus haute, 
et égale la hauteur du corps aux pectorales ; ensuite 
elles diminuent jusqu'à la cinquième, qui n'a que 
moitié de cette hauteur; et les suivantes, jusqu'à la 
dix-septième, demeurent comme la cinquième. La 
nageoire se termine par huit rayons mous, et se re- 
lève un peu au cinquième et au sixième. Le dernier 
s'unit par une membrane à la partie de la queue et 
aux petits rayons supérieurs de la caudale. Celle-ci 
est rhomboïdale, et a douze rayons entiers. Sa lon- 
gueur fait le quart du total. L'anale a trois épines et 
six rayons mous , et laisse un petit espace nu entre 
elle et la caudale. Les pectorales sont assez pointues, 
aussi du quart de la longueur totale , et n'ont que 
onze rayons , tous rameux. Les ventrales sortent un 



406 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

peu plus en arrière, et se portent aussi loin. Leur 
nombre est l'ordinaire. 

B. 5? D. 17/8 5 A. 3/6; C. 12; P. 11; V. 1/5. 

Le corps est entièrement couvert de très -petites 
écailles, presque absorbées dans l'épidémie. La ligne 
latérale demeure parallèle au dos, et est en avant au 
tiers de la hauteur. Elle se marque par une suite de 
tubes, et d'espace en espace par une petite branche. 

Dans la liqueur ce poisson paraît d'un roux-brun 
uniforme, excepté une tache noirâtre ovale qu'il a 
sur la dorsale, à la cinquième et à la sixième épine. 

La longueur de notre individu est de près de 
quatre pouces. 

Cet apiste tœnianote a le foie médiocre , formé 
d'un seul lobe ovale, alongé, et placé le long du 
côté gauche de l'œsophage. La vésicule du fiel est 
très-petite, attachée à l'angle droit antérieur du foie, 
presque sous le diaphragme. Le canal cholédoque 
est très-fin, mais il est long; il descend le long de 
l'œsophage pour aboutir dans le duodénum, auprès 
d'un cœcum isolé dont nous parlerons plus bas. 

L'œsophage est large, assez long, et se continue 
avec l'estomac sans que l'on puisse l'en distinguer. 
Il se termine en un cul-de-sac pointu, à peu près 
à la moitié de la longueur de l'abdomen. 

Il y a quatre cœcurns au pylore, deux à gauche 
et deux à droite. Un de ceux-ci est beaucoup plus 
haut que l'autre , et s'ouvre dans le duodénum 
même. C'est auprès de celui-ci que donne le canal 
cholédoque. L'intestin fait deux replis courts, avant 



CH.4P. XIII. APISTES. 407 

de se rendre à l'anus ; il se dilate vers le rectum. 
La vessie natatoire est assez grande, un peu dépri- 
mée dans le milieu, et renflée vers les extrémités- 
Les reins sont gros, courts, plus en arrière que la 
vessie aérienne, et versent l'urine dans une vessie 
simple, longue et assez grande. 

La figure de M. de Laeépède a été dessine'e 
d'après un individu long de trois pouces, à 
demi desséché et dont la queue était mu- 
tilée. 

Mais ce qu'il est nécessaire de remarquer 
ici, c'est que la description de l'espèce nom- 
mée dans le texte (t. IV, p. 3o3 et 3o4) tœnia- 
note large-raie, n'a nul rapport avec cette 
figure. D après cette description, il doit avoir 

quarante-huit rayons à la dorsale et autant à l'anale ; 
une couleur générale bleue; une raie noire et très- 
large le long de chaque côté du corps; une longueur 
de quatre à cinq décimètres; le palais sans dents; des 
écailles petites, rudes, dentelées; un aiguillon à la 
pièce postérieure de chaque opercule; une tache 
blanche sur le lobe inférieur de la queue, etc. 

J'ai vérifié que cette description est tirée de 
l'une de celles de Commerson, qui nomme le 
poisson chelio tœnia laterali vitta atrata , 
ventre et macula caudœ. argenteis, ou le 
tubleu de lIsle-de-France. 

C'est le même dont une figure, gravée dans 



>508 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

M. de Lacépède (t. III, pi. 28, fîg. 2), a donné 
lieu à établir l'espèce du labre large-raie 
[ib. p. 455 et 526); mais ce n'est pas plus un 
labre qu'un lœnianote,et il appartient à notre 
genre malacanthe, dans lequel entre aussi la 
prétendue vive des colons de la Martinique, 
ou le prétendu corypliène Plumier. Nous le 
décrirons amplement quand nous traiterons 
de la famille des labroïdes. 

Je ne trouve sur notre poisson actuel, notre 
apiste tœnianote , qu'une figure peinte dans 
le Recueil de Corneille de Ylaming (n.° 247) 
sous le nom de sambia dourié. 

Z'APISTE A LONGUE ÉPINE. 

{jépistus longispinis, nob. ; Scorpœna spinosa, 
Gmel.?) 

MM. Quoy et Gaymard ont rapporté d'Am- 
boine un petit poisson très-semblable au pré- 
cédent, 

mais dont les épines sous-orbitaire et préopercu- 
laire sont plus longues (la première s'étend jusque 
sous l'arrière de l'orbite), le profil moins vertical, 
les épines de la dorsale peu différentes en hauteur, 
et où son dernier rayon laisse encore une partie de 
queue entre la membrane qui s'attache à la queue et 
la caudale : celle-ci est à peu près carrée. 

B. 6; D. 14/8; A. 3/5 3 C. 12; P. 10 } V. 1/5. 



CHAP. XIII. APISTES. 



409 



Ce petit poisson, long de deux à trois pouces, 
est couvert de taches ou de nébulosités brunes sur 
un fond rosé, et a le ventre blanchâtre, piqueté de 
brun. Quelques individus ont une tache rose entre 
le cinquième et le huitième aiguillon de la dorsale, 
une au-devant de l'anale et une sur le dos de la queue. 
On voit une tache blanche de chaque côté sur la 
ligne latérale, vis-à-vis la dixième épine dorsale; mais 
cette tache disparaît dans plusieurs individus. Les 
nageoires sont marbrées et piquetées de brun. Il y a 
une bande brune sur la base de la caudale. 

Un individu de cette espèce du Cabinet de 
Berlin, et provenu de celui de Liitk, y passe 
pouï le scorpœna spinosa de Gmelin, et la 
description de ce scorpœna lui convient en 
effet sur tous les points. 

Z/Apiste brun-verdatre. 
(Apistus fusco-virens 3 Quoy et Gaym.) 

Les mêmes naturalistes ont observé et des- 
siné à Amboine un autre apiste, quils ont 
nommé brun-verdâtre , 

parce qu'il est en effet de cette couleur, plus sombre 
sur le dos, plus pâle sous le ventre, et semé de points 
ou de petites taches, les unes rousses, les autres noi- 
râtres. Sa dorsale a des points noirâtres, qui forment 
des séries obliques sur sa partie molle : il y en a aussi 
en travers de la caudale. Les autres nageoires sont 



410 LIVRE IV. JOUES CU/RASSÉES. 

rougeâtres. Sa forme est assez alongée ; ses épines 
dorsales sont à peu près égales. Son sous-orbitaire 
a deux forts aiguillons, dirigés un peu vers le bas; 
le préopercule en a deux petits et un long, très- 
pointu, dirigé en arrière et un peu vers le haut. 
Quelques individus ont une tache violette au milieu 
de la longueur de la dorsale, sur sa base. 

B. 6; D. 15/7; A. 3/4; C. 15; P. 10; V. 1/5. 

Ce poisson passe dans le pays pour faire 
des blessures dangereuses, que l'on attribue, 
à tort sans doute, à une sorte de venin dont 
la peau qui recouvre les aiguillons serait en- 
ci ui le. 

Z'Apiste chaboisseàu. 

{Apistus cottoides , nob. ; Perça cottoides , 
Linn.) 

C'est très -probablement ici que doit se 
placer le perça cottoides, décrit par Linnaeus 
dans la seconde partie de son Musée d' Adolphe- 
Frédéric (p. 84), et qui, aux caractères du 
genre et à des nombres à peu près tels qu'on 
en compte dans plusieurs apistes, joint pour 
caractère particulier, 

des taches rondes et brunes, éparses sur le corps, et 
faisant deux lignes sur les nageoires. 

Malheureusement sa description est trop 
abrégée , et ne nous apprend pas même s'il a 



CHAP. XIII. APISTES. 414 

ou non des écailles. Ce poisson venait de la 
mer des Indes. x 

Z7Apiste de Bougainville. 

[Apistus Bougainvillii, nob.) 

Nous devons au dernier voyage autour du 
monde, exécuté par M. le baron de Bougain- 
ville , un petit apîste voisin du longispinis, 
et couvert de même de petites écailles noi- 
râtres. 

Son profil est presque vertical ; son épine sous-orbi- 
taire, quand elle est contre la joue, dépasse le bord 
postérieur de l'orbite; elle a une petite épine à sa 
base antérieure. L'épine préoperculaire est moitié 
plus courte, dirigée un peu vers le haut, et le bord 
du préopercule en a au-dessous de celle-là trois ou 

1. Mus. Ad. Freder., t. II, p. 84- 

Pei^ca cottoides. 

Pinnis dorsaîibus unitis , cauda indivisa, pinnis omnibus, lineis 
duahus punctatis. 

Habitat in India. 

Piscis quasi médius inter perças et cottos. 

Caput sub oculis, spina gemina refiexa; maxillœ scabrœ: opercula 
branchiarum spinoso serrata; membrana branchiostega octo. 

Corpus : linea laieralis recta, quasi catena parum elevata; maculas 
fuscœ , quasi puncta ex duabus lineis , sparsœ per omnes pinnas ; 
puncta majuscula , fusca , orbiculata , sparsa per caput et dorsum. 

Pinna dorsalis 14/6, incipit in medio frontis et desinit paulo ante 
caudam. 

P. 14 5 V. 1/4 5 A. 3/7; C. 10, cauda intégra. 



41 2 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

quatre autres beaucoup plus petites. La première 
épine dorsale est placée au-dessus des yeux , et de 
moitié seulement plus courte que la seconde. La sep- 
tième est subitement d'un tiers plus petite que la 
sixième et la huitième : il y en a douze en tout. La 
membrane est échancrée, aux deux tiers, après les 
six premières. Il y a aussi un intervalle nu entre 
la fin de la dorsale et la caudale. La longueur des 
pectorales est de plus du quart de celle du poisson. 
Les ventrales sont un peu plus courtes. La caudale a 
un peu plus du cinquième, et se termine carrément. 
D. 1-2/9; A. 3 5: C. 11 j P. 11; V. 1/5. 

La ligne latérale est parallèle au dos, et se marque 
par une suite de vingt-cinq élevures qui ont l'air de 
petites pointes couchées sur la peau. 

Ce poisson n'est long que de deux pouces et demi. 

Z'Apiste de Bélenger. 
(jépistus Bélenger ii, nob.) 

M. Bëlenger a envoyé de Mahé, sur la cote 
de Malabar, un petit apiste remarquable 

par un corps plus élevé au milieu, où sa hauteur 
fait le tiers de sa longueur. Son profil est oblique; 
sa bouche descend en arrière ; son épine sous-orbi- 
taire ne passe guère le milieu du dessous de l'œil; 
elle en a une petite à sa base en avant. Celle du préo- 
percule l'égale à peu près, et se dirige directement 
en arrière. Il y en a deux , mais excessivement courtes, 
au-dessous. L'opercule osseux se termine par trois 



CHAP. XIII. APISTES. 41 5 

pointes. La première épine dorsale répond vis-à-vis 
le bord postérieur de l'œil , et est presque aussi haute 
que la seconde, qui a les deux tiers de la hauteur de 
la tète , ce qui dure jusqu'à la cinquième , où la 
membrane est fortement échancrée. Il y a un inter- 
valle entre le dernier rayon et la caudale. Celle-ci 
est coupée carrément , et comprise quatre fois et 
demie dans la longueur totale. Les pectorales sont 
un peu plus longues; mais les ventrales le sont un 
peu moins. 

D. 12/8; A. 3/6; C. 11; P. 13; V. ly'5. 

Ses écailles sont très-fines, et sa ligne latérale est 
disposée comme dans l'espèce précédente. Tout le 
corps est gris, finement pointillé de brun, excepté 
la poitrine et l'abdomen, qui sont blanchâtres. Les 
nageoires sont de la couleur du corps, et il y a une 
tache noire sur la dorsale de la cinquième à la hui- 
tième épine. 

Ce petit poisson est long de deux pouces un quart. 

On le nomme toumba à Mahé. 

Z'APISTE A BARBILLONS. 

{Apistus barbatus, nob.) 

MM. Kuhl et Van Hasselt ont envoyé de 
Batavia un apiste remarquable 

par deux barbillons qu'il a sous le bout antérieur de 
la mâchoire inférieure. L'épine de son premier sous- 
orbit.tire en a une très-peiite à sa base, et s'étend aussi 
loin que le maxillaire. Le second sous-orbitaire n'en 



41 4 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

a point, et est seulement un peu inégal. L'épine du 
préopercule atteint le bord de l'opercule. Le reste du 
bord du préopercule n'a que deux ou trois épines, à 
peine sensibles. L'opercule osseux se divise en trois 
pointes : il y a une épine au surscapulaire ; et sur le 
crâne, en avant du premier aiguillon dorsal , il y en a 
deux très-petites, ou plutôt deux petits tubercules. La 
dorsale commence sur le milieu des orbites par un 
aiguillon quatre fois moindre que le second , qui est le 
plus long, et qui égale les deux tiers de la hauteur du 
corps; le troisième est un peu plus court : à compter 
du quatrième ils sont à peu près égaux. Il y en a 
treize et huit mous, dont le dernier s'attache au 
corps et atteint la caudale. Tout ce poisson est cou- 
vert d'une peau très -finement ridée en rides verti- 
cales , et où l'on ne voit pas d'écaillés proprement 



pas a écailles propre 



dites, mais seulement de très-petits points saillans, 
disposés en quinconce sur la partie dorsale. Les pec- 
torales sont arrondies, ainsi que la caudale et les par- 
lies molles de la dorsale et de l'anale. Les ventrales 
sont plus courtes que les pectorales. 

B. 1: D. 13/8; A. 3,5; C. 10; P. 12; V. 1/5. 

Ce poisson a le dos brun roussâtre avec des mar- 
brures et des nuages plus bruns. Le dessous est blan- 
châtre; sa dorsale est brunâtre, plus brune en ar- 
rière. On voit sur sa caudale un ruban bleuâtre et un 
liséré jaunâtre. 

Sa taille est de quatre pouces. 

Il a ëtë pris dans la rivière de la Bouana, à 
Java, près de la met. 



CHAP. XIII. APISTES. « 41 5 

Apistes sans écailles. 

Z/Apiste noir. 
(Apistus niger, nob.) 

La seconde subdivision des apistes, celle 
qui manque décailles sur le corps , commen- 
cera par un petit poisson que M. Leschenault 
nous a envoyé de Pondichéry, et qui tient le 
milieu, pour la forme, entre ceux de Bougain- 
ville et de Bélenger, quoiqu'il s'en distingue 
par sa nudité. 

Ses épines sous-orbitaires et préoperculaires sont 
aussi fortes que dans celui de Bélenger; mais la briè- 
veté de sa première épine dorsale et la hauteur de 
la seconde et de la troisième le rapprochent davan- 
tage de celui de Bougainville. Il a cependant le pro- 
fil plus oblique, la tête plus longue; sa tempe et son 
surscapulaire ont deux petites crêtes. On ne lui voit 
pas d écailles; mais sa peau, assez serrée, a de petites 
élevures qui sembleraient des poils, si l'on ne s'aper- 
cevait qu'elles ne sont pas libres. 

B. 6; D. 13/8; A. 3/6; C. 10; P. 12; V. 1/5. 
Dans la liqueur il paraît noirâtre. Les nageoires 
paires et les caudales sont rayées et pointillées de gris 
et de brun. On voit aussi des lignes et des points 
semblables sur la mâchoire inférieure. 

M. Leschenault nous apprend que les indi- 
gènes des environs de Pondichéry nomment 



41 G LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

ce poisson karoun-kalcl-toumbi ; qu'on le 
pèche à l'embouchure de la rivière d'Arian- 
coupang, et qu'il ne parvient qu'à la longueur 
de quelques pouces. Nos individus n'en ont 
que deux et demi. 

Ce nom de tounibi doit avoir du rapport 
avec celui de toumba , usité à la côte de 
Malabar pour l'espèce de Bélenger. 

.L'Api ste marbré. 
{Apistus marmoratiis , nob.) 

Feu Pérou a rapporté de Timor un poisson 
qui a les mêmes longues épines au sous-or- 
bitaire et au préopercule que les précédens, 
et dont le corps entier est dénué décailles 
et de tout ce qui pourrait les rappeler. Il 
surpasse les autres apibtes en grandeur, ainsi 
que par l'éclat et le tranché de ses marbrures. 

Sa forme est oblongue. Sa plus grande hauteur 
au tiers antérieur est trois fois et demie dans sa 
longueur; et son épaisseur deux fois dans sa hau- 
teur. La longueur de sa tête est un peu moins du 
tiers de sa longueur totale. La ligne du dos est con- 
vexe; le profil descend obliquement; la mâchoire 
inférieure avance un peu plus que l'autre. L'oeil est 
près de la ligne du profil, et occupe le deuxième quart 
de la longueur de la tête. La bouche est fendue jus- 
que sous le milieu de l'œil. Le premier sous-orbi- 



CHAP. XIIT. APISTES. 41 7 

taire a deux petites pointes en avant, et il en produit 
une en arrière qui, lorsqu'elle est couchée contre la 
joue, s'étend jusqu'auprès du bord du préopercule, 
mais que le poisson peut redresser de la manière la 
plus dangereuse pour ceux qui voudraient le sai- 
sir. Le grand sous-orbitaire cuirasse le haut de la 
joue comme dans les scorpènes , mais n'a d'autre iné- 
galité qu'une légère crête. Immédiatement derrière 
lui, le préopercule produit une pointe qui n'a qu'un 
quart de moins en longueur que celle du premier 
sous-orbitaire, et qui est tout aussi aiguë. Le reste de 
son bord est arrondi et a trois dents obtuses. Les 
épines nasales sont peu marquées; il n'y en a point 
aux orbites. Deux lignes légèrement saillantes relè- 
vent les cotés du crâne, sans y former d'épines; mais il 
y en a une légère à l'os scapulaire. L'opercule osseux 
se termine par deux pointes. Les dents sont en ve- 
lours ras, sur une bande à chaque mâchoire, sur un 
triangle en avant du vomer, et sur une bande à cha- 
que palatin. La membrane des ouïes est bien fendue, 
ne s'attache point à l'isthme, et a sept rayons. 

Les épines dorsales sont fortes et très-pointues. 
La première est immédiatement derrière le bord pos- 
térieur du crâne. Les plus grandes, de la troisième à 
la sixième ou septième, ont les deux tiers de la plus 
grande hauteur du corps. Il y en a treize, suivies de 
dix rayons mous. L'anale en a trois, également lon- 
gues et pointues, surtout la deuxième, et six rayons 
mous. Ces deux nageoires s'arrondissent en arrière, 
et leur dernier rayon est attaché de fort près au corps. 
La caudale est un peu arrondie, et a douze rayons. 

4 27 



418 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Les pectorales n'ont que onze rayons , tous bran- 
chus, excepté le premier, qui est fort grêle : aux ven- 
trales on trouve le nombre ordinaire. Elles sortent 
un peu plus en arrière que les pectorales, et s'atta- 
chent au corps sur les deux tiers de leur longueur. 

B. 7; D. 13/10; A. 3/6; C. 12; P. 11; V. 1/5. 

Tout ce poisson est enveloppé d'une peau molle , 
spongieuse, sans écailles. Dans la liqueur, le fond de 
sa couleur paraît gris ou jaunâtre, avec de grandes 
et belles marbrures irrégulières d'un brun pourpré , 
qui s'étendent sur ses nageoires comme sur le reste 
de sa surface. La poitrine et le ventre n'en ont point. 
Les ventrales n'ont que quelques nuages. 

Notre plus grand individu n"a que Jiuit pouces. 

L'apiste marbré a le foie très-grand , presque entiè- 
rement situé dans le côté gauche. Un petit lobe trian- 
gulaire passe sous l'œsophage et va dans l'hypocondre 
droit. La vésicule du fiel est petite, globuleuse; le 
canal cholédoque est très-long; il longe le lobe droit 
du foie, reçoit des vaisseaux hépato-cystiques du lobe 
gauche, et descend le long de l'œsophage, pour s'ou- 
vrir dans le duodénum, au-devant des coecums. 

L'œsophage est assez large et assez long; ses parois 
sont épaisses etplissées longitudinalement. L'estomac 
n'est en quelque sorte qu'un prolongement de l'œso- 
phage en un cul-de-sac arrondi; ses parois sont min- 
ces et sans plis en dedans. De l'arrière de l'estomac 
nait une branche assez grosse , qui remonte vers le 
diaphragme. Le pylore se trouve à peu près au mi- 
lieu de cette branche, il est entouré de six cœcum$ 



CHAP. XIII. APISTES. 419 

très-courts et étroits; un seul, un peu plus gros que 
les autres, mais pas plus long, se trouve sur la partie 
supérieure de la branche montante, dont la continua- 
tion est le commencement de l'intestin. 

L'intestin de cet apiste est très-long. Il remonte 
d'abord jusqu'auprès du diaphragme, où il se plie 
pour descendre presque auprès de l'anus; de là il 
remonte pour se replier dans la crosse du premier 
pli. Il descend alors droit jusqu'à l'anus, depuis le 
pylore jusqu'à l'endroit du second repli qui est à la 
pointe de l'estomac. Le diamètre de l'intestin est mé- 
diocre et égal partout; il y a à cet endroit une val- 
vule assez forte; et alors commence le rectum, dont 
les parois sont très-minces , et qui est dilaté au point 
que sa capacité est plus grande que celle de l'estomac. 

La rate est petite, en ovale alongé, de couleur 
brune, et placée sur l'intestin, auprès du pylore. 

Les ovaires de l'individu que j'ai ouvert, étaient 
pleins d'oeufs plus petits que de la graine de pavot. 
Ils n'occupent que les deux tiers postérieurs de l'ab- 
domen. 

Ce poisson est muni d'une très-petite vessie nata- 
toire, presque ronde, simple, à parois minces et ar- 
gentées. En dedans elle a trois corps glanduleux, 
dont deux sont très-petits, et placés de chaque côté 
d'un troisième, qui est gros et alongé. Les reins sont 
petits et remontés vers le diaphragme. Le péritoine 
est incolore. 

Nous avons trouvé dans son estomac des débris 
de crabes. 

Le squelette de l'apiste marbré a onze vertèbres 



A20 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

abdominales et dix-sept caudales, toutes comprimées 
et à pou près aussi hautes que longues. Dans les deux 
dernières abdominales les apophyses transverses des- 
cendent, et se rapprochent presque en apophyses 
épineuses. Ses côtes sont grêles et fourchues. Le pre- 
mier interépineux de l'anale est long, fort, et placé 
obliquement. Les trois premiers de la dorsale ne font 
ensemble qu'une lame triangulaire. Du reste, ce sque- 
lette n'a rien de particulier que Ton ne puisse juger 
par l'extérieur. 

DES MINOÙS. 

Nous terminons ce chapitre par deux pois- 
sons qui ont tous les caractères des apistes, 
notamment leurs dangereuses épines sous-or- 
bitaires; qui ont même un rayon libre sous 
la pectorale, comme nos deux premières es- 
pèces d'apistes, et qui, par cette circonstance, 
jointe à l'absence de dents aux palatins, aussi 
bien que par leur corps nu, comme dans la 
seconde division des apistes, lient les apistes 
aux pélors, dont nous parlerons bientôt. 

C'est principalement l'absence de dents aux 
palatins qui nous oblige d'en faire un genre 
particulier, dont nous tirons le nom de celui 
qu'ils portent à la cote de CoromandeL 



chap. xm. M1N0US. 421 



Le Minous woora. 



{Minons woora, nob.j TVoora-minoo , Russ., 
n.° 159 A.) 

Le premier a été décrit par Russel (n.° 1 5g), 
et nommé woorah - minoo , comme l'apiste 
ailé; il l'a rangé de même parmi les trigles. 
Cependant il diffère sensiblement de l'apiste 
ailé par ses pectorales beaucoup plus courtes, 
et qui n'ont pas tout-à-fait le tiers de sa 
longueur; par son corps nu et par sa tète 
carrée et granulée, qui lui donne, aussi bien 
que sou rayon libre, un rapport sensible avec 
les trigles, en sorte que M. Russel ne man- 
quait pas de motifs pour le placer comme 
il la fait; mais il tient évidemment de plus 
près au grand genre des scorpènes par sa dor- 
sale indivise, et même par le nombre et la 
position des arêtes et des épines dont sa tète 
est armée. 

Sa forme est à peu près celle des petites scor- 
pènes de la mer des Indes; mais le dernier aiguil- 
lon de son premier sous-orbitaire, et le deuxième 
de son préopercule, se prolongent, comme dans tous 
les apistes, en épines que l'animal peut redresser, et 
dont il se fait des armes offensives redoutables. Les 
autres aiguillons de sa tète sont placés à peu près 
comme ceux du scorpœna scrofa, et les égalent au 



422 LIVRE IV. JOURS CUIRASSÉES. 

moins en rudesse et en saillie. L'intervalle des yeux 
est concave et sillonné longitudinalement. Le bord 
de Forbiie est crénelé; le grand sous-orbitaire a dans 
son milieu une petite élévation d'où parlent des li- 
gnes saillantes en rayons. Des dents en velours gar- 
nissent les deux mâchoires et une bande en avant 
du vomer, mais non les palatins , ni la langue. Sa 
membrane des ouïes a sept rayons; quoique assez 
échancrée, elle s'attache aux côtés de l'isthme. Il 
y a un barbillon grêle sous le milieu de chacune 
des branches de la mâchoire inférieure. La dorsale 
commence entre les pointes des deux dernières 
épines du crâne ; elle s'élève peu et n'est pas sensi- 
blement échancrée; ses épines sont menues, au nom- 
bre de onze, et très-enveloppées dans la peau, ainsi 
que ses rayons mous, au nombre de douze, dont le 
dernier est court et attaché au corps. Les pectorales 
sont un peu pointues, de près du tiers de la lon- 
gueur totale : on n'y compte que onze rayons, et le 
doigt libre d'au-dessous. Les ventrales, plus courtes 
qu elles, s'attachent au corps sur moitié de leur lon- 
gueur, et ont, comme à l'ordinaire, une épine et 
cinq rayons mous. Je ne trouve à l'anale que dix 
rayons, dont un seul épineux. La caudale commence 
presque immédiatement derrière la dorsale et l'anale; 
elle est un peu arrondie, et a onze rayons. 

D. 11/12; A. 19; C. 11; P. 11 — 1; V. 1/5. 

La peau n'a aucunes écailles. La ligne latérale est 
droite et ne suit pas la courbure du dos, en sorte 
qu'en arrière elle s'en approche et disparaît sous la 
fin de la dorsale. Elle ne se marque que par de pe- 



CHAP. XIII. MINOUS. 423 

tites lignes un peu élevées, dont les trois ou quatre 
premières font un peu de saillie. 

Ce singulier petit poisson paraît gris, et a les na- 
geoires bordées de noirâtre, excepté la caudale, où 
l'on voit des bandes irrégulières grises et blanchâtres. 
Dans l'état frais, selon M. Russel, il est pourpre fon- 
cé, et a le ventre rose, avec les bords des nageoires 
noirâtres; la partie postérieure de la dorsale est pour- 
pre, ainsi que les bandes de la caudale ; les nageoires 
paires sont rougeâtres. 

Nos individus n'ont que trois pouces. 
Dans ce premier minoùs le foie est composé de 
deux lobes à peu près égaux, épais, mais peu éten- 
dus; ils ne dépassent pas le cardia. La vésicule du 
fiel est petite, étroite, alongée : son canal cholédoque 
est long; il longe le lobe droit du foie, se replie sous 
l'œsophage, et va s'ouvrir dans le duodénum , assez 
loin du pylore. 

L'oesophage est gros, plissé en dedans; il se dilate 
en un cul-de-sac pointu, qui est l'estomac. Sa branche 
montante naît de sa pointe postérieure. A la hauteur 
du cardia l'on voit le pylore muni de trois appen- 
dices cœcales, dont une est à droite : c'est la plus 
longue; les deux autres sont très-courtes. Le duo- 
dénum remonte encore vers le diaphragme entre les 
deux lobes du foie : l'intestin fait ensuite deux replis 
avant de se rendre à l'anus. 

La rate est noire, globuleuse, très-petite, et située 
sur l'intestin, auprès du pylore. Les vésicules sémi- 
nales occupent la longueur de l'abdomen. 

Ce minoûs a une vessie aérienne excessivement 



424 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

petite, globuleuse, simple, à parois minces, argen- 
tées; elle est située sur l'œsophage, tout près du 
diaphragme. 

Les reins sont petits ; ils débouchent dans une 
vessie urinaiie profondément divisée en deux lobes. 
Le péritoine est incolore. 

Nos individus viennent de llsle-de-France. 
M. Russel a décrit les siens à Vizagapatam. 

Le MlNOUS MONODACTYLE. 

{Minous monodacljlus , nob.; Scorpœna 
mono dactylo. 3 Bl. Schn.) 

MM. Kuhl et Van Hasselt ont envoyé de 
Batavia, sous le nom de scorpœna biaculeata , 
un minous très-semblable au précédent, et 
qu'au premier coup d'œil on serait tenté de 
croire de même espèce , 

mais qui n'a que dix-neuf rayons à la dorsale, dont 
dix épineux et neuf mous. La crête de son deuxième 
sous-orbitaire a aussi trois dents tranchantes, qui ne 
sont pas dans l'autre. Du reste, tout est pareil pour 
les formes; les barbillons y sont les mêmes, ainsi 
que le rayon libre. 

D. 10/9; A. 1/8 , etc. 

Celui-ci est gris roussàlre; trois bandes brunes, 
larges, mal terminées et interrompues, régnent lon- 
gitudinalement sur toute sa partie supérieure. Sa dor- 
sale en a quatre ou cinq, presque verticales. Il y en 



CHAP. XIII. MINOUS. 425 

a deux verticales sur sa caudale, et deux en travers 
sur sa pectorale ; mais celles-ci sont peu marquées. 
L'anale et les ventrales ont les bords largement noi- 
râtres. 

Ce petit poisson ne passe pas deux pouces. 

Nous nous sommes assurés que c'est le 
scorpœna monodactyla de Bloch (Systema 
posth., p. 194, u.°9} L'individu original, 
conservé à Berlin, ne diffère pas du nôtre. 

Le foie de ce minoûs est situé en travers sous l'œ- 
sophage, et un peu plus porté a gauche qu'à droite; 
il est épais , mais court. La vésicule du fiel est très- 
petite, globuleuse, et cachée sous le lobe droit du 
foie. Le canal cholédoque est de longueur médiocre, 
et descend déboucher sur la partie antérieure de la 
crosse du duodénum. 

L'œsophage est assez long; il se termine en un 
sac conique d'une longueur égale, qui est l'estomac. 
La branche montante, de moitié plus courte, s'élève 
à peine au-dessus du cardia. H y a cinq appendices 
cœcales au pylore; deux, presque aussi longues que 
l'estomac, sont placées à sa gauche; une impaire, 
sous l'estomac, est un peu plus courte; la quatrième, 
plus longue que les deux premières , est cachée en- 
tre les replis de l'intestin; enfin, une cinquième, 
très-pelile et pliée sur elle-même, est placée entre 
l'œsophage et la branche montante de l'estomac. Le 
duodénum remonte dans la fourche du foie, en fai- 
sant un grand arc; puis il s'appuie le long de l'es- 
tomac et un peu en arrière de sa pointe. L'intestin 



426 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

se plie et remonte jusque dans l'arc du duodénum; 
il se plie de nouveau, et offre de suite une dilatation 
telle que le rectum a un diamètre presque trois fois 
plus grand que celui du reste de l'intestin. Il se ré- 
trécit un peu avant de déboucher à l'anus. 

Les organes de la génération ont une longueur 
à peu près égale à celle de l'estomac ; ils ne s'éten- 
dent pas au-delà de ce viscère, et communiquent 
avec le cloaque par un sac unique assez large. 

Il y a une vessie aérienne , plus petite qu'un grain 
de chenevis, argentée, et placée sur l'œsophage, peu 
en arrière du diaphragme. Les reins ont leur partie 
antérieure grosse et développée; ils ne s'étendent pas 
au-delà des organes génitaux, et versent l'urine par 
deux uretères courts qui débouchent dans une ves- 
sie urinaire, longue et cylindrique. Le péritoine est 
mince et de couleur de chair, chargé de petits points 
noirs. 1 

1. Ce minoùs porte sur notre planche XCV le nom Papiste 
monodactyle. 



CHAP. XIV. PÉLORS. 427 

CHAPITRE XIV. 

Des Pélors (Pelor, nob.). 

Dans cette famille des joues cuirassées, si 
abondante en poissons de figure singulière, 
et parmi ces genres voisins des scorpènes, qui 
se font presque tous remarquer par leur lai- 
deur, il en existe un plus difforme et, on peut 
le dire, plus monstrueux que tous les autres, 
et que nous avons cru devoir désigner par 
un nom qui rappelât sa difformité : c'est le 
genre des pélors^ dont Pallas a décrit une 
espèce sous le nom de scorpœna didacijla. 
Sa tète écrasée en avant, ses yeux saillans 
et rapprochés , les épines hautes et presque 
isolées de sa dorsale, le font distinguer dès 
le premier aspect ; et à ces formes insolites 
se joignent des caractères précis : l'absence 
d'écaillés sur le corps ; celle de dents aux 
palatins , et deux rayons libres sous les pec- 
torales. Les deux premiers de ces caractères 
sembleraient devoir rapprocher les pélors des 
cottes, le troisième des trigles; mais la dorsale 
indivise les sépare des uns et des autres pour 
les ramener près des scorpènes. 

Ils tiennent de près aux apistes de la der- 



428 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

nière subdivision, dont, indépendamment de 
leurs formes étranges, ils diffèrent en ce point 
qu'ils ne possèdent pas ce grand aiguillon du 
premier sous- orbitaire qui caractérise les 
apistes et les fait redouter. 

Tous les pélors connus, et ils sont peu 
nombreux, il paraît même que les individus 
n'en sont pas communs , viennent de la mer 
des Indes. 

Le Pélor a filamens. 
(Pelor fdamentosum , nob.) 

Nous en décrirons d'abord l'espèce la plus 
facile à caractériser par les filamens du haut 
de sa pectorale. On la doit aux naturalistes 
de l'expédition de M. Duperrey , qui l'ont 
rapportée de Hsle-de-France. Elle nous pa- 
rait entièrement nouvelle. Commerson ne l'a 
pas connue, et ce n'est pas celle que Pallas a 
décrite. 

Il serait impossible sans le secours du des- 
sin de donner une idée de l'inconcevable 
bizarrerie des formes que la nature s'est plue 
à imprimer à ce poisson. 

Ses joues concaves; ses yeux rélevés et rap- 
prochés; les épines de sa dorsale, droites, sépa- 
rées, chargées d'arbuscules; les filamens de sa 
pectorale; les doigts libres et crochus qu'elle 



CHAP. XIV. PÉLORS. 429 

a sous elle; ses ventrales attachées au ventre 
et réduites à des espèces de crêtes, tout, jus- 
qu'à la singularité des couleurs, qui pénètrent 
même dans l'intérieur de sa bouche, semble- 
rait en faire un jeu horrible de la nature, si 
la constance de ses caractères ne montrait que 
c'est une espèce aussi réelle qu'aucune autre, 
et soumise à des lois tout aussi précises. 

Son corps est alongé; son ventre renflé; son clos 
élevé au-dessus de sa tête, qui est petite, et dont le 
profil, concave , interrompu par la saillie des yeux, 
se renfle pour former la bouche qui le termine. 

La hauteur de son corps, aux pectorales, où le dos 
est le plus haut et le ventre le plus renflé, fait le tiers 
de sa longueur; mais à l'anus, où l'enflure du ventre 
n'a plus lieu, elle n'en fait plus que le cinquième. 
Son épaisseur fait les deux tiers de sa hauteur. 

La longueur de sa tête fait le quart de sa lon- 
gueur totale. Le crâne est très-court, plus large que 
long, et très-concave entre la nuque et les yeux. Les 
yeux ont leurs orbites saillans, verticalement au-des- 
sus du crâne et du museau. Leur intervalle est lui- 
même très-saillant, mais moins qu'eux, plus large 
que long, relevé dans son milieu d'une tubérosité. 
Une arête osseuse, dont la courbe est concave, va 
de cet intervalle au bout du museau , qui se relève 
beaucoup, et cependant moins que les yeux. L'in- 
tervalle des yeux, à ce bout du museau, est plus 
que double de la longueur du crâne. Cette partie du 
museau, vue de haut, est aussi large que longue; et 



430 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

de chaque côté de son arête mitoyenne elle est 
creusée en une large concavité , dont les bords exté- 
rieurs, relevés de quelques tubercules, sont formés 
par les sous-orbitaires et le préopercule, en sorte 
qu'il y a un grand espace entre l'œil et les sous-or- 
bitaires, et que le bord inférieur de l'orbite n'est 
point osseux. Le préopercule a en arrière une pointe 
obtuse, et l'opercule deux, mais qui paraissent peu 
au travers de la peau. 

L'ouverture de la bouche est au bout du museau; 
l'intermaxillaire en forme le bord supérieur, qui est 
demi-circulaire et vertical. La mâchoire inférieure, 
plane et aussi demi-circulaire, remonte obliquement 
pour fermer la bouche. Le maxillaire s'élargit à son 
bord externe, et ne peut guère se cacher sous le 
sous-orbitaire. Des bandes de dents en fin velours 
ras garnissent les deux mâchoires et le devant du 
vomer; mais il n'y en a aucunes aux palatins, ni à 
la langue, qui est large, triangulaire, assez charnue 
et médiocrement libre. 

Les ouïes sont assez fendues, quoique leur mem- 
brane s'attache de chaque côté à l'isthme; elles ont 
sept rayons, dont le dernier est difficile à voir sans 
dissection. Dans le haut de leur ouverture une pe- 
tite production cartilagineuse de l'opercule inter- 
cepte une petite écbancrure ronde, qui a l'air d'un 
trou particulier, et dont il est possible que le poisson 
se serve pour respirer quand il ne veut pas entièrement 
ouvrir ses ouïes. 

La dorsale commence immédiatement à la nuque, 
c'est-à-dire presque sur les yeux; elle s'étend jusqu'à 



CHAP. XIY. PÉLORS. 451 

la caudale. Quinze épines droites, fortes et pointues, 
occupent plus des deux tiers de sa longueur, dont 
le reste est soutenu par huit rayons mous et bran- 
chus. Les trois premières de ces épines sont gar- 
nies, presque jusqu'à la pointe, par la membrane; 
mais les suivantes en sont dégagées pour leurs deux 
tiers supérieurs, qui sont cependant enveloppés de 
la peau ; et cette peau a même sur chacune d'elles 
plusieurs de ces lambeaux déchiquetés que l'on voit 
dans tant de scorpènes. La hauteur de ces épines est 
à peu près des deux tiers de celle du corps. La partie 
molle est arrondie et garnie de membrane jusqu'au 
bout des rayons. La caudale s'arrondit en éventail, et 
a douze rayons. L'anale commence sous la onzième 
épine, et finit, comme la dorsale, tout près de la cau- 
dale ; elle est très-basse et a trois rayons épineux et 
sept mous, entre lesquels la membrane est un peu 
échancrée. La pectorale est fort grande; sa longueur 
est'comprise trois fois et demie dans celle du corps; 
et quand elle s'étale, elle est plus large que longue : 
elle a dix rayons compris dans sa membrane, et il y 
en a deux libres. Les deux premiers se prolongent en 
filamens grêles, le neuvième et le dixième ne sont pas 
branchus; le onzième et le douzième, ou les deux 
doigts libres, ont en effet la membrane qui les unit 
aux autres échancrée jusqu'à leur base, et sont plus 
gros que ceux de la nageoire. Le second est le plus 
long. La ventrale commence sous l'origine de la pec- 
torale; elle a, comme à l'ordinaire, une épine et cinq 
rayons mous, et comme ceux-ci vont en s alongeant, 
et que le dernier est attaché au ventre par toute sa 



452 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

longueur, chaque ventrale a l'air d'être une crête, 
comme paraît aussi à peu près la nageoire anale. 

B. 7; D. 15/8; A. 3/7 j P. 10 — 2; V. 1/5. 

Tout ce poisson est enveloppé dune peau molle 
et spongieuse, hérissée en différens endroits de fila- 
mens mous ou de lambeaux plats et déchiquetés. 
Les principaux de ces lambeaux sont placés comme 
il suit : deux grands sous la lèvre inférieure; un de 
chaque côté sur le museau, en avant du sous-orbi- 
taire et vis-à-vis des précédens; un en arrière de la 
bouche; un au bord saillant de la joue, tenant au 
grand sous-orbitaire; trois à l'opercule, vers le bas; 
plusieurs petits à la face externe de la pectorale et 
le long des cotés du corps : il y en a entre autres une 
suite qui est le seul vestige de ligne latérale. La peau 
a de plus, de chaque côté vers le dos, un certain 
nombre de petites élevures ou tumeurs molles comme 
des pustules, mais qui cèdent sous le doigt. 

Sa couleur n'est pas plus facile à décrire que sa 
forme. Qu'on se le représente gris, marbré de taches 
brunes de différentes grandeurs et tout semé de 
petits points blancs, comme s'il était un peu sau- 
poudré de farine. De petites taches blanches et noires 
se montrent sur le crâne et sur l'opercule , et des 
teintes roses diversifient le brun sur la tète : il y a 
des points bruns et blancs jusqu'au palais et à la 
langue. La face interne de la pectorale est blanche, 
avec des teintes roses; un large bord, tout semé de 
taches rondes, noirâtres, serrées, et vers sa base, 
près du bord supérieur, trois grandes taches noires , 



CIIAP. XIV. PELORS. 4i>0 

Séparées par des intervalles blanc de lait : extérieu- 
rement elle est marbrée et pointillée comme le corps. 
Sa dorsale l'est de même. Les ventrales sont toutes 
brunes, et l'anale l'est pour la plus grande partie. La 
caudale a plus de blanc dans sa moitié antérieure ; 
son bord est tout varié de taches noirâtres sur un 
fond blanc. Le liséré est tout noirâtre. Il y a du poin- 
tillé blanc sur le brun de ses rayons. Le ventre est 
blanchâtre. 

Ce pélor filamenteux nous montre un foie assez 
gros, situé en travers sous l'œsophage, et se prolon- 
geant dans chaque côté de l'abdomen en un lobe, 
alongé et arrondi en arrière. Le droit, plus court que 
le gauche , soutient la vésicule du fiel, qui est blanche , 
ronde, de grandeur moyenne. Le canal cholédoque 
est gros, assez long, et après avoir reçu plusieurs 
vaisseaux hépato-cysiiques , il débouche dans le pre- 
mier des cœcums de gauche. 

L'œsophage est large , assez long , chargé en de- 
dans de plis nombreux, parallèles et longitudinaux; 
il se dilate en un sac arrondi en arrière, qui est l'es- 
tomac. Ses parois sont plus minces que celles de 
l'œsophage, et sans plis à l'intérieur. De l'arrière de 
l'estomac , et en dessous , il remonte vers le dia- 
phragme une branche à parois épaisses, qui se ter- 
mine dans la fourche du foie. Le pylore, ouvert à 
l'extrémité de cette branche, est muni de quatre 
appendices cœcales , grosses , mais peu longues : il 
y en a deux de chaque côté. L'intestin commence 
par avoir un diamètre assez large, et des parois 
très-minces ; il se porte ainsi un peu en avant de 

4. 28 



454 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

l'anus : là il se courbe pour remonter jusqu'auprès 
du pylore; et clans toute cette portion, son diamètre 
est très-étroit, et ses parois sont très-épaisses. L'intes- 
tin fait alors un nouveau repli pour se rendre direc- 
tement à l'anus; il se dilate peu à peu, de sorte que le 
diamètre du rectum devient aussi grand que celui du 
duodénum. 

La rate est très-petite, alongée, placée sur le duo- 
dénum auprès du pylore. 

Les ovaires, quand ils sont pleins, occupent toute 
la longueur de l'abdomen; les œufs sont très-petits. 
Il y a une vessie natatoire, à peine aussi grosse 
qu'un petit pois, a parois argentées : elle est située 
presque à la hauteur du pylore, entre la fourche que 
forment les deux reins par leur réunion. 

Les reins sont gros et courts ; ils se réunissent en 
un seul lobe, qui ne dépasse pas l'arrière de l'estomac. 
L'uretère est long, et, arrivé aux trois quarts de la 
longueur de l'abdomen, il se dilate en une vessie uri- 
naire, alongée, étroite, à parois blanches et épaisses. 

Ce poisson se nourrit de crustacés. Nous 
avons trouvé des débris de squilles dans son 
estomac. 

Le Pélor tacheté. 

(Pelor maculatum, nob.) 

MM. Lesson et Garnot ont rapporté de 
Waigiou un pélor ressemblant à notre pre- 
mière espèce par ces caractères extraordinaires 
qui en font une sorte de monstre 7 et s'en dis- 



CHAP. XIV. PËLORS. ^5iS 

tinguant néanmoins par les points suivans, 
qui nous paraissent bien spécifiques. 

Les orbites sont réunis par une arête transverse, 
qui ne porte pas de tubercule. Il y a à la dorsale seize 
épines et neuf rayons mous. Les premiers rayons de 
la pectorale ne se prolongent point en filets. 

La couleur est partout noirâtre, mouchetée et pi- 
quetée de noir plus foncé. Trois grandes parties blan- 
ches se montrent sur la dorsale, et trois taches blan- 
ches et rondes de chaque côté du dos. Les yeux, plus 
petits que dans l'espèce précédente, sont entourés de 
blanc. Il y a de grosses taches rondes et blanches 
sur les joues, une sur la base de la crête du front, et 
une large et transverse sur l'occiput en arrière des 
yeux. Le ventre est rayé et moucheté de blanc. La pec- 
torale à l'extérieur est noire, avec une large bande 
transversale blanche. Sa face interne est blanche, avec 
un bord noir tout moucheté de blanc, et une base 
noire à six ou huit lignes irrégulières blanc de lait. 
L'aisselle est grise, mouchetée de noir. La caudale a 
deux bandes noires et deux blanches, dont celle 
du bord porte deux fines lignes noires. La gorge et 
la poitrine sont blanchâtres. La langue est blanche, 
mouchetée de noir. Dans le frais, d'après la ligure 
et la description que ces voyageurs en ont prises, le 
blanc ou le pâle des nageoires et même du corps, est 
plus ou moins jaune, et la face interne des ventrales 
d'un jaune vif, avec des losanges d'un noir lustré. 

Les habitans de Waigiou nomment ce pois- 
son inojf. 



456 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Le Pélor ORSCUR. 

{Pelor obscurum, nob. ; Scorpœna didactyla, 
Pall.) 

Un troisième pélor, pris par les mêmes na- 
turalistes au port Praslin, à la Nouvelle -Ir- 
lande, et semblable au second pour les Tonnes, 

est d'un brun-roux légèrement pointillé de gris, et 
blanchâtre en dessous. Deux taches, blanc de lait, 
se montrent sur chaque joue. Sa pectorale, toute 
brune en dehors, a du côté interne le bord noir, 
avec une rangée de petits points blancs, puis une 
bande blanchâtre, puis une large base noire rayée 
de blanc. Sa caudale a , comme la précédente, deux 
bandes blanches sur un fond brun ; mais on ne voit 
ni à la dorsale ni au dos les taches blanches des deux 
précédens. 

Autant qu'on peut en juger par la descrip- 
tion de Pallas x , où les couleurs ne sont pas 
indiquées en détail , c'est cette espèce-ci que 
ce savant naturaliste a eue sous les yeux, et 
qu'il avait nommée scorpœna didactyla. Cette 
épitliète ne peut lui être conservée, puisque 
les deux doigts libres sont communs à tout 
le genre pélor. 

Le trigla rubicunda, décrit par Hornstedt 

1. SpUil. zooh, t.YHj p- 26, pi. 4« 



CHAP. XIV. PÉLORS. 437 

dans les Mémoires de l'Académie de Stock- 
holm', et qui est devenu le synanceia rubi- 
cunda de Bloch 2 , n'est autre chose qu'un pé- 
lor; et même on ne voit pas trop comment 
on pourrait le distinguer de cette troisième 
espèce. 

C'est peut-être aussi celle que représente 
Seba (t. III, pi. 28, n.° 3); mais cette figure 
est bien mauvaise. 

Le Pélor du Japon. 
(Pelor japonicum, nob.) 

Il y a des pélors jusque sur les côtes de la 
Chine et dans les mers du Japon. J'en avais 
trouvé dans un imprimé japonais, que j'ai eu 
souvent occasion de citer, une ligure très- 
reconnaissable, marbrée de gris et de noirâtre, 
et je croyais être réduit à l'indiquer à l'atten- 
tion des voyageurs, lorsque M. Valenciennes 
a rapporté le poisson lui-même de Berlin. Il 
fait partie de la collection du Japon que M. 
Langsdorf a cédée au Musée de cette ville, 
et dont M. Lichtenstein a bien voulu nous 
permettre de profiter pour notre ouvrage. 

Son nom japonais est ogosse. 

1. Nouveaux Mémoires, t. IX, p. 45* pi. 3. 

2. Systema, édition de Schneider, p. 196. 



458 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Il paraît plus alongé que les autres ; sa tète est 
comprise quatre fois et demie dans sa longueur to- 
tale. L'arête qui joint ses orbites, fait un angle obtus 
en avant. Le premier sous-orbhaire a trois pointes à 
son bord antérieur, et une saillante sur son milieu: 
il y en a une double sur le milieu de celui qui cui- 
rasse la joue. Le bord du préopercule en a trois, dont 
la supérieure, qui est la plus longue, en a une petite 
sur sa base. Il y a deux arêtes et deux pointes à l'oper- 
cule. La tempe aune crête divisée en deux pointes, et 
sur l'arrière du crâne il y en a de chaque côté une 
divisée en trois. La dorsale a seize épines aiguës, 
presque de la hauteur du corps, sorties à moitié 
de la membrane, et dont les trois premières sont 
séparées des autres par une échancrure plus pro- 
fonde. Elles sont suivies de sept rayons mous seu^ 
lement. L'anale commence vis-à-vis la treizième 
épine; elle en a elle-même deux, suivies de onze 
rayons mous. Les pectorales et les ventrales sont 
disposées comme dans les autres espèces : il n'y a 
pas de filets aux pectorales; mais les deux rayons 
inférieurs y sont, comme dans les autres, plus longs 
que ceux qui les précèdent, simples, quoique arti- 
culés, et libres sur les trois quarts de leur longueur. 
D. 16/7; A. 2/11; C. 13; P. 10/2; V. 1/5. 

A l'état sec ce poisson paraît brun, tout pointillé 
et vermiculé d'un brun plus foncé. Ses pectorales 
sont vermiculées aussi et à leurs deux faces; sa cau- 
dale de même. Ses ventrales paraissent avoir été 
d'une couleur plus uniforme, et sa dorsale avoir eu 
de plus grandes marbrures. Sous l'orbite on aper- 



CHAP. XIV. PÉLORS. 459 

çoit les restes de deux petites taches blanc de lait. 
Je ne puis bien juger de tout ce qu'il avait à l'état 
frais de tentacules et de barbillons; mais, malgré 
son dessèchement, on lui voit encore deux barbil- 
lons dentelés à la mâchoire inférieure, des arbus- 
cules aux épines, et quelques lambeaux vers la lête 
et sur la ligne latérale. 

Sa longueur est de neuf ponces- 



440 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

CHAPITRE XV. 

Des Synancées (Synanceia, BL Schn.). 

Bloch , dans son Systema , a détaché ce 
genre de celui des scorpènes, et en effet il 
n'y avait aucun moyen de les laisser confon- 
dus : les synancées îïont point d'épines à la 
tête , et celle-ci n'est pas plus comprimée que 
dans beaucoup de cottes; leur vomer et leur 
palais manquent de dents; et leurs pectorales, 
bien qu'à peu près de même forme que celles 
des scorpènes, n'ont que des rayons rameux. 
Elles surpassent d'ailleurs toutes les scorpènes 
par leurs formes hideuses et leur peau dégoû- 
tante. Les Delors seuls peuvent le leur dispu- 
ter à cet égard. Toutes les espèces connues 
viennent aussi des mers orientales. 

La Synancée horrible ou Sorcière. 

{Synanceia horrida, Bloch; Scorpœna horrida, 
Linn. 1 ) 

On ne sait comment s'y prendre pour don- 
ner par des paroles l'idée d'un être aussi hété- 

1. La pythonisse, BL, pi. i83; Yhorrille, Lacép. , t. III, p. 261, 
et t. Il, pi. 17, %. 2. 



CHAP. XV. SYNANCÉES. 441 

roclite ; et même pour le faire concevoir au 
moyen du dessin, il faudrait le représenter 
par toutes ses faces. Au total cependant, ce 
qui le fait tant différer en apparence des es- 
pèces voisines, tient à ce que l'intervalle des 
yeux est saillant, au lieu d'être creux, et à ce 
que le grand sous- orbi taire s'écarte loin de 
l'œil; ce qui laisse entre l'œil et les os une 
grande et profonde fosse, dont on apercevait 
déjà quelque chose dans les pélors. 

Sa bouche est fendue sur le bout du museau et ver- 
ticalement. De là le museau va en s'élevant un peu 
entre deux grandes fosses rondes, dont les joues sont 
creusées , et à l'endroit des yeux le front s'élève subi- 
tement en une colline transversale un peu échancrée 
dans son milieu, derrière laquelle le crâne s'abaisse 
encore subitement. C'est au bas des faces latérales de 
cette colline transverse et saillante , formée par le 
front, que sont percés les très-petits yeux du poisson 
qui se dirigent sur les côtés ; mais quand on regarde 
sa tête avec peu d'attention , on est tenté de croire 
que la grande fosse hémisphérique delà joue, creusée 
sous l'œil, est le véritable orbite. * 

Le crâne est divisé en trois faces, toutes les trois à 
peu près carrées et légèrement concaves ; une hori- 

1. Bloch l'a si bien cru que dans sa figure c'est dans cette fosse 
qu'il a placé l'œil, ce qui est entièrement faux. L'œil est plus haut 
et plus petit, ainsi que l'ont tris-bien représenté Gronovius et 
M. de Lacépède. 



\\'l LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

zontale, au milieu, derrière la colline du front, et 
une oblique, descendant de chaque côté et formant 
la tempe. La face mitoyenne se relève à la nuque 
presque aussi haut que le front, et donne de chacun 
de ses angles un tubercule auquel est attaché l'os sur- 
scapulaire. Le bord postérieur de la fosse hémisphé- 
rique de la joue est garni en arrière par une conti- 
nuation du bord postérieur de l'orbite qui appartient 
au frontal postérieur, et son bord externe l'est par 
le deuxième sous-orbitaire, en sorte que cette fosse 
répond à l'espace nu qui est entre l'œil et les sous- 
orbitaires, comme dans le pélor. Le premier sous- 
orbitaire forme un gros tubercule qui croise sur le 
milieu du maxillaire ; et le second en donne un autre, 
également gros , aui se trouve placé au bas de la grande 
fosse hémisphérique de la joue. Le préopercule en a 
un petit à l'endroit de son angle, et deux, l'un der- 
rière l'autre, au milieu de son bord montant. L'oper- 
cule en a deux à l'endroit de ses angles. Ces tuber- 
cules sont grossis encore par la peau qui passe sur 
eux , et qui s'y gonfle. Cette même peau forme trois 
lobes obtus et épais le long du bord inférieur du préo- 
percule, et un large et arrondi au premier sous-orbi- 
taire ; et elle a sur le bas du grand sous-orbitaire et sur 
l'opercule plusieurs petites verrues. Les lèvres sont 
garnies de beaucoup de très-petits filamens, et l'on 
voit deux petits lambeaux sur le bout du museau. Il 
n'v a de dents qu'aux mâchoires et aux pharyngiens, 
et elles sont en velours. La langue, le v orner, les 
palatins, les arcs branchiaux, en sont dépourvus. La 
langue est large, charnue, et fort libre. 



CHAP. XV. SYNANCÉES. 415 

Les rayons branchiostèges se voient très-difficile- 
ment, et il faut les disséquer pour les compter. Aus i 
Gronovius, Bloch et leurs copistes n'en annoncent-ils 
que cinq; mais je me suis assuré qu'il y en a sept et 
de très-forts. Dans le haut de l'ouverture des ouïes se 
trouve la même petite échancrure ou le même petit 
anneau que l'on voit dans le pélor , et. qui laisse arri- 
ver l'air ou l'eau sans que le reste de l'ouïe ait besoin 
de s'ouvrir. 

Cette tête si étrange est aussi large que longue, et 
presque aussi haute que large. Sa longueur n'est guère 
que deux fois et demie dans sa longueur totale. Le 
corps est en forme de massue courte et grosse. La 
queue va en s'amincissant et se comprimant. Tout 
le dos est couvert de grosses verrues, terminées 
chacune par un petit bouton. Les treize rayons épi- 
neux de la dorsale sont enveloppés, jusque très- 
près de leur pointe, d'une membrane verruqueuse : 
elle s'échancre cependant bien davantage derrière 
les trois premiers, surtout derrière le second, qui 
semble faire avec le premier une nageoire distincte. 
La peau monte autour des rayons eux-mêmes, et 
forme sur leurs deux côtés des lobes frangés. La 
partie molle de la nageoire est petite, et n'a que six 
rayons rameux , dont le dernier très-fourchu. Les 
rayons de cette dorsale n'ont pas le tiers en hauteur 
de la partie du corps qui est sous eux en avant; 
mais comme ils diffèrent peu entre eux , les derniers 
égalent la hauteur de la portion de queue sur la- 
quelle ils sont implantés. L'anale répond a la seconde 
moitié de la dorsale; elle a trois épines petites et cinq 



444 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

rayons mous. La caudale est petite, un peu arrondie, 
et a quatorze rayons. 

Les pectorales sont placées obliquement, et entou- 
rent la poitrine comme une fraise. Les ventrales ad- 
hèrent au ventre, sur leur longueur, comme dans le 
pélor filamenteux. Je ne trouve que quinze rayons 
aux premières; les autres en ont comme à l'ordinaire 
six, dont un épineux. 

B. 7; D. 13/6; A. 3/5; C. H; P. 15; V. 1/5. 

Dans la liqueur ce poisson paraît d'un brun fauve, 
plus pale en dessous. Les figures et les descriptions 
nous le représentent de même dans l'état frais. 

La longueur des individus que l'on a en Europe, 
est de huit à dix pouces. 

Le foie de la synancée horrible se compose de 
deux lobes, dont le gauche est très-gros, à peu près 
trièdre. Il recouvre presque en entier le côté gauche 
de l'estomac. Le lobe droit est petit et ne se prolonge 
pas au-delà du pylore. La vésicule du fiel est globu- 
leuse et suspendue à un long canal cholédoque, assez 
gros, surtout auprès de son insertion, qui se fait dans 
le duodénum, non loin du pylore. 

L'œsophage est gros, long, plissé en dedans de 
gros plis parallèles. L'estomac est ovale, de grandeur 
moyenne; ses parois sont épaisses, charnues, char- 
gées en dedans de grosses rides nombreuses et irré- 
gulières. En dessous et vers le milieu de l'estomac il 
naît une branche qui remonte auprès du cardia. Là 
se trouve le pylore muni de quatre gros cœcums 
assez longs. 



CHAP. XV. SYNANCÉES. 445 

L'intestin , d'un diamètre médiocre , commence 
par se porter, entre les lobes du foie, vers le dia- 
phragme; il descend ensuite jusqu'à l'arrière de l'es- 
tomac; il se courbe en cet endroit, se rétrécit beau- 
coup, et remonte, en faisant plusieurs ondulations, 
jusque dans la crosse du premier repli; il se fléchit 
de nouveau, se dilate considérablement, et se rend 
ainsi droit à l'anus. 

La rate est ovale, très-aplatie, et attachée entre les 
replis supérieurs de l'intestin. 

Les vésicules sont étroites, mais longues. 

La vessie aérienne est simple, petite, attachée dans 
la partie antérieure de l'abdomen. Sa forme est celle 
d'un ovale dont la pointe est en arrière; ses parois 
sont minces et argentées , et sur le devant elle a en 
dedans un organe glanduleux , très -épais relative- 
ment à sa capacité. 

Les reins sont petits, et ils versent l'urine dans une 
énorme vessie urinaire, arrondie, simple et dont les 
parois sont minces. 

J'ai trouvé dans l'estomac des débris de crustacés. 

Cette espèce doit être rare, car de tous nos 
oyageurs M. Diarcl seul nous en a envoyé 
un individu de Java, et seulement en 1826. 
Celui que M. de Lacépède a fait représenter, 
avait été acheté en Hollande, et on ignorait 
sa patrie. 

Les notices publiées à son sujet sont très- 
succinctes. 

Gronovius se borne à dire qu'il l'avait reçu 



v 



A 40 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

du Bengale 1 . On voit par Renard qu'il habite 
aussi la mer des Moluques. C'est sa ligure 199 
(fol. 39), intitulée ikaji-swangi-touwa, qui 
représente cette espèce : elle est moins mau- 
vaise que beaucoup de celles qui remplissent 
son Recueil. Ikan-$wangi (poisson sorcier) est 
un nom que les Malais donnent à plusieurs 
espèces auxquelles leur laideur fait attribuer 
des qualités mal-faisantes. 

La figure de Bloch (pi. i83)% faite sans 
doute sur un individu sec, pèche par la po- 
sition fausse de l'œil, et parce que les lobes 
et les autres ornemens des épines dorsales ne 
s'y voient point, non plus que les inégalités de 
leur membrane. Celles de Gronovius {Zooph., 
pi. 1 1, 13 et 1 3), quoique meilleures, ne don- 
nent pas non plus ces détails, et ils ne sont 
bien rendus que dans celle de M. de Lacé- 
pède (t. II, pi. 17, fig. -i). On en cite commu- 
nément une de Vaientyn ( fig. 170) comme 
étant de cette espèce; mais elle appartient à 
notre scorpœna diabolus. 



1. Gronovius, Zooph., p. 88. 

2. Copiée dans Shaw et dans l'Encyclopédie méthodique. 



CHAP. XV. SYNANCÉES. 447 

La Synancée brachion. 
{Synanceia brachio, nob. 1 ) 

Ce poisson est appelé par les Nègres de 
l'Isle-de-France fi -fi , ou le hideux, et ils 
Tout en horreur. En effet, rien n'est plus af- 
freux; on ne dirait pas un poisson, mais une 
mole, un grumeau informe de bouillie ou de 
gelée corrompue. Totum corpus, dit Com- 
merson, muco squalidum, et quasi ulcero- 
sum. Sa tête et ses membres sont enveloppés 
comme dans un sac par une peau épaisse , 
molle, spongieuse, toute ridée et verruqueuse, 
comme celle d'un lépreux, variée et mélan- 
gée, sans ordre et comme par petits nuages, 
de blanchâtre, de gris, de brun, de diverses 
teintes : quelquefois elle paraît entièrement 
noirâtre ; mais toujours elle est gluante et 
désagréable au toucher; à peine sur cette tête 
grosse ou caverneuse laisse- 1- elle apercevoir 
les petits yeux : la dorsale semble plutôt une 
suite de petits tubercules qu'une nageoire; 
les larges et courtes pectorales paraissent des- 
tinées à entourer le cou comme une fraise 



1. Scorpène brachion, Lacépède , t. III, p. 272, pi. 12 , fîg. ij 
Scorpœna brachiaia , Shaw , t. IV, 2/ part., p. 274 ; Synanceia 
verrucosa, Bl. Schn., p. ig5 ; tab. 45 ; Synanceia sanguinolenta , 
Ehrenb., Pisc, pi. 3. 



448 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

plutôt qu'à servir d'organes de natation; et ce 
poisson, si laid, a la vie très-dure et subsiste 
long-temps hors de l'eau. La peau peut for- 
mer, comme celle des pélors, dans le haut 
de ses ouïes, au-dessus de la pointe de l'oper- 
cule, un petit anneau qui demeure ouvert, 
indépendamment de l'ouïe elle-même, en sorte 
que le poisson, quand il le veut, respire par 
là, en laissant le reste de son opercule bran- 
chial fermé, et par conséquent sans exposer 
ses branchies au dessèchement. 

Commerson rapporte qu'on lui présenta un 
de ces poissons encore vivant, quoique éloi- 
gné de la mer. 

Les habitans de l'Isle- de-France le regar- 
dent plutôt comme une sorte de reptile que 
comme un poisson, et les pêcheurs y redou- 
tent sa piqûre beaucoup plus que celle des 
vipères et des scorpions. 11 y a apparence tou- 
tefois que les blessures qu'il fait ne sont pas 
plus envenimées par elles-mêmes que celles 
des autres poissons de cette famille, et que les 
accidens qui en sont la suite, viennent de la 
profondeur à laquelle des aiguillons minces 
et pointus peuvent pénétrer, et tout au plus 
de la mucosité qui les enduit et qu'ils font 
pénétrer dans la plaie, où ses ravages sont pro- 
portionnés à la chaleur du climat. 



CHAP. XV. SYNANCÉES. 449 

Ce poisson est fait comme une massue courte et 
grosse. Sa longueur n'est guère que le double de sa 
hauteur aux pectorales, qui elle-même surpasse à 
peine son épaisseur à cet endroit. 

Il a, comme l'uranoscope, les yeux dirigés vers le 
ciel , et la gueule fendue verticalement sur le bout 
du museau, en forme d'arc de cercle, et assez pro- 
traclile; ses maxillaires s'élargissent bien en dehors. 
Une bande étroite de dents en velours garnit cha- 
que mâchoire ; mais il n'y en a ni au vomer, ni aux 
palatins, ni à la langue. La largeur de la tète tient à 
la saillie renflée de son grand sous-orbitaire et de son 
opercule. Une fosse large et assez profonde occupe 
l'intervalle de ses yeux, et il y en a une moindre à 
chaque tempe; mais tout le reste des formes assez 
bizarres de sa tête disparaît dans l'animal entier sous 
l'épaisseur spongieuse de sa peau; elle cache à l'œil 
et les sous-orbitaires et le préopercule , et s'étend 
même par-delà les bords de l'opercule, en sorte 
qu'on ne peut compter les rayons branchiaux qu'à 
la face interne de la membrane branchioslège; le 
nombre en est de sept. Leurs membranes et la peau 
qui les enveloppe s'attachent de chaque côté à 
l'isthme, en laissant entre elles un assez grand es- 
pace, en sorte que les fentes des ouïes, quoique assez 
grandes, ne reviennent pas en avant sous la gorge. 
Aucune des pièces de la tête n'est épineuse; elles ont 
seulement des plis saillans et irréguliers, mais qui ne 
s'aperçoivent que dans fanimal desséché ou dans le 
squelette. La nageoire dorsale commence immédia- 
tement derrière la nuque. L'épaisseur de la peau qui 

4- 29 



450 



LIVRE IV. JOUES CUIRASSEES. 



l'enveloppe fait qu'elle semble seulement une espèce 
de carène sur le dos du poisson, dont le bord est 
divisé en un certain nombre de tubercules, de cha- 
cun desquels sort une épine. H y a treize de ces 
rayons épineux, et en arrière une partie molle, ar- 
rondie, petite, et qui n'a que sept rayons rameux , 
ou six, dont le dernier très-fourchu. Celui-ci est le 
plus court et s'attache entièrement au dos; l'anale 
répond à la seconde moitié de la dorsale, et a trois 
épines et cinq rayons mous, dont le dernier très- 
fourchu : on pourrait dire six. La caudale est petite 
et arrondie; elle commence immédiatement derrière 
la dorsale et presque derrière l'anale, et n'a que douze 
rayons entiers. Sa longueur ne fait que le septième de 
celle du corps. La pectorale a son premier rayon un 
peu bas, vis-a-vis le deuxième angle de l'opercule. 
Sa partie supérieure est arrondie et a presque en 
longueur le tiers de celle du corps; elle descend en- 
suite et se porte obliquement en avant sous la gorge, 
en sorte que, si on prenait sa longueur depuis son 
rayon antérieur ou inférieur jusqu'à son extrémité 
arrondie, elle égalerait la moitié de celle du corps. 
On y compte dix-huit rayons, tous branchus à leur 
extrémité, tous enveloppés dans une peau molle, 
épaisse et verruqueuse, dont leurs extrémités, un 
peu saillantes, rendent les bords comme crénelés. 
Cette nageoire n'est point portée sur un bras particu- 
lier, comme pourraient le faire croire la description de 
M. de Lacépède et le nom de brachion qu'il a donné à 
cette espèce. Les ventrales, moitié moins longues que 
les pectorales, mais sortant plus en arrière qu'elles, 



CHAP. XV. &YNANCÉES. 451 

s'attachent au ventre par tout leur bord interne. Leur 
nombre de rayons est l'ordinaire (1/5). 

B. 1; D. 13/6; A. 3/5; C. 12; P. 18; V. 1/5. 

Les individus, soit noirâtres, soit grisâtres, que 
nous avons sous les yeux , ont tous le bord des pec- 
torales et des ventrales blanchâtre. H y a sur la cau- 
dale deux bandes blanchâtres ou grises, l'une sur 
son tiers^ postérieur, l'autre sur son extrémité. On 
aperçoit aussi une indication de bande transverse sur 
le tiers postérieur de la pectorale. 

Le plus grand de ces individus n'a qu'environ 
dix pouces de longueur. 

La synancée brachion a le foie plus petit que la 
précédente. 

Son estomac est plus grand ; ses quatre cœcums 
sont plus longs. 

Le canal intestinal fait les mêmes replis que dans 
la précédente, mais il est plus long, moins flexueux, 
et son diamètre est plus égal. On ne remarque de 
rétrécissement qu'un peu avant le rectum. 

La rate est grosse et située sous l'estomac entre 
les deux cœcums de droite. 

Les ovaires étaient remplis d'œufs très-nombreux 
et très-petits. 

La vessie aérienne est plus petite que celle de la 
synancée horrible : elle est ovoïde, aplatie, à parois 
épaisses, fibreuses. 

Les reins sont petits ; ils se déchargent dans une 
grande vessie bifurquée. 

L'estomac ne contenait qu'un sable coquillier r 
vaseux , assez lin. 



152 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Le squelette de ce poisson montre à nu toules les 
tubérosités et les arêtes des os que l'on aperçoit à 
l'extérieur au travers de la peau. Son épine a dix 
vertèbres abdominales et treize caudales. Les trois der- 
nières vertèbres abdominales ont en dessous chacune 
une apophyse verticale, simple, comprimée et très- 
large d'arrière en avant. Celle qui les précède l'a 
transverse et divisée en deux branches écartées. Les 
antérieures ont le corps très-court. Les cirtq premières 
côtes sont simples, assez longues, et se dirigent ho- 
rizontalement. La première paire, qui est la plus forte, 
se fixe même, par son extrémité, à l'angle supérieur 
de l'os claviculaire , en sorte qu'elle tient l'épaule 
écartée. Nous retrouverons cette disposition dans 
les batrachus. Les os du rang externe du carpe, au 
nombre de trois, sont larges, courts, et fort échan- 
crés sur les côtés. 

Les os du bassin forment un rectangle solide, 
dont les bords latéraux, saillans en dessous, rendent 
la capacité assez grande. Une tige osseuse, dirigée en 
avant, est attachée au milieu de leur bord postérieur. 

Cette espèce avait été brièvement décrite 
en 1769 à llsle-de-France par Commerson, 
et il en avait formé un genre qu'il nommait 
spurco ; mais sa description ne parait pas 
avoir été connue de M. de Lacépède, qui n'a 
pu parler de ce poisson 1 que d'après un des- 
sin au crayon, laissé aussi par Commerson. 8 

i. Ilist. despoiss., t. III, p. 259 et 272. — 2. Ib,, pi. 12, fig. 1. 



CHAP. XV. SYNANCÉES. 455 

Ce dessin, assez mal Fait, surtout relativement 
aux pectorales , a induit M. de Lacépède en 
quelques erreurs sur la manière dont ces na- 
geoires sont attachées et sur le nombre de 
leurs rayons. 

Il nous paraît que c'est le même poisson 
que Blocli * a représenté sous le nom de sy- 
nanceia verrucosa > mais d'après un individu 
desséché au moins en partie. Les différences 
des nombres qu'il donne, et de ceux que nous 
avons observés, se réduisent à peu près à rien. 
Il dit : 

B. 7 ; D. 12/7 ; A. 3/6 ; C. 14 ; P. 17 ; V. 1/5. 

C'est encore cette espèce que M. Ehreu- 
berg (ZooL; pi. 3) nomme synanceia sangui- 
nolenta. Il donne pour ses nombres : 

D. 13/6; A. 3/6; G. 12; P. 18; V. 1/5. 

A la vérité, il ne lui attribue que quatre 
rayons branchiaux ; mais c'est un nombre 
inadmissible. 

Nos individus sont venus de llsle-de-France, 
de Waigiou, de l'ile Strong et de celle de 
Borabora; nous les devons à M. Mathieu, à 
MM. Quoy et Gaymard, et à MM. Lesson et 
Garnot. Il est donc prouvé que l'espèce ha- 

1. Systématise., édit. de Schu. ; pi. 45. 



454 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

bile toutes les parties chaudes de la mer des 
Indes et de l'océan Pacifique. 

La Synancée double-filament. 
(Synanceia bicapillata, nob. 1 ) 

M. de Lacépède a aussi fait graver (t. II, 
pi. il, fig. 3 ) un dessin de Commerson qui 
semblerait représenter le poisson précédent, 
si ce n'est qu'on y voit deux longs traits qui par- 
tent de la nuque, et qui paraissent annoncer deux 
filets dont nous ne trouvons pas de traces dans nos 
individus. Du reste, tout est pareil, sauf ce qui peut 
tenir à l'état plus ou moins desséché, dans lequel 
était le poisson quand on l'a dessiné. 

Malheureusement il n'existe pas de note 
relative à ce dessin dans les papiers de Com- 
merson, et c'est uniquement sur cette figure 
que M. de Lacépède a établi son espèce de la 
scorpène double-Jilament (t. III , p. 258 et 270). 
Dans tous les cas il est certain que c'est une 
synancée très -voisine de la précédente. Le 
dessin inclique les nombres des rayons comme 
il suit : 

D. 13/7'; A. 3/5; C. 12; P. 17. 

1. Scorpène double -fila me ni , Lacép. ; Scorpana bicapillaia, Sh. 

2. Shaw, ayant mal lu le nombre i3, donne à l'espèce dix-huit 
épines dorsales. C'est une erreur que nous remarquons ici pour 
qu'on ne la copie pas. 



CHAP. XV. SYNANCÉES. 455 

Le recueil manuscrit de peintures fait aux 
Moluques pour Corneille de Vlaming, nous 
offre trois figures de poissons semblables pour 
la forme à ces b radiions, et qui peut-être n'en 
diffèrent que par l'inhabileté du peintre : une 
brune à nageoires fauves ou rousses, intitulée 
calot ; une grise avec des bandes verticales 
noirâtres, tachetées de roux et des taches 
rousses sur le gris ; la troisième , à peu près 
pareille, mais où le gris est remplacé par du 
brun fauve. On y nomme ces deux-ci loitbang- 
baton (tête de diable) mâle et femelle. 

Valentyn donne des copies de ces dernières, 
mais grossières et infidèles (n. cs 17 et 34^), 
et les notices qu'il y joint ne portent pas 
toutes les deux le même nom ni les mêmes 
détails. Son n.° 17, qui est le mâle selon de 
Vlaming, est aussi appelé en malais ikan- 
loebang-batoe; mais en hollandais il le nomme 
spelong-visch (poisson de caverne), et il le 
dit très- bon à manger. Son n.° 34^, qui est 
la femelle de Vlaming, est intitulé en malais 
ikan-sowangi-jang warna-roepanja ( pois- 
son sorcier bien tacheté), et l'auteur ajoute 
qu'on ne le mange point, quoiqu'il n'ait rien 
de mauvais, mais à cause de son nom, qui 
fait trembler les indigènes seulement à l'en- 
tendre prononcer. 



456 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

J'ai fait ces rapprochemens pour qu'on voie 
combien il y a peu de sûreté dans ces notices 
et ces nomenclatures, que des écrivains hol- 
landais ont adaptées à ces figures faites par 
des peintres indiens. 

La Synancée alongée. 
{Sjnanceia elongata, nob.) 

M. Lesçhenault a envoyé de la côte de 
Coromandel une synancée dont la tète res- 
semblerait assez à celle du brachion , mais 
dont le corps est bien plus alongé à propor- 
tion, et que nous nommons, à cause de cette 
circonstance, sjnanceia elongata. 

Ses yeux sont encore plus complètement 
dirigés vers le ciel que ceux du brachion, et 
au point qu'on la prendrait pour un uranos- 
cope, si l'on ne faisait pas attention à la po- 
sition de ses ventrales. Aussi MM. Kuhl et 
Van Hasselt, qui font trouvée à Java, l'a vaient- 
ils nommée uranoscopus indicus. 

Sa hauteur aux pectorales est près de cinq fois dans 
sa longueur; et son épaisseur au même endroit n'est 
que d'un cinquième moindre que sa hauteur. 

Sa tête est aussi large que longue, et d'un quart 
moins haute que large. Sa longueur fait moins du quart 
du total. Le dessus en est plat, mais très-inégal par 
les bosselures des arêtes et des tubercules. Les yeux 



CHAP. XV. SYNANCÉES. 457 

sont plus petits et plus écartés l'un de l'autre que 
dans le brachion. Les trois faces du crâne sont pres- 
que dans le même plan , et celle du milieu est plus 
longue que large. Les arêtes qui les séparent ont 
une ou deux tubérosités à chaque angle. Le préoper- 
cule a quatre tubercules ou dents un peu crochues. 
L'opercule est fort petit, très-remonté vers le haut, 
et a ses deux arêtes et ses deux pointes ordinaires. Les 
petites échancrures rondes, formées au-dessus de lui, 
ont l'air de deux trous ronds , presque comme les 
ouvertures des ouies du callionyme. La dorsale règne 
tout le long du dos jusque fort près de la caudale. 
Ses trois premières épines sont un peu plus déga- 
gées que les suivantes , mais celles-ci sont tellement 
enfermées dans la chair du dos, qu'elles présentent 
une suite de petites pointes, plutôt qu'une vraie na- 
geoire. La dorsale s'amincit cependant par degrés où 
commencent les rayons mous , mais là encore elle 
n'est pas très-haute. L'anale répond à ses deux tiers 
postérieurs. La caudale est coupée carrément ; la 
pectorale est coupée obliquement, et la ventrale ad- 
hère au ventre comme dans les autres synancées. 

B. 7; D. 9/15 ; A. 2/13; C. 11; P. 14; V. 1/5. 

La peau est à peu près lisse , sauf quelques verrues 
éparses et très-petites. La ligne latérale en a , de dis- 
tance en distance, de plus marquées; elle est partout 
très-voisine du dos. Arrivée à la caudale , elle se 
courbe pour se continuer sur le milieu de cette na- 
geoire. La couleur paraît un brun foncé; mais la 
gorge et la région pectorale sont d'un gris-brun pâle; 
le tout est pointillé, dans les petits individus, de gris 



458 LIVRE IV, JOUES CUIRASSÉES. 

pale, mais devient plus égal dans les grands. Une 
série de points blanchâtres suit le long de la base de 
la pectorale et de l'anale. Les tubercules de la plus 
grande partie de la ligne latérale se marquent aussi 
en blanchâtre, et elle conserve une suite de points 
de cette couleur sur la caudale. Le bord supérieur 
de la caudale a deux petites taches, et l'inférieur trois 
de cette couleur. Enfin , les pointes de tous les 
rayons des nageoires sont blanchâtres. 

Nous n'en avons pas de plus de quatre pouces ou 
quatre pouces et demi; la plupart n'en ont que trois. 

Le squelette a dix vertèbres abdominales et dix- 
huit caudales. Ses os du carpe ne sont pas échan- 
crés. La tige osseuse de son bassin se dirige en ar- 
rière. Ses côtes sont beaucoup plus petites que dans 
le brachion, et ne soutiennent point l'épaule, dont 
les os sont aussi beaucoup moins développés. 

Les pêcheurs de Pondichéry nomment ce 
poisson en tamoule karoun - toumbj. 11 
abonde toute Tannée dans leur baie ; mais 
on ne le mange pas. 

La Synancée uranoscope. 
{Synanceia uranoscopa > Bl. Schn.) 

Autant qu'on peut juger de l'alongement 
d'un poisson par ses nombres de rayons, le 
synanceia uranoscopa de Bloch 1 devait être 

1. Systema, ëdit. de Schn., p. ig5. 



CHAP. XV. SYNANCÉES. 469 

d'une forme générale encore plus longue que 
l'espèce précédente. Il lui donne 

B. 6; D. 31; A. 20; C. 16; P. 12; V. 6; 

mais il fallait probablement B. 7. 

Ce qu'il y ajoute ressemble d'ailleurs beau- 
coup au brachion. 

Une peau mince , molle , lâche, enveloppant la dor- 
sale, l'anale et les ventrales de manière à ne laisser 
paraître que les extrémités des rayons; les ventrales 
attachées à l'abdomen sur leur longueur; la ligne 
latérale voisine du dos ; des cirrhes très-courts aux 
lèvres, aucuns sur le reste du corps; des dents très- 
courtes. 

Il avait reçu ce poisson de Tranquebar. 

La Synancée rongée. 
(Synanceia erosa, Langsd.) 

M.Langsdorf a rapporté des mers du Japon, 
et cédé au Musée de Berlin, une synancée 
qu'il nomme synanceia erosa, et qui forme 
une espèce bien caractérisée. 

Elle est courte. Sa tête prend le tiers de sa lon- 
gueur. Tous les os en sont inégalement bosselés, et 
leur surlace toute creusée de petites fossettes con- 
fluentes, comme s'ils eussent été rongés par des vers. 
D'un orbite à l'autre va une barre transverse, vermicu- 
lée comme le reste; au-devant de cette barre est une 
fosse carrée, profonde et lisse; et derrière elle, sur 



4G0 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

le crâne, en est une aulre , également carrée, pro- 
fonde et garnie d'une peau lisse. Le sous-orbitaire 
qui couvre la joue a son milieu saillant en forme 
de cône évasé. Il y a cinq grosses dents ou épines 
obtuses au bord du préopercule , deux arêtes ter- 
minées aussi en pointes obtuses à son opercule. Son 
corps et ses nageoires sont lisses. 

B. 7; D. 13/9 ; A. 3/7; C. 14; P. 14; V. 1/5. 

A son état sec ce poisson paraît brun, teint de 
pourpré ; une tache blanchâtre est vers le haut de sa 
pectorale, et se prolonge en un ruban étroit, suivi 
de quelques lignes brunes près du bord. La seconde 
moitié de la caudale a aussi des lignes transversales 
brunes sur un fond transparent. 

La longueur de l'individu est de quatre pouce?. 



CHAP. XVI. MONOCENTRIS. 461 

CHAPITRE XYI. 

Du Monocentris et de VHoplostèthe. 



DU MONOCENTRIS, 

Et particulièrement du Monocentris du Japon. 
(Monocentris japonicus, Bl. Schn.) 

Le monocentris de Blocli l , ou le lépisacan- 
the de Lacépède 2 , n'a pas seulement la joue 
cuirassée, mais le corps entier; il le dispute au 
moins à cet égard au malarmat , avec lequel 
d'ailleurs il n'a aucun rapport de conforma- 
tion. Ce serait plutôt à une sciène que Ton 
serait tenté, avec Thunberg, de le comparer, 
à cause de la forme bombée de son crâne et 
de ses deux dorsales; mais, indépendamment 
de son armure , il suffit de ses huit rayons 
branchiaux et de ses dents palatines pour 
montrer que ce n'est pas à ce genre qu'il 
appartient. Houttuyn l'avait rangé parmi les 
épinoches , et il faut convenir qu'il en a les 
grandes épines aux ventrales , la première 
dorsale remplacée par des épines libres , et 
que plusieurs épinoches sont aussi en partie 

1. Syslema , p. 100, pi. 24. — 2. T. III., p. 32i. 



462 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

cuirassées; mais les épinoches n'ont que trois 
rayons aux branchies; et la forme de leur tète 
est toute différente- 

En un mot, le monocentris doit faire un 
genre particulier, qui entre sans trop de vio- 
lence dans la famille des joues cuirassées, puis- 
que son sous-orbitaire vient se joindre à son 
préopercule, comme dans les autres genres de 
cette famille. 

Ce poisson extraordinaire n'a été péché 
jusqu'ici que dans les mers du Japon; M. 
Thunberg l'en a rapporté le premier. C'est sur 
un échantillon que ce savant voyageur avait 
donné à son retour, avec beaucoup d'autres 
espèces , à un conseiller de la Compagnie des 
Indes à Batavia, nommé Radermacher, que 
Houttuyn a publié en 1782 la première des- 
cription de l'espèce dans les Mémoires de 
Harlem 1 , sous le nom de gasterosteus japoni- 
cus. Thunberg lui-même en publia une autre, 
avec une figure fort exacte, en 1790, dans les 
Mémoires de Stockholm 2 , sous le nom de 
sciœna japonica , et sans connaître, ou du 
moins sans citer celle de Houttuyn. La descrip- 
tion de Thunberg a servi de base à letablis- 

1. Mémoires publiés par la' Société hollandaise des sciences de 

Harlem, t. XX, 2. c part., p. 529 '2. Nouveaux Mémoires de 

l'Académie des sciences de Suède, t. XI, p. 102, pi. 3. 



CHAP. XVI. MONOCENTRIS. 465 

sèment du genre monocentris de Bloch , qui 
a paru en 1801 dans son Syslema (p. 100 et 
101), avec une copie de la figure de Thun- 
berg et une note dans laquelle Schneider 
rend vraisemblable lldeiitité de ce poisson 
avec celui de Houttuyn. Pendant ce temps 
M. de Lacépède prenait dans Gmelin l'extrait 
de la description de Houttuyn, et en tirait 
les caractères de son genre lépisacanthe , qui 
est le même que le monocentris , mais qui 
n'a paru qu'un an ou dix-huit mois après, en 
l'an 10 (1802 à i8o3). La troisième descrip- 
tion faite sur nature sera celle que nous al- 
lons donner : elle a pour sujet un individu 
recueilli , comme les autres , dans la mer du 
Japon. M. Tilesius l'y a pris pendant son 
voyage avec l'amiral Rrusenstern, et ce savant 
naturaliste a eu la générosité de l'offrir au 
Cabinet du Roi. 

Il était assez naturel de croire qu'un pois- 
son si singulier aurait été remarqué par les 
habitans du pays où il naît; mais je n'en ai 
pas trouvé de figure ni dans l'Encyclopédie 
japonaise qui est à la bibliothèque du Roi, 
ni dans l'ouvrage japonais sur les poissons de 
la bibliothèque du Muséum, ni dans aucun 
des recueils chinois de poissons qui m'ont 
passé sous les yeux. 



4G4 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Son corps est court , comprimé ; sa circonscrip- 
tion verticale à peu près ovale , terminée en arrière 
par une petite queue; sa hauteur n'est guère que deux 
fois et un tiers dans sa longueur totale; et la lon- 
gueur de sa tète y est plus de trois fois. Son épaisseur 
ne fait pas tout-à-fait moitié de sa hauteur. Les épines 
qui remplacent la première dorsale sont situées pres- 
que sur le milieu du dos. La courbe de sa nuque 
commence de cet endroit, et, descendant au profil, 
devient plus convexe au museau. 

Sa tête a, comme dans les sciènes, des arêtes sail- 
lantes qui, sur le crâne et le front, représentent des 
espèces d'ogives gothiques; mais ces arêtes ne sont 
pas recouvertes par la peau. Leurs sommités se mon- 
trent au dehors, émoussées et extrêmement âpres à 
cause des petits grains serrés qui les hérissent. Leurs 
intervalles ou les espaces caverneux qui les sépa- 
rent ne sont fermés que par des membranes trans- 
parentes. On voit quatre de ces espaces sur le crâne; 
un sur la tempe et sur l'œil, qui n'est divisé que sous 
la membrane par trois cloisons osseuses; un rhom- 
boïdal entre les yeux; deux en avant de celui-là, sur 
le devant du front; un au-devant de l'œil qui s'unit 
à son semblable sous l'union des deux précédens et 
sur le devant du museau. Les sous-orbitaires, qui 
couvrent toute la joue, en ont un grand sous l'œil 
et trois derrière, et le long du limbe du préopercule; 
ce limbe lui-même en a un très-alongé à sa partie 
montante et un petit à son angle : il y en a un, enfin, 
à l'interopercule et trois ou quatre à la branche de la 
mâchoire inférieure. Du reste, le préopercule n a que 



CHAP. XVI. MONOCENTRIS. 465 

deux ou trois dentelures, à peine sensibles, vers son 
angle. L'opercule est médiocre, très-âpre, et se ter- 
mine par deux angles assez obtus, dont l'infér 



îeur 



est précédé d'une arête. L'œil est dirigé sur le côté, 
au tiers supérieur de la hauteur, et à peu près au 
milieu de la longueur delà tête; un espace convexe. 



égal au double de leur diamètre , sépare les deux yeux. 
Une ouverture d'une arête osseuse au-devant de l'œil 
rassemble les deux orifices de la narine. La bouche, 
fermée, monte un peu obliquement; elle est fendue 
jusque sous l'œil : ouverte, elle est presque circulaire. 
Le maxillaire a sur sa partie élargie un endroit âpre 
comme les arêtes du reste de la tête. Les dents des 
deux mâchoires sont en velours très-ras 1 , sur une 
bande étroite. Chaque palatin a dans son milieu une 
bande semblable; mais, chose singulière, le devant 
du vomer n'en a aucunes. Les ouïes sont assez fen- 
dues, mais leur membrane ne s'échancre que jusque 
sous l'angle de la mâchoire inférieure: elle a huit 
rayons 2 . Les os de l'épaule, âpres comme l'opercule 
et toutes les écailles , n'ont cependant ni écailles ni 
dentelures. 

Les écailles du corps, larges, anguleuses, âpres, 
finement dentelées au bord, et d'une dureté osseuse, 
forment ensemble une cuirasse aussi fixe que celle 



,1. Elles ne paraissent guère plus que l'àpreté qui couvre toutes 
les parties extérieures, et c'est ce <rui en aura fait nier l'existence 
àThunberg, aussi bien qu'à Houltuyn. 

2. Houltuvn n'en compte que cinq; mais c'est une erreur, due 
sans doute à ce que l'individu qu'il a décrit avait été desséché les 
ouïes fermées. Le nôtre, desséché aussi, les a bien ouvertes. 

4. 3o 



4G(> LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

du nialarmat. Il n'y en a que douze, treize ou qua- 
torze sur une ligne longitudinale , suivant qu'on 
la prend plus ou moins haut, et six ou sept sur 
une verticale : ce sont , suivant les endroits , des 
rhombes, des pentagones ow des hexagones irrégu- 
liers. Celles des trois lignes du milieu de chaque 
coté sont plus larges que longues. Dans les autres 
les deux dimensions s'égalisent à peu près : chacune 
d'elles a une carène longitudinale, saillante, terminée 
d'ordinaire par une pointe peu sensible, et les grains 
serrés qui lui donnent sa rudesse, sont disposés en 
lignes rayonnantes. Il n'y a de ligne latérale que les 
carènes de la troisième série longitudinale d'écaillés, 
qui sont plus relevées , plus rudes et plus conti- 
nues que celles des autres séries. La poitrine et le 
ventre sont cuirassés comme tout le reste : la poi- 
trine est plate; mais le ventre, à compter des ven- 
trales jusqu'à l'anus, a trois arêtes fortes, produites 
par la continuité de celles des écailles qui le gar- 
nissent, et qui sont plus saillantes que celles des 
flancs ; elles se rapprochent en arrière pour former 
sous l'anus une avance à trois pointes. Une rangée 
de quatre ou cinq écailles plus petites que les autres 
garnit de chaque côté la base de la seconde dorsale 
et de l'anale , et la peau de la base de la dorsale n'a 
que des écailles encore beaucoup plus petites, des- 
tinées à laisser quelque mobilité à cette nageoire. 
La première dorsale consiste en cinq ou six ' épines 

1. Thunberg en compte six, Houttuyn quatre; moi je n'en ai 
que cinq ? dont la cinquième est plate el tronquée comme une 
écaille. 



CIIAP. XVI. MONOCENTRIS. 467 

grosses, âpres et striées, articulées de manière qu'elles 
se couchent les unes sur les autres , sans toutefois 
qu'on puisse dire quelles se cachent entre les écailles 
du dos; mais lorsqu'elles se redressent, les unes se 
dirigent à gauche, les autres à droite. La seconde 
et la troisième égalent à peu près la moitié de la 
hauteur du corps : la première est de moitié plus 
courte, la quatrième des deux tiers, la cinquième 
est toute petite ; encore plus la sixième, lorsqu'elle 
existe. 

La seconde dorsale , séparée de la première par 
deux écailles, a onze rayons mous. L'anale lui ré- 
pond et en a dix. Derrière ces deux nageoires est une 
portion de la queue, du huitième à peu près de la 
longueur totale, d'un tiers moins haute que longue, 
et de moitié moins épaisse. La caudale la termine et a 
vingt rayons entiers; quatre très-petits, finissant en 
pointe, sont sur sa base, et trois dessous. Les pecto- 
rales n'ont que le cinquième de la longueur totale ; 
on leur compte douze ou treize rayons. Les ventrales 
sortent précisément sous leur base, et consistent dans 
une grosse épine striée, âpre, qui a plus du quart de 
la longueur totale, et qui s'articule de manière à pou- 
voir se fixer dans une direction perpendiculaire au 
côté du corps , comme les épines des pectorales des 
silures, ce qui, joint aux épines du dos, doit procurer 
au poisson une défense formidable. Quand il la re- 
plie contre le corps , elle se loge dans un sillon qui est 
derrière l'arête latérale du ventre. Je soupçonne que, 
dans un poisson frais, on trouverait dans l'aisselle de 
cette épine quelques rayons mous très-petits, et il me 



468 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

semble en voir des restes. L'anus est aux trois cin- 
quièmes de la longueur totale. 

B. 8; D. 6 — 11; A. 10; C. 20; P. 13; V. 1/ ? 

L'individu envoyé par M. Tilesius, qui a 
servi de sujet pour cette description, n'a pas 
tout-à-fait six pouces de longueur sur deux 
et demi de hauteur et un pouce d'épaisseur. 

Ceux qu'ont décrits Houttuyn et Thun- 
berg n'étaient pas plus grands , en sorte qu'on 
peut croire que c'est la taille ordinaire de 
l'espèce. 

A l'état sec il est d'un gris jaunâtre, et les lignes 
anguleuses qui séparent ses écailles sont d'un brun 
foncé, ce qui le fait paraître enveloppé dune espèce 
de réseau. Ses nageoires sont de la couleur du fond. 

On ne sait rien ni sur les habitudes de ce 
poisson, ni sur son anatomie, qui seule pourra 
constater définitivement la place qu'il doit 
occuper dans l'ordre naturel. 



CHAP. XVI. HOPLOSTÈTHE. 469 

DE L'HOPLOSTÈTHE (Hoplostethus, nob.) 1 , 

Et particulièrement de Z'Hoplostèthe de la 
Méditerranée. 

(Hoplostethus médit erraneus , nob.) 

Voici encore un échantillon de ces richesses 
que la Méditerranée recèle dans ses abymes, 
et qui n'attendent, pour être révélées aux na- 
turalistes, que des yeux qui sachent les voir 
et des plumes qui veuillent prendre la peine 
de les publier. 

Ce poisson, d'un genre entièrement nou- 
veau et très-remarquable, a été pris en été 
par des pécheurs de Nice, et recueilli par 
M. Verani, habile pharmacien de cette ville, 
qui a bien voulu le remettre pour nous à 
M. Laurillard. Sa rareté doit être extrême; 
car ni M. Risso ni M. Verani n'en ont jamais 
vu d'autre individu, et nous n'en trouvons 
aucune trace dans les auteurs. 11 a plus d'un 
trait de ressemblance avec les myripristes, 
sans en avoir cependant les innombrables 
dentelures; mais ses rapports de physionomie 



1. Ce poisson ne nous étant parvenu qu'au moment où cette 
feuille s'imprimait, nous n'avons pas eu le temps de le faire gra^ 
ver. On en distribuera la figure avec le cinquième volume. 



470 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

et de structure de tête avec le lépisacanthe 
sont encore plus marqués, quoique son corps 
ne soit pas si bien armé à beaucoup près, 
et quil offre encore des différences de dé- 
tail. 

Le dessous de son thorax a de fortes écailles 
carénées, comme dans les clupées : c'est de 
cette circonstance que nous avons tiré son 
nom générique hopîostèthe (d o7rAov, armure, 
et wôoç, poitrine). Par le fait cependant, c'est 
plutôt sous le bassin que sous la vraie poitrine 
qu'est placée cette espèce de cuirasse. 

Au reste, tout nous porte à croire main- 
tenant que le trachychte de la Nouvelle-Hol- 
lande, dont nous avons parlé d'après Shaw 
dans notre troisième volume (p. 229), est du 
même genre que notre hopîostèthe ; il en a la 
forme, les épines scapulaire et préoperculaire, 
les nombres de rayons aux ouïes et aux ven- 
trales, la carène dentée sous le ventre; seule- 
ment cette carène est plus forte , et la dorsale 
et fanale sont plus courtes, plus hautes et plus 
pointues. Si, ce que nous avons tout lieu de 
le penser, sa joue est cuirassée et son vonier 
dépourvu de dents, il devra être réuni à notre 
hopîostèthe , et alors nous supprimerons ce 
nom générique, et nous appellerons l'espèce 
actuelle trachjchthjs mediterraneus. 



CHAP. XVI. HOPLOSTÈTHE. 471 

Le corps de ce poisson, sans la queue, ferait un 
bel ovale, un peu comprimé, dont la tête seule 
occupe les deux cinquièmes. La longueur de cet 
ovale est double de sa hauteur, et il faut y joindre 
la portion de queue derrière la dorsale et l'anale; 
portion qui, avec la caudale, forme moitié de la 
longueur de l'ovale, ou le tiers du tout. 

L'épaisseur du corps est des deux cinquièmes de 
sa hauteur. La longueur de la tète est deux fois et 
deux tiers dans la longueur totale, et elle est d'un 
cinquième plus haute que longue. Son profil s'abaisse 
en arc de cercle jusqu'à la bouche, ouverte à peu 
près à moitié de la hauteur, mais qui descend en 
arrière. Le front et le museau sont transversalement 
convexes, le museau même est bombé un peu au- 
dessus de la bouche; mais toute cette convexité 
n'est soutenue que par des arêtes saillantes , à 
bords âpres, interceptant des cavités fermées par 
une peau mince et transparente. Deux de ces arêtes, 
partant de la nuque , entourent une ellipse et se 
réunissent entre les yeux en une seule, qui, descen- 
due au bout du museau, se bifurque et envoie de 
chaque coté une double branche, qui enveloppe la 
narine. Une arête part de chaque côté du bord an- 
térieur de l'œil, remonte au-dessus de l'œil; arrivée 
sur son milieu, se partage en deux branches qui, 
après avoir intercepté une petite ellipse , se réunis- 
sent en une épine plate et âpre , qui me paraît 
appartenir au mastoïdien. 

Les côtés de la tête offrent la même structure cel- 
luleuse. Le sous-orbitaire , qui entoure l'œil d'un 



472 LIVRE IV. JOUES CUIHASSÉES. 

cercle étroit, envoie en rayons des arêtes âpres, au 
nombre de cinq ou six, dont les deux dernières 
rejoignent le rebord antérieur du limbe du préo- 
percule; les autres se terminent sur la joue. Tous 
leurs intervalles sont occupés par une peau tendue 
et transparente. Ce rebord antérieur du limbe, qui 
est vertical et fort élevé , envoie trois arêtes sem- 
blables , et de son angle une forte épine , toutes 
âpres à la surface , toutes réunies par une peau 
transparente, qui ferme les vides interceptés entre 
ces proéminences. Le bord même du préopercule 
est mince et légèrement crénelé. L'opercule est trois 
fois aussi haut que long, marqué de lignes âpres, 
en rayons, et vers son quart supérieur d'une arête 
transverse, qui se termine par une épine. Au-dessus 
et près de l'articulation le bord a encore une légère 
proéminence. A l'os surscapulaire est aussi une épine 
âpre et plate, un peu en arrière de celle du mastoï- 
dien ; et la peau est également tendue entre ces 
deux épines et le bord du surscapulaire. 

L'œil est encore plus grand que dans le lépisa- 
canthe; son diamètre est du tiers de la hauteur de la 
tête ; sa distance au bord de l'opercule est plus que 
double de celle où il est du bout du museau. Il est 
aussi fort rapproché du profil supérieur, et la dis- 
tance d'un œil à l'autre est moindre que leur dia- 
mètre. La narine est percée de deux grands orifices, 
tout près du bord antérieur de l'œil. L'un de ces 
orifices est ovale, du double plus grand que l'autre, 
et placé au-dessus et un peu en arrière. Le petit, qui 
répond à l'antérieur des autres poissons, et qui est 



CHAP. XVI. HOPLOSTÈTHE. 475 

ici l'inférieur, n'est séparé du grand que par une 
bride membraneuse, mince. 

La bouche est fendue jusque sous le milieu de 
l'œil, un peu écliancrée en avant entre les inter- 
maxillaires , lesquels sont minces et garnis d'une 
âpreté fine et serrée, plutôt que de véritables dents. 
Le maxillaire, d'abord rond, grêle et lisse, s'élargit 
beaucoup en arrière, et y forme un large triangle 
qui ne peut se retirer sous le sous-orbitaire, et dont 
la surface est très-âpre, excepté dans une partie de 
son milieu, qui est lisse. La mâchoire inférieure a 
aussi, au lieu de dents, une bande étroite d'une fine 
âprelé. Sur son extrémité est une tubérosité qui ré- 
pond à l'échancrure de la supérieure. Ses branches 
ont leur moitié supérieure inégale, et l'inférieure divi- 
sée par des arêtes en une petite cellule et une grande, 
tendues de membranes, comme celles de la joue et 
du crâne. Il n'y a point de dents au vomer, c'est à 
peine si l'on sent une légère âprelé, non pas à la 
surface, mais le long du bord externe des palatins. 
Quand les opercules s'écartent, la gueule est assez 
grande : il n'y a point de vraie langue; mais l'extré- 
mité de l'hyoïde y forme une saillie considérable. 

Les dents pharyngiennes supérieures et inférieures 
sont en velours ras, très -fin. Les râtelures du côté 
externe de la première branchie sont longues et 
recouvertes daspérilés très- fines; celles du côté 
interne sont très -petites. La seconde branchie porte 
des râtelures de moitié plus courtes que les pre- 
mières; ce n'est que sur la troisième et sur la qua- 
trième qu'il y a des houppes rudes. Les peignes 



474 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

des branchies sont aussi remarquablement courts. 

Nous avons déjà parlé de l'opercule. Le sous- 
opercule complète obliquement son bord inférieur. 
L'interopercule est assez grand et singulièrement 
échancré dans son milieu; mais le préopercule le 
cache presque entièrement. La membrane des ouïes 
est fendue jusque sous le bord antérieur de l'œil; 
mais une petite membrane mince occupe son angle 
et l'unit à la partie antérieure de l'isthme, qui est 
comprimé et tranchant. Il y a huit rayons bran- 
chiostèges arqués et aplatis ; le dernier est très- 
mince. L'opercule porte intérieurement , vers le 
haut, une petite portion de branchie. 

L'épaule n'a d'autre armure que l'épine du sur- 
scapulaire, dont nous avons déjà parlé. L'huméral 
a seulement au-dessus de la pectorale un angle 
saillant en arrière, mais obtus et arrondi. 

La pectorale est attachée au quart inférieur de 
la hauteur, de forme oblongue, du quart de la 
longueur totale ; elle a quinze rayons dont le pre- 
mier et le dernier sont fort petits. Les ventrales 
sortent exactement sous la base des pectorales, et 
sont d'un tiers moins longues; leur épine encore 
d'un tiers moins longue que les rayons, est forte, 
âpre et sillonnée. Leurs autres rayons sont au nom- 
bre de six, nombre rare parmi les acanthoptéry- 
giens. Elles ne s'attachent point au tronc par leur 
bord interne. 

La dorsale commence un peu plus en arrière 
que la-plomb de la base de la pectorale ; elle a six 
épines rudes et pointues, qui vont croissant depuis 



CHAP. XVI. HOPLOSTÈTHE. 475 

la première, qui est la plus petite, jusqu'à la sixième, 
qui a le tiers à peu près de la hauteur du corps. 
Treize rayons branchus les suivent, qui dépassent à 
peine cette sixième épine. La dorsale occupe une 
longueur égale à près du tiers de tout le poisson. 
L'anale est moitié moins longue et aussi haute ; elle 
commence sous le milieu de la dorsale, ne se porte 
pas plus loin en arrière , et a trois rayons épineux , 
âpres et striés , et dix mous. De ces trois épines la 
première se montre à peine; la seconde est encore 
très-courte; mais la troisième égale les rayons mous. 
La portion de queue derrière la dorsale et l'anale 
est du cinquième de la longueur totale, près de moi- 
tié moins haute que longue , et n'a guère en épais- 
seur que le quart de sa hauteur. 

La caudale est complètement divisée , jusqu'à sa 
racine, en deux lobes, dont le supérieur a dix rayons 
entiers, l'inférieur neuf! Il y a de plus à chacun en 
dehors un rayon simple moitié plus court, et cinq 
autres encore plus courts, qui y forment de petites 
épines comme aux caudales des holocenirurns et des 
rnyripristis. 

Ki la tête ni les nageoires n'ont d'écaillés. Sur le 
corps on en compte environ soixante dans une ran- 
gée longitudinale, et près de trente par rangée ver- 
ticale vers les pectorales. Celles des flancs et du 
ventre sont minces, lisses, plus larges que longues, 
irrégulièrement ovales , sans troncature ni éventail. 
A la loupe on y voit des stries concentriques très- 
fines. Celles du dos ont leur partie visible couverte 
d'une âpreté serrée , mais très-marquée ; celles de la 



476 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

ligne latérale sont plus grandes que les autres, sur- 
tout en arrière, plus larges que longues, rhomboï- 
dales, avec un lobe saillant du côté radical, et ont 
chacune une large tubulure ouverte du côté de la 
peau d'un trou fort marqué. La ligne latérale même 
est toute droite, et partant de l'épine surscapulaire, 
où elle est au tiers supérieur, se rend à la queue, 
où elle occupe le milieu de la hauteur. 

Depuis les ventrales jusqu'à l'anus, sur une lon- 
gueur égale au septième de celle du poisson , est 
l'espèce de cuirasse dont nous ferons le caractère 
principal du genre, et qui se compose de onze pièces 
écailleuses ployées en V, à carènes inférieures tran- 
chantes, et terminées chacune par une petite épine 
courte et pointue. 

Dans la liqueur ce poisson paraît argenté, avec 
une légère teinte roussàtre sur le dos , et les nageoires 
jaunâtres. Son large iris doit avoir été doré. Son pa- 
lais, sa langue et ses arcs branchiaux sont teints en 
noir. 

Notre incKvidu est long de huit pouces et demi, 
sur trois pouces un quart de plus grande hauteur. 

L'estomac de l'hoplostèthe est petit , et a peu de 
capacité, à cause de Tépaisseur de ses parois. Il est 
comprimé latéralement, et beaucoup plus haut que 
large. Des rides épaisses, nombreuses et très-sinueuses 
sillonnent sa surface interne. La branche montante 
se relève du fond du sac ; elle est presque aussi lon- 
gue que l'estomac. Il y a bien autour du pylore une 
trentaine de cœcums grêles et assez alongés. L'intes- 
tin ne fait que deux replis peu éloignés l'un de 



CHAP. XVI. HOPLOSTÈTHE. 477 

l'autre. Sa membrane externe, ainsi que celle des 
appendices cœcales , est blanche ; et l'extérieur de 
celle de l'estomac et de la branche montante est 
noir comme de l'encre. Le foie est composé de 
deux lobes épais, à peu près égaux, arrondis et di- 
visés en arrière en plusieurs petits lobules minces 
et pointus. Les laitances sont très-grosses , déten- 
dant depuis la pointe de l'estomac jusqu'au fond 
de l'abdomen. Leur couleur est brune. La vessie , 
aérienne est simple, ovoïde, et est placée sur l'es- 
tomac, qu'elle dépasse de peu, de sorte que sa lon- 
gueur fait à peine le tiers de celle de l'abdomen. Ses 
parois sont minces et argentées ; les corps rouges 
sont réunis en une seule masse assez grosse vers le 
bas de la vessie. 

Les reins forment deux masses assez grosses âev^ 
rière le diaphragme, immédiatement sous les renfle- 
mens de l'oreille. Ils se prolongent dans la plus 
grande partie de l'abdomen en un filet mince, et 
ils vont se réunir pour devenir un lobe unique, 
triangulaire, très-gros, qui s'étend jusqu'auprès de 
l'anus. Le péritoine est argenté à l'extérieur, et brun 
noirâtre en dedans. 

Nous n'avons pas encore pu nous procurer 
le squelette de ce singulier poisson; nous ne 
pouvons donc ajouter que quelques mots sur 
son ostéologie. 

Il y a onze vertèbres abdominales, dont les cinq 
premières sont plus grosses que les autres. Les côtes 
sont grêles, simples, et ne descendent pas jusqu'au 



478 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

sternum; elles n'entourent que la moitié supérieure 
de la cavité abdominale. 

Les cavités de l'oreille sont très- renflées, et for- 
ment sous le crâne deux forts tambours osseux, 
séparés par la simple cloison interne. La pierre de 
l'oreille est très-grande ; sa surface externe est un 
peu relevée de manière à avoir l'apparence d'une 
pyramide à quatre faces très-surbaissée, et dont le 
sommet est placé près du côté inférieur. On remar- 
que vers le haut quelques sillons verticaux. La face 
interne est plane et relevée par deux arêtes horizon- 
tales. Le pourtour est découpé et dentelé ; le côté 
antérieur est coupé carrément; le postérieur se ter- 
mine par un angle assez aigu. 



CHAP. XVII. ÉPINOCHES. 479 

CHAPITRE XVII. 

Des Epinoches (Gasterosteus , Linn.) 

Les epinoches sont les plus petits de nos 
poissons d'eau douce, et ce sont aussi à peu 
près les plus communs ; il n'est pas de ruisseau , 
pas de mare où l'on n'en voie, ou qui même 
n'en fourmillent en certaines saisons. La forme 
de leur tête n'a rien de singulier, et Ton a 
peine d'abord à se faire l'idée qu'ils aient 
la joue cuirassée; car le sous-orbitaire qui 
la couvre est lisse et ne se distingue point 
sous la peau. Cependant sa position et l'es- 
pace qu'il recouvre, sont les mêmes que dans 
les trigles et les autres genres de cette famille, 
et nous avons dû en conséquence y placer 
aussi ce petit genre. 

Le nom français vulgaire de ces poissons, 
et ceux qu'on leur donne dans la plupart des 
langues de l'Europe , s'expliquent assez par les 
épines dont leur dos est armé, ainsi que par 
celles qui leur tiennent lieu de nageoires ven- 
trales. 

Celui de gasterosteus , qui leur a été im- 
posé par Artedi , a pour objet d'exprimer la 
cuirasse osseuse qui garnit le dessous de leur 



480 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

ventre, et qui est formée par leurs os du bas- 
sin et une partie de ceux de l'épaule , plus 
grands, plus épais et moins cachés par les té- 
gumeus que dans beaucoup d'autres poissons. 
C'est dans les espèces qui réunissent à ces 
caractères dun ventre cuirassé, de rayons épi- 
neux et libres sur le dos, de ventrales à peu 
près réduites à une seule épine, celui de trois 
rayons seulement aux ouïes, que nous con- 
centrons avec Artedi le genre des épinoches; 
nous en retranchons par conséquent , ainsi 
que M. de Lacépède , le gasterosteus spina- 
rella de Linnaeus, ou le céphalucanthe , dont 
les ventrales ont cinq rayons ; le gasterosteus 
japonicus de Houttuyn, ou le mouocentris , 
qui a huit rayons aux ouïes , et nous en éloi- 
gnons bien davantage encore de nombreux 
poissons de la famille des scombres, tels que 
les gasterosteus ductor, occident alis, Ijsan 
ovatus, carolinus, canadus, et saltator, qui 
n'y ont été placés qu'à cause des épines libres 
de leur dos, et que nous reproduirons ailleurs 
dans divers sous-genres , principalement dans 
celui que nous appelons liche. 



CHAP. XVII. ÉPINOCHES. 481 

Z/Épinoche a queue nue et /'Épinoche 

A QUEUE ARMÉE. 

{Gasterosteus leiurus et Gasterosteus trachurus, 
nob. ; Gasterosteus aculeatus , Linn.) 

La plus grande de nos épinoches de 
France, dont les naturalistes n'ont fait jusqu'à 
présent qu'une seule espèce, sous les noms 
trop peu caractéristiques iï épinoche à trois 
épines et de gasterosteus aculeatus, pour- 
rait bien, comme nous le verrons, en com- 
prendre deux fort distinctes, et même davan- 
tage ; mais comme leurs différences n'ont point 
été remarquées, il est difficile de discerner 
dans leur histoire ce qui appartient en propre 
à l'une et à l'autre. 

Il s'en trouve à peu près partout où il y 
a quelque ruisseau, quelque mare ou quel- 
que flaque de au ; je les vois citées dans les 
Faunes de toute l'Europe. Ce sont les rogatka 
des Russes'; les spig ou skœt-spig des Sué- 
dois 2 ; les hund-stigel ou grund-stirel ou tind- 
œret des Danois 3 ; horn-sille, etc., des Nor- 
végiens ; les stichling ou stachel-fisch des 
Allemands 4 ; stech-bûttel des Prussiens ; ste- 

1. Georgi , Histoire naturelle de Russie, t. VII , p. 1926. — 
2. Faun. mec, édit. de Retzius, p. 558. — 3. Mùller, Prodr. 
zool. dan., p. ^y. — 4. Bloch, 2. e part., p. y5. 

4. 3, 



^582 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

ckel-bars des Hollandais; stickle-back, barn- 
stickle des Anglais, etc. En France, outre les 
noms plus généralement reçus cVépiiioche et 
d'épinàrdéj on les nomme ripe dans quelques 
provinces sur la Loire 1 . Les Italiens les ap- 
pellent spinarella , et quelquefois stratzari- 
glia , terme de mépris, comme qui dirait 
mauvais haillon. 

Il y en aurait jusque dans le Groenland, 
où Fabricius nous apprend qu'on les nomme 
liakilisak, s'il était sûr qu'il a vu la même 
espèce et non pas quelqu'une de celles de 
l'Amérique, dont nous parlerons plus bas. 

Gesner seul: 2 dit qu'il n'y en a point en 
Suisse ; mais nous savons le contraire. 

Pennant raconte que dans les marais du 
comté de Lincoln ces petits poissons abon- 
dent plus que partout ailleurs, et qu'à Spal- 
ding, dans ce comté , ils se montrent de temps 
en temps (une fois en sept on huit ans) en 
quantités surprenantes , et remontent en co- 
lonnes épaisses la rivière de Welland, sur la- 
quelle est cette ville. Il y en a tant qu'on 
en répand sur les terres pour les fertiliser , et 
qu'un seul homme, à l'une de ces époques, 

1. Au Mans, Bélon, p. 328; à Orléans, Defay, Mém., p. 88. 

2. Gesner, édition de 1606, p. 9. Reperiuntur cum aliis tum 
Argentorati , et Vilebergœ in Albi. Nutti apud nos* 



CHAP. XVII. EPINOCHES. 485 

en prit assez pour gagner quatre sclicllings 
par jour, bien qu'il ne les vendit qu'un demi- 
pence (le vingt-quatrième d'un schelling) le 
boisseau. Ces apparitions subites et innom- 
brables ont fait croire que des inondations 
successives enlèvent les epinoches de toute 
la surface des marais pour les accumuler dans 
quelques cavités souterraines , d'où elles sont 
obligées de sortir quand leur nombre y de- 
vient excessif. Peut-être serait-il plus simple 
de penser qu'en certaines années les circons- 
tances deviennent particulièrement favorables 
à leur multiplication, comme cela a lieu poul- 
ies lemmings, pour les campagnols et d'autres 
petits animaux, qui paraissent à limproviste 
pour dévaster les campagnes. 

En admettant qu'il n'y en ait qu'une espèce, 
elle ne vivrait pas seulement dans l'eau douce. 
Les auteurs du nord surtout nous disent qu'on 
prend aussi des epinoches dans la mer 1 . Selon 
Schonevelde, dans le golfe d'Ekreford , en 
Holstein, sur la Baltique, les pécheurs en re- 
tirent quelquefois dans leurs filets de quoi 
remplir plusieurs tonnes , et ils en nourrissent 
leurs cochons 2 . Elles ne sont pas moins abon- 
dantes près de ces langues de sable qui lon- 

1. Retzius , Faun. suec, loc cit. ■ — 2. Schonev., Icht. , p. 1 1 • 



484 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

gent la côte de Prusse et que l'on nomme 
Nehrung. Klein nous apprend qu'elles y pa- 
raissent tous les ans en quantité prodigieuse, 
et que l'on en extrait une huile épaisse par 
la cuisson. ' 

Cette extrême multiplication est assez éton- 
nante, car les œufs des épinoches sont gros, 
et elles ne peuvent en pondre beaucoup. Il 
est vrai, d'un autre côté, qu'elles craignent 
peu les autres poissons, attendu que des épines 
aiguës et fortes les défendent contre eux: elles 
résistent même à des ennemis intérieurs et 
extérieurs qui les tourmentent sans cesse ; par 
exemple au binocle du gasteroste, qui s'at- 
tache à leur peau et leur suce le sang, et au 
botliriocephalus solidus , espèce de la famille 
des tœnia, qui leur remplit quelquefois pres- 
que tout l'abdomen en comprimant leurs in- 
testins et les réduisant à un fort petit espace. 
Elles peuvent aussi subsister assez long-temps 
hors de l'eau, surtout quand elles tombent 
dans de l'herbe humide. 

Bloch assure qu'elles ne vivent que trois 
ans, et son assertion n'a pas été combattue 
par des faits. Ce sont des poissons fort agiles, 
vifs dans leurs mouvemens et d'une nature 

1. Klein, Miss. IV, p. 48. 



CHÀP. XVII. ÉPINOCHES. 485 ' 

active. Henri Backer dit qu'ils sautent verti- 
calement à plus d'un pied hors de l'eau, et 
que dans une direction oblique ils font encore 
des élans plus considérables lorsqu'il s'agit de 
passer par-dessus des pierres ou d'autres obs- 
tacles. Leur voracité est excessive. Backer a vu 
une épinoche dévorer en cinq heures de temps 
soixante-quatorze poissons naissans de l'espèce 
de la vandoise, dont chacun était long de trois 
lignes. Aussi aucun poisson ne fait-il plus de 
tort aux étangs que les épinoches, et il est 
d'autant plus fâcheux de les voir s'y intro- 
duire , qu'il est très-difficile de les extirper. 

Comme aliment on les estime fort peu, 
soit à cause de leur petitesse, soit à cause 
des écailles osseuses et des épines qui les héris- 
sent. Je ne vois guère que Bélon et Rondelet 
qui en aient parlé comme d'un objet de 
commerce sous ce rapport : ils assurent l'un 
et l'autre qu'on en prend assez dans le Nar 
pour en porter aux marchés de Narni et des 
villes voisines; mais peut-être cette assertion 
doit-elle s'entendre de quelques-unes des es- 
pèces propres à l'Italie, que nous décriions 
à la suite de la nôtre. 

Théophraste 1 parle d'un petit poisson d'Hé- 

1. Théophraste, De piscib. in sicco degentibus. 



480 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

raclée sur le Ly eus, en Bithynie, qu'il nomme 
centriscus {Ksvjçfonoç), et que Ion comptait 
parmi ceux qui naissaient spontanément de 
la corruption. Ce nom de cent risque, qui se 
rapporte à des aiguillons (%'svlçov)', sa terminai- 
son diminutive, qui indique une petite taille; 
son habitation dans l'eau douce; enfin, cette 
origine fabuleuse , que plusieurs écrivains du 
moyen âge ont aussi attribuée à notre épi- 
noche, ont fait croire que lépinoclie pourrait 
bien être le centrisque , et Klein s'est détermi- 
né en conséquence à faire de centriscus le nom 
du genre. Cette conjecture est au moins aussi 
bien fondée que la plupart de celles sur les- 
quelles reposent les applications faites par les 
modernes de la nomenclature des anciens. Il 
est cependant très-faux que lépinoclie naisse 
par une génération spontanée. Rien n'est plus 
aisé que d'y reconnaître les deux sexes, et 
nous en avons vu bien souvent les œufs, qui 
sont assez gros pour de si petits poissons. 

Dans nos ruisseaux des environs de Paris 
les épinoches fraient aux mois de Juillet et 
d'Août. Nous avons vu des femelles pleines 
d'eeufs dans les derniers jours du mois d'Août. 
Fabricius leur assigne aussi le mois de Juillet 
au Groenland ; mais Bloch dit que ce frai a 
lieu en Avril et Juin, et nous trouvons dans 



CHAP. XVII. ÉPINOCHES. -487 

les manuscrits de Baldner que c'est en Avril. 
Peut-être cette différence tient-elle à celle 
que nous soupçonnons dans les espèces. 

Nous avons trouvé en effet , comme -nous 
lavons annoncé au commencement de cet 
article, dans les eaux de la France deux sortes 
d'épinocbes à trois rayons ; les unes (gaste- 
rosteus trachurus, nob.) revêtues tout du long 
de bandes écaillenses , les autres (gasteros- 
teus leiurus, nob.) , qui n'en ont que dans 
la région pectorale : mais pour tout le reste 
ces poissons se ressemblent tellement qu'on 
peut en faire une description commune. 

Elles ne passent pas trois pouces en longueur. 
Leur corps est comprimé et alongé en fuseau; leur 
museau est pointu et leur queue fort mince. Leur 
hauteur est quatre fois dans la longueur prise du 
bout du museau à la naissance de la caudale, et leur 
épaisseur est deux fois et demie dans la hauteur. La 
longueur de la tête est le quart de la longueur to- 
tale. Le profil supérieur descend par une ligne légè- 
rement convexe, et l'inférieur monte obliquement 
depuis l'angle de la mâchoire jusqu'au bout du mu- 
seau, et va joindre en droite ligne la courbe légère- 
ment convexe du ventre. .L'œil est grand ; son dia- 
mètre fait un peu plus du quart de la longueur de 
la tête , et il est éloigné du bout du museau de la 
longueur de son diamètre. Les sous-orbitaires , au 
nombre de trois, couvrent tout l'espace entre l'œil, 



488 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

la bouche et le préopercule; le troisième, de forme 
à peu près carrée, va s'unir clans l'angle rentrant du 
préopercule : ils n'ont ni épines, ni dentelures. Le 
préopercule et les autres pièces operculaires en sont 
également dépourvus; mais la surface de tous les os 
est finement striée en divers sens. L'opercule est 
grand, triangulaire, à bord postérieur arrondi. Le 
subopercule est étroit et coupé en arc de cercle ; 
l'interopercule est alongé : tous deux sont presque 
cachés sous le préopercule et l'opercule ; et on 
pourrait prendre aisément le sous - opercule pour 
un rayon branchiostège. Les deux orifices de la 
narine sont percés dans une petite fossette qui est 
placée sur le bord antérieur du premier sous-orbi- 
taire, et plus près de l'œil que du museau. La bouche 
est un peu protractile ; quand elle est fermée, la 
mâchoire inférieure avance un peu plus que la su- 
périeure : toutes deux ont des dents fines et en 
velours sur une bande étroite , mais il n'y en a 
point au vomer, ni aux palatins, ni à la langue. 
Le dessus du crâne est nu et finement strié, mais 
sans crêtes ni tubérosités. L'ouverture des ouïes est 
grande ; on compte trois rayons à la membrane 
branchiostège. La structure de l'épaule mérite d'être 
particulièrement étudiée ; je n'y vois pas de sursca- 
pulaire, à moins qu'il ne soit uni au crâne et con- 
fondu avec ses os. Le scapulaire est très- petit et 
légèrement granuleux. L'huméral a au-dessus de la 
base de la pectorale une crête longitudinale , termi- 
née par une petite pointe. La pectorale, plus éloignée 
de l'ouïe qu'à l'ordinaire, en est écartée par un es- 



*CHAP. XVII. ÉPINOCHES. 489 

pace lisse assez large, sous lequel est une longue 
plaque osseuse un peu rude, qui se rend depuis le 
milieu de l'isthme, où elle se joint à son analogue, 
jusqu'à l'os du bassin. Entre les plaques des deux 
côtés et le bassin est sous la poitrine un espace lisse 
et triangulaire. On pourra être tenté de croire que 
ces deux plaques qui bordent la poitrine appartien- 
nent encore à l'os humerai, mais cela n'est point. 
L'inspection du squelette montre qu'elles font partie 
de l'un des deux os qui sont attachés à celui-là et 
qui portent le carpe, de celui que nous regardons 
comme l'analogue du cubitus. C'est lui qui se montre 
ici à découvert dans toute sa branche inférieure. 

La cuirasse du ventre est formée par les os in- 
nommés, qui s'unissent par une suture médiane en 
un triangle nu et strié, dont la base est en avant, et 
qui se termine en arrière par une longue pointe : 
il n'adhère pas à l'os humerai , comme à l'ordi- 
naire ; les angles latéraux de sa base touchent seu- 
lement à l'extrémité des plaques cubitales que nous 
venons de décrire; mais chaque os innominé donne 
de son bord externe et près de sa base une branche 
plate, qui monte derrière la pectorale, et s'attache 
aux troisième , quatrième et cinquième grandes 
écailles latérales du corps ; cette branche paraît 
au travers de la peau et est finement striée : elle 
forme, comme on voit, une portion d'armure laté- 
rale, qui joint la cuirasse du ventre avec celle des 
côtés. C'est dans l'angle rentrant que cette branche 
fait en arrière avec le reste de l'os innominé, que 
s'articule l'épine de la ventrale ; épine forte , poin- 



400 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

tue, striée et grenue, dentelée sur ses bords, sur- 
tout au supérieur; du septième de la longueur to- 
tale; articulée de manière que le poisson, quand 
il le veut , peut la maintenir fixement dans une di- 
rection transversale. A l'état de repos elle se retire 
sur le bord externe de l'os innominé. Dans son ais- 
selle est une petite membrane, contenant un rayon 
mou, très-grêle, et qui n'a pas moitié de la longueur 
de l'épine. Ces ventrales s'attachent sous l'extrémité 
postérieure des pectorales, en sorte que l'on a peine 
à comprendre comment tous les auteurs ont laissé 
1 epinoehe parmi les thoraciques , même ceux qui , 
comme M. de Lacépède, mettent les cirrhites et les 
cliéilodactyles parmi les abdominaux. La pectorale 
s'attache presque a égale distance de l'ouïe et de la 
branche montante de l'os innominé; la peau, éga- 
lement nue et lisse devant et derrière , lui laisse 
toute liberté pour ses mouvemens : cette nageoire 
est petite , du huitième de la longueur totale, ar- 
rondie et composée de dix rayons, tous articulés 
et à articulations peu rapprochées. La moitié an- 
térieure du dos est cuirassée par cinq plaques os- 
seuses ; une petite sur la nuque , deux grandes à 
peu près rondes, creusées d'un sillon longitudinal, 
au milieu duquel sur chaque plaque s'articule une 
des deux premières épines dorsales : la quatrième 
plaque est ordinairement petite et sans épine; mais 
la cinquième, petite aussi, en a toujours une. Ces 
trois épines sont fortes, pointues, larges a la base, 
grenues à leur surface antérieure , dentelées en scie 
à leurs bords, creusées en arrière d'un sillon, et 



CHAP. XVII. ÉPINOCHES. 491 

munies chacune à leur base postérieure d'une petite 
membrane : les deux premières ont environ le tiers 
de la hauteur du corps ; la troisième est beaucoup 
plus courte. La première est sur la base des pecto- 
rales ; la seconde répond juste au dessus de celle 
des épines ventrales , et la troisième au dessus de la 
pointe postérieure de l'os innommé. Quelquefois 
cette troisième épine manque. D'autres fois il y en a, 
au contraire, une de plus qu'à l'ordinaire, articulée 
sur la quatrième plaque du dos. Immédiatement 
derrière la troisième épine s'élève la dorsale molle, 
petite nageoire triangulaire, à dix ou onze rayons, 
dont le premier est simple et plus long que les au- 
tres, qui sont tous branchus; les derniers sont fort 
petits. A peu près aux deux tiers de la longueur 
du corps, non compris la caudale, s'ouvre l'anus. 
Derrière lui et tout près naît l'anale, petite na- 
geoire triangulaire, à neuf rayons, et de même 
forme que la dorsale molle. Au-devant de l'anale 
est une petite épine très-courte, qui se redresse 
indépendamment de celle nageoire ; la caudale est 
petite , arrondie , et a douze rayons entiers et trois 
ou quatre plus courts dessus et dessous. 

Les épinoches en général n'ont point de véritables 
écailles ; mais il y a dans celle dont nous parlons 
une série de bandes osseuses, placées verticalement 
le long de chaque côté , plus hautes que larges , 
qui garnissent chacun de ses flancs sur une éten- 
due plus ou moins considérable • et je dois même 
rendre le lecteur attentif à celte diversité qu'aucun 
observateur, à ma connaissance, n'a encore fait 



Ad% LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

remarquer, et qui est précisément ce qui me pa- 
raît indiquer parmi les épinoches de notre pays 
une différence constante d'espèce. 

Certaines d entre elles, et c'est, à ce qu'il me 
semble, le plus grand nombre, du moins aux envi- 
rons de Paris, n'ont à chaque flanc que quatre ou 
cinq de ces bandes , allant depuis l'épaule jusque 
derrière la branche montante de l'os innominé. 
Dans le haut elles s'articulent aux plaques impaires 
qui régnent sur la partie antérieure du dos ; les 
deux premières sont petites , la troisième descend 
jusqu'à la hauteur du bord supérieur de la pecto- 
rale ; les trois suivantes sont celles auxquelles s'ar- 
ticule la branche montante de l'os innominé; puis 
il en vient une sixième, ordinairement la dernière, 
qui ne descend que jusqu'à moitié du corps. Le 
reste du corps et de la queue est lisse , et l'on voit 
au travers de la peau les divisions des muscles. Un 
léger repli de la peau forme de chaque côté de la 
queue une petite carène saillante. 

Mais d'autres épinoches, d'ailleurs très-semblables 
aux précédentes, n'ont point leur série de plaques 
terminée à la sixième. Cette armure se continue tout 
le long du corps et de la queue, dont elle enve- 
loppe même la carène latérale, qu'elle rend plus 
forte et plus tranchante. Leur nombre est alors de 
trente ou trente et une, savoir, vingt -cinq ou 
vingt-six jusqu'au pied de la carène latérale de la 
queue, et cinq petites sur cette carène : elles sont 
toutes pointillées et légèrement carénées à l'endroit 
qui répond à la ligne latérale; elles ne laissent de nu 



CHAP. XVII. ÉPINOCHES. 495 

que le bord supérieur du corps, le long de la dorsale 
molle, et le bord inférieur, derrière les branches 
montantes des os innommés et le long de l'anale. 

Cette différence ne tient point au sexe ni 
à l'âge ; nous trouvons des mâles et des fe- 
melles avec ces deux vêtemens, et à peu près 
de la même taille et de même couleur. 

Il reste à savoir si ce n'est point une variété 
qui tienne à d'autres causes. 

Z/ÉPINOCHE DEMI-ARMÉE. 

(Gasterosteus semiarmatus , nob.) 

Ce qui pourrait le faire soupçonner, c'est 
qu'il existe une épinoche à queue nue, dont 
les lames latérales sont au nombre de douze 
à quinze , et s'étendent jusque sous le com- 
mencement de la seconde dorsale; mais peut- 
être celle-ci doit- elle être regardée comme 
d'une troisième espèce : elle a les épines des 
ventrales un peu plus longues à proportion 
que la plupart des autres. M. Vroriep l'a trou- 
vée au Havre , et M. Bâillon en a pris en grand 
nombre dans la petite rivière de Braie, près 
d'Abbeville. Nous croyons remarquer que la 
branche qui unit la cuirasse ventrale aux 
plaques latérales, est plus étroite que dans 
les individus à queue cuirassée. 



494 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Z/EPINOCHE DEMI-CUIRASSÉE. 
(Gaslerosteus scmiloricatus , nob.) 

Ce qui pourrait encore faire penser qu'il 
ne s'agit que de variétés , c'est que M. Bâillon 
a pris clans la Somme d'autres épinoches, 
qui ont vingt-deux ou vingt-trois lames sur 
chaque flanc, couvrant le corps jusqu'à l'ori- 
gine de la carène de la queue. La plaque de 
l'épaule y est aussi large que dans lépinocbe 
à queue armée. 

Nous n'avons pu trouver aux environs de 
Paris que des épinoches à queue nue; il 
nous en est venu de pareilles des départe- 
mens de la Somme et de l'Oise , de la Ro- 
chelle et de quelques autres lieux : nous 
avons observé celle à queue cuirassée dans 
les ruisseaux des côtes de Normandie, et en- 
core récemment M. Deslongcliamps nous l'a 
envoyée de Caen, et M. Bâillon en a pris dans 
le Hable-d'Ault , lac saumâtre de l'embou- 
chure de la Somme , près du Tréport. Cest 
la seule qui se trouve dans les étangs des en- 
virons de Berlin, et elle y est en quantité 
innombrable. Peut-être est-ce l'espèce qui 
habite plus fréquemment près des bords de 



CHAP. XVII. ÉPINOCHES. 495 

la mer, et qui peut entrer dans l'eau salëe. 
Des observations ultérieures nous appren- 
dront sans doute bientôt ce qui en est. 

Ce sont des épinoches garnies tout de leur 
long de ces bandes qu'a décrites Artedi dans 
ses Species (p. 96) 1 . A la vérité, il ne leur en 
donne que vingt- six de chaque côté; mais 
c'est qu'il n'a pas compté celles qui garnissent 
la crête latérale de la queue , et qui sont plus 
serrées que les autres. 

Il a été suivi par M. Haùy, dans le Diction- 
naire des poissons de l'Encyclopédie (p. 4<*)) ? 
et par M. de Lacépède (t. III, p. 3oo). 

C'est aussi une de ces épinoches cuirassées 
que représente Bloch (pi. 53, fig. 3); mais 
quand il dit dans son texte (p. ^3) qu'il y a 
treize boucliers de chaque côté, on ne peut 
l'expliquer sinon que, ne l'ayant point.déciïte 
sur nature et voulant traduire Artedi , il aura 
mal compris cet auteur, et pris pour un côté 
la moitié seulement des vingt- six plaques 
qu'Artedi donne à chacun deux, ce qui n'a 
pas empêché Bonnaterre de le copier aveu- 
glément comme à son ordinaire. a 



1. Totum corpus infra pinnas pectorales ad caudam fere, loricis , 
seu ossibus transversis viginti sex vel viginti septem tegitur, etc. 

2. Planches de l'Encyclopédie méthodique; ichtyologie explic.j 
p. i36. 



49G LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Au contraire , ce sont des épinoches à 
queue nue qu'a décrites Willugliby (p. 34 1). 1 

Quant aux autres naturalistes, ils n'ont rien 
dit de positif au sujet du nombre des bandes 
osseuses, et ils ne paraissent pas même s'être 
doutés qu'il y eût lieu de s'en occuper. 

La couleur de ces épinoches , quelles que soient 
leurs bandes , est un brun verdàtre ou un bleu noi- 
râtre sur le dos, un blanc argenté sur les flancs et 
le ventre. La gorge et le dessous de la poitrine 
sont teints en rose ou en aurore plus ou moins 
vifs. Les nageoires sont verdcàtres et transparentes. 
L'œil est d'un blanc d'argent mal, et l'ouverture de 
la pupille n'est pas tout-à-fait ronde, mais alongée 
dans le sens de la longueur du poisson. 

C'est sur des épinoches à queue nue que 
nous avons fait les observations anatomiques 
qui suivent. 

Le foie est d'un rouge plus ou moins foncé; il 
est placé en travers dans l'abdomen , dont il occupe 
la moitié de la longueur. Le lobe droit est très-petit 
et presque entièrement caché sous l'estomac. Le 
lobe gauche, qui est très-grand recouvre l'estomac, 
et s'étend ensuite sous la pointe de ce viscère. La 



1. Sc/uamis caret; corpus tamen anterius , a duobus dorsi aculeis 
ad illos qui in ventre sunt , loricis transversis seu osseo tegmine mu- 
nitum est. Armatura hœc superius in quatuor vel quinque laminas 
dkisa est } inferius in unum contracta. 



CHAP. XVII. ÉPINOCHES. 497 

vésicule du fiel est petite, et suspendue à un canal 
cholédoque capillaire , qui va auprès du pylore. 
L'œsophage est court, étroit; il se renfle et se dilate 
tout près du diaphragme en un large estomac pres- 
que arrondi. 

Le pylore est étroit. 

L'intestin qui en sort est d'un diamètre plus 
gros, et a deux très-petites appendices tournées vers 
l'estomac : après avoir fait un double repli très- 
court, il se porte droit à l'anus. 

Les parois de l'estomac sont assez épaisses et 
ridées longitudinalement à l'intérieur. La veloutée 
se détache facilement. Il y a une petite valvule au 
pylore. Les parois de l'intestin sont très-minces. 

La vessie aérienne est unique , grande , ovoïde , 
et occupe plus des deux tiers de la longueur de 
l'abdomen. Ses parois sont très-minces, argentées. 
Un canal aérien capillaire naît du tiers supérieur 
de sa face inférieure, et s'ouvre vers le milieu de 
l'estomac. 

La rate est rouge, triangulaire, à bords un peu 
découpés, et un peu creusée en gouttière pour s'ap- 
puyer sur l'estomac , qui la couvre presque entière- 
ment. 

Les ovaires sont gros , remplis d'œufs plus gros 
que de la graine de pavot. 

Les reins sont réunis en un seul lobe, qui n'oc- 
cupe que la moitié postérieure de la longueur de 
l'abdomen. H y a une petite vessie urinaire. La cou- 
leur des reins est d'un rouge très-paie. 

Le squelette de 1 epinoche a trente-trois vertèbres. 

4 32 



498 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Le premier interépineux de l'anale s'attache sous la 
quinzième. H y a des côtes même sous la cuirasse, 
mais plus fines que des cheveux. Au reste, on a déjà 
pu prendre une idée assez juste de l'ossature de la 
tête, des opercules, et de l'épaule, par ce que nous 
avons dit de l'extérieur de ces parties. 



Des Poissons étrangers voisins des Epinoches 
à trois épines, 

A cette histoire de nos grandes epinoches 
de France nous devons ajouter ce que nous 
avons remarqué sur des epinoches plus ou 
moins semblables, qui nous sont venues d'au- 
tres pays. 

M. Savigny en a recueilli un certain nombre 
dans les ruisseaux de Toscane , qui avaient 
toutes la queue nue, mais où nous avons cru 
remarquer en outre des différences qui pour- 
raient bien n'être pas moins spécifiques que 
celle-là. Nous allons les indiquer, pour engager 
les observateurs à s'assurer de leur constance. 

Z/ÉPINOCHE A OPERCULE ARGENTÉ. 

(Gasterosteus argyropomus , nob.) 

L'une d'elles a les boucliers dorsaux plus grands 
et plus appareils que celle de nos environs ) les épines 



CHAP. XVII. ÉPINOCHES. 499 

plus courtes , plus grêles , plus arquées et moins 
dentelées. Son opercule est très-brillant, ce qui nous 
a suggéré son nom. 

D. 2 — 1/12; A. 1/10; C. 12; P. 9; V. 1/1. 

Z/Épinoche A COURTES ÉPINES. 
(Gasterosteus brachycentrus . nob.) 

Une autre a les épines, tant dorsales que ven- 
trales , près de trois fois plus courtes que clans nos 
épinoches communes. La seconde et la troisième 
du dos n'ont pas le cinquième de la hauteur du 
corps a cet endroit ; le bouclier du ventre est plus 
large et plus obtus que dans celles de ce pays-ci, 
et les épines ventrales n'ont guère que le tiers de sa 
longueur. Les membranes de toutes les épines vont 
jusqu'à leur extrémité. Les boucliers ou plaques du 
dos sont fort petits. 

D. 2 — 1/13; A. 1/9; C. 12; P. 10; V. 1/1. 

Il nous est impossible de douter que ce 
ne soit une espèce particulière , car nous en 
avons un assez grand nombre d'individus tous 
parfaitement semblables. 

Z'ÉpINOCHE A QUATRE ÉPINES. 
(Gasterosteus tetracanthus , nob.) 

Il y en a enfin une à quatre épines sur le dos, 
comme la nôtre les a quelquefois • mais qui a de 



500 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

plus ces épines plus courtes, et le bouclier ventral 
plus large que la nôtre. 

D. 3 — 1/15 ; A. 1/10; C. 11 j P. 11; V. 1/1. 

Aces épinoches d'Italie nous en ajouterons 
quelques-unes du nord des deux continens. 

Z/Ëpinoche porte-obole. 
{Gasterosteus obolariuSj nob. J ) 

Il y a de ces épinoches à trois ou quatre 
épines dorsales jusque dans le nord de la 
mer Pacifique et dans le golfe du Kamchatka. 
Steller en a décrit une en détail, et parait si 
frappé de ses caractères, qu'il faut qu'il n'ait 
pas connu alors l'espèce d'Europe. L'espace 
rond et argenté qui est dans toutes les épi- 
noches entre l'ouïe et la nageoire pectorale, 
et qui ressemble à une petite pièce de mon- 
naie, l'occupe surtout beaucoup, et l'engage 
à donner au poisson le nom à'obolariusj la 
description laissée par ce courageux observa- 
teur a été publiée par M. Tilesius 2 , qui y a 
joint la sienne propre 3 , et une figure 4 faite 



1. Obolarius aculeatus , Steller; Gasteracanlkus cataphractus , 
Pallas ; Gasterosteus cataphractus , Tilesius. 

2. Mémoires de l'Académie de Pétersbourgj t. UI ; p. 200. — 
3. Ibid.y p. 226. — 4. Ibid., pi. 8, fig. 1. 



CHAP. XVII. ÉPINOCHES. 501 

dans son voyage avec le capitaine Krusen- 
stern. Mais avec tous ces secours il est encore 
difficile de juger bien clairement si l'espèce 
diffère ou non de notre épinoche cuirassée 
de l'Europe ou de celles d'Amérique. 

Ses couleurs , ses formes , sont les mêmes que 
dans la notre, et sa grandeur aussi. Elle a également 
trente bandes osseuses de chaque côté : on ne trouve 
dans les nombres de ses rayons que les différences 
trop ordinaires, suivant la manière de les compter, 
ou même suivant l'état des individus sur lesquels 
on les compte. 

B. 4'; D. 13; A. 1/10 ou 12; C. 12; P. 10. 

Le seul caractère sensible est indiqué par M. Ti- 
lesius dans la forme rhomboïdale de la caudale ; 
mais encore en ce point, et à en juger par son 
dessin, on pourrait croire qu'il l'a décrite d'après 
un individu qui l'avait un peu usée, d'autant qu'il 
dit qu'elle est aussi -quelquefois fourchue ou tri- 
lobée. 

Ce poisson remonte les rivières du Kam- 
chatka en troupes si nombreuses qu'on le 
puise en quelque sorte comme l'eau elle-même. 
C'est, comme on voit, un rapport assez mar- 
qué d'habitudes avec l'épinoche du comté de 
Lincoln et avec celle des environs de Dantzig. 

1. J'ose dire que je ne crois point à ces quatre rayons bran- 
chiaux; on aura pris Je subopercule pour un rajon. 



"502 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Quoiqu'il soit d'un goût agréable et fasse de 
bon bouillon, la plus grande partie ne sert 
qu'à fournir aux chiens, principales bëtes de 
trait de ce pays-là, leur nourriture d'hiver, 
parce qu'il sèche aisément au soleil et ne se 
corrompt plus. Les Ramchadales le nomment 
chakal, et les Russes font de ce mot le dimi- 
nutif chakaltcha. 

Z/Épinoche de New-York. 
(Gasterosteus noveboracensis , nob.) 

M. Milbert nous a envoyé de New-York 
une épinoche à queue armée d'une ressem- 
blance si grande avec celle d'Europe , que 
l'on n'aurait pas hésité autrefois à la croire 
de même espèce. 

Néanmoins ses plaques dorsales sont sensible- 
ment plus étroites à proportion , et les crêtes laté- 
rales de sa queue plus saillantes ; sa ligne latérale 
est aussi plus voisine du dos. 

D. 2— 1/11} A. 1/8; C. 12; P. 10; V. 1/1. 

Nous ignorons sa vraie couleur; mais d'après ce 
qui lui en reste dans la liqueur, elle doit peu dif- 
férer de la nôtre. 



CHAP. XVII. ÉPINOCHES. 503 

Z/Épinoche NOIRE. 
{Gasterosteus niger, nob.) 

M. de la Pilaye en a rapporté une de Terre- 
Neuve, également à queue cuirassée, un peu 
plus alongée, à épines plus grêles. 

Elle est entièrement teinte de noirâtre. Son œil 
est un peu plus grand , et sa tête moins haute à 
proportion. Elle a jusqu'à trente-trois écailles laté- 
rales. Ses épines sont plus grêles ; celles des ventrales 
égalent en longueur la portion de bouclier qui est 
entre elles, et en atteignent la pointe. 

C'est peut-être cette espèce que Pennant 
confond avec l'ordinaire d'Europe, et qu'il dit 
être fort commune dans la baie d'Hudson. 1 

Z/Épinoche a deux épines. 
{Gasterosteus biaculeatus, Penn.,Sh. et Mitoh.) 

Nous avons aussi reçu de Terre-Neuve par 
M. de la Pilaye une épinoche à queue nue, 

de très-petite taille , pas de plus de quinze lignes , 
qui se distingue des autres par une forte dent plate 
et aiguë qu'elle a de chaque côté à la base externe 
de ses épines ventrales. Celles d'Europe n'y ont 
qu'un simple élargissement. Dans la cuirassée de 

1. Arctic. zool., t. II, p. 386. 



504 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Terre-Neuve l'élargissement se termine en pointe, 
Dans celle-ci il forme une forte dent aiguë, d'autant 
plus prononcée que les dentelures du reste de l'épine 
sont presque insensibles. 

D. 2 — 1/12; A. 1/8; C. 12; P. 9; V. 1/1. 

Nos individus sont teints en noirâtre, comme 
ceux de l'espèce précédente. 

C'est celle-ci que représente et décrit M. 
Mitchill (p. 43o, et pi. 1, fig. 10) sous le nom 
de gasterosteus biaculeatiis , et il est probable 
que c'est aussi celle que Pennant 1 et Shaw* 
ont mentionnée sous ce nom; mais elle a 
comme les autres une troisième petite épine, 
joignant la dorsale molle, et la ligure même 
de M. Mitchill en fait foi. Les individus de 
M. Mitchill avaient été pris dans l'eau salée 
avec ses killfish, qui sont nos cyprinodons. 

jL'EpINOCHE A QUATRE AIGUILLES. 

{Gasterosteus quaclracus , Mitch. 3 ) 

M. Mitchill parle d'une épinoche à quatre 
épines, qu'il regarde comme différente de son 
biaculeatus, mais qui se pèche dans les mêmes 
eaux. 



1. Arctic. zooh, t. II, p. 385. 

2. Gêner, zool. , t. IV, 2. c part., p. 608. 

3. Transactions de New-York, t. I. er , p. 43o, pi. i, fig. n. 



CHAP. XVII. ÉPINOCHES. 505 

Sa figure marque même une cinquième épine en 
tête de la dorsale molle. Il lui donne les nombres 
suivans : 

B. 3; D. 12; A. 11; C. 13; P. 13. 

Il dit que les quatre premières épines sont im- 
mobiles, et qu'à côté des épines ventrales il y en 
a une de chaque coté qui va presque jusqu'à l'anus. 

Cette dernière circonstance semble indi- 
quer une structure de bassin analogue à celle 
que nous verrons bientôt dans le spinachia. 

Z7ËPINOCHE A BASSIN FENDU. 

{Gasterosteus apeltes^ nob.) 

Nous trouvons cette même structure dans 
une très-petite épinoche que M. Lesueur nous 
a envoyée, et qui pourrait bien être celle 
que M. Mitchill a eue sous les yeux, quoi- 
qu'elle réponde assez mal à sa description. 

Sa taille et sa forme sont celles de notre épino- 
chette : elle a trois épines grêles et mobiles en avant 
de sa deuxième dorsale ; son bassin ne forme pas 
un bouclier prolongé en pointe entre les ventrales ; 
au contraire, cet espace est sans armure, mais l'os 
innominé se prolonge de chaque côté, au-dessus de 
l'épine de la ventrale, en une pointe grêle et longue, 
qui reste adhérente au corps et s'étend jusque dans 
le voisinage de l'anus. Il n'y a aucunes plaques sur 
les côtés du corps. La queue est grêle, et ne paraît 
pas avoir eu de carène latérale. 



506 livre iv. joues cuirassées. 

jL'Épinochette, 

OU PETITE ÉpINOCHE d'EuROPE A NEUF ÉPINES. 

(Gasterosteus pungitius, L.) 

L'épinochette est encore d'un tiers plus 
petite que l'épinoche, et nous n'avons sur nos 
côtes de l'Océan aucun poisson qui demeure 
dans de si faibles dimensions : c'est à peine 
si elle pèse une demi-once. Catherine naine 
de M. Risso reste seule encore au-dessous de 
cette taille, si toutefois ce n'est pas le jeune 
d'une espèce plus grande. 

Les formes générales de l'épinochette sont les 
mêmes que celles de l'épinoche, à un peu plus d'a- 
longement près, et elle a aussi le grand espace entre 
l'ouïe et la nageoire, la bande osseuse formée par le 
cubital sous chaque côté de la poitrine, le bouclier 
triangulaire du ventre avec une branche montante 
de chaque côté, et les deux épines qui s'y attachent 
et tiennent lieu de nageoires ventrales, dans l'aisselle 
desquelles il y a toutefois aussi un très-petit rayon 
mou; mais ses flancs ne portent aucunes bandes os- 
seuses (ni sept, ni trente), et ses épines dorsales sont 
au nombre de neuf, toutes fort courtes, sans dente- 
lures visibles et munies chacune de sa petite mem- 
brane. Les épines ventrales ne sont pas non plus 
dentelées ; elles n'atteignent pas tout-à-fait le bout 
du bouclier ventral. Les sous-orbitaires ne couvrent 
pas toul-à-fait la joue en arrière, et néanmoins ils 



CHAP. XVII. ÉPINOCHES. 507 

s'articulent encore avec la partie montante du préo- 
percule. 

Nous trouvons entre les épinochettes de 
nos environs une différence analogue à celle 
que nous avons observée dans les épinoches, 
et qui a été également négligée par les natu- 
ralistes; 

c'est que dans les unes la queue a de chaque côté une 
carène que l'on reconnaît à la loupe être garnie de 
dix ou onze écailles minces et elles-mêmes carénées, 
et que dans les autres il n'y a ni carène ni écailles, 
mais que l'on voit plutôt de chaque côté de la 
queue deux sillons longitudinaux. Du reste, ces 
deux sortes d'épinoches se ressemblent en tout. 
Le nombre des épines dorsales varie dans toutes 
les deux : ordinairement il est de neuf; mais on en 
trouve quelquefois dix, d'autres fois huit seulement. 

B. 3; D. 9 — 10; A. 1/9; C. 12; P. 11; V. 1/5. 

La couleur de ces petits poissons est d'un vert 
jaunâtre sur le dos, argentée sur les côtés et sous 
le ventre, très -finement pointillée de noir; les na- 
geoires sont blanchâtres. 

Les viscères de l'épinochette ressemblent beau- 
coup à ceux de l'épinoche. Le tube intestinal est 
encore plus court, parce qu'il va tout droit de la 
bouche à l'anus. Au quart supérieur de sa longueur 
il y a un étranglement qui marque le pylore. Le reste 
de l'intestin est en massue, dont la pointe est à l'anus. 

Le foie se prolonge plus dans l'hypocondre droit; 
la vésicule du fiel est excessivement petite, et le canal 



H08 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

cholédoque, fin comme un cheveu, s'ouvre auprès 
du pylore même. 

La vessie aérienne est plus longue, mais plus 
étroite. 

Nous prenons abondamment des épino- 
chettes dans la Seine, où la grande ëpinoche 
se montre rarement, aimant mieux les eaux 
d'une moindre étendue. Mais ces épinochettes 
de la Seine sont de celles qui n'ont pas de 
carène a la queue, et c'est aussi sur des in- 
dividus de cette sorte que porte la description 
d'Artedi. Leur frai a lieu en Mai et en Juin. 

Il y en a beaucoup dans les ruisseaux 
d'Angleterre. Ray cite particulièrement celles 
du comté de Warwick. En général, l'espèce 
n'est pas moins répandue en Europe que celle 
à trois épines. Il paraît qu'il s'en trouve aussi 
dans l'eau salée; mais la dénomination que 
lui donne Bloch, de petite ëpinoche de mer, 
n'en est pas moins impropre. 

Ses noms vulgaires sont à peu près les 
mêmes que ceux de la grande ëpinoche, avec 
une épithète qui marque sa petitesse ; les 
Russes la nomment kolinsha. 



chap. xvii. épinoches. 509 

Z'Épinochette de Terre-Neuve. 
(Gasterosteus occidentalis , nob.) 

Nous devons à M. de la Pilaye une épino- 
chette de Terre-Neuve, très-semblable à celle 
de France, qui a des- écailles sur les carènes 
de sa queue ; 

ses formes sont seulement un peu plus alongées. 

Notre individu n'a que huit épines sur le dos, 
et neuf rayons mous. 

D. 8— 9; A. 1/9; C. 12; P. 11; V. 1/1. 

Le Gastré, 

OU Épinoche DE MER A MUSEAU ALONGÉ. 
(Gasterosteus spinachia, L.) 

Spinachia est un mot fabriqué par les au- 
teurs du moyen âge, d'après le français épi- 
noche; et Linnaeus l'a appliqué spécialement 
à l'espèce alongée de ce genre , qui ne vit 
que dans l'eau salée. 

Son corps est dix fois plus long qu'il n'est gros; 
sa ligne latérale , revêtue sur toute sa longueur d'é- 
eailles carénées , le rend quadrangulaire dans toute 
sa moitié postérieure, et il est pentagonal en avant 
de l'anus, parce que la crête cubitale et celle du 
bassin lui donnent un angle de plus de chaque côté, 
et que son ventre est plat. La longueur de sa tête 



ÎS10 LIVRE IV. JOUES CUIRASSEES. 

est à peu près le quart de sa longueur totale. L'œil est 
également éloigné de l'ouïe et du bout du museau. 
La bouche est peu fendue, et ne prend que le tiers 
de l'intervalle entre le bout du museau et l'œil. 
C'est surtout le prolongement de la branche hori- 
zontale de l'interopercule qui la porte ainsi en avant. 
La mâchoire inférieure avance plus que la supé- 
rieure. Elles ont l'une et l'autre une large bande 
de dents en velours ; mais il n'y a aucunes dents 
ni au vomer ni aux palatins. L'os de la langue, grêle 
et alongé , ne se porte pas en avant ; il est au mi- 
lieu de la longueur du museau. Le dessus du crâne 
est à peu près plan, et c'est à peine si le front de- 
vient un peu concave entre les yeux. Les sous-orbi- 
taires cuirassent les parties latérales du museau et le 
dessous de l'œil : le dernier s'articule à la branche 
horizontale du préopercule. Aucun de ces os n'a 
de dentelure ni d'épine , mais tous paraissent à la 
loupe très-finement pointillés. L'opercule n'a aucune 
épine. La membrane branchioslège est peu échan- 
crée ; elle s'unit à sa semblable sous le milieu de 
l'opercule et a trois rayons de chaque côté. Il y a 
à la tempe une petite crête, qui se continue sur le 
surscapulaire et sur l'os claviculaire , se terminant 
sur chacun de ces os par une très -petite pointe. 
Entre l'ouïe et la pectorale est un intervalle aussi 
large que dans les autres épinoches. L'os que nous 
appelons cubital, non -seulement forme une crête 
au bas de cet intervalle, mais se prolonge encore 
en arrière de la moitié de la longueur de la pecto- 
rale : il se termine par une pointe à laquelle s'ai- 



CHAP. XVII. ÉPINOCHES. 51 1 

tache l'os du bassin, qui ne se réunit à son sem- 
blable que par une petite portion de son bord in- 
terne , en sorte qu'ils ne forment point de bouclier 
sous le ventre, mais bien de chaque coté une longue 
crête osseuse, terminée en pointe un peu avant d'ar- 
river à l'anus. C'est précisément au milieu de cette 
longue crête de l'os du bassin que s'attache l'épine 
de la ventrale, qui est courte , légèrement arquée et 
a deux très-petits rayons mous dans sa membrane. 
On voit que cette espèce n'a pas le ventre garanti 
dans son milieu comme l'épinoche commune, mais 
les côtés, et que l'espace nu, qui dans les autres 
épinoches ne règne qu'entre les os cubitaux, se pro- 
longe dans celle-ci entre ceux du bassin et jusqu'à 
l'anus. Les pectorales sont arrondies, du neuvième 
environ de la longueur totale, et n'ont que dix 
rayons. Les épines dorsales commencent vis-à-vis la 
base des pectorales; il y en a quinze, toutes munies 
de leur petite membrane , toutes à peu près du 
cinquième de la hauteur totale; la dernière seule est 
un peu plus forte et plus arquée que les autres. 
L'espace qu'elles occupent est à peu près le quart 
de la longueur totale, bordé de chaque côté par 
une suite de légères proéminences longitudinales 
qui appartiennent aux interépineux ; vient ensuite 
une dorsale molle, quelquefois de six, le plus sou- 
vent de sept rayons, tous branchus. Elle est trian- 
gulaire, haute en avant, à peu près comme le corps, 
et attachée par son bord postérieur. Elle occupe 
en longueur à peu près le huitième de la longueur 
totale. L'anale répond à la dorsale en position , en 



51 2 LIVRE «V. JOUES CUIRASSÉES. 

grandeur, en forme et en nombres de rayons. Elle a 
en avant de sa base une petite épine munie d'une 
membrane particulière. La portion de queue derrière 
ces deux nageoires est très -déprimée, tranchante 
par les côtés , et fait le tiers de la longueur totale. 
La caudale en fait le onzième ; elle est coupée carré- 
ment et a douze rayons. Je compte à la ligne laté- 
rale quarante-quatre écailles, toutes carénées et lé- 
gèrement granulées ; celles des côtés de la queue 
ont les carènes plus saillantes que les autres, mais 
aucune n'a d'épines. Le reste de la peau est nu. 

La couleur de ce poisson est un brun verdàlre 
en dessus et à la queue, et un blanc argenté aux 
côtés du museau, a,ux joues, aux opercules, sur l'es- 
pace en avant de la base des pectorales et sous la 
gorge , la poitrine et le ventre. La dorsale et l'anale 
ont chacune sur leur moitié antérieure une tache 
noire et ronde. La longueur de l'espèce ne passe 
guère six ou sept pouces. 

Les viscères de ce gastré ne diffèrent pas beau- 
coup de ceux des épinoches d'eau douce. Le foie 
est gros, et ne forme qu'un seul lobe, qui recouvre 
et entoure presque en entier l'œsophage ; il se pro- 
longe un peu plus à droite, et c'est auprès de ce 
prolongement qu'est la vésicule du fiel. L'œsophage, 
assez gros et arrondi, ne se distingue pas de l'esto- 
mac. Ils forment un seul tube, dont la longueur fait 
le tiers de celle de l'abdomen. Le pylore se marque 
par un étranglement assez fort, et l'intestin, au lieu 
de le suivre directement, se porte un peu à droite 
et descend en droite ligne jusqu'auprès de l'anus, 



CHAP. XVII. ÉPINGCHES. 515 

où il fait un coude à gauche assez fort ; il se dilate 
en cet endroit , ses parois sont plus minces , et il 
se rend droit à l'anus. Il y a auprès du pylore 
deux très-petits tubercules tournés vers l'estomac , 
qui sont les traces d'appendices cœcales. La rate 
est petite, et située dans l'hypocondre gauche sous 
le pylore. Les vésicules séminales sont petites et re- 
jelées vers l'arrière de l'abdomen. La vessie natatoire 
est étroite, assez alongée, à parois minces et argen- 
tées. Les reins sont longs, aplatis en deux filets, qui 
ne se réunissent que tout près de l'anus. 

Le squelette a dix-huit vertèbres abdominales, et 
^environ vingt-trois caudales ; mais il est difficile de 
compter les dernières de la queue , qui sont très- 
grêles et ne forment presque qu'un corps. Ses côtes 
sont grêles, et les postérieures entourent tout l'ab- 
domen. 

Ce poisson ne remonte point dans les ri- 
vières ; mais il n'est pas très-rare sur nos côtes 
de la Manche et du golfe de Gascogne. M. 
Garnot nous en a fait parvenir un de Brest, 
sous le nom de lançon. 

11 parait être encore plus commun dans le 
Nord, où il devient aussi plus grand. Scho- 
nevelde l , qui l'a décrit le premier , l'avait 
vu dans le golfe de Kiel, où les habitans le 
nomment stein-bicker (mordeur de pierres). 
Il y en a dans toute la Baltique. A Helgo- 

1. ZoophyL, p. l34> 

4. 33 



514 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

land, où l'on en voit aussi quelques-uns, on 
l'appelle erd-krùper (rampant à terre), et en 
Danemarck on le nomme à peu près de même, 
erdkraber. M. Noél nous en a envoyé de 
Norvège, où son nom est, dit-il, store-tin- 
dqure; mais Fabricius ne le nomme point 
parmi les poissons du Groenland. 

C'est faute d'entendre le latin que Bloch 
a cru lire dans Gronovius que l'espèce est 
extrêmement commune en Hollande. Grono- 
vius ne le dit que de l'épinochette. ' 

Il doit être difficile d'en tirer quelque ali- 
ment, et on ne l'emploie guère qu'à fumer 
des terres et à en extraire de l'huile. Cepen- 
dant Bloch assure que les pauvres gens ne le 
dédaignent pas toujours. On l'attire en quan- 
tité au moyen de feux allumés. 

Nous ne connaissons pas de poissons qui 
se rapprochent de ce gastré par les caractères; 
il est jusqu'à présent isolé dans son sous-genre. 

1. lchtyol., p. 10. 



CHAP. xvm. ORÉOSOME. 6V6 

CHAPITRE XYIII. 

De VOréosome (Oreosoma, nob.). 

Et particulièrement de Z'Oréosome 
de l'Atlantique. 

{Oreosoma atlanticum, nob.) 

Voici encore un de ces êtres à figure 
étrange , que l'on prendrait plutôt pour le 
produit monstrueux dune imagination ma- 
lade que pour une réalité existante dans la 
nature. Que l'on se représente un petit pois- 
son aussi haut que large, hérissé de gros cônes 
semblables à des pains de sucre, et Ton com- 
mencera à se faire une idée de Yoréosome ou 
poisson montagneux; car c'est ce que ce nom 
signifie (de <jSf*oc, corps, et d'ofos, montagne), 
et il est mérité par ces grosses boursouflures, 
dont le dessin à l'air de la carte d'un pays 
volcanisé. 

Sa tête a le profil droit et presque horizontal, et sa 
bouche est fendue verticalement sur le bout du mu- 
seau. Son front est plat et assez large entre les yeux, 
dont chacun est surmonté dune petite corne coni- 
que. Ni les sous-orbitaires ni le pré-opercule n'ont 
d'épines ni de dentelures. C'est à peine si on peut dire 
sa joue cuirassée; car ses sous-orbitaires ne forment 



&1 6 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

qu'un arc étroit, qui se joint au préopercule seule- 
ment dans le haut. Celui-ci est arrondi en arc très- 
ouvert; son bord descend très-obliquement en avant, 
où il forme avec celui de la mâchoire inférieure 
un angle rectangulaire quand la bouche est fermée. 
L'opercule est petit et a deux arêtes terminées en 
angles aplatis. Les ouïes sont très-fendues, quoique 
leur membrane s'attache en avant sous l'isthme : elle 
a de chaque côté sept rayons. Le corps peut se divi- 
ser en tronc et en queue. La queue est comprimée 
et forme une lame verticale très-plate : le tronc est 
plus épais , et porte à sa partie dorsale quatre des 
cônes dont nous avons parlé , deux de chaque côté 
d'une grandeur comparativement médiocre, et entre 
les deux postérieurs est une très-petite première dor- 
sale de quatre à cinq épines. La seconde dorsale est 
sur celte partie comprimée qui appartient à la queue. 
Elle a vingt-neuf rayons mous. Le bas du tronc, 
plus large que le haut, a de chaque côté sur un arc 
convexe vers le bas, qui s'étend depuis les ouïes 
jusqu'aux côtés de l'anale, une rangée de cinq grands 
cônes ; et entre les deux rangées il y en a en avant 
deux petits, derrière lesquels naissent les ventrales, 
et deux plus grands aux côtés de l'anus , tout-à-fàit 
sur la ligne mitoyenne, et entre les quatre dont nous 
venons de parler, il y en a cinq ou six encore plus 
petits, placés irrégulièrement sur deux lignes longi- 
tudinales. Les pectorales sont petites, arrondies, et 
ont environ vingt rayons tous branchus , excepté 
le premier. Les ventrales sont un peu plus longues 
et ont le nombre ordinaire de 1/5. L'anale a vingt-six 



CHAr. xvin. oréosoye. S 17 

rayons; elle correspond à la deuxième dorsale, et 
comme cette partie comprimée, à laquelle ces deux 
nageoires s'attachent, est presque coupée en demi- 
cercle vertical, l'une monte et l'autre descend en se 
courbant pour entourer ce demi-cercle ; et c'est au 
milieu de sa convexité entre ces deux nageoires que 
saille la petite partie nue de la queue, qui se ter- 
mine par une caudale de quatorze rayons, à peu 
près coupée carrément , mais dont les angles sont 
arrondis. 

B.7; D. 5 — 29; A. 26 ; C. 14; P. 20; V. 1/5. 

Ce petit poisson n'a pas d'écaillés. Sa peau est 
grenue sur le tronc , mais à peu près lisse sur tout 
le reste. C'est elle qui forme les cônes en se dur- 
cissant en espèces de coques , qui se détachent faci- 
lement et sont striées par des cercles parallèles à leur 
base. 

En comprenant sa queue, sa longueur surpasse 
d'un tiers sa hauteur; l'épaisseur de son tronc fait 
moitié de sa hauteur, mais celle de sa queue est 
très -peu de chose; la longueur de la tête fait 
plus du tiers du total. La caudale en fait le cin- 
quième, et son pédicule, ou l'espace nu derrière 
la dorsale et l'anale, à peu près le dixième, et il est 
d'un quart plus long que haut. 

Des dents en fin velours m'ont paru garnir ses 
mâchoires, le devant de son vomer et son palais. 

Dans la liqueur Yoreosoma paraît entièrement 
cendré. L'iris de son œil est doré. 

La longueur de notre individu ne passe pas seize 
lignes. 



51 8 LIVRE IV. JOUES CUIRASSÉES. 

Il nous a été impossible jusqu'à présent 
de rien découvrir qui en approche dans les 
naturalistes ou dans les voyageurs qui ont 
parlé des poissons. 

Nous le devons à l'infatigable attention de 
Péron, qui s'attachait aux plus petits objets. 
Il l'a rapporté de l'océan Atlantique. 



FIN DU TOME QUATRIÈME. 






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